‹ L'été à BadeChapitre 5 sur 46 · DE STRASBOURG A KEHL · texte numérisé non relu

DE STRASBOURG A KEHL

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Quelques heures après, le convoi rentrait à Strasbourg, où un diner de deux cent cinquante couverts, servi dans la grande salle de l'hôtel de la Ville de Paris., attendait les invités français et badois de la Compagnie des chemins de fer de l'Est.

M. Weizel, ministre des voies de communication du grand-duché de Bade, était assis èt la droite de M. Perdonnet.

L'hospitalité de la Compagnie de l'Est a été princière. Deux discours seulement ont été prononcés : l'un par M. Perdonnet, qui, après avoir porté la santé de S. A. R. le grand-duc Frédéric de Bâcle, a fait comprendre en quelques paroles heureusement inspirées toutes les conséquences pacifiques de cette monumentale construction au double point de vue des intérêts moraux et des intérêts matériels des peuples qu'elle met en communication directe. De chaleureux applaudissements ont salué ces nobles paroles.

Au nom de l'administration badoise, M. Weizel a répondu à M. Perdonnet; mais il a répondu en allemand, et c'est avec du vin du Rhin qu'il a porté un toast à S. M. l'Empereur des Français.

Auprès de M. Weizel, qui représentait officiellement les chemins de fer badois, figuraient un grand nombre d'administrateurs des chemins de fer allemands qui sillonnent la Prusse rhénane, le Wurtemberg, la Bavière, l'Autriche, la Bohême, le Tyrol. Tous avaient accepté avec empressement une occasion solennelle de se mettre de nouveau en contact avec des hommes dont ils ont pu apprécier l'intelligence et le bon vouloir, qu'ils aiment et qu'ils estiment. C'était comme un congrès de chemins de fer. Ah ! qu'il serait peut-être bon qu'on n'en vît jamais que de pareils !

La Compagnie des chemins de fer de l'Est avait mis le théâtre à la disposition de ses invités. Tous, Allemands et Français, en ont usé.

L'administration des chemins de fer du ^rand-duché de Bade a voulu reconnaître, pour lui donner un caractère international, l'hospitalité qui lui avait été offerte si gracieusement sur le territoire français. En conséquence, le lendemain, un convoi pavoisé aux couleurs des deux pays, orné partout de guirlandes de feuillage et composé exclusivement de voitures badoises, emportait dans la matinée un grand nombre d'invités sur la rive droite du Rhin. Un wagon était réservé à un groupe de musiciens, et cet orchestre voyageur sonnait des fanfares à toutes les stations.

C'est ainsi que le convoi a traversé ce charmant pays qui unit les caractères de la grâce à ceux de la force, ces vastes prairies coupées de ruisseaux clairs, de vergers en fleur et de bois épais diposés comme un parc au pied même de la forêt Noire : le gazon vert au-

xiv INAUGURATION DE L'EMBRANCHEMENT

près des rails, la neige sur les hauteurs voisines ; un gai soleil de printemps donnait la bienvenue à cette expédition de l'industrie et de la paix.

La jolie ville de Bade était en fête. Les bourgeois étaient assis sur leurs balcons, des paysans debout dans la rue. Certaines villes d'Almagne me rappellent toujours cette légende qui prête à des nains aimables les fonctions de servantes disposées à laver la maison pendant le sommeil des maîtres. Au réveil, tout est fait. Ainsi est Bade ; on n'y trouve pas un grain de poussière, comme dans les heureux ménages protégés par les nains.

Des calèches sans nombre , conduites par les fameux cochers en livrée jaune, portant le cor de chasse en sautoir, attendaient les voyageurs et ont pris lestement le chemin du Vieux- Château. Le cortège s'est bientôt perdu sous l'ombre des sapins séculaires. Un chœur de chanteurs cachés dans les ruines, un orchestre d'instrumentistes rangés près de la porte du château, et un lunch servi sur la terrasse, ont permis d'admirer pendant une heure le splendide panorama de la vallée de l'Oos et des plaines lumineuses que traverse le Rhin.

C'était une promenade pittoresque avant le dîner offert dans la grande salle de la maison de Conversation, magnifiquement décorée. Près de trois cents personnes y ont pris part. M. Weizel, une fois encore au nom de ses confrères allemands, et M. Perdonnet, au nom de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, ont échangé quelques franches et nobles paroles comme la veille à Strasbourg, et, peu d'heures après, au soleil couchant, le convoi s'éloignait à toute vapeur.

L'hospitalité badoise a été telle qu'on aurait pu croire qu'elle voulait rivaliser de bonne grâce et de cordialité avec l'hospitalité française. Je ne puis pas, je l'avoue, me défendre d'aimer ce peuple, simple et bon, affectueux et brave, et je lui sais gré de tout ce qui peut contribuer à l'oubli d'injustes préventions et de ridicules méfiances,

Me permettra-t-on maintenant d'entrer dans quelques détails techniques sur l'embranchement de Strasbourg à Rehl et sur le pont fixe? Qu'on n'ait pas peur : je ferai de la science le moins possible.

L'embranchement de Strasbourg à Rehl, qui relie les chemins de fer français aux chemins de fer allemands, et met en communication directe, par la ligne la plus courte, Paris, Stuttgard, Munich et Vienne, se détache de la voie ferrée de Strasbourg à Bâle, à Kœhigshofen, à 3,200 mètres de la gare de Strasbourg, et gagne le grand pont du Rhin , après avoir traversé la Muhlbach, 1*111 , le canal du Rhône au Rhin, le Rhin tortu, le Ziegelurassel, le petit Rhin et la

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