‹ L'éternelle utopie étude du socialisme à travers les âgesChapitre 37 sur 49 · XII. — Lois pénales · texte numérisé non relu

XII. — Lois pénales

Aux termes du § i^^ celui qui a commis un meurtre

ou fait uae blessure mortelle, uu celui môme qui n'aurait fait que la tentative de changer la loi fondamentale sacrée et d'établir la détestable propriété privée^ sera enfermé pour toute sa vie, comme fou furieux, et ennemi de THumanité, dans une cellule murée comme il a été dit plus haut (loi IV, § il). |Son nom sera pour toujours effacé de la liste des citoyens ; sa famille changera de nom et sera envoyée dans d'autres^ cités.

Cette saactione-^t donc en tous points semblable à la mort civile qui se trouve presque textuellement dans le code pénal français de 1810 et le code pénal bavarois de 1813.

COD£ D£ LÂ KATURE 24I>

Les peines ne sont paf>, d'ailleurs, très nombreuses; ce

sont, pour la plupart, des con(JaiTinat.i(jii5 à l;i prison. D'après le § 3, Tadultère est puai d'un an de prison. Il en est de même du § 4. (Voyez plus haut, loi IX, § 6.) § 5. — Celui qui a été condamné à au moins un an de

prison cesse d'être éligible comme sénateur ou ctief de tribu.

D'après le § 6, on enlèvera, pour un temps déterminé, le droit d'enseigner aux maîtres qui auraient néglige' leur devoir, au point que les enfants auraient contracté des vices contraires à. l'esprit de sociabilité.

§ 7. — Tous les prisonniers seront privés de toute espèce de distraction et de travail et recevront une nourriture et un habillement médiocres. lisseront servis par les jeunes gens qui^e sont rendus coupables de paresse, de mensonge etautres fautes d'un caractère moinsgrave (!) (Gela paraît peu propre au but qu'on se propose.]

§9. — Nul ne pourra reprocher à autrui d'avoir subi une condamnation.

§ i3. — Les fonctionnaires seuls seront autorisés à si* gnifier une condamnation à leurs concitoyens; toute autre signification sera nulle et iiun avenue.

Tels sont les traits saillants du droit public et privé de Morelly, dans son projet de Gode constitutionnel, pénal et civil pour l'Ëtat de l'Avenir.

LE SIAgLB DBS PHILOSOPHES

Ainsi qae nous allons le montrer avec plus de précision dans les chapitres suivants, Tœuvre de Morelly forme une ligne de démarcation. Quelques autres écrits, en petit nombre, se donnent encore carrière sur ce même terrain fantaisiste^ comme ia Bas^iade ; certains sont plus profonds dans leur philosophie, plus pratiques dans leur politique, plus nouveaux dans leur fantaisie.

Aux premiers se rattache la République des Philo-' saphes ou Histoire desAjaoienSf un des plus lamentables ouvrages de ce genre ^ que Ton pouvait acheter sans doute dans les boutiques du Palais-Royal et que lisaient peut-être les habitués des cabinets de lecture, mais qui n'a certainement rencontré que peu de suc* cèfc' dans les milieux lettrés et le monde savant. L'au-

^ La Rc publique des philosophes ou Histoire des Ajaoïens. Ouvrage posthume de Foistenelle (1768). Presque en même temps que 1 œuvre de Morelly, parurent, publiés par un prêtre catholique romain, Simon Berington et non par Tévêque Berkeley (voir Lewis, Methods, II, page 373, noie 103), les Mémoires de Gaudentéus de Lueea (Amsterdam, 1753), qui dépeignent les Mezzoramiens et montrent Fidéal d'une parfaite moralité et d'un état patriarcal (Comparer Hohl, page 194, KuBiifWAGaTSR, page 13).

leur oa l'éditeur a considéré comme une chose utile de faire suivre le titre d'une réolame à deux fins dans

le but de procurer des lecteurs au livre. Il a d'abord la hardiesse de Tintituier œuvre posthume de M. dcFontenelle, ce qui est inexact. Mais il n'a pas voulu seu* lement exciter la curiosité ; la sensualité doit aussi l'être un peu ; car, ainsi qu'il le fait remarquer sur le titre, une lettre de M""" de X*** sur la nudité des sauvages termine le livre ; elle n'a aucun rapport avec le contenu du livre, et de plus elle est de telle nature qu'aujourd'hui le ministère public aurait à examiner si elle ne devrait pas être considérée comme tombant sous l'application de Tarticle 287 du Code pénal (Écrits obscènes.). Le récit lui-même est un pitoyable amalgame de t Utopie et de V Histoire des Sévarambes, Cette fois, c'est un Hollandais, Doelwelt, qui fait naufrage près de l'Ile d'Âjao, située dans la mer du Japon. Afin de varier, il y a au milieu de l'île un lac immense et très poissonneux, et les villes ont une forme triangulaire. D'ailleurs, en ce qui touche la construction des villes, la communauté des biens, etc., on ne nous apprend rien de nouveau, tandis qu'en ce qui a trait au droit matriinonlal l'idée suivante n'avait pas encore été émise* « Chaque Ajaoien doit se marier à l'âge de vingt ans, et prendre deux femmes le même jour. » Cette pensée est nonvelle, bien que celui qui a fait une étude comparée du droit et des religions sache que des dispositions semblables se trouvent aussi dans le monde réel, par exemple chez les Masaï et chez les Makuafi ^ Il est ensuite à remar-

* On connaît positivement cette organisation dans le droit des Hasaî et des Makuafi. Comparer Post, Afrikaniache JurUprudenz (1887), I, page Zi\.

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