‹ L'Éternité, retraite de Notre-DameChapitre 10 sur 13 · L'ÉTEEN.TÉ ET LA VUS VC/TURE · texte numérisé non relu

L'ÉTEEN.TÉ ET LA VUS VC/TURE

n'est là sans doute qu'une fiction; mais ne

vous semble-t-il Das m, 'il ■* o > e

fiction nn. ^ q y ' mSme dans ce tte

7 ' G VIVe lma ^ e de l'effroyable réalité q^ncn, n tj , essayedeyou ^ ahté

Ah cette Eternité si large, si haute, si lon-

pesan surr^T^ ^ *» le ^ E ^ pesant sur le géant Encelade, j e me fio . ure ,„

tou ^r C o Qstantde sadJe - « ™

tout entière, comme en un seul point- et là J -hier le damné des millions et d'e m n ons ' de

ettor q U tf tente pour le soulever, il sen t h, aussz retomber sur lui son effroyab e a deau e impuissant mêmeà changer de place e fit dans pp ^ r ,„ A replace, et à trouver

aans ce déplacement un soulagement nuel conque Je crois l'entendre à c^eTel^tn de sa vie tourmentée, demander en es™ le s en débarrasser tout à fait- ^ 6SSayant de ^ temps supporter ce ËL^T, T^ £ dit en retombant : Eucot^k^ ^ Encore une Eternité ! eimtei...

Clntnt: ëi 7 S ' raMmeqUe rEte ™^ ouvra aevant nous , effroyable abîme qui s'apnrofnndJ a mesure que nous le creusons, pou t^ quelque chose de ce mystère de soufeanS Z

-perspective ajoute au supplice du rép^vt

210 l'éternité et l\ vie future

Nous y voyons à la fois ces trois choses, dout nous pouvons bien avoir l'idée, mais dont la compréhension nous échappe, même en nos plus, grandes souffrances de la terre; l'Eternelle uniformité', l'Eternelle continuité, l'Eternelle simultanéité fans, le supplice du réprouvé; en d'autres termes, le damné souffrant uniformément, continuellement et simultanément son Eternel supplice, souffrant toujours la même chose, souffrant sans intermittence aucune, et souffrant, à chaque instant de son éternel supplice, l'Eternité tout entière.

Vous le voyez, ce sont comme trois abîmes qui se creusent au fond d'un même abîme, sans compter tous ceux qui nous échappent,et que nous ne pouvons sonder au fond de l'insondable Eternité.

Mais, après avoir visité, ou du moins en- ' tr'ouvert sous nos yeux cet abîme de l'Eternité mis en face du supplice des réprouvés, nous avons à regarder dans un autre abîme, l'abîme de l'âme mise en face de son Eternité, c'est-à- . dire de son éternel malheur; et nous aurons ainsi le dernier mot de ce que la perspective de l'Eternité ajoute d'aggravation au supplice du réprouvé.

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

Oui, Messieurs, pour mieux entendre comment l'Eternité est le dernier mot du malheur des réprouvés dari s l'autre vie, il faut pénétrer dans cet autre abîme, l'abîme de l'âme humaine ellemême. Il faut nous demander ce que l'âme du damné doit ressentir et ressent en effet, en face de cette Eternité , telle que nous venons de la montrer.

Or, indépendamment des autres causes de son malheur, l'âme du pécheur impénitent, en face de l'Eternité, renferme ces trois supplices qui se compénètrent et n'en font, pour ainsi dire, qu'un seul : supplice de l'Eternel regret, de l'Eternel remords, de l'Eternel désespoir ; c'est-à-dire la privation totale des trois éléments de félicité que nous pouvons connaître même sur la terre.

Il y a surtout trois choses qui entrent comme éléments dans nos félicités relatives du temps : le passé, le présent, l'avenir; le passé par le souvenir, le présent par la possession,, l'avenir par l'attente ou par l'espérance. Si le bonheur est ici-bas si difficile et si rare, c'est qu'il nous est d'ordinaire impossible de nous y faire une situation qui ne soit troublée ni parle regret, ni par le remords , ni parle découragement ou la désespérance.

l'éternité et là vie future

Et bien ! l'homme de la malheureuse Eternité ne trouve dans son supplice aucun de ces trois refuges; car, son passé, c'est son éternel regret; son présent, c'est son éternel remords; son avenir, c'est son éternel désespoir. Et ainsi l'âme elle-même répond par ces trois ahîmes , aux trois ahîmes de l'Eternité que nous venons d'entrevoir.

Oui, ce qu'il y a d'abord au fond de l'âme du réprouvé, dans l'Eternité, c'est ce que j'appelle son premier abîme ; l'abîme du plus amer et du plus inguérissable des regrets .

Le regret, qu'est-ce à dire? c'est-à-dire la douleur d'un bien perdu, et que l'on pouvait ne pas perdre ; la conscience d'un bonheur refusé, et d'un malheur attiré par sa propre faute.

Dans le regret ainsi conçu, il est deux choses qui en agrandissent l'amertume; la première c'est d'avoir beaucoup perdu, la seconde de ne pouvoir rien réparer. Et voilà ce qui explique l'inexprimable douleur du regret,dans l'hommede l'Eternité malheureuse : il sait qu'il a tout perdu et qu'il ne peut rien réparer.

Avoir tout perdu, mais ce qui s'appelle tout, et ne pouvoir rien, absolument rien réparer; dans l'universalité de la ruine l'impossibilité ab-

L ETERNITE ET LA. VIE FUTURE

solue de toute réparation: Grand Dieu! quelle situation! Dans cette situation, quel regret! Et dans ce regret, quelle douleur!

Ah! tous nos regrets de la terre, -même les plus grands et les plus amers, ne peuvent nous en donner une idée. D'ordinaire, nous ne perdons jamais tout. Toujours quelque chose ou quelqu'un nous demeure; et dans nos ruines et nos désastres les plus universels, combien il est rare que nous ne puissions réparer quelque chose. Alors même que nous ne pouvons égaler les réparations aux ruines et les restaurations aux désastres, notre impuissance de réparer n'est jamais absolue.

Eh bien! Messieurs, ce que nous ne pouvons même imaginer dans le temps, c'est dans l'Eternité la complète réalité.

Qu'a-t-il perdu, mon frère le réprouvé? Tout. Que peut réparer mon frère le réprouvé? Rien^

Le voyez-vous d'ici, à l'heure décisive où, à travers les orag-es du temps il vient échouer au rivage de l'Eternité? Le voilà pour toujours jeté comme un naufragé sur ce rocher immobile; et regardant derrière lui les flots de cette mer du monde qui semblent encore murmurer à ses pieds , il s'écrie : Hélas ' tout est perdu !... Oui ,

L'KTKRNfTK ET LA VIE MJTUBB

perdu tout ce qui est de la terre, et perdu pour

7J «>«t ce q„i est du ciel; perdu ton? ce Te" uem et pgrdu tQut ce ^ ^ ^ m=

perdu tout ce qiu est de rhomme, et - qu, est de Dieu, P laisirs , richesses, ho nU rs g-loires, triomphes, où êtes-vous? Hélas' du -ut de ce roc de PEternité, où m'a jeté la mort e vous vo.s pareils à des épaves, flottant après le naufrage sur une mer encore agitée. Ah ! s dans cette perte de tout ce qui est de la terre du temps, Dieu du moins me demeurait et J.™. le ciel eu espérance, Mais, ôDiù où etes-vous ? Ociel,oùêtes-v us ? Hélas! vous aussi, je vous ai perdus, Tandis que le ciel se ferme sur ma tête, ô Dieu, ô Dieu juste, je ns que pour toujours vous me repousse, de vous,

perte a hTl "? nihie lmiverse ^> dans cette peite absolue de tout ce qui est de la terre et de tout ce qm est du ciel, si ce naufragé du terni

temps la, je recommencerai ma vie, une vie

Plus grandes même q ue mes désastres . Re

urner? Mais il est trop lardi oui , trop ^ ■ L Eternelle pnson, où m'ont précipité les prévancatumsdemavie, a des portes mille fo s

i. ETERNITE ET LA VIE FUTURE

ïlt

plus dures que le diamant. En vain contre ces portes infrangibles je me briserais la tète; ah I c'est fini, c'est à jamais fini; le temps ne me reverra plus; et de oe côté, pour réparer mes pertes, je ne puis rien, et je ne pourrai jamais rien!

D'où me viendra, pour guérir la blessure de mes regrets, la puissance réparatrice? Sera-ce du côté de mou Eternité elle-même? Mais, comment trouverais-je en elle une puissance de réparation, lorsque c'est d'elle-même surtout que me vient Yirre'parabilité absolue de mes désastres du temps ? Comment demanderais-je à mon Eternité le secret d'acquitter ma dette et de réparer mes pertes, lorsqu'en vertu et par la iorce inéluctable de la condamnation qui :i fait de moi, au sortir de ma vie du temps, le réprouvé de l'amour même, je demeure devant la justice un débiteur éternel? Eternité! je le sais, jamais tu neguériras mes inguérissables regrets, parce que jamais tu ne m'acquitteras devant la justice qui se sert de toi, non pour m'absoudrc, mais pour me châtier. Je pleure aujourd'hui et je pleurerai éternellement mon incomparable malheur; et je sais que mes larmes, en tombant sur ce roc où je pleure, n'acquitteront et ne répareront jamais rien, et qu'elles ne feront que

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

raviver mes regrets éternellement renaissants ; je sais que je garderai dans l'absolue irréparabilité de tout ce que j'ai perdu, l'inguérissable blessure de cet éternel regret.

Une cbose pourrait, peut-être, en adoucir l'amertume : Ce serait de pouvoir se dire : J'ai tout perdu et je ne puis rien réparer; mais, ce n'est pas ma faute. Hélas ! voici précisément ce qui fait la grande et poignante douleur du reprouvé; c'est que , dans la pleine lumière de sa conscience, il est forcé de se dire : C'est ma faute; si j'ai tout perdu, c'est que je l'ai voulu. Si je suis attaché au malheur, c'est que j'ai repoussé le bien pour embrasser le mal; et si je suis voué à la haine , à l'Eternelle haine , ah ! c'est que par mon égoïsme j'ai repoussé l'amour.

Et ainsi , à la douleur du regret, s'ajoute dans l'âme du damné une douleur plus grande encore : la douleur du remords, et d'un remords absolument inapaisable.

Le remords !... qui ignore ce que peut être, dans l'homme qui a gardé le sens de l'ordre, cette morsure de l'âme blessée par le désordre qu'elle a mis en elle? Car le remords , c'est cela-même, c'est le sens, de l'ordre dans l J âme qui a consommé le désordre ; c'est le sens du bien dans

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

l'âme qui a embrassé le mal. Le remords! étrange châtiment, où le prévaricateur est tout à la fois le bourreau et la victime; le remords! monstre mystérieux qui décore au fond d'une conscience troublée les fantômes de bonheur et de paix que l'on essaye de se faire au sein même du désordre.

Le remords ainsi conçu est dans l'humanité l'un des phénomènes les plus émouvants. Des génies de premier ordre, même dans l'antiquité, en ont créé des tableaux et des types, qui ont conquis la gloire de l'immortalité.

Mais, Messieurs, qui pourra vous dire ce que doit être dans l'âme du réprouvé P'Eternité du remords, créé par ses désordres du temps?

Comme la douleur du rçgret, la douleur du remords, croît et grandit aussi en proportion de deux choses, à'savoir : en proportion de l'apparition du désordre accompli et de l'impuissance à le chasser de soi

Or, ces deux éléments de la souffrance et de l'amertume du remords, sont, dans le réprouvé, à leur suprême degré ou à leur plus haute puissance.

A peine arrivé au seuil de l'Eternité, le pêcheur voit s'évanouir subitement toutes lesobs-

L'ÉTERNITÉ ET EA VIE FUTURE

curitésque le temps laisse planer sur les splendeurs de l'ordre ; et une lumière vraiment fulgurante fait briller dans son âme une formidable clarté. L'ordre que Dieu a établi lui apparaît dans sa plus complète irradiation ; et sa violation se révèle au coupable dans toute son horrible laideur.

Ici-bas , la faiblesse même de notre humaine pensée, les nuages de Terreur, les ténèbres amassées par les plaisirs et par les voluptés, obscurcissent pour nous la lumière de l'ordre, et par suite diminuent dans l'âme.avec le sens du désordre, la douleur du remords.

