‹ L'été à BadeChapitre 35 sur 46 · DE FRI BOURG A BADE · texte numérisé non relu

DE FRI BOURG A BADE

— Pourquoi cela, s'il yous plaît?

— Une affaire importante...

— Laquelle ?

— Je ne puis vous le dire.

— Des secrets pour moi? déjà !

— Je suis obligé de partir.

— Et où allez-vous?

— Oh ! très-loin : en Autriche, à Vienne.

— Eh bien! nous voyagerons ensemble. Le voyage n'est-il pas un délicieux emploi de la lune de miel?

— C'est impossible.

— Comment! monsieur, vous me refusez la première chose que je vous demande ! une chose si simple et dont vous devriez être enchanté ! Mais, prenez-y garde ! si vous refusez de m'épouser avant votre départ, ce sera peut-être moi qui refuserai de vous épouser à votre retour. Ne m'aurez-vous pas donné le droit de prendre ma revanche?

— ■ Yous ferez comme il vous plaira, madame.

— Quoi! vous me rendez ma parole?

— Je vous laisse toute liberté.

— C'est donc une rupture?

— Comme vous voudrez.

— Je l'accepte.

— Très-bien! c'est une affaire terminée.

Yoilà précisément où le baron voulait en venir. Sa nouvelle fortune changeait ses intentions. La veuve cessait d'être un bon parti pour lui. Le mariage, qui naguère était une excellente spéculation, devenait une sottise, une folie dont l'avare se sentait incapable.

— Quand je ne possédais qu'un revenu de cinq mille francs, se disait-il, j'avais trouvé une femme de dix mille ; maintenant que j'ai quarante mille livres de rente, je ne dois épouser qu'une femme de quatre-vingt mille. C'est clair, c'est juste, c'est infaillible.

Tout en faisant ce raisonnement et ce calcul, il partit pour Vienne, laissant la place libre à M. Albéric, qui se hâta de la prendre, — d'autant mieux qu'il l'avait bien gagnée.

Arrivé dans la capitale de l'Autriche, le baron se fit indiquer la demeure du banquier de la loterie. Il se présenta le sourire aux lèvres, l'air modeste et calme, comme un homme qui sait dignement porter le poids de la prospérité.

— A qui ai-je l'honneur de parler? demanda le banquier viennois.

Le baron se nomma, et attendit avec confiance l'effet que devait produire son nom.

Le banquier salua, et attendit que l'inconnu expliquât le motif de sa visite.

Le nom ne suffisant pas, le baron poursuivit en accentuant ses paroles :

— Je suis porteur d'un des billets que le sort a favorisés dans le tirage de votre dernière loterie.

— Vous avez gagné? reprit le banquier; c'est bien invraisemblable î

— Pourquoi donc?

— Parce que tous les billets gagnants nous ont été déjà présentés, et que tous les lots ont été distribués.

Troublé, mais conservant encore son illusion, le baron continua :

— Il y a erreur sans doute ; mais je suis en règle. Voici d'abord mon billet de loterie.

Et il le montra.

— Ce n'est pas là un des numéros gagnants, dit froidement le banquier.

— La preuve contraire est dans cette lettre d'avis que j'ai reçue.

Et il la montra.

— Je connais toutes les signatures financières de l'Allemagne, reprit le banquier, et je puis vous affirmer que celle-ci n'appartient à aucune maison de banque, et n'a jamais paru dans le commerce. Vous avez été joué; votre lettre est certainement une mystification.

— C'est impossible, car cette lettre contenait trois mille francs en bons billets de banque que j'ai changés contre de l'or.

— Yoilàune circonstance étrange en effet...

— Et qui détruit toute idée de mystification.

— Non pas ! Cela prouverait seulement que le mystificateur avait un grand intérêt à vous faire voyager.

Le baron ne comprit pas ce que l'on pouvait gagner à son absence de Paris ; mais ce qu'il fut forcé de comprendre, c'est que son billet de loterie ne valait rien. Le registre du banquier, parafé par les autorités compétentes, constatait régulièrement ' le fait.

