‹ L'été sous les tilleulsChapitre 2 sur 14 · VÊT P · texte numérisé non relu

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Ta le généreux écuyer, imitant le noble dévouement de a jeune fille, lui avait rendu sa parole.

Ainsi donc Odette était la seule providence visible du malheureux aliéné. r]lle ne s'éloignait plus un seul instant de fton malade, qui l'exigeait ainsi. Il ne voulait prendre de nourriture (pie de sa main : il exigeait qu'elle couchât danssa chamln-e, en travers de sa porte : et quand il se réveillait, poussant de longs cris de désespoir et poursuivi par de soudaines terreurs, Odette se levait, allait aussitôt à lui avec un air souriant, le berçait, comme une mère son petit enfant, el lui chantait des refrains de noëls, qu'il répétait machinalement pour se rendormir ; ou bien elle lui servait, sur son lil, (pielques mets appétissants; elle avait faim par complaisance pour lui tenir compagnie et l'amusait de millecontes et compliments flatteurs.

(f Sire, lui disait-elle, j'admire votre air si fier et si beau. f[ui sied si bien à un grand roi, à un vrai chevalier comme vous. Mais savez-vous, mon prince : la fée a annoncé votre guérison et toutes sortes de miracles pour IMques fleuries^ pourvu toutefois que vous soyez bien sage.

— Ah ! vraiment, elle a dit cela, la fée? alors je la tiens, pour une bonne fée, et je promets de ne i)lus me mettre en colère , car je veux guérir , vois-tu , mon enfant , pour devenir un plus grand roi et rendre mes peuples plus heureux.

— Sire, vous ferez bien, et je vous aimerai encore bieii plus.

— Kh bien î pour le présent, ma bonne fille, je veux boire à la santé de la bonne lèc, à celle de mon cher pays de

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France, à celle aussi de mon Odette. Tiens, vois-tu, à cette heure j'éprouve plus de liesse ' et de contentement que dans les grands galas de mon sacre de Reims, où Louis de Sancerre et le connétable Olivier de Clisson servaient à cheval les plats du banquet royal. Là-bas, c'était la pompe orgueilleuse des cours qui faisait tous les frais, ici ce n'est que le cœur ! Le cœur de mon ( )dette me vaut mieux que toutes les fêtes et carrousels. )>

Il y avait une chose infiniment touchante, qui payait Odette de tous ses sacrifices ; c'était de voir l'action simple du roi, toutes les fois qu'elle l'accompagnait dans ses promenades au jardin. Il ne manquait jamais de s'arrêter devant le tilleul où il avait rencontré l'excellente jeune fille, et là, après un moment de méditation ou de repos, il imprimait au front d'Odette un baiser tout paternel, sans proférer une parole. Mais quel discours aurait eu tant d'éloquence? Si le roi avait perdu la mémoire de l'esprit, n'avait-il pas conservé celle du cœur?

Un njatin du mois de novembre, un jour que le temps était sombre et froid, Isabeau de Bavière, un parchemin sous le bras, entra d'un air altier dans la chambre du roi et dit, du ton le plus impérieux :

(( Odette, qu'on me laisse seule avec le roi ; sortez et revenez dans une heure. »

La conférence avait été sans doute orageuse ; car lorsque Odette rentra, Charles se promenait à grands pas, l'œil animé, mais nullement égaré.

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