LE MUMMELSÉE
Le tendre discours continuait, et il advint que le nom du baron fut prononcé par son infidèle épouse.
a Pourquoi donc, répondit le chevalier, pourquoi ce souvenir vient-il encore troubler notre joie? Le baron de Sedlig est mort ou captif, et nous ne le reverrons jamais, grâce au ciel!
— Je l'espère, dit Ethelinde , rassurée par la confiance du chevalier.
— Misérables! » s'écria le baron en entrant dans la salle. Les deux amants relevèrent vivement la tête.
« Debout et l'épée à la main, chevalier d'Hartberg ! » reprit le baron avec fureur.
Vous représentez-vous l'étonnement et l'effroi d'Ethelinde et du chevalier, à ces mots prononcés par un invisible provocateur?
Ils promenèrent autour de la salle un regard effaré qui se perdit dans le vide.
Le baron, altéré de vengeance, s'était élancé vers un des trophées d'armes.
Alors ce fut un singulier spectacle. On vit une épée se détacher de la muraille, se brandir et se diriger, la pointe en avant, vers le chevalier.
Malgré le trouble et la stupeur que devait lui inspirer cette attaque surnaturelle, le chevalier, qui avait le cœur vaillant et bien trempé, se mit bravement en défense, et le duel commença. Etrange duel ! Deux épées croisées et ferraillant, l'une tenue par un homme, l'autre par personne!... Et cette épée, qui allait seule, brillait comme l'éclair, frappait comme la foudre. Le combat ne dura qu'un instant; le chevalier, percé de part en part, tomba mort.
Immobile et muette d'épouvante, Ethelinde avait assisté à ce terrible duel. Son regard était fixe, son œil égaré. Une voix formidable la réveilla de sa stupeur :
« Ne craignez rien pour vous, madame ; ici s'arrête la besogne de l'épée. Pour votre perfidie, je n'ai que mépris, oubli et abandon. Adieu ! »
Ethelinde avait reconnu la voix de son époux.
Cependant le cadavre du chevalier disait assez que ce n'était
pas là seulement un songe enfanté par le remords. La réalité apparaissait sanglante au milieu de ce mystère.
Le baron était remonté à cheval, tenant toujours dans sa main gauche la fleur du Mummelsée. On n'entendit plus parler de lui. La baronne de Sedlig se retira au couvent de Lichtenthal.
Monument de Turcnnc à Sasbach.
pris que quelques heures ; chaque soir vous avez été de retour à la ville pour assister aux fêtes qui se renouvellent sans interruption dans ce riant séjour des plaisirs de l'été. Vous n'avez manqué ni un concert ni un bal. Maintenant l'attrait du pays vous invite à pousser plus au loin vos pérégrinations; ce que vous
avez vu de la Forêt-Noire vous fait ardemment désirer d'en voir davantage. Il est vrai que d'un autre côté les fêtes de Bade, si animées, si brillantes, si délicieuses, vous captivent et vous retiennent ; mais vous les retrouverez avec un charme nouveau, après en avoir été privé pendant quelques jours consacrés à un voyage dans la Forêt-Noire.
La Forêt-Noire ! Il y a dans ce nom une sombre couleur qui devait infailliblement déteindre sur la réputation du pays. Au temps où les histoires de brigands étaient à la mode dans les romans et dans les mélodrames, la Forêt-Noire fut souvent choisie pour servir de terrain à ces formidables fantaisies. Son nom, — son nom seul, — lui valait cette distinction peu flatteuse ; car les écrivains auraient vainement cherché dans ses chroniques des sujets et des héros pour leurs contes effrayants et pour leurs drames caverneux. Aujourd'hui le roman et le drame ont changé d'allures, et c'est au sein des villes qu'ils vont le plus volontiers chercher leurs héros ; la Forêt-Noire a cessé d'être visitée par la littérature, et elle l'a été par les voyageurs, qui, au lieu de cavernes et de bandits, n'ont trouvé là que de beaux paysages et d'honnêtes paysans; rien n'a troublé leurs paisibles promenades dans cette curieuse contrée.
Les baigneurs de Bade qui aiment à s'égarer sous' les ombrages de la Forêt-Noire, qui parcourent tous les ans ses sites poétiques, ses villages pittoresques, les ruines majestueuses de ses anciens châteaux, rendent un éclatant témoignage à la sûreté du pays et à la moralité de ses habitants. Sous ce rapport il est permis de dire que les eaux de Bade ont lavé les taches si outrageusement faites à la réputation de la Forêt-Noire.
Depuis trente ans, on n'a recueilli dans le grand-duché de Bade qu'une seule histoire de voleurs ; la voici :
Un gentleman nommé sir Balph *** fut le héros de cette aventure. SirBaiph s'était présenté comme candidat au club des Voyageurs, et, pour mériter d'être élu membre de cette société, une des plus célèbres de Londres, il avait parcouru un grand nombre de pays, recueilli une foule de notions et subi diverses épreuves. Cependant ses aventures étaient incomplètes ; on lui avait bien
quelquefois escamoté sa bourse, sa montre ou sa tabatière, tandis qu'il admirait les curiosités d'une ville; mais jamais, de nuit ou de jour, sur la montagne ou dans la plaine, au coin d'un bois ou dans un défilé, jamais un vrai bandit n'était venu le saluer en face le pistolet au poing. — Cela manquait à ses souvenirs et à sa candidature.
11 faut vous dire que sir Ralph, vieux et laid, passablement sot et fort maussade, était marié à une femme jeune, aimable et belle. Aussi notre gentleman était-il jaloux comme un tigre du Bengale. Cette jalousie prouvait que sir Ralph ne se faisait pas illusion sur son mérite personnel. 11 savait fort bien d'ailleurs que sa femme, lady Paméla ***, n'éprouvait pas la moindre inclination pour lui, et ne l'avait épousé que par obéissance. Aussi ne la quittait-il pas plus que son ombre, ne se fiant ni à la foi conjugale ni aux verroux. Ce mauvais système devait tôt ou tard lui porter malheur. Lady Paméla était fière, le soupçon la blessait : elle voyait une injure dans la surveillance et un défi dans les précautions de son mari. Ajoutez à cela que la jeune femme, sentimentale comme la plupart des Anglaises, conservait précieusement au fond de son cœur le souvenir d'un premier amour.
Après avoir passé quelque temps aux eaux de Bade, sir Ralph, séduit par la réputation romanesque et dramatique de la Forêt- Noire, résolut d'affronter les périls de ce lieu célèbre. Mais d'abord il voulut prendre des informations, et les personnes auxquelles il s'adressa ne résistèrent pas au plaisir de le mystifier, en lui disant que plusieurs chaises de poste avaient été arrêtées depuis peu par des brigands bien conditionnés, avides mais non cruels, qui s'étaient contentés de dépouiller les voyageurs sans leur faire le moindre mal.
« Voilà ce qui me convient à merveille ! s'écria le gentleman, je passerai par là ! »
Mais sir Ralph ne séparait jamais ses deux passions : la curiosité fanatique du voyageur et la jalousie féroce du vieux mari. Il demanda donc à sa femme si l'aventure ne l'effrayait pas. L'Anglaise, qui ne manquait pas d'une certaine vaillance, répondit :
(c Que voulez-vous que je redoute, Monsieur, quand je suis avec vous?»