Mais quand la mort vient de sa main retirer devant le réprouvé le voile qui lui en cachait les splendeurs éternelles; et lorsque cet ordre Eternel et immuable lui apparaît dans toute sa clarté: oh! qui pourra jamais dire ce qu'est alors, dans cette pleine lumière, au fond de la conscience, le remords de l'avoir violé? Et que sont, devant le supplice de ce remords d'outre-tombe, les remords qui ont fait,à travers l'histoire, leurs plus éclatantes.et leurs plus tragiques explosions? Ce qui complète dans l'Eternité ce supplice du remords, c'est l'impossibilité absolue d'y apporter un apaisement quelconque. Comme le

regret y est inguérissable, le remords y est mapaisable.

Sur la terre , que de causes apaisent ou endorment le remords ! Le charme des plaisirs , l'ivresse des voluptés, l'habitude même de la prévarication, l'influence des erreurs et des doctrines pervertissant la conscience, Semblent plus ou moins amortir le remords , si elles ne le tuent tout à fait. Et, pour le chasser de lui, le pécheur a un moyen essentiellement efficace : la confiance de son pai'don puisée dans le repentir.

Mais, dans l'Eternité, quel charme, quelle ivresse, quelle erreur capables d'émousser pour le damné l'aiguillon du remords? Et surtout, quel repentir capable de lui rendre, par l'extinction du remords, la paix de l'innocence? La cohabitation Eternelle et inévitable de son âme avec le péché qu'il a emporté, en passant par la mort, au sein de son Eternité, c'est le remords avec toutes ses tortures à jamais fixé dans sa conscience; c'est comme un serpent enfermé dans la poitrine et y faisant sentir une morsure Eternelle; c'est, comme le vautour, dont parle la fable, éternellement attaché aux entrailles de Prométhée : image affaiblie de l'Eternel et inapaisable remords attaché pour toute l'Eternité au

L'ÉTUKNITlî ET LA VIE FUTURE

tond de Ja conscience coupable. Disons mieux; avec 1 Ecriture, c'est le ver qui ne meurt pas mais qui ronge éternellement cette âme qui l'a enfermé en elle avec le remords : VermU eorum non moritur.

Ainsi , dans l'âme du réprouvé,avec l'Eternité du regret, l'Eternité du remords. Je ne connais Plus quune chose plus aggravante encore, dans le supplice du pécheur impénitent, l'Eternité du désespoir.

Le désespoir! c'est-à-dire la rupture avec toute espérance : là est, si je le puis dire, l'idéal de la douleur; là gît, même en cette vie ] a cause ou la raison secrète des plus grandes souffrances : Ne plus rien espérer! La mère désespérant de conserver ou de revoir son enfant- 1 enfant désespérant de revoir sa mère; l'épousé sans espoir de revoir son époux; l'exilé n'espérant plus revoir sa patrie; le prisonnier n'espérant plus revoir la lumière ; le malade désespérant de revenir à la santé : Ne sont-ce pas là d ordinaire, les types ou les personnifications les plus émouvantes de la souffrance humaine' Et, lorsque cette désespérance atteint dans 1 homme son plus haut degré; lorsque le malheureux ici-bas n'attend plus rien, abscr

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

lumeut rien; lorsqu'il a senti tout ce qui l'attachait encore à l'existence se briser autour de lui, et tout ce qu'il aimait se retirer de lui; ah! n'est-ce pas alors que trop souvent la vie s'effondre, comme un édifice qui a perdu tous ses appuis? Oui, c'est alors que l'homme se penche sous le plus lourd fardeau qu'il soit possible de porter, une vie qui n'espère et n'attend plus rien; et que la rejetant comme un poids qui l'écrase, il s'écrie, la tristesse au cœur, la pâleur au visage et le poignard à la main : Allons, c'est fini; nous n'avons plus qu'à mourir! Plus d'espérance!

11 setrompepourtant. l'infortuné; oui, le suicidé se trompe; il a encore une espérance, car il se dit, en rejetant sa viedu temps: Dans l'autre vie, ce sera mieux, peut-être! Et s'il ne croit plus même à une autre vie, il espère encore; car il invoque la mort comme une délivrance, et si je le puis dire, comme une dernière espérance.

Ainsi, même en ceux que tout dans le temps désespère le plus, il y a encore une espérance. Et nos désespoirs, même les plus profonds n'y sont jamais que relatifs.

Mais le désespoir absolu, le désespoir éternel au sein d'une nuit qui l'enveloppe, sans lui

222 l'éternité et la vie future

laisser même leplus petit rayon d'espérance, ah! comment comprendre tout ce qu'il ajoute d'aggravation au supplice du réprouvé? Se sentir attaché, sans pouvoir la rejeter jamais, à une vie où la souffrance doit renaître éternellement delà souffrance, sans pouvoir lui dire à une heure, par une parole efficace : « Va-t'en, laissemoi; » et à tout instant de sa souffrance attendre encore une Eternité de souffrance !

C'est l'effroyable situation du désespéré de L'autre vie : ne pouvoir plus rien attendre, si ce n'est ce à quoi il voudrait s'arracher : la douleur, et toujours la douleur !

Voilà le caractère le plus affreusement inimitable que l'Eternité imprime au supplice du volontaire réprouvé : l'absolu dans le désespoir; l'impossibilité de toute espérance. Impossibilité qu'exprimait un grand génie éclairé par sa foi, en montrant inscrit sur la porte des éternels châtiments : «. Vous gui entrez par cette porte, laissez-y V Espe'rance ! » car, si l'espérance y pouvait entrer, ce ne serait plus l'enfer; l'enfer, où l'on n'espère plus!

Si du moins, dans ce naufrage de toutes les espérances de la vie, il pouvait garder encore l'espoir de la mort!... Ah! s'écrie ce vivant

l'éternité et la vie future

sans espérance, si je pouvais mourir! Si le néant nie restait comme libérateur de cette servitude, qui fait de moi un esclave éternel!

Mais c'est là précisément ce qui met le comble à son désespoir et à son malheur : l'impossibilité de mourir.

Les malheureux , s'écrie Job , attendent et cherchent la mort , expectant morlem. Et comme on creuse la terre pour trouver un trésor, eux la creusent pour trouver un sépulcre; quasi effodienles thesaurum. Et, quand ils ont trouvé un tombeau , ils tressaillent de joie : Oaudentque vehementer cum invenerint sepulcrum (]).

Mais l'Eternité, c'est la fin, la fin qui ne doit plus finir; comment faire dès lors, pour s'ouvrir un sépulcre? En vain le réprouvé essayerait de creuser dans ce granit, en s'écriant : La mort, la mort! Après le sépulcre qui a dévoré mon corps, où trouverai-je un sépulcre qui dévore mon âme ?... Mais la mort ne vient pas; elle ne viendra jamais cette mortsiardemmentdésirée; exspectant mortem et non venit. mort! ô mort! viens, viens à mon secours. L'Eternité répond: La vie, la vie! Vivre toujours; mourir jamais Et tandis que l'Eternité lui porte le défi de mou- Ci) Job III. 2t.

L'ÉTERNITÉ Et LA VIE FUTURE

nr. en lui disant : La vie! la vie! lui, s'écrie dans un désespoir sans remède et sans consolation: Eternité! Eternité! Et l'un et l'autre cest.a-d.re l'Eternité et lui, di.ent ensemble' comme cette voix d'un damné que Dieu feisaii un jour arriver, pour le convertir, à l'oreille d un moribond, du plus profond de l'Eternel abîme : Plus d'Espérance! Plus d'Espérance' Messieurs, j'ai fait sur moi . méme un

cZ7ef V PaT V ° US Petenir aV6Cm0i d —t eue effroyable perspective. Je respire, en pensant que j ai maintenant à vous en montrer une autre bien différente. Aussi, après vous avo X ^ ^ ™***é est par rapport a ma heur des réprouvés ; j'ai hâte de vous dire ce qu elle est par rapport au bonheur des Elus.

. Ce que la pensée de l'Eternité est par rapport aubonheur de. élus dans le ciel, L'ert^

^rV 3 raiS °' n Gt d6Vant Ia foi ' le ^nheur des élus doitetrele W ^bonheur; un bonheur qui, bien que s'élevant dans chacun avec le de-

rilKtti

l'éternité et la vie future

gré du mérite, sera dans tous le rassasiement complet des désirs ; en sorte que l'élu, même le moins élevé dans la hiérarchie des célestes félicités , n'aura plus rien à désirer, et ignorera dans le ciel cette chose qui blesse tous nos bonheurs de la terre, à savoir : le sentiment du vide. A qui peut-il échapper, en effet , que quiconque se sent vide par quelque e adroit, aspire naturellement au delà de ce qu'il possède, et que celui qui aspire au- delà, n'est pas en réalité parfaitement heureux.

Ce principe une fois admis, et il est incontestable, il sera facile de comprendre ce que la perspective de l'Eternité est par rapport au bonheur du ciel. Elle en est tellement la condition nécessaire et l'élément essentiel, que sans elle, le parfait bonheur ne se peut plus même concevoir. Sans la certitude d'une durée éternelle, il en serait à peu près de la félicité du ciel, ce qui en est de nos félicités de la terre : la crainte de la voir finir en troublerait la possession. Là est la grande blessure qui atteint en leur fond le plus intime tous les bonheurs que nous essayons de nous faire icibas : l'impuissance absolue de les perpétuer.

Alors même que la Providence vous fait sur

L'ÉTERNITÉ ET LA VIE FUTURE

la terre dans la situation la pl us souhaitable le Plus grand bonheur que vous puisse imaginer unechose, bon gré, mal gré, en trouble la posses^ sion: vous savez que ce bonheur doit finir, et même qu'il va bientôt finir.

Imaginez la possession la plus complète et la moins troublée de tout ce qu'un homme peut posséder ici-bas. Voici un homme, pareil au roi Salomon, en possession de toute richesse de tout honneur, de tout plaisir, de toute science; a la lettre, tout y est et rien n'y manque, ce semble, pour réaliser l'idéal de la terrestre félicité.

^ Ah -iY letr0mpe ' unechose 7 manque, la sécurité dans la possession, la certitude d'assurer pour l'avenir le bonheur de son présent Non seulement, comme Salomon, il sent le vide ou la vanité qui est au fond de tout : , Et vdt guod omnia estent vanitas. » Mais, alors même qu'il ne sentirait pas le vide, qui résulte de la disproportion entre ce que l'on possède et la faculté de posséder, une autre raison plus munie et plus profonde encore l'empèeherait de jouir tout à fait, et de trouver la paix au sein de a jouissance : c'est l'inévitable pressentiment de la fin, de cette fin dont l'ombre triste vient

l'éternité et la vie future 83?

assombrir même ses meilleures joies.

6i vous vous représentez la possession de tous les biens et de tous les plaisirs de cette vie, comme un banquet splendide où un homme vient s'asseoir avec ses heureux convives ; com^ ment pourra-t-il, sans ombre de tristesse, jouij* de ce banquet de la vie, si, comme au festin de Balthazar, il croit voir une main mystérieuse écrire sur la muraille cette parole qui vient en troubler la joie : Finir! finir! Voici venir la

fin!

Il résulte de ce que nous venons de dire, que même la possession de Dieu ne nous remplirait pas et ne nousbéatifieraitpastout à fait, si, par- i hypothèse, cette possession de Dieu pouvait finir un jour. L'homme, dans cette hypothèse, doué qu'il est de la puissance de prévoir, troublerait son présent par la prévision de son avenir, et même au sem et dans les bras de Dieu, ne se sentirait pas parfaitementheureux. A chaque instant, il pourrait se dire : Je sais que mon bonheur doit finir; mais quand? Sera-ce demain? Aprèsdemain? Et ne pouvons-nous pas même ajouter que plus grand seraitsonbonheurdansla possession de Dieu, plus grande aussi serait la frayeur de le perdre; et que la joie de l'embrasser serait

L'ÉTERNITÉ ET LA VIE FUTURE

^alee, et peut-être môme surpassée par 1-, crainte ou plutôt par la certitude d'en etr un jour séparé? Qui ne sait que, même sur if T ce sont les plus heureu x q ui ^ZZ on S Plus tourmentés par la pensée de voirWflïfi tout leur bonheur , Comment, d s ^ SfT

-e.nde Dieu.alors qu'atout instant il pourrait lm dire mon Dieu, beauté! bonté" Quoi! après vous avoir vue et possédée, ilfaud a

titude de ne le perdre jamais

Donc, Messieurs, rien n'est plus certain • l P bonheur du ciel, pour être un p'arfa t on Lu doit être Eternel. Nous pourrions à langue pas aller plus loin. *4Tueui ne

Mais, ce que je veux surtout montrer ici, ce

L liTliRÇITJE ET LA VIE FUTURE

n'est pas seulement la nécessité, pour le parfait bonheur de l'autre vie, d'être Eternel, c'est-àdire sans fin; ce que je veux mettre surtout dans une pleine lumière, c'est tout ce que la pensée de l'Eternité ajoute, sous tous les rapports, à la félicité du ciel.

