‹ L'été à BadeChapitre 24 sur 46 · LE MUMMELSÉE. 8T · texte numérisé non relu

LE MUMMELSÉE. 8T

pas? Mon Ethelinde est toujours belle et aimante, comme autrefois ?

— Plus belle encore, peut-être, et plus aimante, monseigneur.

— Pourquoi ce sourire ? pourquoi tes paroles semblent-elles empreintes d'ironie? Parle ; je yeux savoir la vérité.

— Souvent l'erreur et le doute sont préférables. A votre place, un prudent époux , revenant après sept ans d'absence, se serait fait précéder par l'annonce de son retour.

— Je méprise et repousse le soupçon que tu cherches à faire entrer dans mon âme.

— Plaise au ciel que votre confiance soit récompensée, monseigneur ! Mais, puisque c'est la vérité que vous demandez à connaître, apprenez-la donc par vous-même, et acceptez le présent, que je vais vous faire. »

A ces mots, le nain plongea sous l'eau et reparut un instant après, tenant dans sa main droite une grande et belle fleur bleue qu'il présenta au baron.

« Que veux-tu que je fasse de cela? .demanda le baron d'un air dédaigneux.

— Gomment! monseigneur, vous n'avez jamais entendu parler delà fleur bleue du Mummelsée? Née dans un sable d'or au fond de ce lac, dont la puissance humaine ne peut sonder les abîmes, cette fleur a la vertu de rendre invisible celui qui la tient dans sa main gauche.

— Allons donc ! je ne crois pas à de tels sortilèges !

— Prenez la fleur, baron de Sedlig, remontez à cheval, et la première personne que vous rencontrerez sur votre chemin attestera la puissance de ce talisman. Que vous coûte d'essayer?... A moins cependant que vous ne préfériez rentrer chez vous sans mystère; ce qui serait plus sage, car la recherche de la vérité amène souvent de cruelles déceptions, et l'on joue parfois le repos de sa vie en usant de ce fatal privilège : voir sans être vu !

— Je ne crains rien, dit le baron d'une voix tremblante d'émotion; donne-moi donc cette fleur, et, si elle possède la vertu que tu lui attribues, je te remercie d'avance pour les douces et précieu-

ses révélations que je vais surprendre à l'aide de sa magique influence. »

Cela dit, le baron se hâta de saisir le talisman que lui présentait le nain mystérieux, et, remontant à cheval, il partit au galop, tenant la fleur dans sa main gauche.

A peu de distance du lac, il rencontra sur la route une vieille femme qui s'arrêta toute interdite en criant : « Bon Dieu ! voilà un cheval qui a jeté son cavalier par terre et qui court tout seul ! »

«Peut-être cette bonne femme s'entend-elle avec le nain ? » pensa le baron, qui conservait quelque doute sur la vertu du talisman. -

Non loin de là, plusieurs paysans répétèrent l'exclamation de la vieille; le baron ne douta plus. Pressant sa course rapide, il arriva bientôt à l'allée de chênes qui formait l'avenue de son château; alors il mit pied à terre, attacha son cheval à un arbre, et, pour n'être pas trahi par le bruit de son armure, il se débarrassa de sa cuirasse, de son casque, de son épée, de ses éperons et de ses gantelets.

Les sentinelles qui gardaient les portes, les serviteurs qu'il rencontra dans la cour et dans le vestibule, le laissèrent passer sans le voir. Le baron parcourut ainsi les appartements du château, et , après avoir ouvert plusieurs portes avec précaution, il parvint jusqu'à une petite salle située à l'extrémité d'une longue galerie. Autrefois, dans les jours heureux qui suivirent son mariage, le baron aimait à se retirer dans cette salle, qu'il s'était plu à orner de meubles précieux, de belles peintures et de splendides trophées d'armes.

« Ethelinde est là sans doute, et elle pense à moi ! »

Plein de cette douce pensée, il approche... la voix d'Ethelinde vient frapper son oreille ; il écoute ; une autre voix se fait entendre, et les paroles ainsi échangées glacent le cœur de l'époux infortuné. Rappelant à lui tout son courage, et soulevant l'épaisse tapisserie qui voile l'entrée de ce réduit secret, il regarde... Ethelinde est assise dans le fauteuil seigneurial, orné de l'écusson de Sedlig; à genoux devant elle, le chevalier Rodolphe d'Hartberg tient dans ses mains la main de la châtelaine , et contemple avec ivresse le charmant visage qui lui sourit avec amour.

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