LES TIKUS (.K\TIL>H<»\|\||;> FRANÇAIS
(7ét»iit sons le rr^ne de Lmiiv \|\ ; \o, roi venait de recevoir Ic'i iioiivellf (II- la victoirr remportée sur la Hotte anglaise , près (le la lamisc, )):u" la Hotte des Ktals-i îénéraux de ïïollaiide, ses bons et fidèles idTK^s. Toute la cour, éniineiinnent iVanraise, avait ap|)ris a\ec joie cette défaite de ces tyrans des mers. On sa\aii dans mut \ Crsailles que le roi .M\ail loué liantemeiil la \alriirf'ii>r « niRluiiedu comte de (iniclie cl du prince de .Monaco, «pii axaient fait preuve du pins grand conrage dans cette bataille navale, où ils avaient servi connue volontaires son- I amiial Unyter.
(t \()ila ini l)«'l exemple a sniNr» . ^ messieurs, dit le roi, en s'adressant à ses courtisan^.
(".oimne le roi \enait de )>arl«'r ri»* la sorte, un jeune seigneur, <lont le 4'oslnme était de I élégance la i)lus recherchée, mais surlont remanpiablr pai- sa taille avantageuse et nn air d'andacc et d'arroganrr <pii «léparait nn peu sa j(die lignre. ()arnl ])rcs(pie en face du roi et lit une inclination ]>roronde, connne poni lui drmandcr la permission de présenter nne rcfpiéle. Loni.^ \l\ l'ayant in\ité avec bienveillance à dire ce cpi'il demandait :
(i Sire, dit-il, je vlrns sn[)|)lier Notre Majesté de mv donner ses ordres poni M. l'amiral Ihijter, car je pars aujourd'hui ponr le Texel, si Votie Majesté a pour agréable que
je me rende auprt-s *\r a' tçénéral liollaiulais et que je ser\e sous ses ordres eu qualité de volontaire. Je désirerais mériter aussi les louanges (pie vous venez de donner à la conduite de M.M. de GuicliH ♦^t de Monaco. D'ailleurs, sire, s'il y avait un second combat avajit la jonction de notre flotte avec celle de Iîollai)(!e, j'' liendrais alors à grand honneur d'être à mon tour dans cette action un des représentants de votre fidèle noblesse.
— Assurément, i.rauye. Je vous octroie a\ec plaisir cette demande qui fait lioniu'nr à \otro bravoure ; car j'estime que nul mieux que noms Jl^' [)ourrait représenter ma noblesse auprès de mes alliés et amis des Provinces-Unies.
— Sire, dit Cavoye en embrassant le genou du roi, je vous rends grâces j)()iir i-o (|ni me concerne: mais j'ai encore une faveur à demander à Votre Majesté et bien qu'elle ne me soit pas personiK'll»'. j'ose assurera Votre Alajesté que je m'estimerais Je plus licm ('ii\ cle ses sujets si elle daignait me l'accorder. Sire. den\ de mes amis, \\y\. de Coislin et d'FIarcourt, en ce mumfMii à Taris pour le service de Votre Majesté, m'ont chargé de solliciter aussi pour eux l'honneur de servir comme volontaires sous M. l'amiral Knyter. »
Le roi consentit très-gracieuseiuent ii donner à ses iidè- Ics alliés les Etat^-nénéranv cette nouvelle preuve de sa bienveillance; ])uis il piiiiii pour la chasse.
A peine eut-il îjuitti'' !•'< coius du cliàtoau de \ crsailles, que MM. d'ilarcouri ei <le t .oisliu. arrivant de l*aris pour faire leur cour à S.i Majesté, furent étourdis pai- une volée de comj)limentssuf leur adresse à ])révenir les désiis du roi et sur la faveur qui eu -«r-ii 1^ réconq)ense infailliblement.
(j2 L'ÉTÉ
Les deux genlilslioinines se regardaient sans savoir ce qu'on voulait leur dire et croyaient ([u'on voulait plaisanter à leurs dépens ; mais bientôt, sur leur demande réitérée, on leur anirma cpi'à la prière de (lavoye, le ici leur accordait la grâce d'aller servir, coninje volontaires, sur la flotte des États-Généraux. A cette nouvelle, d'IIarcourt et Toislin entrèrent en fureur contre Cavoye qui leur avait joué ce mauvais tour, et sortirent pour le chercher et lui en demander raison.