Cela voulait dire peut-être : « Que peut-il m' arriver de pire que votre compagnie ! » Mais sir Ralph interpréta la réponse d'une façon plus favorable à son amour-propre. Enchanté de voir sa femme dans de si bonnes dispositions, il voulut hâter l'accomplissement de son projet, et, après avoir expédié son bagage et ses effets précieux par une autre route, il s'engagea dans le chemin dangereux, n'emportant avec lui qu'une valise médiocrement garnie et l'argent nécessaire pour subvenir aux frais de l'aventure. Sir Ralph était généreux, il savait payer ses plaisirs ; il évaluait à cinquante guinées la satisfaction d'être arrêté par des brigands de la Forêt-Noire, et il plaça cette somme dans une bourse destinée à leur être offerte.
C'était par une belle soirée d'automne, l'air était tiède et le ciel étoilé. L'heureux gentleman sentait son cœur battre d'espérance et d'une douce émotion; il éprouvait le trouble charmant qui précède l'heure d'un galant rendez-vous, et il allait aux bandits comme à une bonne fortune.
« Ma chère amie, disait-il à sa femme, faites bien attention à ce qui va se passer. Il faut que nous puissions donner des détails exacts et circonstanciés sur notre arrestation. Je compte faire représenter la scène dans un magnifique tableau qui ornera le salon de notre résidence de Farings-Castle. Le peintre viendra dessiner le paysage d'après nature ; mais nous seuls pourrons lui indiquer le nombre, la tournure, le costume et la disposition des personnages. Tout cela est fort important. Je ferai faire ensuite de mon tableau une gravure qui rendra mon nom célèbre et immortel. Je veux aussi m' arranger de façon à ce que l'événement soit publié par les journaux dans un article que j'écrirai moimême, et que je ferai traduire en plusieurs langues. »
Comme il disait ces mots, un coup de feu, parti d'un buisson au bord de la route, renverse le chenal que montait le postillon; la voiture s'arrête, et quatre hommes se présentent à la portière, quatre bandits pittoresquement vêtus et ornés d'énormes barbes noires et rousses.
c( Messieurs, leur dit sir Ralph, qui parlait assez bien l'allemand, nous ne voulons pas opposer la moindre résistance; emparez-vous de tout ce que nous avons. Voici une paire
d'excellents pistolets, dont je ne prétends faire aucun usage.» Et il leur présentait poliment les pistolets, la crosse en avant. « Descendez de voiture, dit un des bandits d'une voix rude.
— Il n'y a rien dans les coffres de ma chaise de poste, répondit sir Ralph ; mais n'importe, nous allons descendre, puisque vous témoignez le désir de les visiter.
— Maintenant, reprit le même bandit en saisissant le bras de sir Ralph, maintenant prépare-toi, car tu n'as qu'un quart d'heure.
— À quoi faut -il me préparer? Que vous plaît-il que je fasse dans le quart d'heure dont vous parlez ?
— Ce que tu voudras; prie Dieu, confesse-toi, fais ton testament, mais dépêche-toi; car, je te le répète, il ne te reste plus qu'un quart d'heure à vivre; on te fusillera ensuite. Nous ne faisons plus de quartier depuis qu'on nous a dénoncés. Les femmes seules obtiennent grâce »
L'aventure cessait d'être plaisante.
En entendant l'arrêt prononcé par le bandit, sir Ralph se livra au plus grand désespoir; puis il se mit à genoux, les mains jointes et les larmes aux yeux, implorant la clémence des brigands et offrant de payer leur miséricorde au prix qu'il leur plairait d'y mettre.
«Voyons, dit alors le chef de la bande; j'ai pitié de toi et je veux bien faire une exception enta faveur, mais je t'avertis que je suis exigeant.
— Faites vos conditions, répondit sir Ralph, revenant de sa terreur et heureux de voiries choses prendre cette tournure.
— Peux-tu me donner cinquante mille florins pour toi et autant pour ta femme? A ce prix nous te laisserons vivre.
— C'est un marché conclu ! s'écria le gentleman.
— Combien te faut-il de temps pour réaliser cette somme ?
— Le temps d'aller jusqu'à Francfort.
— Et de revenir ; cela fait quatre jours. Eh bien ! pars. Nous gardons ta femme en otage. Tu reviendras toi-même apporter sa rançon et la tienne au village que tu aperçois sur le versant de la montagne, à une petite lieue d'ici. Un de nous s'y rendra avec madame, que l'on te restituera contre la somme convenue. Nous
la traiterons avec les plus grands égards ; et, si elle a un seul reproche à nous adresser, tu pourras garder ton argent. Ces sortes de transactions sont communes chez nous ; de part et d'autre on tient toujours parole avec la plus stricte loyauté. Conformetoi de point en point aux conditions que je te fais, et, sauf la dépense, tu n'auras pas à te plaindre. L'otage que tu nous laisses nous répond de ta discrétion. Si tu voulais nous tendre une embûche à ton retour, nos espions nous avertiraient, et alors malheur à toi et à milady ! »
Il n'y avait rien à répliquer, et sir Ralph, heureux d'échapper au trépas, se hâta de remonter dans sa voiture, laissant Paméla avec les brigands. Pour la première fois depuis son mariage, le jaloux gentleman se séparait d'elle ; mais il se rassurait en songeant que les bandits préfèrent l'argent à la galanterie. « Ils la respecteront pour la rançon que je leur donnerai,» pensait -il. Aussitôt arrivé à Francfort, il réalisa la somme, et se mit en route pour aller racheter sa femme.
Au village désigné par les brigands, sir Ralph attendit vainement pendant huit jours. Personne ne parut. Dévoré d'inquiétude, l'aventureux gentleman, au risque d'être contraint à de nouveaux frais, se rendit sans escorte à l'endroit où il avait été arrêté, mais il ne rencontra pas le moindre bandit. Les avait-on débusqués et mis en fuite? Avaient-ils battu en retraite, emmenant avec eux Paméla? Sir Ralph se livra aux recherches les plus actives, et ne découvrit rien. Ce fut en vain qu'il employa la police du pays, et qu'il promit une récompense considérable à quiconque lui donnerait des nouvelles et le mettrait sur les traces de sa femme. Tout fut inutile.
Il lui restait pour consolation le souvenir de cette terrible aventure, et la chance d'être enfin élu membre du club des Voyageurs. — Mais il ne sut jamais que les brigands qui l'avaient arrêté étaient de faux brigands. Il n'eut pas même à ce sujet le plus léger soupçon, tant la comédie avait été bien jouée et le secret bien gardé. Le chef de la troupe était le jeune homme que Paméla aimait depuis son enfance, et qui avait, de concert avec des amis dévoués, tendu ce piège au mari trop jaloux et au voyageur trop curieux. Du reste, il faut le dire à sa louange, lady Paméla n'avait
pas été complice de cette action téméraire qui s'exécuta sans qu'elle en eût été prévenue. Seulement, mariée contre son gré, ayant des torts graves à reprocher à son mari et songeant depuis longtemps à demander une séparation, elle profita de la circonstance pour se retirer auprès d'une vieille parente qui habitait aux environs de Stuttgard ; mais elle exigea impérieusement que l'auteur de la scène des brigands ne la suivît pas et quittât le pays.