Il quitta Vienne, désolé, confus, et très-intrigué de l'aventure. Retombé dans son état primitif et réduit à ses anciens cinq mille francs de rente, l'avare se -repentit d'avoir rompu avec la veuve aux dix mille livres ; mais il ne désespéra pas de renouer cette affaire, et ce fut son premier soin, aussitôt qu'il eut remis le pied sur le sol parisien.

Son voyage avait duré un mois.

— Le temps de me faire regretter ! se disait-il avec une superbe fatuité.

Mais quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il apprit à son arrivée que l'aimable veuve était mariée de la veille, et que M. Albéric était son heureux époux !

Ce fut un trait de lumière pour le voyageur. Il se rappela les paroles du banquier viennois, et il comprit qu'en effet quelqu'un pouvait avoir trouvé son compte à dépenser mille écus pour le faire voyager.

— Mille écus pour épouser dix mille livres de rente, c'est de l'argent bien placé ! pensa le baron en dévorant son dépit ; car il joignait à ses autres imperfections le défaut de n'être pas brave.

— Quelle heureuse invention que la loterie allemande ! disait l'aimable veuve devenue Mme Albéric ; je lui dois mon bonheur !

Depuis ce mariage, qui a eu lieu il y a sept ou huit ans, les deux époux passent l'hiver à Paris, et le reste de l'année moitié à Bade, moitié dans ce joli château que vous venez d'admirer.

Ancienne ville impériale, souvent citée dans les vieux diplômes et dans les annales militaires du pays, Offenbourg est situé à l'entrée de la vallée de la Kinzig. Il était jadis le siège du bail-

liage de l'Ortenau. Il faut s'arrêter à Offenbourg et visiter, près de cette jolie petite ville, le curieux château d'Ortenberg, qui était autrefois la demeure des seigneurs de la contrée, et qui, tombé en ruines sous les atteintes du temps, a été relevé, tel qu'il était à l'époque de sa splendeur, par un Russe, ami du moyen âge, M. le baron de Bergoltz.

On ira voir aussi, aux environs d'Offenbourg, les ruines du château de Stauffenberg, bâti dans le onzième siècle par Otton d'Hohenstaufen, évêque de Strasbourg.

C'est ici, c'est dans cette partie de l'ancien duché de Souabe que se trouve le berceau de l'illustre famille de Hohenstaufen qui occupe une si grande place dans les fastes de l'Allemagne. — Le premier Hohenstaufen qui inscrit son nom dans l'histoire s'allie à Conrad le Salique, combat avec ce prince et l'aide à se faire couronner empereur d'Occident. Dès le onzième siècle, les Hohenstaufen sont investis de la souveraineté en Souabe avec le titre de ducs. Mais ils ne s'en tiennent pas là, et bientôt un des princes de cette maison est nommé vicaire de l'empire, puis roi des Romains, puis enfin empereur sous le nom de Conrad III. Ce fut avec lui que commença la longue et sanglante lutte des Gibelins et des Guelfes. Conrad de Hohenstaufen était seigneur de Wiblingen, petite ville située dans la partie du cercle de Souabe qui forme aujourd'hui le royaume de Wurtemberg. De ce nom de Wiblingen, légèrement altéré, on fit le mot « Gibelin » qui servit à désigner les partisans de Hohenstaufen, opposés à ceux de Henri de Guelfe, duc de Bavière et de Saxe, qui lui disputait l'empire. La lutte des Gibelins et des Guelfes, éteinte en Allemagne par la défaite de ces derniers, se prolongea plus tard en Italie.

La maison de Hohenstaufen donna sept empereurs à l'Allemagne. Le plus célèbre fut Frédéric Barberousse , qui remplit le douzième siècle du bruit de son nom et du retentissement de ses exploits. Ses grandes qualités, ses brillantes actions l'avaient dès longtemps recommandé aux suffrages, lorsqu'il fut élu empereur en 1152. L'empire affaibli se raffermit sous son autorité. A peine investi du pouvoir, il pacifie l'Allemagne, donne un souverain à la Bavière, place sur le trône de Danemark un prince qui se reconnaît son vassal. Après avoir reçu à Aix-la-Chapelle la couronne

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d'argent de la Germanie, il ceint à Milan la couronne de fer de la Lombardie, et, à Rome, le pape Adrien IV place sur sa tête la couronne d'or de l'Empire. Le diadème des empereurs était formé de ces trois couronnes d'or, d'argent et de fer. Dans sa puissante main, l'épée de Ghaiiemagne frappait au nord et au midi, soumettait la Pologne et réduisait l'Italie à l'obéissance. Aussi les jurisconsultes italiens , réunis en congrès à Bologne , décidèrent-ils que l'empire du monde lui appartenait, et que le doute sur cet article était une hérésie.

Frédéric fut législateur autant que guerrier. Une de ses gloires est la protection qu'il accorda aux lettres, aux sciences, et le soin qu'il mit à les faire fleurir et fructifier dans ses États.

Cette illustre maison d'Hohenstaufen s'éteignit en 1268, par la mort tragique du jeune et infortuné Conradin.

Le château de Stauffenberg, dont les ruines se recommandent à l'attention et à l'intérêt des touristes, est célèbre par la légende que voici :

Le chevalier Pierre de Stauffenberg revenait un jour de la chasse au coucher du soleil; il s'était séparé des gens de sa suite, et il chevauchait seul dans la campagne, accablé de fatigue et dévoré d'une soif ardente. Tout à coup il fut agréablement surpris d'entendre le murmure d'une source qui coulait sous d'épais ombrages. Le chevalier mit pied à terre, quitta le sentier et entra dans le taillis. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque, arrivé près de la fontaine, il aperçut, assise sous un chêne, une jeune et belle demoiselle, qui lui rendit gracieusement son salut en lui disant :

(( Soyez le bienvenu, messire de Stauffenberg. »

A ces mots, l'étonnement du chevalier redoubla. Comment cette belle jeune fille savait-elle son nom? Comment se trouvait-elle, seule, à pareille heure, dans ce lieu désert? D'où venait-elle? quel était son rang, sa famille?... Le chevalier fit toutes ces questions, et bien d'autres encore, auxquelles la charmante inconnue ne répondit qu'à demi, avec une finesse qui rendait plus piquant le mystère dont elle voulait s'envelopper.

Le chevalier de Stauffenberg était un jeune homme doué d'une imagination vive et ardente. Depuis quelque temps son cœur, encore neuf, ne demandait que l'occasion de s'enflammer. Pouvait-

il trouver mieux? La beauté de la jeune fille, sa grâce et son esprit, l'imprévu de la rencontre, l'originalité de la situation, tout se réunissait pour le séduire. L'entretien prit bientôt une tournure sentimentale; mais au moment où l'amoureux chevalier, emporté par sa passion, voulut prendre la main de la jeune fille et l'approcher de ses lèvres, la belle inconnue disparut.

Le lendemain, le chevalier revint à la fontaine, mais la jeune fille n'y était pas, et ce fut vainement qu'il l'attendit jusqu'au soir. Il ne se découragea pas cependant, et chaque jour il recommençait son amoureux pèlerinage. Tant de constance devait être récompensée. Le septième jour, à l'heure où le chevalier, après une vaine attente, s'apprêtait à reprendre tristement le chemin de sa demeure, il entendit une douce voix qui semblait sortir du fond des ondes et qui l'appelait; il s'agenouilla au bord de la fontaine, et la même voix, qui était bien celle de la jeune fille, et que son cœur ne pouvait méconnaître, lui dit : « Venez demain au point du jour, vous me reverrez. »

Les étoiles brillaient encore dans l'ombre de la nuit lorsque le chevalier arriva au rendez-vous. Une tendre impatience agitait ses esprits. Aux premières blancheurs de l'aube, la jeune fille parut tout à coup et comme par enchantement, belle et gracieuse, le sourire aux lèvres, les yeux baissés et le regard voilé par une chaste émotion. Elle n'avait pour parure qu'une robe blanche serrée autour de sa taille par une ceinture de joncs ; les boucles de ses blonds [cheveux étaient parsemées de gouttes d'eau qui semblaient des perles.

Emerveillé, ravi d'admiration, le chevalier s'agenouilla, et, joignant les mains, il conjura la belle inconnue de ne plus le priver de sa présence, et d'agréer l'offre qu'il lui faisait de son cœur et de sa main.

c( Écoutez-moi, reprit la jeune fille ; je n'appartiens pas à la terre : je suis une nymphe des eaux. On me nomme Léa. Mes sœurs et moi nous participons aux privilèges de la Divinité ; entre mille autres dons, le ciel nous a départi l'immortalité. Je puis renoncer à tous ces avantages, je puis descendre au rang des simples mortelles pour unir mon sort à celui d'un époux terrestre ; ce sacrifice, je l'accomplirai volontiers, si vous me jurez une

iidélité à toute épreuve et un amour qui durera jusqu'au tombeau.

— Sur mon honneur, sur la cendre de mes pères, sur ma vie dans ce monde et mon salut dans l'autre ; je le jure ! s'écria le chevalier... Oh! c'est là un serment facile et doux à tenir. Gomment cesser de vous aimer?

— Réfléchissez, continua Léa; une alliance avec moi peut vous être fatale. La puissance divine qui doit toujours veiller sur mon honneur vous frapperait de mort à votre première infidélité.

— Que le trépas le plus affreux soit mon juste châtiment si je cesse un seul instant de vous adorer !

— Eh bien, reprit la nymphe avec un tendre et pudique abandon, je crois en vous, votre amour m'a touchée, je consens à devenir votre épouse. Allez faire vos préparatifs; duns trois jours je me rendrai au château de Stauffenberg , où notre union sera célébrée. »

Cet heureux jour arriva trop lentement au gré des vœux du chevalier, mais enfin il arriva. Le matin, en entrant dans la grande salle qu'il avait fait décorer avec pompe pour recevoir sa fiancée, le sire de Stauffenberg trouva sur une table trois grandes corbeilles : l'une était pleine d'argent, l'autre pleine d'or, et la troisième remplie de pierreries : c'était la dot de l'épouse.

Un instant après, Léa parut suivie de ses compagnes. Les amis du chevalier et les vassaux de Stauffenberg lui présentèrent leur hommage; puis, prenant à part son futur époux, elle lui dit :

« II en est temps encore. Songez que si jamais vous trahissez la foi que vous allez me jurer, vous verrez tout à coup paraître à vos regards épouvantés le pied que voilà et qui sera le signe certain de votre mort prochaine. »

Disant ces mots, Léa releva le bas de sa blanche robe et montra au chevalier un de ses pieds mignons, qu'un enfant aurait caché dans sa main.

u Pourquoi ces sombres prévisions, Léa ? reprit le chevalier ; je suis à vous pour la vie. »

Tout était dit. Les deux amants furent unis.

Une année s'écoula dans les ineffables douceurs d'une félicité sans nuages. Au bout de ce temps, la guerre s'alluma dans le pays

des Francs. Le duc de Bourgogne fit un appel au chevalier de Stauffenberg , sou ami. La passion de la gloire ne s'était pas éteinte dans l'âme de l'heureux époux; il fit comprendre à Léa qu'il ne pouvait sans déloyauté refuser le secours de son bras invoqué par un prince avec lequel il avait formé un traité d'alliance. Ce fut à peine si Léa osa hasarder quelques timides objections ; elle céda, et le chevalier partit.

C'était une rude guerre. Le duc de Bourgogne avait affaire à de redoutables ennemis, et sa fortune chancelait, lorsque le chevalier de Stauffenberg lui vint en aide avec une troupe d'élite, composée des plus vaillants hommes de l'Ortenau. Dès ce moment la chance tourna. Le chevalier se distingua par des actions héroïques, il fit triompher les armes du duc de Bourgogne ; il lui sauva la vie dans un combat, et il lui donna, avec la victoire, une paix qui agrandissait son domaine et assurait à jamais les droits de sa couronne.

Des services si éclatants méritaient une récompense. Le duc, plein de reconnaissance, offrit à son noble et vaillant allié la main de sa fille.

Le chevalier, il faut bien le dire, n'avait pas été insensible aux attraits de la belle princesse Clotilde de Bourgogne. L'inconstance s'était glissée dans son cœur. Attiédi par une année de félicité, son amour pour Léa n'avait pas résisté à l'épreuve de l'absence. Il aimait Clotilde, et à ce nouveau sentiment venait se joindre l'ambition d'une illustre et puissante alliance.

Mais pouvait-il songer à contracter cette union si désirée, lorsque déjà des liens sacrés l'unissaient à une autre ? La droiture de son caractère ne lui permettait pas la dissimulation ; il fit au duc le récit de son aventure merveilleuse, et le duc, après avoir écouté avec attention les détails de cette histoire romanesque , répondit en souriant que c'était là un engagement fantastique qui n'avait rien de sérieux. Le chapelain, consulté à son tour, dit au chevalier qu'il avait été dupe des artifices d'une magicienne, et que, pour le salut de son âme, il devait se hâter de rompre cette intrigue diabolique.

Dès lors le chevalier n'eut plus de scrupules, son second mariage fut décidé ; mais, comme on voulait que la cérémonie eût une

grande pompe, on convint de prendre un délai de quinze jours avant la célébration des noces.

La veille du jour où le mariage devait avoir lieu, un des gens de Stauffenberg arriva auprès du chevalier et lui annonça que Léa avait disparu du château.

Il se trouvait que cette disparition avait eu lieu le jour même où le chevalier avait accepté la main de Clotilde.

« C'est toujours de la magie , » dirent le duc et le chapelain.

Les apprêts du mariage continuèrent, et, en attendant la solennité du lendemain, on alla dîner dans une maison de plaisance que le duc possédait à deux lieues de sa capitale.

Pendant le repas, le chevalier de Stauffenberg, placé à côté de sa fiancée, pâlit tout à coup, ses cheveux se hérissèrent ; son regard était fixé sur la muraille, qu'il montrait en disant d'une voix étouffée :

« Yoyez î . . . voyez î . . . »

Les convives regardèrent et ne virent rien.

Le chevalier, seul , voyait sortir de la muraille un pied de femme, blanc et mignon... le pied que lui avait montré Léa en lui disant :

« Ce sera le signe certain de votre mort prochaine. »

« C'est une erreur de vos sens, lui dirent les convives ; chassez cette importune vision ! buvons à l'oubli du passé, à la sérénité du présent et aux joies de l'avenir !

— Oui, buvons ! « s'écria le chevalier, qui voulait chercher au fond de son verre l'assurance qui n'était pas au fond de son cœur.

Il but tant et si bien que , lorsqu'il monta à cheval pour retourner à la ville, sa tête était pesante et sa raison égarée. A peine avait-il la force de se tenir en selle. A moitié chemin, il y avait une rivière à traverser ; les autres passèrent sur le pont, le chevalier voulut passer à gué ; mais à peine son cheval avait-il fait quelques pas, que soudain l'eau s'agite et tourbillonne ; le coursier s'effraye et désarçonne son cavalier, qui tombe et disparaît sous les flots courroucés.

On ne le revit plus. Mais le souvenir de ses aventures si triste-

ï 5*2 L'ÉTÉ A BADE.

ment dénouées est resté dans les traditions de FOrtenau , pour servir de leçon aux infidèles.

Après avoir parcouru Offenbourg et ses environs , nous reprenons le chemin de fer. Laissant de côté l'embranchement qui conduit à Kehl, où se trouvent les omnibus de Strasbourg, nous arrivons en moins de trois quarts d'heure à Achern, où vous descendez pour visiter l'hospice des aliénés.

Magnifiquement construit, distribué avec une rare intelligence, organisé avec les soins les plus éclairés , l'hospice d' Achern est un des plus beaux établissements de l'Europe ; il mérite au plus haut degré l'attention des savants et des philanthropes.

En quittant Achern on se retrouve à Saasbach, on rentre dans le rayon des promenades déjà faites aux alentours de Bade , et bientôt, quittant la grande voie qui conduit à Manheim, nous nous élançons sur l'embranchement qui, en quelques minutes, nous transporte à l'entrée de ce riant séjour, dont on s'éloigne lentement et où l'on revient à tire d'aile.

Une maison de la Forêt-Noire.

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