Que ferons-nous, dans le ciel?. . .

Dans le ciel nous verrons Dieu, videbimus.

Dansle ciel nous aimerons Dieu, amabimus. Dans le ciel nous posséderons Dieu; et, dans l'extase de cette vision, de cet amour et de cette possession, nous le louerons, laudabimus.

Après le bonheur de le croire sur la terre , le bonheur de le voir face à face dans le ciel; après le bonheur de l'espérer et de l'aimer sur la terre, le bonheur de l'embrasser dans le ciel; et après le bonheur de souffrir pour lui sur la terre, le bonheur de jouir de lui dans le ciel : telle est, pour la résumer en trois mots, la réalité de la céleste béatitude.

Or, qui pourra jamais comprendre, et surtout, qui pourra jamais dire, ce que la perspective de l'Eternelle durée ajoute à cette félicité triple et une tout ensemble? Remarquez-le bien, de même que je n'avais pas tout à l'heure à vous dire tout le mystère du supplice de l'enfer, je n'ai pas non

l'éternité et la. vie future

plus maintenant à vous décrire tout le bonheur du ciel, ni à vous faire pénétrer jusqu'au fond de son ineffable mystère; mystère qui, au dire de saint Paul lui-même, - qui en avait eu cependant la sublime vision, ~ dépasse tout entendement et tout sentiment humain . Les discours les mieux concertés et les plus éloquents ne manquent pas d'ailleurs sur ce grand sujet. Ce que je veux montrer uniquement, o'est ce qu'ajoute la ' pensée Ae l'Etemel à la céleste béatitude, consi,' dérée sous le triple rapportque jeviensd'énoncer. Et d'abord, le premier élément de la céleste béatitude, c'est la visiou, la vision intuitive de Dieu même, c'est-à-dire de llnfini^Sur la terre, nous avons une certaine vue de Dieu; mais nous ne le voyons que comme on voit dans un miroir un reflet ou une imag-e; et malgré cette vue réflexe do Dieu, son essence et sa vie intime nous demeurent une énig-me,ou comme une chose incomprise. Mais, au ciel, nous le verrons face à face; nous le connaîtrons comme nous nous connaissons ucus-mêmes. C'est le dog-meque professe l'Eglise appuyée sur la révélation de saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : Videmnt nnneper spéculum in enigmatejunc autemfaeie ad faciern (I).

(!) Con:Uh. XIII. 12.

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

Ce qu'est en elle-même et comment se réalise cette vision intuitive de Dieu; ce que donne de ravissement et de bonheur extatique cette vue claire et face à face de l'Infini, il n'est pas démon sujet d'entreprendre de le dire; le fût-il même que je désespérerais de pouvoir y réussir; car nous sommes ici en face de l'incompréhensible, du mystéiieux et de l'inexprimable. Tous cependant/devant ce mystère de la vision intuitive, nous pouvons nous dire : Si le face à face avec lé fini et le créé, si la vue des merveilles de la création nous donne quelquefois je ne sais quels transports et quels ravissements béatifiques , ah! que sera-ce de contempler cette Infinie beauté, dont toutes les beautés de la création ne sont que de pâles reflets? Si donc nous nepouvons nous faire une idée, surtout une idée complète du bonheur de cette céleste vision, nous pouvons en avoir jusque dans nos visions delà terre, comme un prophétique pressentiment.

A.h ! si la séraphique Thérèse, pour avoir eu la vision d'une seule main de Jésus Christ, trouvait que toutes les splendeurs de la lumière et du soleil n'étaient pour elle que pâleur devant l'éclat ineffable de cette divine main; ah! Thérèse ne pouvait-elle pas pressentir quelque chose de ce

L'ÉTERNITÉ ET LA VIE FUTURE

que sera au ciel la pleine vision du Christ tout entier; de ce Christ, c'est-à-dire de ce Verbe incarné et glorifié, en qui et par qui nous verrons Dieu et tout ce qui est de Dieu ; de ce Christ qui nous montrera sur son front la condensation de toutes les beautés créées, transfigurées par la lumière de la divine et éternelle beauté?

^ Mais que serait, pour la parfaite félicité des Saints dans le ciel, même cette vision de l'Infini, s'ils pou valent, un moment, douter de sonEternelle durée? Que deviendrait le bonheurde cette inénarrable vision de l'Infinie beauté, s'ils devaient se dire,mème dansl'extasedecettecontemplation: beauté divine, ô Infini de la beauté, quel bonheurdevous voir! Mais quelle tristesse de' penser qu'un jour nous ne vous verrous plus!

Qui ne comprend, dans cette hypothèse, quel nuage viendrait pour eux obscurcir le ciel même de la béatitude ?

Mais dans cette vision béatifique, dans ce face à face avec la divine beauté, supposez la perspective d'une éternelle durée; oh! alors quelle différence! Alors, dans cette contemplation de l'Infini de Dieu, quel accroissement, et quel rajeunissement perpétuel de la félicité!

Oh ! comme ce bonheur de la vision semble à

tout instant se multiplier par lui-même, alors qu'à ce bonheur de voir l'Infinie beauté se joint sans cesse le bonheur de savoir qu'on la verra toujours. Et comme le ravissement succède au ravissement, alors que l'Eternité pour eux toujours présente, promet aux bienheureux de ré- 'véler à leurs regards toujours ravis des beautés toujours nouvelles, et de faire briller dans ce monde de l'Infinie lumière des astres toujours nouveaux!

J'entends des hommes qui disent : Mais que peut, pour le bonheur des élus.ce face à face sans fin? Qu'est-ce que cet éternel regard jeté sur la beauté de Dieu, si ce n'est l'éternel ennui dans l'éternelle uniformité? Ahl l'ennui, la souffrance de l'ennui dans l'uniformité et la monotonie du supplice, je la comprends, et nous venons de le voir.

Que dis-je? l'ennui dans la vision des choses infimes de cemonde, nous le pouvons comprendre encore. Et c'est d'elles que nous pouvons dire avec l'Esprit-Saint : « Non satialur oculus visu. L'œil « n'est pas rassasié parce qu'il voit; » c'est-à-dire l'âme, par sa faculté de voir, n'est remplie par aucun spectacle d'ici-bas.

L'ennui dans la contemplation? Ah! s'il s'a-

g-issaitdela contemplation d'une beauté imparfaite, d'une beauté finie, d'une beauté terrestre; peut-être» Mais l'ennui dans la vision de la beauté Infinie; oh! non, jamais. Comment concevoir cet éternel ennui, alors que baignés de toutes parts dans les flots de la lumière Infinie, les Saints se meuvent dans cet océan sans rivage.et y vont, selon le beau mot de Saint Paul, de clarté en clarté, de claritate in claritatem; et cela, dans une extase qui n'a pas plus de fin que cet océan de lumière n'a lui-même de limites !

N'entendez-vous pas ces bienheureux con- ' templateurs de l'Infinie beauté, s'écrier dans leur perpétuelle extase :ODieu,quelle est ravissante, votre Infinie beauté! Quel bonheur de' la voir aujourd'hui! Mais quel accroissement dans ce bonheur de vous voir, de savoir, sans crainte de nous tromper, que nous vous verrons encore demain, après-demain, et toujours!

Ainsi l'Eternité complète la béatitude de la vision intuitive.

Quoi ! et l'on vient nous parler de monotonie dans la contemplation de Dieu,- et d'ennui dans cet éternel regard de la créature jeté sur son Créateur! Comment expliquer une telle aber-

l'éternité et la vie future

ration dans la pensée, j'allais dire une telle extravagance dans l'esprit humain?

Ah! c'est que sans doute dans ce regard et cette contemplation, on oublie deux choses. On oublie d'abord que cette contemplation c'est la contemplation de l'Infini, qui par son infinité même exclut l'uniformité , parce qu'il renferme, au sein de son unité, l'infinie diversité. On oublie, surtout, que cet éternel regard jeté sur la divine beauté, c'est un regard d'amour, et d'un amour dont nos terrestres amours ne peuvent pas même nous donner une idée.

Qui ne sait comment, même sur la terre, l'amour, alors qu'il est profond et vraiment souverain, se plaît à prolonger le regard jeté sur le bien-aimé?Ah ! c'est que ceux qui s'aiment, non seulement sont heureux de se voir et de so voir encore; mais ils attachent avec bonheur l'un sur l'autre un long- regard, regard pour eux relativement béatifique, et qu'ils voudraient, s'ils le pouvaient, prolonger indéfiniment. Que peuvent-ils v.oir cependant en se regardant, si ce n'est le fini, le fugitif,l'imparfait?Kt néanmoins que de félicité déjà l'amour croit trouver dans ce regard!

Que doit donc être dans le ciel le .bonheur de

L'JÏT^ENITB HT LA VIE FUTUHB

ce regard éternel, alors que ce qu'il voit ^ piment beau, l'inflniinent ^ ™ £*

™rr ,e; aiors - enfin - <- » ^"

un eg-ar.1 d amour jeté sur l'Etre dont l'amour

Aussi no v U 6St am ° Ur ; DéUS ^itasest.

Aussi, pour bien comprendre comment TEter-

mte complète dans le ciel le bonheur de la *.

W Ïu^el ' " *" ^^ ^ le V«JZ-

ZTon T ^ '° nS1Ste PaS SeulemeQt ^ la ^sion, mais qu'il consiste, plus encore, dans

1 amour dans son centre est le fond du paradis ou de la céleste béatitude ûu Parad 1S ,,

talt a rw n T 8 * aUSSl SimplG *™ fondamenaie. C est que l'amour est à la fois et le fond de

la nature humaine, et le fond de la nature divi- L'amour est le principe vital et le principe

s°c z: mr humaine - c ' est «« ie -ur :

la poitr n P '' ^ * ^ "^ COm ™

la poitrine respire; et cet amour du cœur hu

maing-ravite vers un autre amour. D'où il résulte que le parfait bonheur de l'homme doit et n repos dans un légitime amour D'autre part, Dieu lui-même est amour, Beus

tmamm

l'étfrnite et la vie future

charitas est; et il aime, comme le feu brûle, comme la lumière rayonne. Donc vivre et se reposer en Dieu, c'est vivre et se reposer dans l'amour.

Ces deux raisons qui n'en font, pour ainsi dire, qu'une seule, démontrent la même vérité, à savoir : la nécessité de l'amour pour le suprême et parfait bonheur de l'homme. D'où cette conclusion.exigée tout à la fois par la nature humaine et par la nature divine, à savoir, que le ciel est, par-dessus tout, le lieu de l'amour, la paix, la tranquillité, l'ordre, le repos dans l'amour. En un mot, comme je viens de le dire, l'amour est le fond et le centre du paradis. La vision de l'Infini est le repos de l'intelligence ; l'amour de l'Infini est le repos du cœur. En un mot, aimer, aimer Vu r.our même, l'amour infini, est la nécessité souveraine du parfait bonheur du ciel. Je n'insiste pas sur une vérité dont nous avons tous, au plus intime de nous-mêmes, la révélation spontanée.

Mais, j'insiste pour montrer qu'ici encore, l'Eternité, ou la perspective de l'Eternelle vie, est la condition absolue du parfait bonheur! Quand on aime, pour être parfaitement heureux dans

l'éternité et la vie future

son amour, il faut avoir la certitude que l'on aimera toujours .