Pendant qu'elle hésitait encore sur le parti qu'elle avait à prendre au sujet de la séparation projetée, un événement subit la tira d'embarras. — Le jour de sa réception au club des Voyageurs, sir Ralph offrit un banquet à ses collègues, et mourut le lendemain par suite des excès auxquels il s'était livré dans cette fête gastronomique et des libations trop nombreuses dont il s'était enivré pour célébrer sa gloire de touriste.
En partant du Mummelsée pour entreprendre le voyage de la Forêt-Noire, on va visiter d'abord, près du lac, les ruines pittoresques et les étonnantes cascades d'Allerheiligen.
La comtesse Uda; lille du comte palatin Godefroy de Cahv, épousa en premières noces le comte d'Eberstein, qui mourut après un an de mariage. De nombreux rivaux se disputèrent alors la main de la jeune veuve, qui joignait aux plus heureux dons de la nature les brillants avantages de la richesse. Sa mère, Luitgarde de Zsehringen, lui avait laissé en héritage l'opulent domaine de Schauenbourg. Parmi les prétendants les plus illustres, Uda choisit le comte d'Altdorf, frère du duc de Bavière. C'était là une grande alliance, mais qui ne fut pas heureuse.
Après avoir vu les belles années de sa vie s'écouler lentement dans l'amertume des chagrins les plus vifs, la comtesse Uda devint veuve pour la seconde fois, et pour la dernière, car alors la pensée d'un nouveau mariage n'était plus de saison; déjà courbée sous le poids de l'âge, la comtesse ne songeait qu'à se mettre en règle avec le ciel ; vouée tout entière aux pratiques d'une dévotion sincère, elle voulait assurer le repos de son âme et mériter la béatitude éternelle dans une vie meilleure.
Pour atteindre ce but, la noble dame eut l'idée d'employer une partie de ses richesses à fonder un monastère ; et comme elle hési-
tait sur le choix de l'emplacement, elle résolut de s'en remettre à la volonté du ciel. Yoici comment elle s'y prit, selon la légende.
Un âne fut chargé d'un gros sac rempli d'une quantité de pièces d'or qui composait la somme destinée à la pieuse fondation. « Le couvent sera construit à l'endroit où le sac touchera la terre, soit que l'âne se couche, soit qu'il se débarrasse de son fardeau en le faisant tomber. » Tel fut l'arrêt prononcé par la comtesse Uda. Aussitôt l'âne, vivement aiguillonné, se mit en campagne, escorté d'un chapelain et de deux écuyers qui surveillaient ses mouvements. Sorti du château, il s'engagea dans la vallée, et au bout de deux heures arriva au Sohlberg. Là, ayant soif, il frappa du pied : une source jaillit; l'âne but et continua sa marche. Parvenu au sommet de la montagne, épuisé de fatigue, il perdit patience et se révolta contre le poids de la charge qui l'accablait; à force 'de secousses et de ruades, il rompit les liens qui attachaient le fardeau, et le sac, rudement lancé, tomba du haut de la montagne et roula au fond du vallon.
Une petite chapelle, ornée d'une inscription commémorative , fut élevée à l'endroit où la source avait jailli.
Le monastère fut construit à la place où les pièces d'or s'étaient répandues sur le gazon.
Ce couvent reçut le nom d'AlleVheiligen, c'est-à-dire : Tous les saints. Placé sous un patronage si recommandable et si nombreux, le monastère ne pouvait pas manquer de prospérer. Toute la noblesse du pays se plut à l'enrichir de ses dons, et bientôt il prit un développement considérable. Les religieux de cette maison se distinguèrent par l'austérité de leurs mœurs, la sévérité de leur règle et l'étendue de leur savoir. Telle était leur bonne renommée, qu'ils furent appelés à repeupler le célèbre couvent de Lorsch dans le Rheingau, après que l'archevêque de Mayence en eut chassé les moines, qui s'étaient déshonorés par une conduite scandaleuse. Pendant plus de six siècles, le monastère d'Allerheiligen vit s'accroître et grandir son importance, sa richesse et le respect des fidèles, qui le considéraient, à juste titre, comme l'asile des vertus et des saines doctrines. Cette honorable prospérité dura jusqu'au jour où les ordres religieux furent abolis et les moines sécularisés. Alors, comme si le ciel n'eût pas voulu que cette
sainte demeure restât inhabitée ou reçût une destination étrangère à sa pieuse origine, la foudre tomba sur le couvent désert et le détruisit.
Aujourd'hui les ruines pittoresques et magnifiques d'AUerheiligen vous disent quelle fut jadis la splendeur du monastère fondé par la comtesse Uda.
Après avoir contemplé ces majestueux débris, un autre spectacle vous attend. A quelques pas des ruines du couvent se trouvent les admirables cascades, que la renommée place au premier rang parmi les merveilles du grand-duché de Bade, et qui égalent, qui surpassent même ce que possèdent de plus remarquable dans le même genre la Suisse, l'Ecosse, et tous les pays célèbres par leurs beautés naturelles.
Les ruines d'AUerheiligen sont situées dans une espèce de puits formé par une enceinte de hautes montagnes, et, quand on est descendu jusque-là, rien n'est plus étrange que de se trouver au sommet d'une immense chute d'eau qui semble s'engouffrer dans les entrailles de la terre.
A quelques pas du couvent est une terrasse qui domine les cascades; de là le regard plonge dans l'abîme écumant, dont il ne peut mesurer la profondeur. Pour contempler le spectacle dans la majesté de son ensemble et dans la poésie de ses détails, il faut suivre le cours du torrent, qui tantôt verse ses ondes déroulées comme une nappe de cristal, et tantôt s'élance, tombe et se brise avec fracas aux angles des rochers. Un étroit passage est pratiqué tout le long des cascades : ici, c'est un sentier frayé sur la terre humide ou sur la pierre glissante ; là, c'est un escalier taillé dans le roc ; plus loin vous passez sur un pont fragile ou sur un tronc d'arbre velouté de mousse ; aux endroits où la roche est coupée à pic , on descend par de longues échelles qui donnent aux curieux timides l'émotion d'un péril imaginaire. Mais quel danger réel ne braverait-on pas pour admirer ces tableaux, pleins d'un charme saisissant et d'un irrésistible attrait !
Le guide qui vous conduit vous dira les noms étranges de chacune de ces cascades et des bassins qu'elles forment. Divers endroits sont marqués par de mémorables aventures. Une des
\fj grottes creusées sous le rocher battu par le torrent se nomme le Trou des Bohémiens, et fut jadis habitée par une de ces tribus vagabondes qui vivaient de rapines et de sortilèges ; plus loin est le Nid des Corbeaux, nid fatal suspendu à la pointe d'un rocher : de jeunes garçons voulurent s'en emparer, et l'un d'eux, au moment de le saisir, tomba dans l'abîme. Là, c'est le Saut du Cavalier, non moins périlleux que le Saut du Comte, au château d'Eberstein : dans la guerre de trente ans, un cavalier suédois franchit à cette place le précipice, au bord duquel s'arrêta l'élan des ennemis qui le poursuivaient.