Us avaient parcouru tout le château sans pouvoir le rejoindre, lorsqu'en entrant dans la galerie des f^erfs, ils virent (lavoye qui venait à eux de l'air le plus satisfait. Tous deux l'assaillirent |)res(pie en même temps de leurs reproches, Coislin avec un cahne aiïecté, d'IIarcourt avec un emportement f[ui allait jus([u'à la menace. Pendant cet orage, l'insouciant Gavoye tantcH s'appuyait nr;;ligemment sur sa iiiagnili([ue caime d'ivoire semée de pierreries , tantôt peignait sa longue pcrru(jue blonde a\t'c un petit peigne d'or, tantôt se fourrait dans le nez du tabac d'Espagne, ou bien jouait avec sa tabatière, ou tortillait ses gants tout j"wirfumés d'ambre gris et de benjoin. Huand ils eurent, comme on dit, délilé tout leur chapelet, (lavoye, les regardant de l'air le plus trancpiille du monde :
« Mais vous êtes d'ingrats amis, oui, des ingrats, leur dit-il ; songez donc (pie j'ai voulu, fidèle à l'amitié qui nous unit, à cente chère Irinitè (pii nous a \alu le nom des 7>ow, vous fournir une occasion de gloire que j'aurais eu honte de garder pour moi seul. Vous avez bien mauvaise grâce, en vérité, de déblatérer ainsi contre moi, au moment où je vous
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procure Toccasion non-seulement de faire votre cour au roi, mais encore de faire le voyage de Hollande en si bonne compagnie, n
Nouvelles récriminations de la part des deux volontaires forcés, nouvelle justification de la part de Cavoye.
« Enfin, messieurs, ajouta-t-il, vous êtes des fous, il faut que je vous le dise, car il n'est plus temps de se dédire. Avant mon départ, j'ai quelques visites ta faire ; si vous voulez m' attendre, je vous reconduirai dans mon carrosse à Paris, et demain, au point du jour , nous courrons sur la route de Calais... ou de la gloire... A bientôt donc, mes amis ! »>
Bon gré malgré, d'Iïarcourt et de Coislin prirent leur parti, dans la crainte surtout de déplaire au roi ; mais Coislin maugréait toujours contre ce maudit Cavoye, qui le faisait aller au l'exel pour s'embarquer avec Ruyter.
Enfin nos trois gentilshommes, équipés avec luxe, montés sm* d'excellents chevaux, se mirent en route pour leur destination. C'était dans le mois de juin : ils arrivèrent, par une belle soirée, sur la crête de ces hautes terres de la cote occidentale qui forment le cap Crinez, entre les deux pointes duquel se trouve l'ench'oit le plus resserré du l*as-de- Calais, au nord de Boulogne et d'Ambleteuso. .\os voyageurs cherchaient le petit port de Saint-Paul, connue étant plus sur que celui de ('alais, pour éviter les croiseurs anglais, s'il y en avait dans la Manche. Ils cherchaient déjà depuis longtemps et commençaient à craindre d'être forcés de battre l'estrade toute la unit. Le lieutenant gouverneur de la l*icanlie, le comte de Charost, leur a\ ait ollbrt un
<ru\dc que (loislin avait cérénionieusemont rofus^. f.f» (|ni donna lieu à une plaisante altercation entre lui et
( !avoye.
(. La nuit approclio, (lit (Vislin, et nous ne voyons pas la moindre api)arcn(e d'un port du liant de ces rochers.
— i;t cela, reprit CaNoye, et cela pràce à votre politesse enragée, C.oislin... Touirpioi aussi nous rtes-vous ()|)iniàtré à rrliispr le iruido rpie vons offrait le comte de < .liarost ?
— Mais c'est (pi'aussi, mon dior (lavfue, le rhomin paraissait si facile à (romcr (pie j'ousse été lâché de causer le moindre ennui ou (léi)lacem('nt à monsieur l'écuyer de M. le ccMute (le < liarost... (pioi(pi'il s'oIVril de nous conduire de la meilleure .^ràce du monde.
