‹ L'été à BadeChapitre 41 sur 46 · LA CHASSE ET LE DÉPART · texte numérisé non relu

LA CHASSE ET LE DÉPART

Aux approches de l'automne, la chasse vient ranimer la saison qui touche à son déclin. Le signal s'est fait entendre; le cor retenti dans les forêts] qui couvrent ce beau payHTussitôt de toutes parts accourent les veneurs. On aura une idée de ces fêtes forestières en lisant quelques fragments d'une lettre écrite l'année dernière par le prince russe Alexis D...

Avant de suivre la chasse , disons , — en passant , — que les Russes jouent un grand rôle dans l'été de Bade. Les représentants de l'empire moscovite sont toujours nombreux au congrès

de l'aristocratie européenne, et il faut leur rendre cette justice , que la plupart d'entre eux se font remarquer par la noblesse de leurs manières et la distinction de leur esprit. Ils ne le cèdent à aucune autre nation en politesse et en bon goût, en élégance et en libéralité. A les voir et à les entendre, on revient bien vite du préjugé vulgaire qui voudrait nous représenter ce peuple comme plongé dans une demi-barbarie entretenue par un joug tyrannique. Bade réhabilite les Russes et chante les louanges de l'empereur de toutes les Russies.

Voici ce qu'écrivait le prince Alexis D... à un de ses amis de Paris, le comte de B...

« Bade, le 5 octobre 1845.

« Nous avons eu hier la première grande chasse de la saison.

« Le rendez-vous était indiqué au village de Schiftung. Le sanglier devait être lancé au grand bois de Bannwald, près de ce village. Nous étions plus de cent chasseurs, tous parfaitement équipés; une société nombreuse, — tout ce que Bade possède de plus distingué, — s'était réunie pour assister au spectacle vraiment curieux de notre chasse. Le danger qu'il pouvait y avoir ^au moment où l'animal, attaqué de toutes parts, chercherait une issue contre les cavaliers et les chiens, n'a point empêché les dames les plus élégantes de se rendre sur le terrain et d'y demeurer jusqu'au dénoûment. Plusieurs d'entre elles sont même montées à cheval et ont suivi , avec une rare intrépidité , les chasseurs les mieux exercés et les plus déterminés.

« Après une heure de course, le sanglier, harcelé par douze chiens et par les cavaliers qui le serraient de près, a fait tête à la meute, et, par un brusque retour, s'est précipité au milieu de la chasse. Les chiens ont évité son attaque avec beaucoup d'adresse, sans l'abandonner. Plusieurs ont cherché à le coiffer sans pouvoir y réussir. Dans ce moment, plusieurs cavaliers, et j'étais du nombre, mirent pied à terre, et, le couteau de chasse à la main, nous l'attaquâmes vivement. Alors il battit en retraite et se dirigea vers une petite rivière, où un jeune officier de l'artillerie baioise, excellent chasseur, le suivit résolument. IVJais, au moment où il frappait le sanglier, le chasseur glissa, et le sanglier furieux

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