Nonloin d'Allerheiligen, se trouve la jolie petite ville d'Oppenau, où l'on se repose pour aller ensuite % gravir les pentes pittoresques du Kniebis, haute et curieuse monta-
gne dont le sommet est partagé par la limite qui sépare le grandduché de Bade du Wurtemberg. Dans les environs du Kniebis, les curieux consacreront quelques heures à voir en passant les petits bains agrestes de Petersthal, Antogast, Griesbach et Rippoldsau ; puis on fait roiite par Wolfach , et on entre dans la vallée de la Kinzig.
Gomme la Mourg , la Kinzig transporte sur ses flots rapides de nombreux trains de bois, formés par les sapins que la contrée fournit en abondance. Mais ici , plus peut-être qu'aux environs de Gernsbach, la marche de ces radeaux offre un spectacle curieux ; car la Kinzig , plus capricieuse dans son cours , plus sinueuse et plus accidentée que la Mourg , oppose à la navigation des difficultés sans nombre. Il faut une singulière adresse pour surmonter ces obstacles ; mais les flotteurs de la Kinzig sont d'habiles gens ; sous leur puissante main le radeau franchit les barrages de la rivière , glisse sur les chutes de Fonde , se courbe comme un serpent dans les passages tortueux, file comme une flèche entre les écueils, et arrive au Rhin sans avoir subi la plus légère avarie.
La Kinzig passe entre Haslach et Hausach, deux petites villes que la guerre a plus d'une fois ruinées. Le pays tout entier a été souvent ravagé pendant les deux derniers siècles, pleins de luttes sanglantes. Une saison de calme suffisait pour réparer le désastre de ses champs fertiles, mais les murailles des villes portent encore les traces du canon, et les châteaux abattus ne se sont plus relevés ; leurs débris couronnent le sommet des montagnes et jettent leur ombre mélancolique sur la plaine riante où abondent les riches moissons, où les épis mûrs touchent les branches courbées sous le poids des fruits.
Hornberg est encore une de ces villes rudement frappées par la guerre ; sur la montagne voisine apparaissent, au milieu d'un bouquet d'arbres, les restes d'un château où une princesse de Wurtemberg termina dans l'exil sa vie romanesque. De là les voyageurs, parcourant toujours une attrayante vallée, arrivent à Tryberg, située sur une éminence, et dominée par une cascade qui tombe de la montagne. On fait le voyage de Tryberg tout exprès pour voir cette belle cascade, qui mériterait toute votre
admiration, si vous ne veniez d'en voir d'autres plus belles encore et plus curieuses. La cascade de Tryberg est un diminutif charmant des cascades d'Allerheiligen.
Au-dessus de Tryberg s'élevait un château-fort qui fut pris d'assaut et démoli par les habitants de la ville. Il se faisait jadis en ce lieu un pèlerinage qui attirait chaque année la foule, et dont l'origine est assez bizarre. Des soldats autrichiens, établis dans les environs, passant un soir par la montagne, entendirent toiit à coup de mélodieux accords qui semblaient venir de la cime des sapins. Persuadés que c'est là un avertissement du ciel, ils se mettent à chercher, et ils trouvent une image de la Vierge sculptée en bois de tilleul et attachée à un arbre. Après avoir fait leur prière , les soldats placèrent au-dessus de cette image un tronc destiné à recevoir les offrandes, qui, en peu de temps, s'élevèrent à une somme assez forte pour suffire à la construction d'une église où les pèlerins accoururent.
Nous sommes ici dans la contrée la plus industrieuse de la Forêt-Noire. La petite ville de Tryberg est renommée pour la fabrication des chapeaux de paille ; elle répand au loin ses produits apprêtés avec art. Dans les sentiers des montagnes et des vallées, toutes les paysannes qu'on rencontre, vieilles ou jeunes, portent à leur ceinture un sac de toile rempli de fine paille qu'elles tressent chemin faisant. Près de Tryberg, Schœrrwald est le premier endroit où on ait fabriqué ces horloges de la Forêt-Noire, si connues, si recherchées , et qui sont pour le pays une branche de commerce si considérable.
Chaque maison, chaque chaumière de ces cantons a son atelier plein d'actifs travailleurs. Si vous êtes curieux d'étudier les mœurs du pays , vous vous arrêterez là pour voir les habitants de la Forêt-Noire dans toute l'originalité de leurs usages , de leur costume et de leur physionomie. Les paysans portent ]e large chapeau , le grand habit à la mode du dix-septième siècle , le gilet rouge , la culotte de velours , les souliers à boucles. Dans les grands jours, le gilet et le haut-de- chausses sont couverts de broderies. Les femmes laissent pendre derrière leur tête deux longues tresses de cheveux ornés de rubans noirs ; elles portent avec cette coiffure un chapeau de paille jaune vernie, chapeau rond,
pareil à ceux dont se coiffent les citadins modernes. D'autres ont de petits chapeaux en feutre noir, bas de forme, garnis de velours et ornés de grosses houppes de laine. Du reste, chaque canton a ses modes particulières, anciennes ou nouvelles ; de là une grande variété dans ces costumes de la Forêt-Noire, dont la description appartient au peintre plus qu'à l'écrivain.
Quant aux usages, aux coutumes singulières du pays, c'est encore là une variété, une abondance qui se refusent à une analyse complète. Il faudrait plusieurs volumes pour n'en rien omettre et dire toutes ces cérémonies publiques et privées, ces contes de la veillée, ces jeux, ces exercices, ces danses surtout, si étranges, si gracieuses, et parmi lesquelles on en remarquera une intitulée la Danse du Coq.
La danse du coq s'exécute dans une grange. Un verre plein d'eau est suspendu au plafond , à une grande hauteur. Après avoir figuré quelques pas, la danseuse et le danseur vont se placer sous ce verre; la jeune fille fléchit le genou, s'accroupit et ouvre ses deux mains, sur lesquelles le jeune homme pose ses deux pieds ; puis la robuste fille de la Forêt-Noire soulève à bras tendus son danseur, qui se tient droit et immobile, et elle essaye de l'enlever assez haut pour qu'il frappe le verre avec son front et que le liquide, agité par le choc, tombe et se répande sur le sol ou sur les assistants.
Chaque couple vient tenter à son tour la difficile épreuve, jusqu'à ce que le but soit atteint.
Un coq est le prix de la victoire. De là le nom de cette danse athlétique, inventée pour encourager la vigueur des jeunes filles et la légèreté des danseurs de la Forêt-Noire.
Près de Schœirwald se trouvent deux des trois sources du Danube. On va de là à Saint-Georges, célèbre autrefois par un monastère que le duc Ulrich de Wurtemberg fit brûler parce que les moines ne voulurent pas embrasser la réforme. Puis on passe à Willingen, une des plus anciennes possessions des princes de Bade, une ville qui fut jadis florissante et riche, qui battait monnaie dès le dixième siècle, qui avait six couvents, une commanderie de Malte, des fonderies de canons, des manufactures de drap, et qui aujourd'hui n'a plus rien de tout cela. On arrive
m L'ÉTÉ A BADE.
ensuite à Donaueschingen , dont le nom signifie : — source du Danube. La principale source du fleuve est dans le jardin du château, appartenant au prince de Furstenberg.
