LA NOUVELLE ATLAMIDE. OCEANA
personnages qut jouèrent un rôle dans le drame sanglant des guerres de religion.
Voici inainléfianl un autre ouvrage, et qui parut en Angleterre au xvii^ siècle ; la lecture en estasses difficile, et nous ne saurions, il est vrai, la recommander , à tout le inonde. C'est un in-folio qui donne au spécialiste maints détails intéressants, et qui est remarquable pour le grand public, surtout par suite de son étrangeté et parce qu'il est peu connu. C'est VOcéana de Jacques Harrington. Qu'est-ce que cet Harnnglon? Si vous vous reportez au château de Whilehall le 30 janvier 1649^ vous verrez on échafaud tendu de noir autour duquel se presse une foule innombrable qui attend en silence l'afireux spdlacle. Le coupable s'avance : c'est Charles P% condamné à mort comme tyran, traître, meurtrier et ennemi du pays. Parmi les hommes qui raccompagnent, se trouve le républicain Harrington, âgé de trente-huit ans. Un bio^?raphe a écrit : « \[ est difficile de dire lequel des deux était le plus digne d'admiration : le roi écoutant les propos du républicain ^ ou bien celui-ci osant exprimer ouvertement ses sentiments au roi. » Ce ne fut que dans le courant des dix années si agitées qui suivirent, quliarrington écrivit son grand ouvrage, Océana^ qui fit si grande sensation, et qui, durant des années, suscita un déluge de brochures \ Non content de cela, l'auteur voulut voir,
* Le livre d'Harrington porte le titre : The Commonwealth of Oeeana. To his Hujhness the Lord Protpc tor of the Commonwealih of England^ Scoiland and Ireland. John Toland en a fait i'édilion (in-folio, 1700). Une gravure sur cuivre est imprimée en lôte, portant au milieu le portrait d'Harrington et, comme vignettes, Moïse, Selon, Gonfucius, Lycurgue, Numa, Brutus, Guillaume III et
d50 l'éternelle utopie
par la transformation de la constitution, la réalisation
des plans qu'il avait projelcs : à la date du G juillet il adressa une pétition au Parlement et créa à New-Palace- Yard un club, la Rota, Malgré une conduite paisible et pacifique, et bien que son club n'eût obtenu qu'un médiocre succès, llarrington fut cependant arrêté et frappé d'accusation aussitôt après la chute deCromweli (â8 décembre 1661). Il n*y avait là qu'un complot imaginaire, aussi rinstruction judiciaire ne releva rien à la charge de Harrington. Cependant, les démarches de sa famille pour le délivrer demeurèrent inutiles, et il fut, un beau jour, conduit en secret, sans jugement, dans Tile Saint-Nicolas, en face de Plymouth. Un médecin lui prescrivit de mettre dans son café du guaïacum pour se préserver du scorbut ; d'autres prétemientqu'oa lui donna du poison. Quoiqu'il en soit, on le mit en liberté comme ayant la cervelle troublée, et il mourut le 11 septembre 1677. Il fait donc partie de ces martyrs qui ont payé de leur santé et de leur vie la défense de leurs
la sLiscription suivante : J. Tolandus libertatl sacraoîL » La clef en est la suivante :
Convallium,
Huinptoncourt
Morphius,
Jacques l*'
Aadoxus,
Le roi Jcau
Moos Cclia,
Wiudsor
Coranamos,
Henri VIII
Ncuslriana,
Normands
Disotome,
Richard U
Olphœna Megaletor, CromweU
Emporiuin,
Londres
Panopœa,
Irlande
Iliilcioaia,
Tamise
Panthéon,
Salle de Westmioattr
Halo,
Wbilttball
Panorgus,
Henri VII
Hiera,
Westminster
Seandians,
Danois
Lemthan,
Hobbea
Teutons,
Saxons
Harpesia,
L'Éeoase
Verulamus,
Bacon
Voir, à propos d'Harrington (comparé en particulier avec
Hobbes), Heybaud, H, pages 370 et s.; et Mohl, l'ouvrage de RoscHER meutionné à la note 1, pages 53 et s.
LA îîOUVELLE ATLANTIDE. — OCEANA I5i
opinions, comme aussi de ces rêveurs et de ces utopistes dont l'esprit semble avoir franchi les bornes de toute mesure normale.
Celui qui étudie Océana conçoit fort bien que son aatefur, à la fîn de ses jours, put avoir le cerveau dérangé. C'est un tel tourbillon d'ide'es, une telle profusinn de projets qu'on peut en véiilé diflicilement en ët>rtir. Et ce n'est pas seulement à nous, QIs du xix* siècle, que cet ouvrage produit cet effet. 11 en fut de même de ses compatriotejî ; Harrinj^toii fut invité à donner un extrait plus compréhensible de ce gigantesque in-folio dont les explications approfondies dépassent toute mesure; c*est ce qu'il fit dans son Art du législateur {Art ofîatogiving). Son grand ouvrage, qui parut en 1656, porte le litre de : La République d Océana {The Commonweallh of Oceana)^ avec l'épigraphe: (}uid rides? De te fabula narratur (Horace) [De quoi ris-tu? c'est de toi que celle fable s occupe), il est dédié à Gromwell qu'il espérait convaincre de la perfection d*une démocratie représentative, avec des magistrats élus et pourvus de fonctions de courte durée. On ne peut cuiii [^rendre cet ouvrage qu'au moyen de la clef que nous reproduisons ci-contre dans nos annotations. Harringlon nous accable de détails et le fait avec une telle abondance d*esprît et de science, (ju'on pourrait étudier cet ouvrage pendant des années sans grand résultat, ainsi que l'a fait un Irlandais des plus bizarres, Toiand, qui en a publié une édition, il nous faitensuite un cours de politique générale et, en passant, nous appreiams l'histoire des Ëtats anciens et modernes dont la limite est tracée par César, depuis la théocratie de Moïse jusqu*à la République néerlandaise. Tous les avantages et les inconvénients sont mis en relief; les doutes et les luttes, les agitations et les nii-