‹ L'été à BadeChapitre 26 sur 46 · FRIBOURG EN BRISGAU · texte numérisé non relu

FRIBOURG EN BRISGAU

\ VALLÉE D'ENFER ( HCELLENTHAL ) .

En quittant Constance, le meilleur chemin ramène le voyageur sur ses pas jusqu'à Donaueschingen, et de là on se rend à Fribourg en cinq heures environ, et à travers la partie la plus curieuse et la plus sauvage de la Forêt-Noire. Les relais sont très-bien servis sur cette route; la malle -poste et les diligences circulent régulièrement, et un trouve à chaque station des calèches ou des cabriolets de louage conduits par des postillons dont le costume est plein d'élégance et d'originalité. Les postillons badois se font remarquer par leur

veste d'un jaune éclatant ; ils portent une trompette suspendue à un cordon garni d'énormes glands de laine rouge qui se balancent sur leur dos ; un chapeau rond en cuir verni, une culotte de peau de daim blanche , une ceinture rouge et des bottes à l'écuyère, complètent leur costume. Ils sont lestes et pimpants, mais ils n'en vont pas plus vite. C'est ici comme dans toute l'Allemagne : les chevaux de poste vont souvent au pas, quelquefois au trot, jamais au galop. Le postillon badois se fait un devoir de prodiguer les plus tendres ménagements à son attelage. Entre ses mains, le fouet est un objet de luxe, un vain simulacre, un pur symbole, comme le sceptre dans la main d'un monarque. Il encourage ses chevaux, il leur parle, il raisonne avec eux, il cherche à les convaincre par d'ingénieux arguments , il emploie la persuasion pour les déterminer à presser leur allure ; mais sous aucun prétexte il n'exerce la logique du fouet. Lorsque ses paroles ne produisent aucun effet, il a recours à la musique, et cela tout à la fois pour égayer l'attelage et pour distraire les voyageurs qu'il mène à petit train. Il leur joue, avec sa trompette, de vieux airs des montagnes , d'anciennes fanfares qui ont été sonnées jadis aux grandes chasses des ducs de Zœhringen et des comtes de Calw.Les chevaux s'animent, et les voyageurs prennent patience en écoutant ces naïves et joyeuses mélodies du temps passé.

C'est ainsi qu'on parcourt les vallées étroites , les pentes rapides et les vastes plaines qui s'étendent au sommet des montagnes de la Forêt-Noire. Çà et là, le clocher d'une église de village élève, au-dessus de la sombre verdure des sapins, sa flèche revêtue de feuilles d'étain qui brillent comme de l'argent. Aux deux côtés de la route , la piété des montagnards a planté de nombreuses croix portant l'image du Christ. Les premiers apôtres de la religion chrétienne ont visité cette contrée ; ils ont abrité leurs cellules et leurs autels sous les voûtes de ses rochers et à l'ombre de ses arbres séculaires. — La seule loi du christianisme a civilisé les habitants de la Forêt-Noire, grande et forte race, qui a conservé, mieux que tout autre peuple de la Germanie, les mœurs et la physionomie, la fierté sauvage et la rudesse robuste de ces anciens Teutons qui portèrent de si terribles coups aux légions romaines.

Page 1