Là, vous contemplez le Danube dans son berceau. — Le mince filet d'eau qui s'en va courant sous l'herbe, et dont vous entendez les premiers vagissements murmurer sur les cailloux, grandira tout à l'heure et deviendra bientôt ce fleuve majestueux et superbe qui baigne tant de villes florissantes et traverse tant de pays divers, depuis la Forêt-Noire, où il naît, jusqu'à la mer Noire, où il meurt.
Horlogers de la Forêt-Noire.
COKSTÀINCK.
- . Deux journées suffisent pour aller de Bade à Donaueschingen, en s'arrêtant chaque fois qu'on y est imité par les curiosités du pays, et en se(détournant, lorsqu'il le faut, pour visiter les endroits intéressants situés dans les environs de la route parcourue. Le premier jour on s'arrête à Windeck, à Sasbach, au Mummelsée , où l'on ne fera que de courtes stations , et aux cascades d'Allerheiligen, qui demandent plus de temps ; on peut dans la même journée voir le Kniebis et passer la nuit, soit dans une des petites hôtelleries thermales qui avoisinent cette mon-
m L'ÉTÉ A BADE.
tagne, soit à Wolfach, si l'heure le permet. Le lendemain on parcourt la vallée de la Kinzig, puis on va voir la cascade de Tryberg, et l'on arrive encore à Donaueschingen d'assez bonne heure pour contempler la source du Danube tout à loisir et avant que la nuit soit venue.
Quant à ceux qui voudraient étudier les mœurs de la Forêt- Noire et les saisir dans leurs moindres détails, ils devront y mettre un peu plus de temps ; mais les tableaux qui s'offrent sur la route , et les observations qui se présentent dans une course rapide , pourront satisfaire les voyageurs superficiels comme le sont la plupart de ceux qui voyagent pour leur agrément.
On va de la source du Danube à Constance en une matinée, et le trajet se fait d'autant plus vite que rien sur la route n'arrête la curiosité des voyageurs.
Il ne faut pas vous attendre à retrouver la ville de Constance telle que votre imagination peut la reconstruire avec les souvenirs du passé. La cité d'aujourd'hui n'est plus celle qui a joué un si grand rôle dans les événements du quinzième siècle. Nonchalamment assise au bord du beau lac qui lui sert de miroir, Constance a perdu ses vastes proportions et son majestueux éclat. C'est une reine déchue ; son front ne porte plus la couronne, sa ceinture s'est rétrécie; son manteau impérial, qui jadis se déroulait au loin dans la plaine, s'est replié modestement sur la rive et conserve à peine quelques vestiges de ses opulentes broderies.
Ainsi réduite et amoindrie, Constance semble méditer en silence sur son ancienne splendeur. Sa physionomie est empreinte d'une douce et mélancolique rêverie. La fortune, en lui ôtant sagrandeur, lui a laissé sa grâce, son sourire, ses attraits naturels et le charme de sa délicieuse situation. Autrefois on l'admirait, maintenant elle plaît. On aime à rêver avec elle sur les caprices du destin et les révolutions des âges, en la voyant telle qu'elle est et en songeant à ce qu'elle fut au temps du fameux concile qui donna tant de relief à son nom.
C'était en l'année 1414 , au commencement de l'automne. Alors, dans cette ville qui ne comptait pas moins de cinquante mille habitants, on vit arriver une multitude de princes, de seigneurs, de cardinaux et de chevaliers en grand équipage. Chaque jour amenait de nouveaux hôtes illustres, déployant une magnificence extraordinaire. Pour mettre le comble à cette imposante réunion, l'empereur et le pape se présentèrent escortés de toute leur cour. Jamais spectacle plus splendide ne vint frapper les regards d'un peuple étonné.
Puis, lorsque cette pompe se fut étalée à loisir, lorsque les barons et les comtes, les prélats et les princes, le pape et l'empereur, eurent fait leur entrée solennelle et rempli la ville de luxe et de fanfares, deux hommes arrivèrent, dont la présence éclipsa toutes ces splendeurs.
Ceux-là ne portaient ni armures éblouissantes ni riches habits pontificaux ; ils n'avaient à leur suite ni écuyers ni serviteurs ; ils arrivaient seuls , à pied , simplement vêtus , humbles et graves comme les premiers apôtres du christianisme.
Et la foule se pressait sur leur passage , les contemplant avec une avide curiosité. — C'est que ces deux hommes, d'une si modeste apparence , étaient les principaux acteurs du grand drame qui allait se jouer à Constance.
L'un se nommait Jean Huss; l'autre, Jérôme de Prague.
Le concile s'assemblait pour délibérer sur deux questions de la plus haute importance. Il s'agissait de délivrer l'Église du schisme qui la divisait, et de protéger la religion contre l'hérésie qui l'insultait.
Jean Huss représentait l'hérésie.
Trois papes , régnant en même temps sur le monde chrétien, constituaient le schisme qui s'était engagé, voici comment :
Un évêque français, et de plus gascon, Bertrand de Got, ayant été élevé au trône pontifical sous le nom de Clément Y, quitta Rome dans la troisième année de son règne, et transporta le saintsiége à Avignon. Les Romains avaient vu avec un vif déplaisir cet abandon, pendant lequel ils furent en proie aux troubles et aux agitations de toutes sortes. Ce fut dans le temps où la souveraineté de l'Eglise siégeait hors de l'Italie que Rienzi tenta de
rétablir l'ancienne république romaine. Le septième successeur de Clément, Grégoire XI, ramena le saint-siége à Rome et mourut dans l'année qui suivit ce retour. Lorsque les cardinaux furent réunis pour nommer un nouveau pape , le peuple , craignant l'élection d'un cardinal français qui aurait pu retourner à Avignon, vint assiéger le conclave, et voulut gouverner par la terreur le vote du sacré collège. De grands feux s'allumèrent autour du Vatican ; les cardinaux , menacés d'être brûlés ou enfumés , se hâtèrent d'échapper au péril de cette situation par une ruse qui leur sembla merveilleusement imaginée : ils renvoyèrent à un moment plus opportun les longues méditations et les savantes intrigues d'une élection sérieuse; et en attendant, comme il fallait, pour calmer le peuple, élire un pape avant de sortir du conclave, ils s'entendirent pour faire artificieusement un choix entaché de nullité , et nommèrent un Italien, l'archevêque Barthélemi Prignano, qui n'était pas cardinal, et, par conséquent, ne remplissait pas la condition indispensable pour être légalement élu. Ce n'était donc là qu'une élection trompeuse et provisoire. Le dangerpassé, les cardinaux se promettaient d'organiser un nouveau conclave en lieu sûr, loin de toute influence menaçante, et de procéder paisiblement à un choix irrévocable et définitif.
