‹ L'été sous les tilleulsChapitre 6 sur 14 · TÉTÉ · texte numérisé non relu

TÉTÉ

Et peiulaiit tout le reste du combat, qui dura trois jours, il fit son devoir comme un soldat consommé, mirant, pointant sans cesse, connue par partie de plaisir. La flotte hollandaise avait eu le désavantage, malgré l'habileté reconnue de son amiral ; cependant elle continuait à faiie gronder son artillerie, lorqu'une grande masse noire s'ai)procha de ses vaisseaux, et soudain se fit entendre un seul cri, un grand et terrible cri : Un brûlot î Tout était en tunmltc sur le vaisseau amiral qui était princij)alement menacé par le brûlot anglais. Mais Hu\ ter, sa trompette marine à lamain, quoicjue blessé au bras de la veille, était là tout aussi tranquille (pi'un pécheur assis dans sa banpic par un beau tenq)s. Les trois gentilshonunes français, MM. de (lavoye, d'IIarcourt et de (loislin étaient auj)rés de lui : à leur attitude, à leur costume on voyait bien qu'ils n'avaient pas eu peur d'abîmer leurs dentelles et leurs rubans ; leui*s lèvres et leurs visages étaient tout noircis j)ar la poudre ; ils étaient armés de mousquetons et s'en servaient comme de braves soldats français.

Mais il s'agissait d'attarpier le brûlot. On descendit la chaloupe pour la mettre à la mer. Les gentilshommes s'y élancèrent, après en a\oir obtenu de l'amiral la permission qu'ils avaient sollicitée connue une grâce. Les vingt matelots, y compris Jean Hart, (jni montaient cette chaloupe, étaient tous armés jusqu'aux dents, ayant à la ceinture nu pistol(^t, un coutelas et une hache d'abordage, puis un mousquet à leurs pieds, pour le moment où l'on aborderait le brûlot. Les trois seigneurs français étaient à l'avant, faisant intrépide contenance. Coislin n'était plus l'homme aux rêvé-

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renccs, c'était un lion déchaîné ; il se faisait place à coups de poing pour avoir le plus dangereux poste à l'avant, tout près du matelot qui tenait un harpon pour le jeter aux flancs du brûlot. Sur un signal de Ruyter, on alla droit à l'infernal brûlot. Les combattants étaient enveloppés d'un nuage de fumée qui les empêchait de rien voir autour d'eux. Tout à coup Jean Bart s'écrie :

« La chaloupe du brûlot déborde !...

— Sciez ! sciex ! bâbord ! s'écria d'une voix tonnante le commandant de l'embarcation ; arant partout ! car le brûlot va sauter, et si nous nous trouvons dans son remous, nous sommes engloutis î )>

A ces mots, la chaloupe vola sur les eaux... l'ne grande flamme, une secousse terrible annoncèrent l'explosion du brûlot, qui se manifesta par une colonne de fumée blanche et compacte.

(' L'Anglais ! abordons l'Anglais ! » s'écria le conmiandant en gouvernant sur la chaloupe qui contenait l'équipage du brûlot et qui s'échappait en ligne droite. En forçant de rames, on put l'atteindre et sauter aussitôt à l'abordage. Jean Bart ne fut pas des derniors à s'élancer sur la chaloupe ennemie ; son premier coup de hache fut ponr nn grand habit rouge qui le reçut sur l'épaule et tomba. Les trois gentilshommes français firent des prodiges de bravoure. ^I. de (loislin ne dut la vie (\\\i\. son sang-froid ; ce seigneur, qui conservait toujours un calme admirable, était en train d'amorcer un pistolet, lorsfiue le bosseman anHais. levant sur lui un énorme coutelas, lui cria en mauvais français :

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