LA NOUVELLE ATLANTIDE. — OCEANA
remonter à ces mêmes idées fondamentales que Dacon a revêtues de la forme fantaisisle, les innombrables réunions nalionales et internationales de notre époque à congrès, les missions et les Instituts subrentionnés par l'État pour l'étude des sciences naturelles? Mais ce qui prouve que Bacon exprima une pensée exacte qui était pour ainsi dire dans l*air, ce fut rétablissement bientôt entrepris dépareilles institutions qui auraient dû devenir des trésoreries de la science, mais qui ne le sont assurément pas devenues. Un an après la rédaction de ce fragment, fut fondée l'Académie française (1635) ; la Royal Society de Londres suivit (1659); et Ton sait comment les idées et les doctrines de Bacon exercèrent sur Leibniz une influence considérable.
Voici un autre tableau. Nous ne nous trouvons pas cette fois en présence d'un juriste comme iiacuii, niciis du fils d'un professeur de droit. Jean Barclay naquit à Pont-à-Mousson le 28 janvier 1582; la plupart des lecteurs ignorent sans doute que cette petite ville fut au XVII® siècle le siège d'une Faculté de droit. Goiinne les hommes sont vite oubliés 1 Qui connaît encore aujourd hui Jean Barclay ? Et cependant^ il n y a pas tout à fait trois cents ans que son grand roman était peut-être lu davantage que ne le sont, de nos jours, ceux de Zola et de Maupassant. Le grand philosophe et juriifconsulte Hugo Grotius célébra cet écrivain dans un distique :
« L*Ëcosse a produit la souche ; la France est le « berceau du rameau ; par toi le Latin apprend Tharmo- « nie du latin le plus beau. »
Barclay était un satirique qui vivait de ses rentes. Les cours de droit avaient sans doute rapporté assez au père, pour que le ûls pùt, sa vie durant, demeurer Atbbnillb dtopus. 9
l'étërkëllë utopie
sans position. Aussi le trouvons-nous successivement à Rome, à ParU et à la cour de Jacques P% qai l'invita Y dit- on, à traduire en latin VArcordie de Ph. Sidney. Il voulut montrer qu*ii pouvait faire quelque chose de mieux et écrivit VArgefiis^ qui parut peu de temps avant sa mort (12 août 1621). Ce livre est écrit en un latin raffiné, souvent trop recherché, et noua fait au jourd'hui reflet d*élre passablement didus. Il a été vaiitiMjulre mesure; Richeheu en faisait sa lecture favorite et il y apprit beaucoup ; Leibniz est mort en le tenant dans ses mains. Galderon'a pris dans ce roman ïe sujet d'Argenis et Poliarque; Opitz Ta traduit en allemand en 1626; au siècle dernier, il fut encore traduit deux fois, et une nouvelle traduction a paru depuis peu ; il sera donc suffisant d*en faire une mention sommaire.
Voici, en peu de mots, le contenu de cet ouvrage : c'est le récit de la guerre que se font deux rivaux, Lycogène, sujet rebelle, et Poliarque, prince des Gaules, pour la main d'Argenis, héritière royale et fille de Méléandre, roi de Sicile ^. Ce sujet très simple a donné lieu à deux interprétations fortdidérentes et très arbi-
* Le sujet du roman de Barclay est, en résumé, celui* ci : <c L'héroïne, Argenis, est fille du roi Méléandre de Sicile (la France), qui est h théâtre de désordres, grâce auxquels Lycogène (duc de Guise) s'efforce d'obtenir la main d'Argenis et la couronne de Sicile. A la cour de Méléandre vit depuis quelque temps un prince d'origine inconnue, ad'ectionné du roi pour ses qualités niapniliqueSy mais craint, haï et calomnié })ar I.ycogène. Cet agitateur réussit à chasser Poliarque * [ l'oblige à s'enfuir en Italie. Alors paraît au premier plan Archombrotus, prince également inconnu qui devient Tami de Poliarque à la cour de Méléandre, et sauve la vie à ce dernier qui était menacé