Hélas! c'est l'irrémédiable douleur, c'est l'inguérissable blessure de tous les amours d'icibas, de se sentir impuissants à se perpétuer, et de ae pouvoir apposer sur nos cœurs et sur le cœur de c*ux que nous aimons, le sceau de l'immortalité. Oui, ce qui frappe et blesse au cœur les félicités que l'on essaye de se faire dans les amours de la terre, c'est d'en sentir,à toute heure les fragilités et les caducités; c'est de trop bien savoir que nos unions.mème les plus heureuses même les plus durables, ne font que nous prophétiser nos douloureuses et inévitables séparations.

Séparations! Ah! voilà bien le mot qui, pareil à un glaive, pénètre au plus intime de nos cœurs pour y tuer, ou du moins blesser à mort, les félicités que notre amour essaye de se faire icibas. Séparations ! Au fond de nos grandes souffrances etde nos grandes désolations, y a-t-il donc autre chose? Creusez jusque dans leur tond les souffrances humaines, sous quelque forme qu'elles se présentent, qu'y trouvez-vous, si ce n'est un amour séparé de ce qu'il aime' Souffrance de l'orphelin, souffrance delà veuve

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

souffrance de la mère, souffrance du prisonnier, souffrance de l'exilé, souffrance de l'isolement... Au fond, c'est toujours la même chose : un amour qui pleure l'abseuce de ce qu'il aime, en un mot, un amour séparé.

Voilà ce qui fait non seulement la tristesse et le découragement, mais parfois même le désespoir de tous ceux qui aiment dans le temps sans mettre dans leur amour quelque chose d'Eternel.

Ah ! s'écriait naguère un homme qui en avait fait la désolante expérience : « Malheureux que « je suis , je n'ai rien aimé d'immortel. Tout ce « j'ai aimé, je l'ai pris dans le temps; et voici « que cette fuite du temps et de tout ce que j'ai « aimé dans le temps, est pour moi comme le dé- « sespoir... »

Au contraire, quelle joie, quelle joie sans mélange, quand on aime vraiment et profondément ce qui est légitime ce qui est pur, ce qui est saint, de pouvoir se dire que ce qu'on aime aujourd'hui, on l'aimera toujours ! Toujours ! c'est-à-dire non seulement le toujours que le temps nous mesure, mais le toujours des siècles éternels !

Même alors que ce que nous aimons n'est pas

L ETERNITE ET LA VIE FUTURE

infini, et que de toutes parts nous touchons les limites qui enferment les objets de notre amour; quelle surabondance de joie, quel surcroît de félicité ce serait pour nous , si nous pouvions nous dire en les étreig-nant |dans nos bras, tout impuissants qu'ils sont à -remplir toute la capacité de notre cœur : Ah! ces êtres chéris, ces êtres préférés, à qui j'ai donné le meilleur de mon cœur et le plus pur de mon amour, je sais qu'ils ne me manqueront jamais ; je sais que le même amour fera toujours battre nos cœurs ; et que nous nous aimerons éternellement.

Oh ! qui pourra comprendre tout le mystère de la joie que pourrait mettre dans un cœur humain, l'amour même d'un bien fini, mais un amour sûr de son éternité?

Qu'est-ce donc, si ce que j'aime c'est l'Infini lui-même, l'infiniment bon, l'infiniment parfait, l'infiniment aimable, c'est-à-dire l'être vivant, seul capable de répondre à toute ma puissance d'aimer? Et si je puis dire, à chaque moment de ce béatifique amour : ah ! cet être infiniment aimable, cet être qui m'aime lui-même d'un amour infini, Je l'aime! Et n'eussé-je qu'un jour à l'aimer,ce serait pour moi déjà un bonheur que nul amour de la terre ne peut me représenter.

L ETERN1TK ET LA VIE FOÏDRE

Mais ce qui est pourmoi le comble du bonheur, c'est de savoir que cet être infiniment aimable, ie l'aime pour toute mon Eternité.

Et voilà ce qui fait non seulement l'Eternel bonheur, mais encore l'Eternel ravissement de mon amour. Ah ! c'est que je sais que bien différent de tous les amours de la terre et du temps, cet amour ne connaîtra jamais ni la lassitude, ni le regret, ni le dégoût, ni un décroissement quelconque ; je sais qu'il ira se ravivant sans cesse, et que sa flamme ne s'éteindra pas ; parce que cet amour ne connaît ni caducité, ni vieillissement quelconque; il a la jeunesse de l'Eternité.

Aussi, Messieurs, comme l'intellig-ence des habitants de la céleste patrie est éternellement béatifiée, en voyant se révéler au fond de l'Infini des beautés toujours nouvelles et des splendeurs qu'ils n'avaient pas encore contemplées ; ainsi leur cœur est éternellement béatifié, en sentant au sein de cet Infini qu'il aime, des amabilités et des trésors d'amour qu'il n'avait pas encore soupçonnés. Et je crois entendre tous ces béatifiés du divin amour s'écrier, dans la certitude qu'ils ont d'aimer éternellement l'amour même : amour! amour infini ! Vous

l'éternité et la vie future

aimer, vous aimer encore, vous aimer, toujours est le bonheur que vous nous avez préparé des le commencement du monde et pour toute l'Eternité!...

Mais, nous lavons dit: au ciel non seulement nous verrons Dieu, non seulement nous aimerons Dieu; nous V embrasserons, et dans la joie extatique de cet embrassement, nous le louerons; laudabimus .

Oui, au ciel nous embrasserons Dieu, c'est-àdire l'Infini, ou plutôt pour parler plus juste, c est cet Infini lui-même qui nous embrassera. ' Quel est le mystère de cet embrassement divin' Et comment avec les faibles sons de cette voix pourrais-je vous en révéler quelque chose ?

Du reste, ici encore, je ne creuse pas dans son essence et dans son fond ce mystère de la céleste béatitude , je le constate ; et je me contente de vous dire : Oui, pour nous le suprême bonheur du ciel, le dernier mot, le mot abrégé de notre paradis, c'est un embrassement divin • c'est l'homme embrassant Dieu, ou plutôt, c'est Dieu embrassant l'homme.

En ce sens vrai, mais ineffable, se réalisera la communion intime, aussi intime qu'il est possible de l'imaginer, entre la vie humaine trans-

L ÉTERNITÉ ET LA VIE FUTURE

figurée eu Dieu et la vie divine communiquée à l'homme ; et ce sera non pas la communion purement mystique, qu'opère en nous la vie surnaturelle, et qui ne donne pas par elle-même le sens intime de sa réalité; ce sera la communion vraiment béatifique, dans laquelle la vie tressaille de sa joie et de son bonhaur au contact de la vie. Véritable possession, ineffable jouissance de Dieu lui-même, où l'âme humaine plougée dans l'Infini, comme le poisson dans la mer, connaîtra ce qu'à défaut d'autre mot, saint Bonaventure appelle l'enivrement de la divine suavité, divinœ suavitatis inebriatio .

Mais, encore une fois, vous dire ce que peut et ce que doit être en soi pour le bonheur de l'homme, cette jouissance ou cet enivrement de Dieu même, ce n'est pas le but de ce discours. Ce que je veux montrer, comme je viens de le faire pour le bonheur de la vision et de l'amour, c'est ce que doit ajouter à cette jouissance et à cet enivrement de l'essence divine, la considération de l'Etemelle durée dans cet enivrement lui-même.

Et ici encore, ici surtout, devant le mystère de cette vie pénétrée et enivrée de l'essence divine elle-même, je me dis : Cet embrassement de Dieu, ne fùt-il que d'un jour, qui, parmi nous, ne sou-

2^4 L'ÉTERNITÉ ET LA VIE FUTURE

Citerait, même au prix de tous les sacrifices davo.r connu la joie d'un tel jour? Et, comment pouvons-nousnousfig-urer.comment, même pouvons-nous concevoir tout à fait la joie, l'inénarrable joie de cette communion, où l'âme humaine, arrivée au terme de sa destinée suprême, non seulement embrasse Dieu, mais jouit et s'enivre de Lid?

Qu'est-ce donc, si vous supposez que cette commumon ne doit jamais finir? Qu'est-ce, si cet embrassement de Dieu doit durer, non seulement des années, non seulement des siècles mais des milliards et encore des milliards de sièclés?

Nous qui sommes ici-bas condamnés à n'embrasser que le fini et le misérable, le fugitif et le penssable.comment pourrions-nous comprendre et dire ce que c'est que l'Eternité dans l'embrassement et la jouissance de l'Infini»

Ici, Messieurs, plus qu'en tout autre sujet, je sens, pour exprimer quelque chose du mystère divin, l'insuffisance de la parole humaineet je comprends que mon silence serait, pour le dire, plus éloquent que cette impuissante parole Ornes frères les Saints, vous qui êtes assis à cet éternel banquet des divines suavités; vous

l'iîteanité et la vie kdtdre

qui, comme nous sur la terre, n'avez plus seulement de ce bonheur un pressentiment, un soupçon, mais vous qui en g-oùtez les ineffables délices, ah! vous seuls, oui, vous seuls pourriez bien exprimer et dire ce qui est pour nous l'ineffable et l'inexprimable !

Sans doute, ce mystère, vos âmes, dans leur éternelle extase, le disent et le redisent, par ce parler sans paroles.que connut la-séraphique Thérèse. Et si Dieu me donnait de pénétrer, ne fût-ce qu'un instant, dans votre société bienheureuse; il me semble que je vous entendrais tous vous écrier dans le tressaillement et dans l'ivresse de ce divin embrassement : Ah ! mon bien-aimé, non seulement je le vois, je l'aime, mais je l'embrasse; je le tiens, et je ne l'abandonnerai pas, tenui eum, t ner. dimittam ; et je sais que lui-même ne me manquera et ne me repoussera jamais!

Dieu, qui m'embrassez, et en m'embrassant me rassasiez de vous, oh! qu'il m'est doux de me sentir dans vos bras et de me reposer sur votre cœur ! Après vous avoir de loin entrevu par ma foi, après vous avoir attendu par mon espérance, quel bonheur de vous posséder enfin! Quel bonheur d'être uni à vous, de jouir de vous, et

de savoir que rien désormais ne pourra me ,* parer de vous! Pourra me se-

notre apg-oisse, c'était d'à,™ "'Mlation,

ilW, Quoi don 'Jt IZi La SÏÏ '""^ '"

«oor„,,,e vous; notre soif , o-élaitdln^ «sa téref à la source de toute vi» et ,i„ ,„ ,

«t eu vous, et que vou 3 1, t ' '™ ^

■ . 4 v uub êtes vous-mèmp • a +

nous voie, nous nourrissant et nous Sîil l m vous. Quoi donc? enfin pour an. *

M Peut-être la l^^T^Z

Sécu^pn humaine ou satanique pourrai d S0] m? m* atteindre? Quelle ^1 et S1 ai gu so.t-ij, p 0urra nous détacher jamaïde vous, alors que le glaive de votre amour 7 e nous transperce q ue pour nous fixer éternellement

Oh I non, nous en sommes certains • rien ni „ vie, m la mort; ni les puissances de la terr ni les nuisances de l'enfer; ni la hauteur du c 'i m la profondeur de l'abîme; rt le ^ £ '

L ETERNITE ET LA V/E FUTURE

ni l'avenir! Neque inslantia , neque fuiura ne pourront nous arracher à vous . Le présent? Mais notre présent, c'est de vous embrasser et de vous posséder; et notre avenir, ah! nous le savons, c'est la durée sans fin, c'est l'Eternité de cet embras sèment lui-même (1)!

Ainsi, vous le voyez, Messieurs, sous quelque aspect qu'on la considère, l'Eternité est la suprême raison de la félicité du ciel. Le bonheur de voir l'Infini, le bonheur d'aimer l'Infini, le bonheur d'embrasser l'Infini, sans crainte aucune de voir jamais finir ni cette vision, ni cet amour, ni cetembrassement: voilà le ciel, le véritable ciel: Le repos, mais le repos éternel dans la vision, dans l'amour et dans la possession de Dieu. Ah! comment avec nos bonheurs si fragiles et nos joies si courtes delà terre, pourrionsnous nous faire une idée de ce bonheur et de cette joie du ciel?

Ah! le ciel, sans la perspective radieuse de l'Eternelle* durée, serait-ce encore vraiment le ciel?Le paradis, sans la certitude de son Eternité, serait-ce encore vraiment le paradis, c'est-à-dire le lieu d'un repos sans agitation possible? Quel que puisse être en lui-même l'objet et l'intensité

(1 Saint Paul, ad Rom. vm 35-36.

