KOCVEAU-MONDE ET ANABAPTISTES
Miiasler, Id vieille ville épiscopale, fut choisie comme la capitale du nouveau royaume. C'est là, pour parler comme Luther, que « se concentra tout le poison d'une tumeur pestilentielle ». On nomma un nouveau conseil composé de douze anciens, à l'inslar des douze tribus disraël ; sept diacres, comme au temps de la primitive Éîlise, furent établis; les Eglises et les images furent détruites et profanées, et les clochers démolis, « caria grandeur doit être abaissée ». Tout ce qu'avaient pro- Juit depuis des siècles Fart et la piété fut anéanti en ces journées néfastes de 1534. En même temps, à ce qu'on rapporte, le grand Prophète ordonna à chacun de mettre en commun son argent et tout ce qu'il possédait, et désigna une maison où l'on devait déposer sa fortune, or, argent ou quoi que ce soit, et cela sous peine de mort, I^es portes des maisons devaient être ouvertes jour et nuit, mais elles devaient être pourvues d'une petite grille pour empêcher que les petits cochons, vivant en grande quantité dans les rues, ne puissent y pénétrer. Le tirage au sort des maisons, auquel on s'attendait, n'eut pas lieu.
C'est alors qu'on voit apparaître celte polygamie barbare pour l'établissement de laquelle va lutter le plus récent, le dernier et le plus grand prophète, Jean Bockelsohn. Jean était lui-même un fruit du péché, Ois du bailli de Sœvenhagen, qui avait séduit sa mère Mit, une pauvre servante* Il eut honte de porter le nom 4e son père et prit, suivant la coutume d'alors, le nom mode«te de Jean de Leyde. Il fut d'abord tailleur, juiis se maria avec la veuve d'un marinier, et tint enlin, dans le faubourg de Leyde, un cabaret Aux trois harengs^ où ron menait joyeuse vie. Sa physionomie agréable, sa connaissance de rË;riture sainte et s(m talent de versi-
ficateur lui gagnèrent tout spécialement la faveur des
femmes. Il avait vingt-cinq ans lorsqu'il se rendit Munster, Le nouveau droit matrimonial qu'il va éditer avait sa source dans ses penchants effrénés, et» comme le remarque un vieil écrivain, « le Dîahle en a ri ». Jean se maria en premier lieu avec les filles jumelles deKnipperdoliink, tondeur de drap, chel populaire, puis avec la veuve de Mathisen. Il eut bientôt un harem de dis-sept épouses magnifiquement parées; son exemple fut suivi de toutes parts ; on vil de joyeuses célébrations de mariage.
On avait reconnu, avec une sagesse lumineuse, que depuis Tascension du Christ nul homme n'avait vécu en état vrai de mariage, car on s'était marié pour de l'or et pour ia beauté, mais non par inclination. C'est alors que le mariage commença à être contracté suivant l'Esprît-Saint ! L'exemple du grand prophète trouva des imitateurs, et comme il ne pouvait y avoir assez de femmes, on prit des fillettes à peine formées. Celui qui persévérait dans les liens du mariage, homme ou femme, payait de sa vie sa résistance. La luxure et la cruauté se montrèrent ici, comme toujours, associées. Munster devint le théâtre de la plus grossière impudicité et des boucheries les plus sanglantes. Enfin, à lamorl de Malliisen, le temps arriva pour Jean d'exercer l'autorité unique. Knipperdollink fut élevé à la dignité de bourreau, et fut même, par la suite, nommé commandant en chef de la ville. La démocratie théocralique fut évincée par la monarchie théocralique. Le nouveau roi de Sion monta sur le trône. Roi de Sion ! quelle étape pour le nomade apprenti tailleur Bocold et le maître de la taverne Aux trois harengs! Non content d'élre roi, il voulut unir sur sa téte la couronne du monarque à la tiare da