Cette manœuvre réussit d'abord au gré de ceux qui l'avaient accomplie. Dès que l'archevêque Prignano eut été proclamé pape sous le nom d'Urbain YI, le peuple manifesta la plus vive allégresse ; l'air retentit de joyeuses acclamations ; les feux qui entouraient le Vatican s'éteignirent, et les cardinaux sortirent du conclave au milieu de la foule respectueusement agenouillée surleur passage. Mais, après ce succès, la ruse eut son revers. Lorsque les bons prélats voulurent revenir sur l'élection et faire valoir la nullité, Urbain déclara qu'il tenait leur choix pour excellent et refusa très-nettement de déposer la tiare. Le parti le plus sage eût été sans doute de subir le fâcheux dénoûment de cette comédie; mais les cardinaux ne consentirent pas à accepter le rôle de dupes; ils s'assemblèrent à Forii, ville épiscopale des États romains, et là ils prononcèrent la déchéance d'Urbain, et nommèrent pape le cardinal Robert de Genève, qui s'intitula Clément VII. Le pontife déchu se soucia peu de cet arrêt, et se garda bien de
céder le siège à son remplaçant. Urbain continua donc d'exercer la papauté à Rome, et Clément alla s'établir pape à Avignon. Dès ce moment il y eut schisme dans l'Église; la tiare fut double; les bulles se croisèrent; le sacerdoce flotta entre deux souverains; les fidèles furent obligés d'opter entre ces deux chefs, qui se prétendaient également infaillibles, et la majesté de la religion se trouva singulièrement compromise et affaiblie par un conflit scandaleux. Les deux papes, pour constater leur pouvoir, multiplièrent les actes d'autorité ; ils nommèrent de nombreux cardinaux parmi lesquels on élut à Rome le successeur d'Urbain, et à Avignon l'héritier de Clément. Ce déplorable état de choses durait depuis environ trente ans, lorsque, pour y mettre fin, un concile se réunit à Pise au mois de juin 1409, juste un siècle après la première translation du saint-siége en Provence. — Le pape de Rome, qui était alors Grégoire XII, et le pape d'Avignon, Renoit XIII , furent destitués, et le concile élut Pierre de Candie, archevêque de Milan, qui se nomma Alexandre V.
L'arrêt du concile de Pise ne fut pas mieux écouté que ne l'avait été celui du conclave de Forli. Le mal ne fit que s'accroître : au lieu de deux papes, il y en eut trois. Chacun, selon ses moyens et sa fortune, prit sa part du monde chrétien : — Renoît eut l'Aragon, Valence, la Sardaigne, la Sicile et l'Ecosse; — Grégoire eut le royaume deNaples, et quelques villes d'Italie; — Alexandre eut le reste de la chrétienté.
Un an après son élection, Alexandre mourut, et le conclave qui l'avait nommé institua pour son successeur le cardinal Ralthazar Cossa, qui devint Jean XXIII.
Il y avait donc toujours trois papes, — c'est-à-dire deux de trop.
Ce schisme était pour l'Église une plaie dévorante; mais l'hérésie que le concile venait combattre était un fléau plus menaçant encore et plus difficile à étouffer.
Né en Rohême dans un pauvre village dont il prit le nom, Jean Huss s'était élevé par son intelligence et ses talents au-dessus de l'humble condition à laquelle il semblait condamné. L'Église lui ouvrit le chemin de l'étude, et se plut à cultiver de brillantes dispositions que la misère et l'abandon auraient peut-être étouffées.
Jamais bienfait ne fut plus mal placé. L'ingrat élève se fit des armes terribles avec les leçons qu'il avait reçues, et il s'en servit pour frapper le sein de son institutrice. Les principes subversifs du réformateur anglais Wicleff avaient pénétré en Bohême par l'entremise de quelques jeunes gens sortis de l'université d'Oxford; Jean Huss s'empara de ces dogmes hérétiques, il les appuya sur de nouveaux arguments, il les enrichit de ses propres théories, et quand sa formidable doctrine fut ainsi créée, il la répandit par d'éloquents écrits et de véhémentes prédications.
L'hérésie fit bientôt des progrès immenses. Jean Huss lui prêtait non-seulement les séductions du talent, mais encore l'autorité d'une haute position. Il avait été nommé recteur de l'université de Prague, et il commença par chasser de l'école tous ceux qui ne s'enflammaient pas à ses discours. L'audacieux novateur attaquait violemment le culte catholique ; il battait en brèche la constitution du christianisme ; il niait la Vierge, proscrivait les saints, destituait le pape et foulait aux pieds toutes les dignités ecclésiastiques. Selon lui, la croyance devait s'attacher à Dieu seul, répudier son entourage céleste et les dominateurs de son Eglise. Il flattait les passions populaires en prêchant la liberté , l'égalité, l'abandon des privilèges, la haine du luxe et des vanités de ce monde, qu'il fallait, disait-il, extirper parle fer et par le feu. Aussi plus d'une fois, à la fin du prêche, les auditeurs, entraînés par un enthousiasme furieux , allaient mettre en action les maximes de l'orateur, et porter l'incendie et le meurtre dans les couvents.
On laissait faire Jean Huss et ses fanatiques partisans. Il n'y avait en Bohême aucun pouvoir assez énergique pour s'opposer à ce déchaînement. Le roi Yenceslas, qui s'était senti trop faible pour porter la couronne impériale, vivait dans la mollesse et les plaisirs honteux. La reine, Sophie de Bavière, protégeait ouvertement Jean Huss, qu'elle avait pris pour confesseur. L'hérésie marchait donc en toute licence, lorsque deux professeurs de théologie dénoncèrent Jean Huss au pape Alexandre Y, qui l'excommunia.
Le réformateur ne voulut pas accepter l'arrêt pontifical, et il en appela au concile de Constance ; c'était pour lui une belle oc-
casion de déployer son esprit de révolte et de donner à sa doctrine un grand retentissement. Deux mille de ses ardents prosélytes se présentèrent pour raccompagner; il refusa cette formidable escorte, et n'amena avec lui que Jérôme, le plus Taillant de ses disciples.
Cependant il ne se dissimulait pas le péril de la mission qu'il allait entreprendre ; mais il crut n'avoir plus rien à redouter lorsque l'empereur Sigismond lui eut envoyé un sauf-conduit pour lui et un autre pour son compagnon.
Pleins de confiance dans cette garantie, le maître et le disciple sortirent de Prague, et se dirigèrent vers Constance à petites journées. Chemin faisant, JeanHuss semait sa doctrine; il s'arrêtait dans chaque ville, dans chaque bourg, et il prêchait l'hérésie" à la foule qui s'assemblait pour l'écouter. Arrivé à Constance, il continua bravement ses prédications, et certes il avait beau jeu pour tonner contre les vices du haut clergé dans cette ville pleine de débauches, où le bruit des fêtes profanes et des orgies effrénées retentissait de toutes parts; — où, disent les naïves chroniques du temps, on avait été obligé d'enrôler trois mille courtisanes pour le service des gens d'épée et des prélats.
Exaspérés de l'audace que déployait le prédicateur, et ne pouvant lui interdire la place publique où il pérorait habituellement au milieu d'un grand concours de peuple , les membres du concile se plaignirent à l'empereur, et l'empereur fit arrêter et emprisonner Jean Huss, malgré le sauf-conduit qu'il lui avait donné.
Après cet acte de déloyauté, le concile s'ouvrit. Jean Huss y comparut, non plus comme un novateur qui vient expliquer et soutenir ses doctrines, mais comme un accusé menacé d'une condamnation capitale. Son courage ne fut pas abattu par la violence qui lui montrait combien sa cause était désespérée. Il se présenta fièrement devant ses iuges, et il engagea contre eux une lutte pleine de hardiesse, d'éloquence et d'exaltation. Plus d'une fois, l'assemblée fut déconcertée par la profondeur de ses arguments et la vivacité de ses attaques. Il y avait là, cependant, les plus grands esprits et les plus fortes têtes de l'Église. Le célèbre Gerson, chancelier de l'université de Paris, s'empara du débat, et déploya, dans ses improvisations latines, toutes les ressources de l'art oratoire
et de la logique la plus brillante. Jean Huss combattit vaillamment ce puissant athlète; mais que pouvaient ses efforts? Chacune de ses répliques soulevait des clameurs d'indignation ; chaque parole de son adversaire était appuyée par toutes les voix de l'assemblée. Lorsque ce duel inégal eut lassé la patience des juges, ils le terminèrent brusquement et d'un seul mot, en déclarant que le réformateur était vaincu. Alors le cardinal Brogni, président du concile, somma l'accusé de rétracter sa doctrine et d'abjurer ses hérésies. Jean Huss, le sourire aux lèvres, répondit par un refus dédaigneux.
On le reconduisit dans sa prison, et les juges ajournèrent la sentence au lendemain.
La nuit étant venue, la porte du cachot de Jean Huss s'ouvrit; deux hommes entrèrent.
L'un était le geôlier; il apportait un flambeau allumé qu'il plaça sur un banc, puis il se retira.
L'autre resta debout devant le prisonnier, qui dormait sur la paille, et il l'appela par trois fois.
Tiré de son sommeil, Huss souleva péniblement sa tête appesantie, s'accouda sur la paille qui lui servait de lit, et s'écria :
« Que vois-je? l'empereur ici!
— Oui, répondit Sigismond.
— Que me voulez-vous ?
— Te sauver.
— C'est votre devoir ; car, si je suis captif, c'est au mépris d'un engagement sacré.
— Point de vaines récriminations; les moments sont précieux. Tu sais le sort qui t'attend : une seule chance de salut se présente pour toi.
— La volonté de l'empereur suffît pour rompre mes fers.
— Non, tu appartiens à tes juges; mais je puis encore les désarmer et les contraindre à recevoir ta soumission tardive. Donne-moi, écrite et signée de ta main, la rétractation qu'ils t'ont demandée, et tu seras absous ; tu auras ta grâce pleine et entière.
— Vraiment! j'aurai ma grâce? Et qui m'en répond?
— Moi.
— Et qui me répondra de votre parole, Sire?
— Misérable ! tu oses me braver ! . . .
— Le lieu où je suis, les fers que je porte, vous outragent plus que tout ce que je pourrais vous dire.
— Ainsi, tu refuses la vie et la liberté que je t'offre?
— Je refuse vos conditions.
— Songe qu'il n'y a pour toi ni pitié ni merci à espérer!
— Je le sais. Nos destins s'accompliront. Vous resterez parjure, et je serai martyr. »
Cela dit, le prisonnier laissa retomber sa tête sur son oreiller de paille, et l'empereur sortit.
Le lendemain, le concile se réunit dans la cathédrale. On amena Jean Huss, revêtu de ses habits de prêtre, et le vieux cardinal Brogni prononça la sentence d'une voix brisée par l'âge et par l'émotion.
Cette sentence déclarait Jean Huss prêtre indigne, blasphémateur impie, suppôt de Satan, profanateur sacrilège de la sainte religion catholique, et, comme tel, condamné à périr par le feu.
Aussitôt que le dernier mot de l'arrêt eut été prononcé au milieu d'un silence profond, le condamné fut conduit au milieu de l'église, on le fit s'agenouiller; sept évêques l'entouraient; chacun lui arracha un de ses ornements sacerdotaux, et lorsqu'il eut été ainsi dépouillé de tout ce qui appartenait à l'Église, on le coiffa d'un grand bonnet pointu sur lequel était peinte l'image du diable.
Alors l'empereur Sigismond se leva et appela l'électeur palatin, chef de la garde du concile.
« Comte, lui dit-il, l'épée a été remise entre vos mains pour punir ceux qui font le mal; prenez donc cet homme et châtiez-le comme il le mérite. »
Les soldats de l'électeur s'emparèrent du condamné et le menèrent au château de Gottlieben, où il fut chargé de fers et plongé dans le cachot le plus sombre et le plus étroit. Il ne revit la lumière que pour être conduit à la mort.
Le bûcher avait été dressé devant la porte du château, à une petite distance de la ville. Jean Huss fut traîné sur une claie de la prison au supplice. Sa fermeté ne se démentit ni dans les
outrages ni dans les tourments; son front était serein, sa voix assurée faisait entendre de pieux cantiques. Ses livres furent d'abord jetés au feu., et il sourit à ce vain simulacre. Puis on l'attacha au poteau, les flammes brillèrent, et le martyr continua de chanter tant que le souffle lui resta.
Quelques mois après le supplice du maître, ce fut le tour du disciple. Jérôme de Prague ne s'était pas laissé arrêter sans résistance. Cet hérétique se distinguait par une vigueur et une violence excessives. Un jour, à Prague , il discutait avec un homme sur un pont ; et comme il trouvait que son interlocuteur ne se rendait pas assez vite à ses raisons, et ripostait avec une certaine habileté, il le prit par le milieu du corps et le jeta dans le fleuve.
Mais, après s'être abandonné à un premier mouvement d'impétuosité, il redevint calme et patient en face de ses juges.
Comme Jean Huss, Jérôme de Prague périt sur le bûcher.
Cependant le concile s'occupait aussi d'anéantir le schisme. Le pape Jean XXIII, prévoyant qu'on lui ferait un mauvais parti, s'était enfui de Constance, déguisé en paysan, pour se réfugier d'abord à Schaffouse, puis à Fribourg en Brisgau, sous la protection du duc d'Autriche, son ami; mais bientôt le duc d'Autriche, craignant la colère de l'empereur Sigjsmond, livra le pape à la juridiction du concile. Ce souverain pontife, qui avant d'entrer dans l'Eglise avait exercé le métier de corsaire, continuait ses déprédations sous la tiare. Convaincu de mauvaises moeurs, de concussion et de simonie, il fut dépossédé de la papauté et renfermé dans ce même château de Gottlieben où Jean Huss avait subi les rigueurs de la plus dure captivité.
Deux papes restaient encore. L'un, Grégoire, abdiqua au concile par l'entremise de son procureur Carlo Malatesta; l'autre, Benoît, ne comparut pas, et fut solennellement déposé par h concile de Constance, comme il l'avait été au concile de Pise.
Cela fait, à la place des trois pontifes qui encombraient le saintsiége, les cardinaux nommèrent pape Othon Colonna, qui prit le * nom de Martin Y.
Tels furent les travaux du concile de Constance, qui, malgré sa pompe et sa sévérité, ne produisit que des actes stériles.
Ainsi, le schisme continua de subsister. Frappé par les arrêts de deux conciles, mais soutenu par Alphonse, roi d'Aragon, de Valence, de Sardaigne et de Sicile, Benoît XIII resta pape, et après sa mort il eut un successeur nommé Clément VIII. Cet état de choses se prolongea onze ans après le concile de Constance, jusqu'à ce qu'enfin le roi Alphonse, s étant réconcilié avec le pape Martin, ordonna au pape Clément et à ses cardinaux de résigner leurs fonctions. Alors seulement l'unité rentra dans l'Eglise.
