‹ L'éternelle utopie étude du socialisme à travers les âgesChapitre 46 sur 49 · VOYAGE EN ICARIE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN ICARIE

d'ailleurs, en tous points d'une manière si étonnante à la Révolution française de 1848, que, si elle n'eût été écrite

six ans auparavant, on pourrait la considérer comme une parodie de cette dernière. Le jour anniversaire de la Révolution, le 13 juin, est encore celui où commence Tannée, jour de la naissance scolaire et de la naissance ouvrière, où le citoyen de vingt et un ans fait ie serment d'être dévoué à la patrie, d'obéir aux lois, et promet de remplir fraternellement tous ses devoirs envers ses concitoyens. Les trois jours qui suivent sont consacrés aux fêtes : le premier, à celle des armes ; le second, à celle des morts; le troisième, au triomphe; les fêtes se terminent par un brillant feu d'artifice où paraissent, à 150 mètres au-dessus du sol cent couronnes lumineuses qui forment elles-mêmes un cercle gigantesque. Mais revenons à notre point de vue historique.

Déjà, depuis plusieurs siècles, Tlcarie, comme le reste du monde, gémissait sous la double tyrannie de la royauté et de la propriété privée. Des luttes affreuses la déchiraient et la (lépeiiplaient. L'égalité n'était qu'un mot; en réalité, c'était l'inégalité de la fortune qui florissait. L'auteur politico*social dépeint en termes éloquents Tinfluence de Targent : il est la cause de tout le mal, du vol, de la prostitution, des uiiioiis malheureuses, du prolétariat. Dans son ensemble, cette peinture correspond au traité de Proudhon qui parut peu auparavant: « Qu'est-ce que la propriété? » — « La propriété, c'est le vol ! » — Le riche avait deux on trois enfants, le pauvre en mettait dix au monde, car la misère était la même pour deux comme pour dix. Peu de temps avant la grande Révolution, il y avait, sur 25 millions d'habitants, 25.000 riches, 150.000 gens aisés et 24.8:^5.000 pauvres. Les 25.000 riches avaient

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un revenu supérieur à celui des 24.975.000 autres. Cette aristocratie était nuisible au peuple, car elle lui enlevait

tout; elle lui prenait ses places publiques pour en faire des jardins, et ses habitations pour loger ses chiens et ses chevaux.

L'agitation commença en 1770. Corug, un vieux tyran,

lui renversé, son fils banni, et la belle Cloraminde monta sur le trùne ; mais elle fut bientôt dominée par Lixdox, son premier ministre» et son despotisme amena la grande Révolution de 1782 ; pendant deux jours, le sang coula à flots. Le grand Icar, précédemment charretier, devint dictateur. Il s'entoura d'un Conseil de dictature et publia une quantité prodigieuse de décrets et d'adresses. (Comparer Ledru-Rollin.) Il chercha à s'entendre avec Tarislocratie et avec le capital. Il envoya des commissaires dans toutes les provinces et institua des Commissions spéciales en grand nombre. Il organisa des ateliers nationaux et perçut sur les partisans du système gouvernemental précédent un milliard d'indemnité. Il appela cinq écrivains à la rédaction d'un Moniteur officiel de la République et supprima la liberté de la presse. Il abolit la peine de mort. Il passa en revue plus de 200.000 soldats et deux millions de gardes nationaux. Après tous ces préliminaires, il convoqua une Assemblée nationale de 2.000 députés, élus par le suffrage universel. Cette Assemblée élabora les principes du système transitoire, qui, dans Tespace de cinquante ans de République démocratique, devait aboutir au communisme parfait. Ce système est inspiré de la pensée de l'inégalité décroissante et de Tégalilé croissante, et est établi en vingt-trois principes^ qui sont si jntéressants que nous ne saurions nous dispenser d'en donner le résumé à nos lecteurs.

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