— (Ml î vous voilà bien : J'nt<^sc été fàcUê^ monsieur frciii/cr! il'ii impétueusemenl M. de (lavoye. 1-ji \érité, C.oisliu, \ous auriez, à hàtomier (jueUpruu ([ue vous lui diriez avec cérémonie : « l'Acusez, s'il nous plaît, u\n\\ cher monsieur, de la liberté grande cpie je prends de vous assommer. » .Mais telle est v()tre habitude. \)o\'\ aNCC les gens de rien, et âpre et salé avec ceux du grand monde. Knlin^ *'ràce «^ vous, nous voilà ('garés toujours; mais Dieu noiiî^ protégt* heureusement, car voici un paNsan <pii Na nous tii('i- d'einbarras, ajouta C.avoye en montrant un |)àtre rpii parut sur le liant d'iMi petit tertre, en chassant (pielcpies rhévres devant lui.
— Laissez, laissez-moi faire, LaNou', dii M. de ('(ïisliu^ NOUS elTaroucherez cet eu faut avec \otre air matamore , et NOUS n'en pourrez rien tirer. »
lui même temps Loislin juessa rallurc de son chevaU
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S* avança vers le pâtre, et touchant de son gant le bord de son large feutre gris à plumes rouges :
« Monsieur, excusez-nous de ce que nous prenons la liberté de vous arrêter ; mais nous désirons savoir quelle est la route la plus directe pour nous rendre à Saint-Paul, s'il vous plaît. »
Le pâtre, nullement accoutumé à être traité de momieur, regardait le beau cavalier avec une mine tout ébahie et en faisant tourner son bonnet entre ses mains.
— <( Cet imbécile croit qu'on lui parle hébreu, s'écria Cavoye; il faut que je m'en mêle pour le faire répondre. »
Alors, poussant son cheval à côté de celui de .Al. de Coislin et levant sa houssinc, il dit au pàtrc d'une voix impérieuse :
(( Allons, rustaud, le chemin de Saint-Paul , vite, ou je t'étrille ! )>
Cette voix menaçante, ce geste significatif de Cavoye, obtinrent une réponse du chevrier, qui dit très-clairement :
u Oh! mon bon seigneur, je ^ous entends bien, vous, mais je n'entendais dà cet autre seigneur que voilà. J'our aller à Saint-Paul, vous n'avez qu'à suivre tout droit ces rochers jusqu'à une croix du bon Dieu, et puis vous descendrez toujours sur votre gauche, et puis vous entendrez la mer, et puis vous verrez bientôt l'église, et puis le village de Saint-Paul et les mats des barques (jui |)oiutent dans la baie.
— Allons, bien, voici pour ta peine, >) dit Cavoye en jetant au paysan une pièce de monnaie qu'il acconq)agna
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aiiiicaleuieiit d'un i)etit coup de houssine en manière d'adieu.
Puis, faisant caracoler son cheval , Cavoye rejoignit ses compagnons, se félicitant, de toute la force de ses poumons, du succès de sa harangue, et plaisantiint le sieur de (loislin de ses discours il la Scudéry. Néanmoins, en suivant les indices du pàtrc, les trois amis arrivèrent à la coi.r du bon Dieu; mais alors la nuit était venue, et la lune venait de se lever brillante et radieuse dans tout son plein. Les cavaliers mirent |)ie(l à terre, abandonnant le soin de leurs chevaux à leurs écuycrs, et se mirent à descendre, avec précaution, une longue et tortueuse rampe de rochers qui les conduisit, après uik; demi-heure de niarche pénible et périlleuse, à l'entrée du village de Saint-l*aul. Ils demandèrent à l'aubergiste (les nouvelles du pilote Valbué qui leur avait été indicpié, et apprirent, non sans en être contrariés, (jue ce [)ilote était parti depuis cinq heures du soir en haute mer, dans une petite embarcation, pour piloter une rand>erge iiol landaise dans la passe de Calais.
in larconrl irrité demande à l'aubergiste qui a donné cette diabolicpie nouvelle.
(( Son contre-maitre, monseigneur.
— Quel contre-maître?
— Tu joune garron (pii navigue avec lui depuis tantôt quatre ans.
— Va le chercher et à l'instant, s'écrie d'ÏIarcourt.
— Non, non, dit Cavoye, prenant son chapeau, sa canne et son épée qu'il avait déposée pour souper; non, cela sera plus expéditifet nous y compi*endrons quelque chose: et vous, riiùle, conduisez-nous. »
Cavoye et d'IIarcourt, laissant Coislin, qui n'avait garde
de quitter la table au dessert, suivirent l'aubergiste, qui les
conduisit près d'une maison assez bien bâtie et élevée sur
un quartier de roche qui dominait la mer ; au pied de cette
roche était une petite anse forn^ée par un côté du banc de Keneau.
Cavoye heurta rudement et débuta par des injures en réponse aux questions qui lui furent faites de l'intérieur de la maison. Au lieu d'ouvrir, la lampe qu'on avait vu briller disparut, et le guichet se referma. Cavoye pestait déjà et menaçait de rompre les os à l'insolent qui les laissait ainsi à la porte.
Enfin, par l'intervention de l'aubergiste, la porte s'ouvrit et laisa voir un vieux matelot, vrai loup de mer, qui s'avança avec sa lampe et faisant mille excuses de n'avoir pas su tout d'abord la qualité de messieurs les gentilshommes. Alors d'IIarcourt et Cavoye furent conduits dans une petite chauibre qui confinait à une terrasse assez élevée, dont les flots de la mer baignaient le pied. Ils virent un jeune Miarin accoudé sur le parapet de cette terrasse : c'était Jean ]}art ; il fumait et était si plongé dans une vague contemplation tic la mer qui se déroulait au loin dans toute son inunensité, qu'il ne s'aperçut pas d'abord de l'arrivée des deux étrangers, et que son valet lut obligé de le fiapper légèrement sur l'épaule en Jui disant:
a iXotre jeune monsieur, vo:ci des gentilshommes qui de mandent à j)arler à maître Valbué. »
Jean Bartse retournant ei s'adressant à Cavoye :
<( Vous demandez le pilote N'albué, messieurs? Il n'yest pas.
es L'ÉTt
— Et pourquoi n'y est-il pas, méchant drôle? s'écria Cavoye, transporté de colère.
— IMaît-il, monsieur? dit Jean Bart avec sang-froid.
— Ah ! tu railles, je crois, reprit Cavoye en haussant sa canne pour frapper.
— Sainte-Croix ! monsieur, prenez bien garde au moins, » répliqua. Jean Bart toujours calme, mais en se reculant et portant la main à sa large ceinture de cuir où se montraient des pistolets, tandis que le vieux matelot sautait sur un esponton pendu à la nunaille.
Alors d'Ilarcourt s'interposa et parvint, non sans peine, à calmer la violence intempestive de Cavoye.
— Mon ami, dit-il à Jean Bart, le gouvenieur de Calais avait ordonné au pilote royal d'attendre M. le marquis de Cavoye que voici, et moi. Sa caravelle devait être à nos ordres pour nous conduire vei*s les bancs d'iîarwick, où nous devons rencontrer l'escadre hollandaise ; pourquoi donc ce pilote n'cst-il pas demeuré ici à nous attendre? Savez-vous qti'il s'expose beaucoup eu manrpiant ainsi à son devoir?
— Maître Valbué, répli^jua Jean Bnrt toujours avec le même sang-froid, maîtn» Valbué est pilote royal, et il a fait d'abord son devoir en entrant dans le havre de Calais un vaisseau de guerre désrm|)aré ; il ne vous a pas attendus parce qu'un piloto est connue un confesseur, voyez-vous, et cpiesi en dangornnlui dit : Venez... il faut qu'il vienne; c'est son premier devoir, soit ])ar la nuit la plus noire, soit pendnnt l'orage ou la tempête. Quant à sa caravelle, elle est mouillée là, dans l'ansr ; car, sainte-croix ! maître Valbué a mieux aimé risquer ses os, en alhuit, en bateau sans
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pont, piloter ces Hollandais, que d'emmener sa caravelle.
— Et que nous fait sa caravelle? qui nous conduira?
— Moi ! dit Jean Bart avec un aplomb qui stupéfia les deux gentilshommes.
— Vous!... Allons, cet enfant extravague, reprit d'IIarcourt ; viens, Cavoye, le plus sage est de dépêcher un de nos gens à M. de Charost pour lui annoncer ce contretemps.
