GODE DE LA >'ATUA
Morelly, le fil précéder, deux ans avant sa publication^ d'un récit qui appartient aux rêveries que nous étudions, Ën 1753, parut à Messine^ en deux volumes in-douze, un livre ayant pour titre : Poème héroïque^ traduit de l'indien, Naufroges des Iles flottantes^ ou Basiliadey du célèbre PilpaiK La fantaisie iiumaine est vraiment inépuisable, et si Holberg nous a conduits au centre de ia terre, nous voici maintenant en présence d'tles flottantes. Le livre est une épopée en quatorze chants, mais en prose. Suivant la mode de cette époque à perruques, on voit paraître en scène des figures allégoriques, à peu près comme dans le Rire Sacrée de Wildenbruch. Avant tout, la Nature et la Vérité, puis TAmour, le Mensonge dont les palais et les messagers sont décrits avec de nombreux détails, ainsi que la Flatterie, la Cruauté et d'autres vices. La pensée fondamentale consiste en un complet et effréné communisme, sur lequel celui li qui ce poème ne semble pas lisible, peut s'orienter grâce à deux pages d'observations très pratiques à l'intention des lecteurs qui ne sont pas amateurs de Actions. (1, p. 107} . L'auteur de la Basiliade a su écrire avec esprit et captiver le lecteur par une exposition originale. Les allégories fabuleuses et les allusions satiriques surles con» ditions sociales de notre monde sont souvent trôs réussies, et le tout est imaginé au loin, dans les Indes. Dans une
< Naufrage des Iles flottantes ou Basiliade du célèbre PilpaL Traduit de rîûdîen par M"» M... volume,
XLl, pages216 et s.; 2« volume, pa^e 307. Messine, par une société de libraires, 1753. Pilpai ou Bidpaï est le philosophe indien et le fabuliste qui passe pour élre l'auteur de PanU schaLantra (traduction de cet ouvrage par Webkr, 1801;. VoLGR AF, ld03; Bemay^i^o'i, Comparer Max Mullër, Essaya,. vol. lU).
L ÉTERKELLE UTOPIE
épilre qui sert de dédicace a hi i^rande Soltane R.?ine, il est raconté comment ie traducteur est arrivé à découvrir ce livre d'or du philosophe indien» qui pourrait également porter le titre de : VÉcueii des vains Pré- Jugés. Le premier chapitre commence d'une manière caractéristique : « Je chante ie règne aimable de la Vérité et de la Nature », etc., avec invocation solennelle à la Vérité, qui doit montrer au poète l'histoire de ce royaume. Située au milieu de la mer, l'île 1 ortunée dont on nous fait la description est encore, tout naturellement, le plus magnifique pays de Cocagne. Les arhres ployent sous le poids des fruits les plus délicieux, des ruisseaux clairs comme le cristal coulent sur un sable tin mélangé d'or et de perles, etc. La description du bonheur et de la pureté des mœurs des habitants remplit, avec une concision digne d'éloges, les cinquante premières pi^es. Le point important est qu'on ne dise pas : « A chacun ie sien » {suum ctiique)^ mais bien que ie mien et le tien soient confondus. Tous les êtres se laissent guider par ce principe et le bœuf lui-même, en échange def; services (ju'il rend au laboureur, « semble partager avec son maître les fruits de son travail », ce qui signiOe que, les habitants étant végétariens, il n*a pas à craindre d'être abattu. L'émulation la plus active règne dans le tin m aine du travail, et les rois sont les modèles de toutes les vertus. SiMoreily exagère et s'inspire des utopies antérieures, en ce qui a trait à la propriété, il se laisse aller, en ce qui concerne le mariage, ou plutôt, l'union des sexes, à un goût de libertinage que l'on constate souvent chez les utopistes français. Dans son £lat idéal, il n'y a aucun sentiment de fausse honte; les parents voient avec joie et satisfaction les caresses de leurs enfants et le spectacle louchant