LES NOUVEAUX SALONS
livrés aux constructeurs, et le palais s'enrichit de quatre nouveaux salons qui seront consacrés aux grandes fêtes, et particulièrement aux réunions d'élite formées par les hôtes distingués, élégants, illustres, qui font de Bade leur séjour de prédilection.
Un de ces salons nouveaux, le premier dans lequel on passe en sortant des anciens salons, est décoré dans le style majestueux et grandiose du dix-septième siècle, avec son plafond en voussures et sa coupole ornée de sculptures gracieuses et de peintures allégoriques. On y voit le Rhin superbe qui baigne les rives fortunées du grand-duché, et l'Oos, la rivière aux flots argentés et rapides, qui traverse les jardins de Bade. Dans les panneaux des boiseries s'enlacent et se déroulent, sur un fond d'or, des arabesques dans le goût de Jean Bérain, dessinateur ordinaire de la chambre et du cabinet du roi. De riches tentures en damas de soie, tissées par les habiles ouvriers de Lyon, se couronnent d'un splendide lambrequin taillé et festonné selon les modèles du temps. La vaste et monumentale cheminée en marbre blanc, montant jusqu'au plafond, les meubles dorés, les consoles, les glaces de Venise, la marqueterie de Boule, les lustres aux cristaux étincelants, tout dans la décoration de cette salle est conforme au goût le plus noble et le plus pur du grand siècle, tout dans ces ornements somptueux justifie le titre de salle Louis XIV, — et c'est véritablement là un des beaux salons du palais de Versailles, au temps où florissait le grand roi.
De la salle Louis XIV, on peut voir, par deux larges baies ornées de cariatides accouplées, deux autres salons de styles tout différents. — C'est d'abord le salon des fleurs , en stuc blanc tapissé de treillages dorés et de fines arabesques ; tout autour se développe un bassin de marbre blanc dans lequel croissent et s'épanouissent les plantes les plus rares, les fleurs les plus belles et du parfum le plus suave, dominées par de gracieuses statues et de jaillissantes fontaines. Au milieu de la salle s'élève une jardinière à quatre étages, contournée par des sièges. Un large panneau vitré et une coupole évidée laissent pénétrer l'air et le soleil autant qu'il le faut pour vivifier la végétation. Rien de plus frais et de plus riant que ce délicieux salon-serre, dont l'architecture et
l'ornementation reproduisent les élégantes fantaisies du temps de Louis XYI.
"Vient ensuite une autre salle moins vaste, décorée dans ce goût charmant que l'on nomme le style Pompadour. Les lustres étincellent, les lambris sculptés et dorés affectent les formes de la plus exquise coquetterie, les feuillages d'or grimpent et serpentent sur les glaces, l'étoffe des tentures et des meubles est fleurie de bouquets printaniers. Au fond du salon un vaste canapé circulaire invite au repos. Tels étaient dans leur luxe royal les délicieux appartements de Trianon et de Marly.
Ces trois salles, qu'un même regard embrasse, forment l'ensemble le plus pittoresque. La variété de leur richesse , le contraste de leur style, sont d'un effet saisissant et enchanteur.
Du salon Pompadour et du salon des fleurs , deux portes s'ouvrent dans la nouvelle salle de bal construite sur l'emplacement de l' ancien théâtre. C'est la plus spacieuse du groupe; elle prend jour du côté de la montagne par trois grandes ouvertures qui forment en même temps six portes de glaces. Sa couleur dominante est le blanc rehaussé par des ornements d'or. D'élégantes colonnes supportant de riches frontons cintrés , de gracieuses figures tenant des gerbes de lumière, les girandoles, les lustres, les vasques remplies de fleurs, la cheminée artistement historiée, les peintures des espaces vides entre les pans coupés , représentant des jardins et des architectures en perspective dans le goût des maîtres italiens, tout dans la décoration de cette salle appartient au grand style de la Renaissance. Un magnifique plafond à compartiments encadre d'une balustrade à jour un ciel dans lequel voltige un orchestre aérien d'enfants ailés, amours et génies, armés de leurs instruments mélodieux. Aux angles posent des figures allégoriques avec les attributs qui les font reconnaître ; ce sont: l'Agriculture, l'Armée, la Marine, l'Industrie, la Noblesse, la Richesse, la Reauté, les Sciences, les Arts. — Les armoiries des principales villes du grand-duché de Rade, les armes et le chiffre du prince régnant, complètent cette somptueuse décoration.
La description ne saurait 'donner qu'une idée bien faible de ces quatre magnifiques salles. L'art du dessinateur n'en fournit