L'ÉTERNITli ET LA VIE FUTURE

du bonheur qu'on y goûte, comment supposer qu'on s'y repose tout à fait, si la crainte de le voir finir vient à tout instant en troubler la possession?

Aussi, lorsque le bienheureux, du terme où il est arrivé, c'est-à-dire du haut de sa bienheureuse Eternité, lorsque de ce point éternelqu'il a touché, il regarde la mer orageuse qu'il a traversée; oh! alors, quelle ineffable joie de se voir arrivéàce terme béatifique qu'il ne quittera plus ! Qu'il se sent heureux d'avoir sacrifié les félicités de ce jour fugitif qui se nomme le temps, pour la félicité de ce jour permanent qui se nomme l'Eternité! Quelle joie d'avoir traversé sans naufrage tous les écueils , tous les dangers, toutes les tempêtes, etd'enavoirrapportéuncœur sans souillure, une conscience sans remords, une âme sans regrets !

Et, quand il regarde devant lui, quel accroissement de joie, de se sentir fixé dans un ordre parfait et, par suite, dans un bonheur Eternel! Oui, en face de ce passé et de ce présent, de ce passé sans regret et de ce présent sans remords, quel bonheur de pouvoir en souriant regarder l'avenir, ce radieux avenir qui lui-même lui sourit du fond de son Eternité,

L liTEEtNITU ET LA. VIE FUTURE

et d'en voir surtir sans cesse l'assurance d'un bonheur qui ne doit jamais finir!

Ah! c'est qu'en effet, en se tournant vers cet éternel avenir, il voit surgir de son fond la source de joie qui doit jaillir éternellement du Cœur de Dieu dans son propre cœur. Et cette perspective multiplie, si je le puis dire, la joie de son présent par toutes les joies que lui réserve cet éternel avenir.

Il n'y a pas, en effet, d'exagération à dire que pour les bienheureux du ciel, le bonheur de toute l'Eternité se fait sentir à chaque moment de sa durée. En possession de leur destinée finale, c'està-dire de leur destinée éternelle, Ils jouissent à la fois, et du bonheur qu'ils ressentent dans leur présent, et de celui qu'ils entrevoient et pressentent au fond de leur avenir; ou pour parler peut-être plus exactement; toute leur durée ne leur paraîtra que comme un instant, dans lequel se remassera, par une mystérieuse concentration, tout le bonheur de leur Eternité ; ineffable multiplication de l'éternelle félicité, par chaque moment de son éternelle durée. Nous disions tout à l'heure que le réprouvé, par la prévision de son éternel supplice, sent peser sur chaque moment de sa souffrance tout le poids de sou

L'ÉTERNiTÉ ET LA VIE FUTURE

Eternité malheureuse. Par contre, nous disons maintenant que les élus dans le ciel jouissent, à chaque instant de leur vie heureuse, de tout le bonheur de leur Eternité.

Même nos bonheurs de la terre, dans certaines conditions, peuvent nous laisser entrevoir ce que peut être, dans le ciel, ce bonheur des élus, ayant toujours en perspective le bonheur de leur Eternel avenir. Même ici-bas, l'attente d un bonheur, n'est-ce pas déjà le bonheur?

Bonheur de l'espérance, plus grand quelquefois que celm de la possession ; cette douce et béatinque espérance multipliant souvent par de lon ffs jours, le bonheur de la possession qui ne sera peut-être lui-même que de quelques jours

En ce sens, on peut dire que la joie de la possession, selon la longueur de l'attente, est plus on moins multipliée par la joie de l'anticipation • phénomène constant et universel dans l'humanité, et qui nous aide à deviner et à pressentir même sur la terre, comment,dans nos frères les Saints, la céleste félicité est multipliée par tous les instants de son éternelle durée !

Je m'arrête, Messieurs, impuissant que je me sens ici encore à vous mieux montrer ce que la perspective de l'Eternité ajoute, pour nos frères

l'éternité et la vie future

les Saints, à leur félicité du ciel, et, commentées deux choses, félicité et Eternité, félicité parfaite et durée Eternelle, se tiennent attachées l'une à l'autre par une chaîne que rien , absolument rien ne peut briser.

CONCLUSION

Et en face de cette Eternelle félicité qui doit être la nôtre, et pour laquelle Dieu nous à tous créés, je vous demande, Messieurs, quf parmi vous, pourra s'attacher encore, comme à sa Destinée, à ces courts bonheurs que la terre et le temps vous promettent ici-bas?

Ah ! de tout ce qu'on nomme les bonheurs de la terre, que ne pourrais-je pas vous dire? Je pourrais vous dire qu'ils sont petits, effroyablement petits, et que rien d'eux ne répond à l'immense capacité de nos désirs. Je pourrais vous dire que ces bonheurs sont superficiels, et qu'ils effleurent à peine les surfaces de la vie, sans pouvoir jamais pénétrer dans son fond.

Je pourrais vous dire que ces bonheurs août

L'ÉTERNITÉ ET LA VJE EDTURE

trompeur*, et que jamais ils ne donnent ce qu ils promettent. Je pourrais vous dire, enfin que ces bonheurs sont amers, et que trop souvent les plaisirs, qu'ils donnent sont submenrés dans les cœurs par les flots de la tristesse^

Je néglige et je laisse toutes ces misères de nos terrestres bonheurs et d'autres encore. Je me contente de vous dire: Ces bonheurs sont désespérément courts; ils durent ce que durent les roses, et quelquefois moins encore.

Vérité banale à force d'avoir été dite, mais qu il faut vous redire toujours, à vous les voyageurs du temps, et qui tous trop facilement vous trompez sur la valeur, et surtout sur la durée des plaisirs fugitifs et des félicités transitoires. • Du reste, Messieurs, entre les deux extrémités du malheur et de la félicité, vous avez inévitablement à choisir.

D'un côté, l'Eternité aggravant le supplice d 's réprouvés par l'uniformité, la continuité et la simultanéité de la souffrance; et l'âme du réprouvé répondant à ces trois abîmes par trois autres abîmes éternellement creusés au fond d elle-même : abîmes de l'éternel regret, de 1 éternel remords et de l'éternel désespoir.

De l'autre côté, l'Eternité agrandissant dans

L ETERNITE ET LA VIE FUTfHE

le ciel, d'une manière ineffable, la fé'ici+é des Saints par le bonheur de l'Eterncllevision, de l'Eternel amour et de l'Eternelle possession, ou de TEternel embrassement de l'Infini.

En face de ces deux perspectives, quelles qu'aient pu être la gravité et l'énormité de vos prévarications, quelle consolation de savoir qu'avec un seul acte de repentir vous pouvez, tout à la fois, fermer sous vos pieds ces trois grands abîmes de l'éternel regret, de l'éternel remords et de l'éternel désespoir; et ouvrir sur vos tètes ces trois abîmes de l'éternelle vision, de l'éternel amour et de l'éternelle possession daDieu!... Entre ces deux extrémités vous avez à choisir. Et quand on se dit , ce qui est absolument vrai et ce que vous croyez tous, qu'une heure du temps suffit à décider pour nous l'une ou l'autre de ces deux Eternités, ah! je me demande comment vous pourriez encore hésiter?

Hésiter? Oh! non, j'en gardela confiance, vous n'hésitez pas : vous tomberez à genoux ; vous frapperez sur votre poitrine, ou plutôt sur votre cœur le coup triomphant du repentir. Et même en cette vie, au lieu du regret, pour vous ce sera la joie; au lieu du remords, ce sera la paix; et au lieu du désespoir, ce sera l'espérance, la douce

L'ÉTERNITÉ ET I A t7t„

espérance qui pt!t ,,,.,

^ et ;• attte^r^ ** Ie ™us conduira S ûrem P n7 * VOtre a *nour

Pressentiment et comme un ^ d ° ûné un

terre. ° mme UQ avant-g- ût sur la

Amen.

ÉTERNITÉ DES PEINES

LES PREUVES

Et ibunt ht in supplicium œternum. Math, xxv, 46.

Et ceux-ci iront au supplice éternel.

' Nous avons vu, dans notre dernière réunion, ce que l'Eternité est par rapport à notre vie future. Nous avons vu, à la double lumière de la raison et de la foi, d'un côté, ce que l'Eternité ajoute au supplice des réprouvés, et de l'autre, ce qu'elle ajoute à la béatitude des élus ; en deux mots, l'Eternité dans Yenfer et l'Eternité dans

le ciel.

Je n'insiste pas sur ces deux choses, qui marquent les deux pôles extrêmes de la Destinée : l'éternelle fixité dans le malheur, et l'éternelle fixité dans la béatitude. J'ose croire que sur ces deux sujets, comme sur les précédents, votre conviction est faite.

Mais, Messieurs, il me semble qu'il reste dans

ETERNITE DES PEINES

vos esprits un point encore obscur, sur lequel vous appelez la lumière.

Tandis que je vous voyais hier si attentifs à , la parole, vous montrant ces deux extrémités de la Destinée finale, je croyais entendre une voix qui tout bas murmurait dans vos âmes :

Ah! l'Eternité dans le ciel, l'Eternité dans la félicité : parfait; nous comprenons, et ce dénouement du drame de la Destinée nous paraitdignedeDieu.de sa sagesse et de sa bonté. Mais l'Eternité dans Y enfer! L'Eternité dans le supplice... Mon père, sur ce point noir, un peu de lumière, s'il vous plaît.

L'Eternité du supplice, l'Eternité des peines, ah! je le sais, c'est là ce qui toujours, mais aujourd'hui surtout, soulève les protestations de la raison, pour ne pas dire des passions. Sans doute, vous, chrétiens, malgré son obscurité apparente, et appuyés que vous êtes sur l'autorité de l'Eglise votre infaillible mère, vous y croyez à cette Eternité de la peine ; et si je ne tenais compte que de votre foi, je n'aurais pas à y insister davantage : l'affirmation de l'Eglise fondée sur celle de Jésus-Christ vous suffit. Mais dans ce monde où vous vivez, dans cette atmosphère que vos inteslligence respirent avec

tant d'autres, ce dogme de l'Eternité des peines souffre contradiction, et vous ne pouvez ignorer jusqu'où vont, contre cette vérité fondamentale du Christianisme, les insultes, les sarcasmes, les blasphèmes. C'est au milieu de nous, chrétiens catholiques, que naguère un auteur tristement célèbre osait écrire : « L'Eglise romaine s'est porté le dernier coup ; elle a consommé son suicide lejour où elle a fait Dieu implacable, et la damnation éternelle! (1) »

A ce compte, il y a dix-neuf siècles que l'Eglise devrait être morte; car il y a dix-neuf siècles qu'elle professe et enseigne l'Eternité des peines ,

Un autre ne se contente pas de prophétiser; il insulte ; et il insulte par des paroles que je vous demande la permission de prononcer, pour vous mieux montrer jusqu'où va l'outrage fait à notre dogme par l'impiété contemporaine. « Ce dogme de l'Eternité des peines « est un épouvantail, qui n'effraye plus que les « enfants... Ce dogme de l'Eternité des peines « est contraire à la nature ds Dieu, à la nature « de l'âme, à l'instinct de tous les cœurs et à « la raison. Il est dès à présent évident pour « quiconque réfléchit, que ce dogme touche (1) G. Santl. Spiridion.

« à sa fin. Le clergé lui-même fléchit sur ce « point (1). »

J'omets d'autres citations plus outrageantes encore, et que le respect du temple et de vos âmes ue me permet pas. Sous cent formules diverses, la même négation, ou plutôt la même insulte a retenti au milieu de nous.

Messieurs, à notre tour de parler et de proclamer à temps et à contre-temps notre dogme souverain ; à nous de montrer que ce qui touche à sa fin, ce n'est pas ce dogme qui, depuis bientôt deux milleans, règne dans la catholicité, mais bien les philosophies et les systèmes qui en prophétisent la ruine. A nous, enfin, de vous dire que bien loin de fléchir sur ce point, comme on ose nous en accuser, et de rien retirer de notre austère croyance, nous la maintenons, nous l'affirmons et la proclamons avec la même assurance et la même certitude que nos Pères dans la foi.

