GODE DE LÂ NATURE
de leurs transports mutuels; et tout cela est <iccnl d'une façon qui frise presque l'obscénité, car l'auteur, comme Boccace, sait exprimer poétiquement et éiégammeniace qu'on ne doit pas dire devant de ehastes oreilles * ». Certainement, quelques personnes de notre époque se sentiraient offensées à la lecture de certains passages; il semble vraiment' que ces descriptions sont là pour attirer et exciter les lecteurs. Combien la gravité de Campanella est plus grande quand il traite ces questions !
A partir du deuxième chant, on nous fait rhistoire de ce pays fortuné, ce qui nous explique tout aussitôt le titre bizarre du livre. Autrefois, il était habité par des monstres, c'est-à-dire par des vices, de mauvaises coutumes, des préjugés revélus d'un corps, etc., qui tenaient les hommes prisonniers dans leurs liens. En vain la Nature et la Vérité avaient engagé les hommes à briser ces chaînes; alors la Nature se vengea. Sur son ordre, s'éleva une effroyable tempête qui lit trem-
^ Comparer, par exemple, pages 18 et s., 31, 33, 08: « Ses désirs n'étaient point déréglés parce qu'ils étaient aussitôt satisfaits que conçus. » Page 31: « Arrêtez, s'écria TAmante, satisfaites ma curiosité; j'allais vous demander pourquoi cette différenceque la nature Mais quoi ! vous redoublez encore vos caresses... Âh I cessez, ou je vais eipirer. Ah 1
Je me meurs! Quelles ravissantes délices! *» Cela se
continue ainsi pendant presque une page entière, et page 33 on trouve ceci : u On ignorait les termes ini&mes dinceste, d'adultère et de prostitution ; ces nations n'avaient point d'idées de ces crimes : la sœur recevait les tendres embrassements du frère sans en concevoir d'horreur. L'âge, le respect, les désirs satisfaits et non la crainte du forfait empêchaient une more de recevoir de son ûls des caresses qui lui rendissent un époux enlevé par le trépas, un père n'était poinf épris des charmes naissants de sa iiile, etc. »
l'ÉTERN£LL£ CTOPIE
bler la terre, et les habitants, époavantés, s'enfnîrent
vers les rivages; mais» à ce moment, la violence des flots arracha les côtes dans toute leur étendue et entraînât comme Bur des iJes flottantes, hommes, animaux et monstres réunis. Deux petits enfants innocents, le frère et la sœur, restèrent sur la terre ferme; ce sont eux qui deviennent les ancêtres de ce peuple fortuné, déjà décriU Cetle nation heureuse est donc formée des descendants de ce frère et de cette sœur, tandis que les tles flottantes, par leur agilalion et leur vacillement, représentent le reste du monde agité par les passions, l^es habitants des lies enlèvent alors sans vergogne le jeune souverain, nommé Zeïnzemin, qui fait le bonheur de son peuple : son histoire forme la partie principale de l'ouvrage; elle est émaillée, d'une manière très intéres* santé, de descriptions allégoriques. La Nature et tous les bons génies ne peuvent tolérer cette friponnerie, et ils décident d'offrir aux insulaires l'occasion de se sauver. Voici donc un nouvel ordre adressé à la tempète, comme dans VEnéide ; elle pousse les tles flot-^ tantes vers la terre ferme ; les insulaires abordent avec autant de facilité que s'ils étaient sur un bac, en sorte qu'une fois sur le rivage ils deviennent membres du pays fortuné. Suit alors un grand fracas, comme dans une féerie : sur l'ordre de la Nature, un grand bûcher est dresâé; c'est une montagne formée de trésors, de mauvais livres, d'armes, etc., sur ce bûcher sont encore attachés avec des chaînes les vices dépouillés deleurs masques. Sur le devant, la Propriété, le Mensongp, rAvarice et la liuse,. puis rimposture, la Paresse, rOrgueil, la Gourmandise, la Débauche lascive, les vains Préjugés, les secrètes Cabales,, les Visions, et beaucoup d'autres encore. Âu même instant, un violent éclair traverse la nue ; c'est un raj'on partuai