‹ L'été à BadeChapitre 43 sur 46 · RASTADT · texte numérisé non relu

RASTADT

développèrent de bonne heure. Puis, de ces jeux passant à la réalité, le prince Louis alla demander au célèbre Montecuculli de lui enseigner l'art de la guerre, et il fit ses premières armes dans la mémorable campagne d'Alsace, qui fut la dernière campagne du grand Turenne. Étudier sous Montecuculli en combattant Turenne, c'était bien débuter. Le jeune prince signala par de brillants exploits son entrée dans la carrière; il montra tout d'abord les qualités qui font le héros, et il sut bientôt acquérir les talents qui doivent distinguer le général. A la paix de Nimègue, il retourna dans sa capitale, couvert de gloire et aspirant à de nouveaux combats. Ses vœux ne tardèrent pas à s'accomplir. La guerre éclata entre l'Autriche et la Porte Ottomane. Aussitôt le prince Louis se met à la tête de ses braves Badois, traverse l'armée ennemie, et se jette dans Vienne assiégée. Sobieski et le duc de Lorraine marchent au secours de cette ville, et le prince Louis en sort comme il y était entré, par un prodige d'audace que couronne le succès. Il rejoint les alliés de l'Autriche, combat avec eux, et Vienne est délivrée après une sanglante bataille où les Turcs essuient une déroute complète. La campagne continue, et le prince de Bade poursuit le cours de ses exploits triomphants. A ses côtés combat le prince Eugène de Savoie, et les deux jeunes héros nouent sur le champ de bataille les liens d'une étroite amitié. Mais d'autres ennemis déclarent la guerre à l'Autriche, les Français entrent en Allemagne; le duc de Lorraine marche vers le Rhin et laisse le prince Louis à la tête de Farinée du Danube. Le voilà général en chef, et, à peine investi du commandement suprême, il va se placer au rang des plus grands hommes de guerre. Il livre bataille aux Turcs sous les murs de Nissa, et remporte une éclatante victoire. L'ennemi lui demande une revanche à Salankemen, et la victoire fidèle vient ajouter une nouvelle couronne au laurier de Nissa. Deux fois victorieux, le prince Louis de Bade entend gronder le canon dans les plaines de la Souabe, et il reprend le chemin de ses Etats, traînant à sa suite de nombreux prisonniers. Ce fut un curieux spectacle pour Rastadt de voir revenir son prince avec ce cortège de captifs et de captives, revêtus de leurs costumes ottomans* Il y avait là tout un harem enlevé à un pacha, jeunes et belles femmes de la Géor-

gie et de la Grèce, que le margrave attacha au service de la princesse Sibylle, son épouse. Les prisonniers furent employés aux travaux publics ; le peuple a conservé leur souvenir : c'est ainsi qu'à Bade on appelle encore un chemin situé près du nouveau château, le chemin des Turcs, parce qu'il a été fait par les prisonniers du prince Louis. Après avoir déposé à Rastadt les trophées de sa brillante campagne du Danube, le prince se hâte d'aller combattre les Français qui sont en Souabe. Il reprend Heidelberg; il tient tête au grand dauphin et au duc de Lorges. Les hostilités cessent un instant pour recommencer avec une ardeur nouvelle dans les plaines de l'Alsace, où le prince Louis retrouve le souvenir de ses premiers exploits qu'il renouvelle. Sobieski meurt, la couronne de Pologne est vacante ; le prince se met sur les rangs pour l'obtenir. On lui préfère l'électeur de Saxe, et il se console en reprenant les armes dans la guerre que rallume la succession d'Espagne. L'armée impériale marche sous ses ordres : il combat Mélac, Yillars et Catinat ; il se fortifie dans les belles lignes de Stollhofen, les plus admirables retranchements que le génie d'un homme de guerre ait jamais tracés depuis César jusqu'à nos jours. Ce chef-d'œuvre termina glorieusement la carrière du prince Louis de Bade, qui mourut à Rastadt en 1707, après avoir fait vingt-six campagnes, assisté à vingt-cinq sièges, et combattu dans treize batailles rangées.

La postérité a confirmé pour le prince Louis le jugement de ses contemporains, en le plaçant au même rang que Turenne et Condé.

Sa veuve, la princesse Sibylle, fit construire le château de Rastadt, qui encore aujourd'hui est décoré des trophées que le prince rapporta de ses campagnes contre les Turcs.

On vous montrera, symétriquement rangés dans de vastes armoires vitrées, les riches vêtements, les selles brodées d'or et d'argent, les sabres et les yatagans aux poignées enrichies de pierreries, les fusils, les pistolets et les étendards conquis sur les champs de bataille de Nissa et de Salankemen ; au milieu de ces glorieuses dépouilles, vous pourrez voir et toucher l'armure du vainqueur: le casque, la cuirasse, les gantelets et les éperons du prince Louis.

Dans une des salles du château se trouvent les portraits des

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