Pour procéder avec ordre et sûreté dans cette démonstration, la plus décisive et la plus grave de toutes, nous examinerons successivement ces trois choses : ce qui appuie et établit ce dogme ; ce qu'on prétend lui opposer ; ce qu'on essaye de (1) Voir Univers, 4 féyr. 1859. Citations.

LES PREUVES

lui substituer; en trois mots, les preuves, les objections, les hypothèses.

Aujourd'hui je me borne à vous montrer, ou plutôt à vous rappeler les preuves qui établissent l'existence de l'éternité des peines.

Peut-être, pendant ce discours , les objections viendront en foule obstruer les avenues de votre pensée. Mais je vous demande de les éconduire, ou du moins de les prier d'attendre à demain. Il faut d'abord entendre la preuve, si l'on veut bien voir ce que vaut l'objection.

Il s'agit donc, Messieurs, uniquement dans le présent discours, de vous montrer les fondements sur lesquels s'appuie l'affirmation des peines éternelles ; et ce que nous avons dit lorsqu'il s'agissait d'établir l'existence de l'Eternité, doit se dire , à plus forte raison, de ce dogme de l'éternel supplice, à savoir, que ce dogme s'appuie surtout et avant tout sur V autorité qui l'affirme.

Nous pourrons demander ensuite ce que pense la raison elle-même de ce dogme, appuyé sur le témoignage de l'autorité. Nous verrons quelle est devant cette affirmation de l'autorité, sa véritable attitude, si elle nie ou si elle affirme, si elle approuve ou désapprouve; bref,

ÉTERNITÉ DES PEINES

=eS8rw?=s sa

sont dédslf, et n Sl CeS témoi ^es

irrécusab H * ' aUt0riM 6St tout ^ fait

est Tv !' S S6ra fadle de Prtcisep quelle

tal ^ f te affirmati0 ° autoritaire, la v able attitude de la puissance rationne le- et , sera manifeste qu'étant données la vé ' ! ,

-nen.ibie, ne pourra plus reculer.

exilent 1 "/' ^^ * W C6S lignages ex.stent, et quils sont irrécusables. Lesquels demandez vous? Ceux-là mêmes déjà invoqués' pour établir l'existence de l'Eternité, à sX

Et tout d'abord , il y a un témoignage que

LES PREUVES

humain; c'est la parole de l'humanité de tous les lieux et de tous les temps se levant ici comme un seul homme, pour attester la vérité de la peine éternelle réservée aux grands coupables morts sans repentir.

Pour quiconque prétend repousser l'Eternité des peines comme absurde impossible, inadmissible, voici un fait étrange, étonnant, inexplicable :

Tous les peuples, sans exception, par des formules de langages , par des symboles et des rites religieux , ont plus ou moins explicitement exprimé la même idée : l'Eternité des peines poulies méchants, comme l'Eternité de la récompense pour les bons. Les nations en masse y ont cru; les philosophes eux-mêmes, en général, ceux-là du moins qui ne faisaient profession ni d'un matérialisme grossier, ni d'un scepticisme universel, ont cru avec le peuple et comme le peuple. Et ceux qui, par orgueil et par la passion de se distinguer des multitudes réputées ignorantes et crédules , affectaient de répudier tout ce que croyait l'humanité; eh bienl ceuxlà même rendaient un témoignage relatif à la vérité qu'ils prétendaient nier; car ils constataient par leur négation personnelle et leur

ÉTEBNITÉ DES PEINES

incrédulité solitaire, le fait universel de l'affirmation et de la croyance populaires. Que.dans eur -dédain et leur mépris fastueux, ils aient traité de superstition, de fanatisme et de folie S tons ces rites et tous ces symboles, nous voulons bien en convenir ;nous reconnaissons même que trop souvent le peuple traduisait sa croyance à

Eternité de la peine, comme sa croyance même , à la Divinité, par des cérémonies absurdes et par des rites incohérents. Mais, tout en niant l'idée qui se cachait sous ces rites et sous ces cérémonies, les prétendus grands penseurs n'en constataient pas moins ce fait varié dans ses formes mais identique dans son fond ; ce fait, lui aussi' trois fois universel, se produisant à tous les points de l'espace, à tous les moments de la durée, a tous les degrés de l'humanité, à savoir ' que, sauf quelques rares exceptions qui ne comp- . tent pas devant l'immensité de ce témoignage tous les peuples ont cru et croient encore à 1 V ternité des peines.

Qu'importent l'absurdité, l'incohérence et la grossièreté des inventions et des moyens'imafirmes par les peuples, pour exprimer leur croyance* Ce qui importe ici, par-dessus tout, et à vrai dire uniquement, c'est la croyance elle-

LES PREUVES

même dont ces peuples, par leurs cultes et leurs rites plus ou moins révoltants, sont les irrécusables témoins. Je vous épargne, Messieurs, un luxe d'érudition que vous trouverez étalé dans des livres spéciaux, d'une incontestable autorité. Je me contente d'affirmer le fait historique et universel des manifestations de la croyancedes peuples à l'existence des peines éternelles.

Les poètes eux-mêmes , pour être partout et toujours les témoins authentiques et les interprètes véridiques de la pensée populaire, ont reproduit dans leurs poèmes ce que la libre pensée se plaît à nommer le mythe ou la légende de Yenfer éternel. Et ici encore, la fable parle comme l'histoire.

Qui' ne connaît, sous ce rapport, le témoignage écrit en caractères plus ou moins saisissants, dans toutes les littératures du monde? Pour ne parler que d'une seule; qui n'a encore dans sa mémoire, ce Tartare, le lieu le plus profond de l'enfer, siège des supplices éternels et demeure de ces Titans foudroyés, dont l'audace faisait l'éternel effroi du ciel? Qui a oublié ce Tytius dont les entrailles re^ naissent éternellement, sous le rostre qui lés dévore? Ce Tantale condamné à désirer toujours

ÉTERNITÉ DES PEINES

UUe eau <Ï U1 s enfuit éternellement? Cp «■ i «m roule, dans un travail éterne , n f *"*' retombe toujours? Cette t; T Cher qui

portes de l'effroi ï Tutphone vei "ant aux

qu'aucun fc^**™"'*»" »***»

qui roule éternellement sur elle-n^m CenT

éternellement assis sur ,,„-.. , m f- LeT ^»ee

ct b!5l s sur une p le rre immobile •

-■^tœtemumquesedebit Infelix Theseus?

Depuis Tes r^ du Z ° UteS ^ littéra ^s-

qu'aux profondeurs de l^él, * JUS ~

sousdesformesdiverses et J? * \! Part ° Ut > Animent variés vZ rf SJmb ° les iudé -

;e même doS S^^?Sïïr ttnt

lig-ions et la ™â m toutes les re-

'*» ^s péup"? Cr ° yaaCe éCrite « *«* <ie

on -pe„ , tpas ° 1 C P ™ s e TL 1 ' i '" e ' Pré,er; nier. Ce fait est la m ' beailcon P moins le

essayerait ne l'ébranler *"" Ce Qui

LES PREUVKS

Eh bienl ce fait étant admis comme certain, et reconnu dans la grande lumière de sa publicité il s'agit d'en expliquer l'existence, et, sans parti pris et sans jugement préconçu, d'en rechercher la raison d'être. Devant toute intellig-ence capable de se rendre compte des phénomènes humains, la question doit se poser, et je la pose hardiment devant vous : Pourquoi cet étrangle phénomène? Si l'Eternité des peines n'existe pas et ne peut pas exister, pourquoi et comment l'humanité a-t-elle cru et croit-elle encore non seulement à l'Eternité de la vie, comme nous l'avons déjà vu, mais à l'Eternité de la peine? Comment trouver, dans la nature humaine, la raison suffisante de ce fait universel dans l'humanité?

Certes , Messieurs , que l'humanité, telle que nousla connaissons, trouve, dans sa nature sensuelle, voluptueuse et réfractaire à toute souffrance, des raisons pour repousser ce dogme de l'éternelle souffrance; tous facilement nous le pouvons comprendre; car, alors que l'existence de l'éternel enler lui est invinciblement démontrée, et alors même qu'elle croit fermement à ce dogme souverain , il demeure vrai que ce dogme, même admis, semble déconcerter sa

ÉTERNITÉ DES PEINES

pensée, effrayer son imagination,etparfoismème étonner sa raison. Car, de prime abord, l'éternel supplice semble faire horreur à la nature humaine; ses passions n'en ont pas besoin, elles en ont peur; et facilement elles poussent l'homme à se débarrasser d'un frein qui les gêne.

Bref, l'homme par sa nature déchue,tend plutôt à écarter qu'à appeler l'Eternité des peines.

Comment donc l'humanité en masse a-t-elle eu partout et toujours l'étrange idée de se créer à elle-même cet épouvantail? Comment a-t-elle pu seulement imaginer, au terme de sa vievoyageuse, le spectre de l'éternel supplice, pour s'en effrayer elle-même au chemin?

Je pose la question , et je somme la libre pensée d'y répondre, non avec le rire de Voltaire et la légèreté de son siècle, mais avec le sérieux et la gravité dont se vante le nôtre.

Il est à peine croyable jusqu'où va le ridicule des réponses, que prétendait faire à cette question grave ce siècle du rire et de l'insulte, et quelles étranges solutions il se vantait de donner au problème que pose la raison la plus vulgaire, en face de ce grand fait humain. Ecoutez : Vous' nous demandez pourquoiet comment fut admise, dans les générations humaines, la croyance à

LES PREUVES

l'éternité des peines? La réponse est facile et le secret est "bien simple :

Les prêtres l'ont inventée.

Vraiment, vous le croyez? Les prêtres ont eu cette idée? cette audace? cette puissance? ce succès? Ils ont inventé l'enfer éternel; et ce qui est plus prodigieux, ils l'ont fait accepter! Mais à quelle époque? On* y acru toujours. Mais dans quel peuple? On y a cru partout. Mais quel fut l'inventeur? Comment se nomme cet hommeprodige? Comment l'histoire n'a-t-elle pas retenu et inscrit partout le nom de cet étonnant génie, qui s'est signalé parla plus prodigieuse découverte qu'on ait jamais pu lire dans les annales humaines?

Quoi ! vous le croyez ? Les prêtres ont inventé le dogme de l'éternel châtiment? Mais pourquoi? Dans quel but? Et à quel dessein? Car, encore en faut-il un. L'humanité douée d'intelligence, de raison et de liberté, l'humanité en masse, comment a-t-ellepu, sans raison, sans motif et sans but, tenter une telle entreprise? Quel est ce motif et ce but?

Ah! je vous entends : les sacerdoces ont inventé l'éternel enfer pour effrayer le peuple,

MBHOTTjj DES pEmEs

et pour se faire de cett* a

domination égoïste ^^ même une

Quoi! tous ces prêtres de relie-ion, h Passwns.de doctrines et ZT ' ^^ de —es, quoi - tous ces HÎes à 7 1Cti0nS * ^ Paces et les siècles sans^T ^ leS es ~

ui même connus, des ZîélTV* ^^ «"" de l'espace et de 1^/ ^ W Pour accréditer dans toi**» i ° Qt cons P i ré

croyance obligatoire * „„ * décrété la

ture tend à reL usser n ^ qUe not ™ "adarent contra^ *' S^, 1 *? 11 ^ dé ~ f ont partout réussi? D u S 7^^ et Maires, ils ont crié partout d ^ Sanc ~

et formidable : U yïunlj ^ "«^ ** Peuples effrayés de tofrf £"*" Et tous ^ fond de tous tes £ Z ont 7* ^^ «yaun éternel enfer Et ;n, POûdU : 0ui > terre ont redit d'espace en ^ éCh ° S de Ja

« -ecle, et «dl^^^ ** "** Etemel enfer ! . ' Eternel enfer,

*«» «elle invenZ : ££*'** * r "' , ~

P°™ient pas avoir la pen/éé'ë T T"'" 8 ""

pensée et la résolution

LES PREUVES

de la repousser? Et croyez-vous , en vérité, que pour faire accepter par tous les peuples à la fois un tel épou vantail, il suffisait simplement de l'avoir inventé?

Quoi! Messieurs, aujourd'hui que ce dogme, depuis bientôt vingt siècles , a été formulé, enseigné et cru par des générations innombrables, et qu'il a pour lui partout les plus augustes témoignages ; ce même dogme, appuyé sur tant de preuves, éclairé de tant de lumière, excite encore partout, plus ou moins, les révoltes, les attaques, les insultes et les blasphèmes : et, un jour, alor^s qu'il n'aurait encore été ni enseigné, nicruparpersonne, pour le plaisir d'effrayer les nations et de les dominer en les effrayant, ce dogme formidable nous l'aurions inventé, proclamé, imposé ; et tous les peuples à la fois nous auraient cru et nous auraient obéi?... Fils du XIX e siècle, ah! si vous le croyez, retournez jusqu'à Voltaire; allez annoncer à son siècle incrédule la plus incroyable des découvertes et la plus impossible des dominations.

Nedites pas, pour essayer d'expliquer l'inexplicable, que nous sommes un siècle de lumières; qu'à ce titre, vous repoussez une croyance qui est née dans les ténèbres, et que notre civilisa-

ÉTERNITÉ DES PEINES

™s le dire sans S« C ° mmem po »™ 2 -

WetoutemZirTZT "f '^o™^ alors

s'impose que Z ^T " aTCC ™ ** fe

cMlisés, comme Lp^r PeUples l8 I> tas Romain se ™. ,! E WPt"«s, les Grecs et les

*■ barba" ZZT T * Pei "* S Ies a™ en, ce conce^ 4 £** * fo ™»'

sl W ;neV„*ie Se i t,m N :r™T éq,,ete doerme delà peine éterne^nw ^'^ le «on d„ sacerdoce. - M tZ T ° M . taTC ''- Et comment a t n ■ .Ir! "' dou "mt-il?

autre invention p™ , Ecou *ez cette

p re m iè re.rc n ;,irt i „ p r , ;,r4:r; a «r-^r H r^ p r. è d« hU t

impossible que celui ^ „ MlraCle encore P^s taie. de * «vention sacerdo-

LES PREUVES

D'après ce système de la critique nouvelle (système importé d'outre-ïthin), l'humanité se créée à elle-même des dogmes et des religions en harmonie naturelle avec ses besoins. Elle produit, elle pousse des religions comme un arbre ses rameaux ; et ces religions portent avec elles leurs dogmes enveloppés sous la forme du mythe ou de la légende, comme les rameaux de l'arbre portent d'eux-mêmes leurs fruits enveloppés sous l'écorce.

Ainsi, à entendre notre critique nouvelle, se serait produite chez tous les peuples la croyance à l'éternel enfer ; croyance historiquement incontestable.

Vous le voyez, selon le siècle de Voltaire, le dogme de l'éternité des peines a le sacerdoce pour père ; et d'après le nôtre, il aurait la spontanéité pour mère.

Spontanéité vraiment étrange qui, à tous les points de l'espace et du temps, produirait des religions et des dogmes en opposition radicale avec les besoins de notre nature, et avec ce que l'on prétend être les exigences de laraison.

prodigieux logiciens, dirais-je ici volontiers aux inventeurs de cette théorie nouvelle : quand donc saurez-vous au moins être d'accord avec

àtÉàkilà DES PEINES

* pctnan désaccord? Onnif « .

dans votre d^qin t„ y 0l! Partout.

vo« s n M „ rez q : e et c e s 2T r sm!it ™>;

«.Nature, RaU„ M n me ° t £"" ,! RaiS °° ">'°i que cette humant „ Nat , uralls me ; et son e, nature, P-ÏÏ^T,"^ °» e »* «a «wtoW*- pro 7"°"' et to "J0»r S p ar

™-. mto e 3 , «s/pp;':: TaTat"" 8 ' "'^ raison? Vraiment L nature e ' la

neco mpre ™ s D , aV ™° Sad " lire . ««■> fois je

vaut le bon sens D i° ° flagTante >et, de-

Vous dites et :^ U di tes ai r entréVOltailte?

à elle-mè me des mythes uïn ^ Se fait

^alités,, des lég*X ; dont ' ^ P ° Ur deS à se faire des do™, v ""^ Un J our

LES PREUVES

blême, vous vous mentez à vous-mêmes, c'està-dire au principe que vous avez vous-mêmes posé.

D'après votre hypothèse, en effet, en ellemême d'ailleurs absolument gratuite, si la nature humaine est douée de cette étonnante puissance que vous lui attribuez, de se créer à elle-même, par sa spontanéité propre, des mythes et des légendes, et par suite, des symboles et des dogmes; est-ce qu'il n'est pas absolument contradictoire de supposer qu'elle se crée de*s mythes et des légendes, des symboles et des dogmes en opposition absolue avec ses besoins les plus profonds, ses instincts les plus natifs, ses aspirations les plus naturelles et les plus vraiment spontanées?

Quelle étrange pensée, quelle singulière idée, pour ne rien dire de plus, d'admettre et d'enseigner que la nature humaine, par sa spontanéité, produit des fruits absolument antipathiques à la nature humaine, pour repousser ensuite, avec un dédain superbe, ces fruits de sa spontanéité elle-même? Et ce serait toujours la même humanité qui, tour à tour, éprouverait le besoin de se créer et de repousser ces mythes, ces légendes et ces dogmes produits par elle-

ÉTERNITÉ DBS PEI NES

tion.'O contradiction' aiS ° n? -- ° contradic-

^t^S^^-ette e Ipli .

est elle-même, sion .^ ^ ° ™"jmais elle We des énigmes- et 1. ♦? P S luex P^a-

toute son antoni toi PeiûeS ' ë ' arde ' aVeC ttonstration " PUiSSaUCe de dé-

Pour nous, chrétiens cath^Z, i,'"""""'" 4

tonte plus DartinniiA u «cisit, une au-

c'est l4t K f é r eût aU ^ USte Gt VéQérée ' dont nous sommes ie S d :f Q r ^ * Re%iWl

11 ne se peut que ie nwT ' Chrtattan i«»e.

déjà invoqué S2T «*°fe*a*, tude de lEternitToul L. eDCe * I& Cer «-

*" -a répét^^lt^f ^^ ° e *'«* ' cest Uûe Progression.

LES PREUVES

car avoir démontré par ce témoignage l'Eternité de la vie, ce n'était pas encore avoir démontré l'Eternité de la peine.

Eh bien! j'affirme maintenant que ce divin témoignage ne se borne pas à attester pour tous, de l'autre côté de la tombe, une survivance éternelle , mais qu'il atteste encore, pour les méchants, un châtiment étemel.

Et d'abord, envisagez, si je puis ainsi parler, le personnel du Christianisme, c'est-à-dire la masse des chrétiens qui, depuis près de vingt siècles, affirment l'éternité des peines ; un moment, si vous voulez, faites abstraction de l'autorité divine dont relève et s'inspire tout ce monde des chrétiens; et ne voyez en eux que des hommes formant, des extrémités de l'espace et des siècles chrétiens, un immense collège d'intelligences humaines.

Eh bien ! même réduit à ces proportions et vu sous ce jour, quel auguste, quel imposant témoignage déjà! Tous les apôtres et tous les martyrs; tous les docteurs et tous les confesseurs; tous les èvêques et tous les pontifes; tous les prêtres et tous les religieux ; tous les théologiens et tous les apologistes; tous les saints; bref, tous les chrétiens.

ÉTERNITÉ DES PEINES

Quoi! tous ces hommes , depuis bientôt deux nulle ans, ont affirmé et affirment encore, sans hésitation aucune, non seulement l'Eternité de a vie d'outre-tombe, mais encore l'Eternité de la peine; et cela, en pleine civilisation, et malgré les oppositions systématiques, les nég-ations opiniâtres et les attaques acharnées de la libre pensée! Et, chose remarquable, parmi eux vous voyez apparaître, ici encore, en tout genre et dans toutes les sphères, les hommes les plus illustres et les plus justement fameux ries plus grands orateurs, lesplus grauds philosophes les plus grands moralistes,- des hommes comme Saint Augustin, comme Saint Anselme et Saint Thomas d'Aquin ; des hommes comme Saint Ambroise et Saint Jean Chrysostome; et plus

rapprochés de nous, des hommes comme Bossuet Bourdaloue, Fénelon, et avec eux, tant d'autres qui ont été, plus ou moins, leurs rivaux de savoir, d'éloquence, de gloire et d'illustration.

• Et, remarquez-le bien, tous ces grands hommes ne se sont pas contentés de donner au dogme de la peine éternelle, le témoignage de leur parole et de leur savoir, ils lui ont donné surtout le témoignage de leurs actes; car tous

LES PREUVES

ont fait de ce grand dogme, avec la règle de leur foi , la base même de leur vie. Et toute cette multitude d'hommes grands parmi les plus grands, et illustres parmi les plus illustres, qui pourra la compter : midtitudinem quis enarrabitl

Voilà, Messieurs, même abstraction faite de tout caractère surnaturel, voilà l'immense, l'incomparable collège d'intelligences humaines qui se lèvent de tous les points de la chrétienté, pour rendre hommage au dogme divin ; et je demande au libre penseur, quel qu'il âoit : Que pensez- vous de cette autorité? Que pensez-vous du témoignage qu'elle rend à la vérité : Il y a une peine éternelle?

Le rationaliste osera-t-il répondre : Cela n'est rien? profond penseur! Quoil avec votre intelligence incertaine, vacillante, isolée, vous vous poserez en face de tous ces apostolats et de tous ces martyres, de toutes ces gloires et de toutes ces saintetés; et, regardant au visage toutes ces grandeurs scientifiques et philosophiques, toutes ces illustrations littéraires , morales , his '■ toriques, en un mot, toute cette majesté séculaire, vous oserez dire : Cela n'est riea, quantité négligeable 1 !

ÉTERNITÉ DES PEINES

Ainsi , toute cette multitude (et quelle multitude!) faisant à travers les espaces et les siècles une même et publique affirmation: rien, quantité négligeable] Cette autorité, même humainement la plus grande qu'il y ait au monde, négligeable^. Ce témoignage, le plus important par le nombre, par la science, par la vertu, bref, par la valeur des témoins, négligeable]

Je le demande encore une fois, qui donc dans la suffisance ou pour mieux dire, dans l'outrecuidance de sa pensée solitaire, pourra, avec une ombre de raison , tenir un pareil langage? . Qui osera dire: Moi, homme de lettres; moi, homme de finance; moi, journaliste; moi, artiste;' moi, médecin, avocat, jurisconsulte, je vois mieux que tous ces apôtres, tous ces martyrs, tous ces docteurs, tous ces théologiens, tous ces apologistes, tous ces millions de saints, tous ces milliards de chrétiens ; et contre eux et en face d'eux, je leur donne un démenti, je nie l'Eternité des peines?...

Ah ! vous niez. Vous dites : Il n'yapas de peine ■ éternelle. Mais comment le démontrez-vous?

Je pourrais vous demander : En êtes-vous bien sûr? En feriez-vous, devant le ciel et la terre, le serment solennel? Combien, parmi ces hardis

LES PREUVES

négateurs, le soir, avant de s'endormir, oseraient dire devant Dieu et leur conscience : Je le jure, il n'y a pas d'éternel enfer? Et combien, pour défendre leur négation, seraient prêts à mourir et à lui donner la signature de leur sang?

Et puis , ici encore ce serait le lieu de leur demander : Combien êtes-vous, pour appuyer votre négation? Combien ètes-vous, vous, qui avez contre l'unanime et ferme affirmation de tous les enfants de l'Eglise et de tous les dis- .ciples de Jésus-Christ, non pas un doute seulement, une opinion seulement, une objection seulement, mais une certitude, une inébranlable certitude ?

Eh bien! nous tous, chrétiens, nous voici posant devant vous , non comme une opinion , non comme une probabilité, non comme une hypothèse, mais comme une absolue certitude, cette affirmation souveraine : l'Eternité' des peines! 'Nous .Sommes (aujourd'hui encore près de trois cent millions nous rencontrant dans la même affirmation; et, lorsque nous nous unissons par la pensée à tous nos frères, qui à travers dix-neuf siècles ont affirmé avec nous ; oh ! alors, nous ne pouvons plus nous compter; et, devant cette incalculable multitude , du milieu de laquelle se

ÉTERNITÉ DES PEINES

détachent tant de grandes figures , entre cette autorité et votre autorité, entre ce témoignage et votre propre témoignage , la vérité vous somme de choisir.

Ainsi, même en n'envisageant que comme purement humain ce témoignage, que l'Eglise rend par tous ses membres au dogme de la peine éternelle; ce témoignage par le nombre, la valeur et la durée, dépasse tout témoignage qu'on essayerait de lui opposer.

Qu'est-ce donc si nous, chrétiens, catholiques, nous venons à considérer que ce grand témoignage, avec son autorité humaine, porte le signe inimitable d'un témoignage divin? Que ce dogme de la peine éternelle, l'Eglise divinement infaillible l'enseigne, le proclame et le défend depuis bientôt deux mille ans; et cela, malgré toutes les révoltes de la raison, toutes les répulsions de la nature, et toutes les fureurs des passions conjurées pour renverser ce dogme, que l'on attaque toujours et qui ne tombe jamais?

Aussi, cette miraculeuse opiniâtreté de l'Eglise catholique à maintenir l'intégrité de ce dogme, est-elle une éclatante preuve de sa divine révélation et de sa propre divinité. Que de

LES PREUVES

raisons l'Eglise humainement n'aurait-elle pas eues d'abandonner ce dogme, si elle n'en avait gardé l'invincible certitude, et si elle avait pu, un jour, se persuader qu'il lui fut possible, sans trahir la vérité, de transiger sur ce point? Estce que ce n'est pas surtout contre ce dogme que se sont heurtés de siècle en siècle, et se heurtent encore aujourd'hui, les naufragés de la foi? Estce que ce n'est pas son formidable mystère qui soulève contre l'Eglise, non seulement les murmures, mais souvent les colères des rationalismes? Est-ce quecen'estpasausid spécialement sur ce point, que ses ennemis de tous les temps sont venus lui demander une transaction, en lui promettant en retour leur réconciliation? Combien de fois, de nos jours surtout, sous mille formes diverses , ne lui ont-ils pas dit : — Mais, est-ce qu'enfin ce dogme lugubre, votre dogme prétendu divin de la peine éternelle, ne s'effacera pas devant la marche progressive de l'esprit humain? Est-ce que vous n'accorderez rien, obstinée que vous êtes, au progrès et à l'idée moderne, pas même le sacrifice de ce dogme barbare, désormais impossible? Est-ce que vous ne voyez pas que le maintien de ce dogme éloigne de vous de plus en plus les gé-

ÉTERNITÉ DBS PEINES

nérations nouvelles, et qu'il doit, dans un prochain avenir, consommer votre propre suicide? N'accorderez-vous rien à la philosophie, à la science, à la pensée moderne? Vous vous plaignez que les hommes en masse désertent vos temples et vos chaires catholiques; eh bien, retranchez de votre symbole ce mot qui révolte : Un supplice éternel. Oui, donnez à une exigence légitime cette satisfaction nécessaire ; et le monde moderne revient à vous.

Ainsi les sages du siècle ont dit à l'Eglise. , Qu'a répondu l'Eglise? L'Eglise a répondu et répond toujours : Je crois ; et voilà pourquoi je proclame qu'il y a un enfer éternel.

Or, qui pourrait ne pas voir que cette intrépide et permanente opiniâtreté de l'Eglise à maintenir un'dogme-, contre la conspiration séculaire des erreurs et des passions conjurées pour l'anéantir, est une démonstration de sa divinité,' et une démonstration de la vérité du dogme qu'elle affirme?

Ah ! gloire à la vérité, et honneur à l'Eglise ! A tout ceux qui lui ont demandé le sacrifice de son dogme, l'Eglise, ma divine Mère, a pu répondre, en effet, toujours : Si je n'étais qu'une institution humaine, et si, comme telle, j'avais

LES PREUVES

pu transiger sur ma doctrine, est-ce que cent t'ois pour une je n'en aurais pas fini avec ce dog'me, qui provoque contre moi une guerre qui ne finit jamais que pour recommencer toujours? 1 Est-ce que, depuis long-temps, je ne l'aurais pas jeté comme uue facile concession à la faiblesse des intelligences et à la lâcheté des cœurs? On me promettait de tout croire et de tout embrasser dans ma doctrine, oui, tout, excepté mon dogme effrayant de la peine éternelle. Eh bien ! j'ai résisté; j'ai maintenu mon dogme et je le maintiens encore et le maintiendrai toujours, avec la même certitude et la même indépendance. Mes ennemis ont dit : « Le dogme de l'Eternité des peines touche à sa fin. » philosophes, ô prophètes de mensonge, écoutez :

Demain on ne parlera plus de vous ni de vos systèmes, ni de vos prophéties; et ce dogme , dont vous prophétisez la fin, moi, l'Eglise catholique, l'immortelle épouse de mon Christ immortel, je le proclamerai et le chanterai sur votre tombe; et pas plus que moi-même mon dogme ne périra.

Vous dites que, sur ce point grave, mes « prêtres eux-mêmes fléchissent. » Ces prêtres, où sont-ils? S'ils existent, qu'ils soient, ana-

ETERNITE DES PEINES

thèmes. S'ils n'existent pas, pourquoi les inventez-vous?

Ainsi dit notre divine Mère; et ainsi tous, avec elle, nous affirmons ce dogme souverain devant ce siècle le plus fier de lui-même, le plus confiant en la liberté de sa pensée et en la suffisance de sa raison. Et ce dogme ne serait, qu'une chimère? Et cette affirmation ne serait qu'un mensonge?

Mais alors, que sommes-nous donc tous aux yeux de la libre pensée?

Quoi! il y a bientôt deux mille ans qu'avec notre Mère l'Eglise, nous disons à l'humanité : Peine éternelle, Eternité de supplices; et nous ne disons pas vrai? Et, avec l'Eglise, nous trompons les générations humaines? L'Eglise se-fait de ce mot un épouvantail pour mieux les dominer? Et nous sommes, nous, les échos de sa voix ; et nous mentons avec elle, pour le plaisir de révolter votre raison, d'indigner votre philosophie et de troubler votre repos?

Mais, s'il en est ainsi, encore une fois, je le demande, que sommes-nous donc, nous tous qui affirmons et proclamons avec l'Eglise et tous les chrétiens, ce même dogme de la peine éternelle? Que sommes-nous, en vérité? Ah!

LES PREUVES

peut-être nous ne sommes que des fanatiques, et notre fanatisme nous fait imaginer, pour vous tourmenter, vous indigner, vous révolter, un enfer, et, dans cet enfer, une Eternité?

Mais quoi? Un fanatisme qui dure depuis près de deux mille ans? Un fanatisme de tous les peuples catholiques et de toutes les conditions humaines, c'est-à-dire un fanatisme trois fois universel? Le fanatisme aussi dans toutes les catégories dont nous venons de faire l'énumération ; dans tous les apôtres, dans tous les martyrs, dans tous les docteurs, dans tous les saints, dans tous les grands hommes, enfin, qu'a produits le Christianisme? Est-ce possible, vraiment? Et qui pourra le croire?

Ou bien, pour nous épargner l'injure de cette appellation : fanatiques! direz-vous, ce qui serait plus injurieux encore, que nous sommes des trompeurs, et même des hypocrites*!

Oserez-vous dire, par exemple, que de ce dogme effrayant de l'éternel supplice, nous ne croyons rien nous-mêmes ; et que, nous prêtres, nous travaillons à envoyer au peuple qui nous écoute, à propos de ce dogme , des terreurs que nous n'éprouvons pas? Que nous demandons à tous, sur ce point, une foi que nous n'avons pas ;

ETERNITE DES PEINES

et que nous prêchons, pour vous faire frémir, une croyance dont nous ne faisons que rire?

Ah! je le sais, des hommes ont eu cette audace : ils ont prêté à des millions et à des millions de chrétiens, même aux plus saints, aux plus savants, aux plus dignes de foi et de vénération, ce rôle de la plus odieuse des hypocrisies.

Eh bien, Messieurs, du haut de cette chaire, assurément l'une des plus grandes du monde ; au nom de toutes ces autorités ; au nom de plus de dix milliards de chrétiens, je proteste : et, la main étendue devant l'autel où réside le Dieu que nous adorons, et devant vous tous qui m'écoutez, je le jure: oui, tous nous croyons à l'Eternité des peines ; tous nous croyons à un enfer éternel. Et chacun de nous dit, en toute sincérité : Ou,:, je le crois; et, parce que j'ai cru, j'ai parlé. Ma foi est la raison de ma parole ; et ma parole est l'attestation de ma foi. Credidi, propter quod locutussum.

Soit, dira peut-être ici la théologie de la libre pensée, telle est la foi et l'affirmation de l'Eglise et des chrétiens ; et nous voulons bien en convenir, c'est un grand témoignage. Mais il est

(1) Ps. 115.

pour nous et pour les chrétiens eux-mêmes, un témoignage plus grand que celui-là. Quoi donc? le témoignage de l'Evangile, la parole de Jésus - Christ lui-même.

Quoi ! vous nous opposez à nous, chrétiens et catholiques, le témoignage de Jésus-Christ? Ah! nous le savons, c'est la tactique de l'erreur contemporaine, surtout des théories et rêveries ■ humanitaires, de séparer l'Eglise de Jésus-Christ, et la doctrine catholique, des enseignements évangéliques. Je n'en suis pas étonné.

L'Evangile jouit encore , même au milieu des générations les moins chrétiennes, d'une immense et impérissable popularité ; et la philosophie soi-disant humanitaire voudrait confisquer à son profit cette impérissable popularité de l'Evangile. Mais elle l'essaye en vain. Entre l'Eglise et Jésus-Christ, entre la doctrine et l'Evangile, l'alliance .est immortelle. Qui attaque l'Eglise, attaque l'Evangile; et qui nie la doctrine catholique, nie la doctrine évangélique.

Disciples de la libre pensée, vous faites appel à l'Evangile contre le témoignage de l'Eglise : Eh bien, disciple et ministre de Jésus-Christ, , pour confirmer le témoignage de l'Eglise, j'invoque, moi, le témoignage de TEvangile. Vous

en appelez à l'Ev angile, pour convaincre de faux notre dogme de la peine éternelle : soit; nous acceptons; et nous affirmons que, même sur ce point, l'Evangile est contre vous, et que notre Christ lui-même donne par sa parole à votre négation, le plus solennel démenti.

Certes, Messieurs, je pourrais citer de nombreux témoignages de l'Evangile, et compter combien dé fois le divin Révélateur parle « du « ver qui ne meurt pas; vermis eorum non mo- « ritur, » et du feu qui ne s'éteint pas; « ignis « incxtinguibilis » Je n'en ai pas besoin et je me contente d évoquer un seul témoignage, parce qu'il est absolument décisif, et qu'il peut tenir lieu de tous les autres.

Les adversaires de l'Eglise, négateurs à outrance de l'austère prédication de son dogme de la peine éternelle, se plaisent à commenter cette admirable page de l'Evangile, où Jésus-Christ lui-même déroule , dans toute sa majesté tout à la fois rayonnante et lugubre, le drame à nul autre pareil du jugement dernier; alors que lui-même doit proclamer la loi d'amour comme le signe du discernement des bons et des méchants, et comme le critérium suprême de sa divine justice .

■HMMMMM

LES PREUVES

Je ne relirai pas tout entière cette incomparable page;. il faut la lire soi-même, au chapitre vingtcinquième de saint Matthieu, pour se faire une idée de la témérité, ou plutôt de l'impudence rationaliste osant invoquer, contre l'éternité des peines, le témoignage de l'Evangile et la parole de Jésus-Christ. prodigieux interprètes de notre divin Evangile, quoi! vous osez rappeler au prédicateur même de cet Evangile, une page que certes notre prédication n'a jamais oubliée, puisque depuis près de vingt siècles elle en a fait, devant tous les peuples qui l'écoutent, les commentaires les plus publics, et souvent aussi les plus chrétiennement éloquents.

Eh bien, nous-mêmes osons vous porter le défi de comprendre autrement que nous, avec une ombre de raison, cette grande et décisive paroledu Sauveur, devenu notre Souverain juge; et nous vous sommons de répondre : cette pa^gè solennelle de notre Evangile, l'admettez-vous comme l'oracle authentique de la vérité , comme la doctrine et la révélation du Christ-Dieu, donc d'un Christ infaillible? Oui ou non, la tenezvous pour telle? Si vous répondez : Non, nous ne lui reconnaissons, recette valeur doctrinale, ni cette puissance révélatrice : mais alors , pour-

ÉTERNITÉ DES PEINES

quoi contre nous et notre dogme., l'évoquer en témoignage? