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sonnablrts puissent prendre plaisir à regarder l'éclat d'une perle ou d'une pierre précieuse, et ils s étonnent que, dans les autres pays, un homme riche, sans instruction aucune, sot comme une oie, et aussi borné qu'immoral, puisse avoir sous sa dépendance une quantité de personnes sérieuses et vertueuses parce que le sort lui a départi quelques tas d^écus*
Nos insulaires puisent ces idées on partie dans Tétude des sciences, en partie dans réduc.iliun qu'ils reçoivent ; ils les puisent aussi dans la pratique d'une vie sociale organisée tout au rebours de nos insanités. Ils apprennent les sciences dans leur langue harmonicuse ; par exemple, la phrase : « Ulopus fît une île de ce qui n'en était pas, b se dit : Uiopos ha loccas peula CkamapoUa chamaan . Ils nous sont ioférieurs en logique, en dialectique el en métaphysique, et ne connaissent pas encore l'homme en général, l'homme universel, le plus énorme de tous les géants. Par contre, ils étudient Tastronomie et, sans être astrologues, savent très bien prédire le temps. En morale, ils tendent à répicurisme, car leur élude principale consiste à découvrir les conditions du bonheur* Leur catéchisme dérive des idées suivantes : Tàme est immortelle et créée pour le bonheur. Après la mort, la vertu sera récompensée et le crime puni. Seuls les plaisirs décents et ne froissant pas les convenances procurent le bonheur. La vertu consiste à vivre suivant la nature. Il y a des plaisirs faux et des plaisirs vrais ; aux premiers, qu'ils trouvent ridicules, ils rattachent la vanité, l'avarice, Torgueil du rang social, la chasse, les jeux de hasard. Les vrais plaisirs proviennent du corps et de l'Aine ; ceux-là sont de deux sortes: ce sont les seuls plaisirs sensuels dans lesquels se trouve la pondération de toutes les parties
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du corps, c'est-à-dire la santé parfaite. La plus haute jouissance consiste dans la pratique de la verlu, et la conscience qtie l'on a d*une vie sans tache. Mais ils se redisent constamment à eux-mêmes : « Fuis le plaisir qui empêche d'en éprouver un plus grand ou qui laisse la douleur à sa suite. » C'est ainsi que les Utopiens sont un peuple sensé et aimable^ industrieux, fort, doux, et quin*en possède pas moins la persévérance en parlage.
Les esclaves existent en Utopie : on ne réduit pas en esclavage tous les prisonniers de gnerre, mais seulement ceux qui sont pris les armes à la main. En outre, la servitude alteiat les citoyens qui commettent des crimes graves, ainsi que les étrangers condamnés à mort qu on achète partout à très bon compte et qu'on a même pour rien. J'ai déjà raconté de quelle sollicitude les Utopiens entourent les malades. J'ai encore à noter que les incurables qui souffrent de douleurs aiguës s*en délivrent, après avis de leurs prêtre? et suivant leur propre volonté, au moyen d'un narcotique mortel ; on appelle cela accomplir un acte religieux et sacré. Mais celui qui se tue San? un motif approuvé par le prêtre, est considéré comme déshonoré, et son cadavre est jeté dans un marais.
Les jeunes gens ne peuvent se marier avant vingtdeux ans et les jeunes filles avant dix-bnit. Les Utopiens
ne se marient pasà l'aveuglette. Ils ont uneconlume qui nous semble ridicule, mais à laquelle ils se contorment avec le plus grand sérieux. Une dame honorable présente au jeune homme sa fiancée dans Tétat dr la plua complète nudité ; de même, un homme sans tache présente à- la jeune femme, fille ou veuve, son fiencé tout nu. Au premier abord nous trouvâmes cette coutume
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très sotie; mais il fut répondu à nos railleries que chez les autres nations on est bien plus insensé. En effet, lorsqu'il s'agit d'acheter un cheval, on a le plus grand soin d*en découvrir les défauts cachés, tandis que, lorsqu'il s'agît d*une épouse, on ne s^attache pas à faire cette enquête physique; on juge, en effet, de sa personne d'après la grandeur de la main, d'après son visage et suivant que ses vêtements sont plus ou moins ajustés. En Utopie, les divorces sont de la plus grande rareté : ils sont prononcés par les membres du Sénat assistés de leurs femmes. L'adultère est puni de Tesclavage le plus rude et de la mort en cas de récidive. L'esclavage estd*ailleurs le châtiment le plus sévère, même pour les crimes les plus graves, à l'exception de celuiquenous venonsde mentionner. Dans tous les délits, l'intention restée sans effet est puniecomme le crime luimême. Les Utopiens ne se tiennent pas seulement éloignés du crime par Teflet des lois pénales, mais ils sont encore excités à la pratique de la vertu parles honneurs et par les récompenses, car ils élèvent des monuments à tous les hommes de mérite. Les lois y sont en très polit nombre. Ce que les Utopiens désapprouvent le plus chez les autres peuples est la quantité innombrable de lois, d'ordonnances, de commentaires qui n'aboutissent à rien. En conséquence, ils n'ont pas d'avocats: car ils pensent que personne ne peut mieux défendre sa cause que soi*méme. Par suite de la petite quantité de lois qu'il y a en Utopie, tout le monde est pour ainsi dire docteur en droit.
Les peuples voisins envient le gouvernement de cette Ile fortunée ; des relations amicales sont établies entre elle et les nombreux pénibles du voisinage, d'au Uni plus que ces derniers viennent souvent y chercher leurs
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magistrats. Les Ulopien? ne concluent jamais de traités, car ils pensent que les autres nattons n'en font le plus souvent que pour les rompre et les renouveler à leur fantaisie. La guerre est pour eux uoe barbarie bestiale, à laquelle l'homme se livre bien plus souvent qu'aucune espèce d'animaux. A leur avis, rien n'est si igiiuminieux que la gloire acquise sur un champ de bataille. Malgré cela, les hommes et les femmes s'exercent avec ardeur à la discipline militaire, les femmes accompagnant les hommes à la guerre. En réalité, ils emploient des troupes de mercenaires, les Zapolètes, race barbare et endurcie, auxquels ils allouent une haute paye. Pen* dant la guerre, une foule d'actes que les autres peuples considèrent comme honteux leur semblent permis; en pays ennemi, ils font particulièrement appel à la trahison et, au moyen de proclamations, mettent à prix la léte du prince et celle des notables. Ils veulcnl ainsi sauver la vie de plusieurs milliers d'innocents par la mort de quelques coupables. Leurs armes, leur discipline, leur tactique sont admirables ; ils emploient spécialement le grand triangle, qui est constamment renouvelé par des soldats nouveaux, contre le généralissime ennemi. La guerre terminée, lesUtopiens exigent de l'argent des vaincus ainsi que des domaines; ces derniers leur rapportent actuellement plus de 7U0.0UU ducats.
Quelques notes encore sur les religions de ce pays. Celles-ci difiPèrent non seulement de province à province, mais encore de ville à ville. On adore le soleil et la lune, les étoiles favorites et les hommes célèbres. La plupart des gens croient en un Dieu tout-puissant, unique, éternel, infini, inconnu, inexplicable, supérieur à toute compréhension humaine, créateur et soutien de tous, qu'ils nomment le Père. Lorsque nous leur parlâmes
du Christ, ils se senUrent très attirés vers lui et beaun coup d'entre eux se firent baptiser; le récit de la vie en
commun de? premiers apôlres semblait surtout bien les disposer à accepter noire religion.
Déjà, sous Utopus, la liberté religieuse fut établie dans ce pays. Quelque grande que soit la liberté religieuse et philosophique, le litre de citoyen est cependant refusé à celui qui nie l'immortalité de Tàme et Texis-tence de la Providence. On ne confie aucun emploi à un pareil individu, car il^a la loi pénale pour ^cul frein el pour seule espérance la malière et le néant ; on le méprise, car ce n'est pas là un homme.
Sans être superslilieux, les Ulopiens honorent les miracles. 11 y a aus»i des gens qui dédaignent l'élude et renoncent au plaisir : ils veulent uniquement mériter 1j ciel par une vie active et de bonnes œuvres. Il y a deux catégories parmi ces derniers : les uns vivent dans le célibat et sont végétariens, les autres préfèrent Tétai de mariage et se nourrissent de viande. Les Utopiens tiennent ceux-ci pour plus sérieux, ceux-là pour plus pieux. D'ailleurs, de même que les hommes peuvent devenir prêtres, les femmes peuvent devenir prêtresses ; tous sont élus au vote secret. Les temples sont en petit nombre, mais superbes; la vive clarté du jour y esl allénuée de manière à se Irau^lormer en une demi-obscurité. Le cuUe n'exprime que ce qui est commun à toutes les religions. Chacun, dans sa famillet célèbre des mystères particuliers, l^n général, les Utopiens ne se rendent aux oflices publics qu après avoir reconnu leurs fautes en famille et obtenu leur pardon^ après que les enfants se sont agenouillés devant leurs parents et la femme devant son mari. Le service divin, qiii ne comporte pas de sacrilices, se compose de chants.
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de prières faites ea commun, el la forme en esl établie légalement d'une manière si précise que chacun peut en faire soî-méme Tapplication.
J'ai essayé, continue Iliphaël, de vous décrire la forme de cet Éiat libre que je considère non seulement comme le meilleur, mais comme le seul que l'on puisse, aTec raison, appeler un État libre. Partout ailleurs, les gens n'ont en vue que leur intérêt personnel ; ici, où personne n*a rien en propre ^t où personne n'a de besoins, tous s'appliquent sérieusement au bien public dans lequel se confond Tintérèt privé. Les riches ne diminuent pas journellement le salaire du pauvrr, non seulement par leur rôle social et par des menées frauduleuses, mais encore en publiant des lois à cet effet ; rÉlatutopien garantit aussi bien l'existence aux infirmes qu à ceux qui sont capables de travailler. L'avarice et l'orgueil sont ici hors de saison. Je souhaite à. tous les pays une constitution comme celle que j viens de vous décrire. Je suis heureux du moins que les t t^»piens Talent adoptée, car ils lui doivent une situation florissante^ une union étroite des citoyens à Tintérieur et une sécurité durable à Textérieur. »
Lorsque Raphaël eut terminé son récit, Morusy ajtiuta, en matière de conclusion, à peu près ceci: <c Beaucoup des ÎDstituttons des Utopiens me paraissent absurdes ; mais ce qui va surtout à rencontre de ma manière de voir, c'est la base sur laquelle repose cet État ; je veux parlerdela communauté des biens et de la communauté de la vie. Je ne fis cependant aucune objection, car Raphaël était fatigué par son récit; je le menai souper, remettant à plus tard la discussion plui approfondie de cette question. En effet, bien que je ne puisse apprécier toQt ce que ce savant homme a raconté, je dois cepen-
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dant convenir qa*il y a chez les Utopiens beaucoup
de choses que je désirerais voir nos Ëtats s'approprier. Je le désire plus que je ne Fespère. »
d'où vient l'utopie. — où ELLE CONDUIT NOUVEAU-MONDE ET ANABAPTISTES
G*est ainsi que se termine le célèbre ouvrage de Thomas Morus dont ce qui précède présente un extrait très rédoit. Écrit en latin et dans un style brillant, le dialogue a trouvé depuis près de quatre cents ans, grâce à Part ingénieux de ses dispositions, de nombreux, admirateurs. Il a été souvent traduit, et depuis son apparition le genre des romans politiques ou des Utopies offre une série ininterrompue. Si nous examinons Touvrage au point de vue critique, on y remarque deux ordres d'idées parfaitement distincts. Tout d*abord, il contient une critique de ]*Ëiat anglais et de la politique des princes du temps. A ce point (le vue, il a eu plus de portée qu'on ne le croit comtDtinôn^ntf et l'on n'a pas suffisamment apprécié l'influence de rUtopie sur la politique du Cabinet anglais et sur le droit anglais. Nous trouvons dans les statuts d'Henri Ylll maintes décisions nous rappelant T Utopie, en sorte qu'on est porté à supposer qu'il y a eu une relation étroite entre le droit administratif de cette époque et les idées de Morus. Nous y trouvons la première idée des institutions de prévoyance en faveur des classes ouvrières, la réglementation des salaires et du prix des articles de coiiaoïnmation, l'attention bien-
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veillante qu'on porte sur le Uavail manuel eL les corporations, etc.; bref, tout cela anticipe sur ce qui plus tard caractérisera pour nous le Despotisme éclairé, D*autre pari, TUtopie a une portée générale, car ses maximes, dictées par le ressentiment contre les riches sont devenues d'un emploi courant pour les socialistes et les communistes des siècles suivants. Mais, comme les principes communistes se retrouvent presque tous dans les utopies ultérieures, nous ne voulons pas, quant à présent, formuler une appréciation à leur égard« Morus a donc fourni les arguments nécessaires pour lancer, contre les classes qui possèdent, des injures de toute sorte, et si V Utopie n'était pas visiblement une œuvre de pure imagination, on ne saurait Tabsoudre d'avoir méconnu les lois économiques. Si autrefois des hommes furent en grand nombre condamnés à une existence misérable, c'est que non seulement les institutions politiques et la richesse, mais aussi les conditions générales de la production, Tinsignifiance du capital, etc., etc., en étaient les causes. L'affirmation de l'égalité de Thomme n en était pas moins une chose grandiose. L'auteur de V Utopie ne reconnaît aucuno différence de condition: pas de noblesse riche et haut placée, pas de clergé dominant et corrompu, m^ià seulement des citoyens indépendants et travailleurs, un tiers État tout seul! Il ne reconnaît aucune propriété foncière, aucune Église U[iiijue dominante, fclt c'est par là que son œuvre se rattache aux premiers tenH^<^ où l'organisation sociale reposait sur ces deux assi«^' L'auteur renverse celles-ci complètement. Il émet, idées à une « poque où la guerre contre les héréli^ * était à l'ordre du jour et dans un pays où les graK propriétaires opprimaient tout le monde. Morus, t^t
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qu'ennemi de la Réforme, est ainsi placé au centre des idées qui en firent le fond. La proclamation de la •tolérance et Taffirmation de l'égalité basée sur la noblesse du travail étaient, pour cette époque, deux idées absolument nouvelles. Et c'est par cela même qu'on di>it être d'autant plus frappé que Morusne constitue son État qu*en recourant à l'esclavage. Par ce moyen, la question de savoir comment seront occupés les emplois humbles et rebutants est certainement résolue d'une manière fort simple.
On trouve déjà chez Morus, pour ce qui a trait à la structure de TÉtat, la tendance principale de la nouvelle époque, qui consiste à tout fonder sur l'égalité, sur le nombre des individus, et Ton y voit aussi mélangés le «système électif de Tancienne démocratie et le système représenlalif de la nouvelle. Il faut pourtant remarquer le peu d'estime que le chancelier, dans son réve, a pour ce peuple si instruit, si idéaliste : il est seulement électeur, mais ne doit, sous aucun prétexte, parler politique. Imaginez qu'un chancelier d'État eût soutenu de pareilles idées chez nous 1 La liberté de la parole, de Ja presse, de réunion, sont autant de choses inconnues dans cet État idéal.
C'est ainsi que Morusa tout façonné d'une manière où la liberté s'allie à Tingéniosilé, même lorsqu'il s'inspire en partie des types primitifs. La façon dont les Epicuriens envisageaient l'existence semble surtout ^ni convenir, mais il puise aussi dans la philosophie lïcienne; il y prend, par exemple, le' suicide. Ge s d'Utopie nous conduit directement à un paral- ' entre lui et l'État idéal de Platon. La différence oitale entre les deux Ëtats se manifeste dès le premier ipd'œii; elle est très caractéristique. On pourrait dire
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que Platon est philosophe et que Morus fait de la politique sociale. L'Élat de Platon est le pur idéal d'un penseur ; dans V Utopie^ TËtat est surtout le moule de la société dont )a forme doit produire la félicité. Dans l'État de Platon, la justice, raccomplisseniont des devoirs du citoyen envers TÉtal en constiluenl le principe; dans l'Utopie^ tout aboutit à Taccomplissement des devoirs de TËlat envers la société
Mais, comme on Ta. déjà dit, Platon n'est qu'une des sources où a puisé l'auteur de V Utopie; l'autre source dont il s*est servi se trouve dans le Nouveau-Monde, en Amérique. Conformément à l'esprit de notre temps, grand amateur de centenaires, cet événement a été célébré par des congrès et des fêtes en 1892, à Toccasion du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau-Monde par Christophe Colomb. Si Ton s'en souvient, on devrait également songer que les nouveaux pays d'Amérique n'envoyèrent pas seulement au vieux continent des pommes de terre et du coton, mais de?» idées de liberté et la fièvre de Tor. On ne devrait pas non plus oublier que Pidée politique et sociale ne prend date en £urope qu*à compter de cet événement. Nous connaissons le communisme théorique et les partis conimunistes depuis la découverte de PAmérique et depuis Thomas IMorus; jusqu'alors, le com* munisme était inconnu des grandes masses populaires, et le--: ])èulis coiiiiiiunisles se trouvaient réduits à des cercle» restreints, tels que les ordres monastiques.
< Thomas Morus et Platon sont comparés d'une manière détaillée par le û' Lioa Beger, dans la publication périodique de Tubingue pour Tensembie de la science politique, 1879, pages 187 et s., 407 et s.
Digiiizuu Ly
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Thomas Morus a été indubitablement conduit à son idéal par les descriptions que les voyageurs et la relation elle-même du premier voyage de Colomb, ont donné de l'État des Anlilles et de? autres îles Américaines ^ Nous trouvons là, abstraclion faite de la nature luxuriante, de la haute stature et delà santé des habitants et autres choses analogues, une constitution de TËlat et une organisation que nous reconnaissons très nettement dans rutopie; des particularités, telles par exemple que remploi de For, paraissent même y avoir été empruntées. Ces insulaires ont tout en commua; le sol n'est pas plus la propriété de personne que les rayons du soleil, Teau et Tair ; ils vivent heureux comme en un âge d'or, sans juges intrigants et sans livre;^. Toute production et tout partage des Mens sont réglés par le roi ; la monogamie est en vigueur et les rois seuls ont plusieurs femmes.
On a appelé théocratie sociale cet État des Antilles, avec sa propriété collective, placé sous i autorité illimitée d'un Cacique appuyé lui-même sur une divinité, mais les Européens découvrirent plus tard, sur les rives orientales de rAmériqiir du Sud, une autre forme de cuiniiumisme, un état d anarchie communiste. Yespuce y trouva une licence complète; la population primitive ne connaissait ni le commandement, ni Tobéissance, aucune vie tl'* famille, aucune pudeur; dans ce pays qui devait être si près du paradis, le goût de la chair humaine était si grand que le père mangeait son fils et le fils son
* W. MQllba, Die Entdeekung Amerikas und die êrêien Ereheinungen des modernen Kommunismus (31 pages, Stade, 1892). Sur les rapports de la croyance au Paradis avec la découverte du Nouveau-Monde, voir Rugb, Chr. Colomb (Dresde, 1802, pages 141-143).
père. Malgré cette anlliropophagie, Améric Yespuce qualifia ces gens d^hommeft paisibles et doux. Des constitutions communistes et anarchistes analogues existaient aussi dans le Yenézucia : l'heure des repas n*y est fixée en aucune façon; les hommes et les femmes y s6nt également robustes, ces dernières à un tel point que le jour iiiéme de leur délivrance elles sorleul et se baignent dans les fleuves. De nombreux détails qui nous rappellent directement V Utopie nous sont rapportés sur les peuples du Yénézuéla. Ceux-ci, par exemple, abandonnent à leur sort, dans un hamac et au milieu des bois, ceux qui sont gravement malades; bien mieux, ils n*ont pas de maisons particulières, et habitent dans une maison jusqu'au nombre de six cents personnes ; ils sont en outre soumis à cet insupportable changement de demeure en vertu duquel les membres d'une famille changent tous les huit ou dix ans pour raison de santé, le lieu de leur résidence. Ce sont bien là des particularités qui constituent un lien entre l'Utopie et ces conditions d'état primitif. Ces conditions ont été décrites par Colomb dans sa première relation de voyage, et plus exactement par Pierre Martyr dans ses Décades^ puis dans les diUérentes lettres de Yespuce et dans les Quatre NamgeUions de Waldseemûller (1507).
On ne saurait douter, d'après ce qui vient d'être dit, que ces récits de voyage n'aient directement inspire Thomas Morus dans la conception de son Utopie. Lorsque Morus met son récit dans la bouche d*un compagnon de Yespuce, ce n'est point, comme onle pensait précédemment, pour intéresser le public aux nouvelles découvertes, mais pour faire une allusion directe aux sources où il a puisé. On peut donc admettre comme prouvé que la communauté des biens, dont Morus fait la base de