RASTADT
quatre sultanes favorites enlevées au pacha et qui furent amenées captives à Rastadt. Elles sont représentées en pied, de grandeur naturelle et dans tout l'éclat de leur parure orientale. Une de ces quatre odalisques, surtout, a dû par sa beauté donner quelques inquiétudes à la jalousie de l'ardente princesse Sibylle.
C'est à Rastadt queVillarset le prince Eugène se concertèrent pour mettre fin à la guerre de succession. Plus tard, en 1796, d'autres conférences diplomatiques engagées à Rastadt eurent un sinistre dénoûment. Fatigués des lenteurs que leur opposait le cabinet autrichien, les plénipotentiaires de la république française s'étaient décidés à retourner en France, lorsqu'à un quart de lieue de Rastadt, ils furent attaqués et massacrés.
Mais, hâtons-nous de le dire, lesRadois sont purs de ce crime. A chacun ses œuvres. Le grand-duché de Rade protesta par une généreuse indignation contre lemeurtre impie qui avait souillé son territoire.
Entre Rastadt et Carlsruhe la route passe par Ettlingen, à l'entrée de la vallée d'Alb, où les Romains avaient des établissements considérables. Là, comme partout, on trouve des vestiges de leur séjour. Une pierre consacrée à Neptune est incrustée sur le pont de la ville ; et, dans ses environs, des fouilles habilement faites au commencement de ce siècle ont découvert de beaux restes de bains antiques. Les montagnes qui dominent l'Alb sont profondément sillonnées par la trace indestructible d'une voie romaine
L'armée française, commandée par le général Moreau, remporta, en 1796, à Ettlingen , une victoire mémorable sur les Autrichiens.
Le voyageur curieux, qui voudra voir tous les endroits dignes d'intérêt, n'ira pas de Rastadt à Carlsruhe sans se détourner de sa route pour visiter Pforzheim, jolie petite ville, pittoresquement assise sur trois rivières.
A chaque pas dans ce pays on rencontre un souvenir militaire. — Ici le maréchal de Lorges battit le duc de Wurtemberg. Pforzheim excelle dans l'horlogerie et l'orfèvrerie. C'est, dit-on, la ville la plus active et la plus industrieuse du grand-duché. Le savant philologue Reuchlin naquit à Pforzheim ; les margraves de Rade lui confièrent d'importantes missions politiques, et il s'éleva rapi-
dément à une haute fortune qu'il gâta par quelques erreurs. L'étude de l'hébreu l'avait initié aux sciences occultes, qui lui inspirèrent une passion aussi ardente que sincère; il écrivit plusieurs ouvrages sur les doctrines cabalistiques, et, sous ce rapport, il se montra digne de son nom, qui, en allemand, signifie petite fumée.
Il y a un siècle et demi, la place où s'élève aujourd'hui la ville de Caiisruhe était un simple rendez-vous de chasse au milieu de la giboyeuse forêt de Hartwald.
Le margrave Charles-Guillaume, qui régnait au commencement du siècle dernier, et qui était un chasseur intrépide, avait fait construire à cet endroit un élégant pavillon dans lequel il aimait à se reposer. Chaque fois qu'il faisait une halte en ce lieu après une excellente chasse, le prince se plaisait à contempler la beauté du site et les riches aspects de la forêt.
Un jour, un de ses courtisans lui dit :
« Vraiment, monseigneur, c'est dommage que votre château de Dourlach ne puisse pas être transporté ici, à la place de ce pavillon.
— Oui, certes, répondit le margrave ; mais, si je ne puis transporter le château de Dourlach, il m'est du moins possible d'en faire construire un autre ici, et c'est ce que je ferai. »
Ce projet se développa dans la tête du prince Charles-Guillaume, et acquit bientôt de vastes proportions.
Lorsque son architecte lui apporta le plan du château, tel qu'il l'avait demandé, le prince dit après l'avoir examiné :
«C'est bien, mais ce n'est pas tout.
— Comment ! reprit l'architecte ; aurais-je omis quelque détail dans mon plan?
— Non; comme architecture, le château me paraît complet et irréprochable ; mais il n'en a pas moins un grand défaut à mes yeux, un défaut auquel je n'avais pas songé d'abord.
— Et lequel?
— C'est qu'il est isolé. J'aime le mouvement et le bruit; je veux avoir du monde autour de ma résidence. Le moyen est bien simple : auprès du château nous mettrons une ville. »
Et, prenant un crayon, il dessina lui-même le plan de Carlsruhe. Le château et la ville s'élevèrent bientôt comme par enchante-