Quant à l'hérésie, le bûcher de Jean Huss redoubla ses ardeurs et ses violences. A peine la nouvelle du supplice fut-elle parvenue en Bohême que les sectaires de Jean Huss se soulevèrent furieux et implacables. Ziska, le plus terrible d'entre eux, se mit à leur tête, et cette armée dévastatrice, pillant les églises, saccageant les couvents, mettant à mort les prêtres, les moines, les religieuses, porta partout le ravage et la désolation.
La noblesse de Bohême avait d'abord soutenu les hussites. afin de prendre une large part des biens de l'Eglise ; mais ce calcul fut bientôt déjoué : l'hérésie, après avoir vaincu les prêtres , attaqua les nobles , qui , trop faibles pour résister à ces puissants ennemis , invoquèrent le secours de l'empereur Sigismond.
Ziska défit huit fois l'empereur en bataille rangée. Il fallut entrer en accommodement avec lui ; mais, au moment de signerla paix à des conditions avantageuses, il mourut de la peste. Les hostilités continuèrent, jusqu'à ce qu'enfin un des lieutenants de l'empereur défit les hussites commandés par les deux frères Procope, qui avaient pris le commandement après la mort de Ziska. Les hussites vaincus se dispersèrent dans toute l'Europe, et c'est de cette époque mémorable que datent les bohémiens errants.
Les mânes de Jean Huss furent donc vengés par de terribles représailles, non-seulement en Bohême, mais dans toute l'Allemagne et à Constance même. Le concile avait fait jeter dans le Rhin les cendres du bûcher de Jean Huss : — les hérétiques prL rent leur revanche en jetant dans le fleuve toutes les reliques de saints qui se trouvaient dans les églises de Constance.
Il est des villes qui doivent être vues à travers le prisme de?
ilG L'ÉTÉ A BADE.
souvenirs historiques, parce que leur principal attrait est dans la comparaison de leur ancienne et de leur nouvelle fortune. Constance est une de ces villes-là. En se rappelant ce qu'elle fut, on cherche avec intérêt les vestiges de ce passé splendide ; c'est avec émotion , alors , qu'on visite la salle du concile dans un vieux bâtiment nommé le Kaufhaus, où l'on a conservé quelques meubles de l'époque , entre autres les fauteuils de l'empereur et du pape. A la cathédrale, on montre la place où se tenait Jean Huss lorsque sa sentence fut prononcée ; là se trouve aussi le tombeau de Robert Hallam , évêque de Salisbury, qui représentait l'Angleterre dans l'assemblée. Pendant le concile, la mort frappa plusieurs des juges de l'hérésie , et entre autres l'envoyé de l'empereur Jean Paléologue, l'illustre savant Manuel Chrysoloras, qui avait enseigné avec tant d'éclat les lettres grecques à Florence, àPavie, à Venise, à Rome, et dans les Etats de Galéas, duc de Milan. Le concile de Constance ne se composait pas seulement d'évêques, comme les conciles précédents ; on avait cherché à réunir dans ce suprême tribunal toutes les lumières de l'époque , et les grands esprits furent appelés à s'y asseoir au même rang que les grands dignitaires de l'Église. xChrysoloras avait été chargé de s'entendre avec l'empereur Sigismond sur le choix du lieu où se tiendrait le concile ; deux cardinaux partageaient avec lui cette mission , et son avis qui prévalut fit choisir Constance.
On montre encore aux curieux la maison où demeurèrent Jean Huss et Jérôme de Prague, avant que l'empereur Sigismond les eût logés dans un cachot. A une demi-lieue de la ville , on va voir les restes du château de Gottlieben , dont l'histoire conservera éternellement le nom , rendu si fameux par la captivité des deux hérétiques et du pape leur persécuteur ; et, pour suivre le drame dans toutes ses scènes, après avoir vu la salle du concile, l'église où la sentence fut prononcée , la prison où séjournèrent Jean et Jérôme, on termine le pèlerinage en s'arrêtant un instant à la place même où les victimes furent livrées aux flammes du bûcher.
Le lac de Constance offre l'attrait d'une promenade charmante, féconde en beaux aspects, et riche aussi de souvenirs historiques.
On fait en une journée, sur de rapides et commodes bateaux à vapeur, le tour de ce lac, qui est le plus grand de la Suisse, après le lac de Genève. En un seul jour et dans une même promenade, / on visite ainsi le grand-duché de Bade, la Suisse, le Wurtemberg, la Bavière et les Etats autrichiens, qui se partagent les bords du lac. Il est difficile de voir plus de pays divers en si peu de temps. Les points les plus intéressants, et où il faudra s'arrêter, sont : — la petite ville d'Arbon, appartenant au canton de Thurgovie ; — Bregenz, ville autrichienne située à l'extrémité du lac ; — Lindau, à la Bavière, jadis célèbre par ses chanoinesses ; son principal ornement est un antique mur romain dont la ruine imposante résiste à l'effort du temps; — Meursbourg, qui fait partie des possessions du grand-duché de Bade , ainsi que la ville d'Uberlingen et l'île de Reichenau. Il ne faut pas confondre ce Reichenau avec la petite ville du même nom, située dans le canton suisse des Grisons , et où, pendant la révolution française, le jeune duc d'Orléans, plus tard le roi Louis-Philippe, lutta dignement contre la misère de l'exil, et se fit de ses talents une noble ressource, en remplissant l'emploi de professeur de mathématiques dans le pensionnat du bourgmestre de Tscharner. L'île de Reichenau , du lac de Constance , fut jadis fameuse par son abbaye de bénédictins , qui eut pour fondateur saint Firmin , et dont les abbés étaient princes de l'empire. L'empereur Charles le Gros y fut enterré. Ce pusillanime empereur avait acheté deux fois la paix aux Normands qui ravageaient la Lorraine et la Neustrie ; deux fois il avait abaissé devant ces bandits la majesté impériale, en traitant honteusement avec eux de puissance à puissance, et en obtenant à prix d'or des conditions qu'il n'osait leur imposer les armes à la main. La diète de Tribur châtia cette lâcheté en dépossédant l'indigne souverain, qui se réfugia dans l'abbaye de Reichenau.
Les promeneurs ne font pas tous le tour du lac de Constance, mais pas un seul ne s'abstiendra d'aller visiter, à une lieue de la ville , sur le territoire suisse , dans le canton de Thurgovie , le château d'Arenenberg, où la reine Hortense, fille de l'impératrice Joséphine, et veuve de Louis Bonaparte, roi de Hollande, passa les dernières années de son exil et de sa vie. Le château
u8 L'ÉTÉ À BADE.
est resté meublé tel qu'il l'était pendant le séjour de la reine, qui y mourut en 1837. Tout en ce lieu conserve la mémoire d'une princesse qui sut orner sa haute fortune et ennoblir ses malheurs par les grâces de sa personne, les charmes de son esprit, la supériorité de ses talents, la grandeur de son caractère et l'inépuisable bonté de son âme. A ces titres , la reine Hortense était la digne parente de la princesse Stéphanie, grande-duchesse douairière de Bade, décédée récemment.
Supplice de Jean Huss.