— A votre aise, messieurs; chacun son idée, dit Jean Bart avec insouciance et en rallumant à la flamme de la chandelle sa pipe éteinte ; j'en dormirai ma nuitée bonne et franche. Allons, Sauret, dit-il au vieux marin, va éclairer dans le passage, car il y fait un noir tel que le diable luimême n'y verrait goutte. »
Les deux amis se regardèrent sans dire mot. Jean Bart, voyant ce mouvement d'hésitation, leur dit entre deux bouffées de tabac :
« Tenez, quoique le monsieur aux rubans verts (c'était Cavoye) ait l'air assez chaud des poings, je vas vous donner un conseil d'ami : voyez-vous, si vous manquez la marée, la pleine lune et la brise de ce soir pour sortir de ces bancs... vous attendrez peut-être longtemps pour avoir un moment aussi favorable ; au lieu qu'avec le vent qui soufllc du sud, et cette clarté qui égale presque celle du jour, dans deux heures nous aurions doublé le cap Blanet, et dans douze nous serions en vue du nord Foreland ; une fois là, nous aurions à éviter les récifs qui défendent les entrées de la Tamise, et, Dieu aidant, nous trouverions la flotte des Provinces, puisqu'elle y est, disaient avant-hier les pilot:.., an-
crée aux bans d'IIarwick. J'irais là comme un âne à l'écurie, car j'ai cent fois traversé ces ancrages en allant sur la côte de Suflblk.
— Sansdoutc, \ous paraissez avoir quelque connaissance en na\igation, dit d'iïarcourt ; mais vous êtes si jeune, mon ami...
— Ah! ah î sainte-croix, nous y voilà... Vous autres, gens de la icrre, vous toisez les mariniers comme les maîtres mâteurs leurs soliveaux... à voir que les jeunes coulent à fond; à \otre guise, donc... restez... Après tout, mes dents n'en tomberont pas : et là-dessus je vas me coucher... »
(iet air de conviction, qui marquait chaque parole du jeune marin , commençait à ombairasser les deux cavaliers.
« Sur uion honneur, s'écria (^.avoye, voilà un jeune mignon (|ui ne manque pas d'assurance, et je m'en veux de l'avon* maltraité. .Mon ami, dit-il à Jean IJart en lui tendant la main d'un air amical, j'ai été vif, j'ai été chaud de» poings, conmie vous dites, et j'en suis iïiché.
— l)à, monsieur, dit Jean Bart en secouant non moins cordialement cette uiain blanche dans ses grosses mains noires de goudron ; dà, monsieur, je n'y pensais plus; car si vous aviez été trop dans les chauds, moi, je me serais mis dans 1rs bridants, et je vous aurais rendu de reste ce que NOUS m'auriez prêté... et, sainte-croix! nous n'en aurions pas moins été bons compagnons jwur ce après la râtelée... Mille bombes! on a des riottes... on s'harpaille... c'est bon... mais ça n'empêche pas après de fumer dans la
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même pipe... A la marinière donc, monsieur, à la marinière... c'est la bonne mode... allez... »
Les deux gentilshoimnes s'éloignèrent un peu pour se concerter, puis ils revinrent sur la terrasse, où ils retrouvèrent les deux marins.
(( Savez-vous, mon ami, dit gravement d'ITarcourtà Jean Bart, savez-vous que vous prenez une grande responsabilité sur vous en nous proposant de nous conduire à la flotte hollandaise, et que si nous acceptions, ce serait un engagement grave, mais très-grave, et qui doit vous donner fort à penser. . . Savez-vous cela ?
— Eh ! sainte-croix, qu'est-ce qu'il y a donc là-dedans qui doive me brouiller tant la vue ? dit Jean Bart avec impatience. C'est-y donc si gmrc, comme vous dites, de mener une paire et demie d'hqmuiesaux bans d'IIarwick, avec un vent de sud, pleine lune et marée... quand un gourmette* de dix ans irait là, la tète sous son épaule ! "Ou bien est-ce que vous vous défiez de moi ? Tenez, alors, le vieux Sauret va vous montrer quelque chose qui vous rassurera peutêtre. ^) Puis s' adressant à Sauret : « Voyons, donne l'épée et le papier qui est après le baudrier, et que ça finisse. . . »
Quelques minutes après, Sauret reparut portant, comme en trionq)he, une épée à garde argentée, ornée d'un baudrier bleu brodé d'argent, auquel était attaché un papier scellé aux armes de France.
(( Qu'est-ce à dire? reprit d'Iïarcourt après avoir lu; qu'est-ce que cela prouve? Je vois là un certificat attestant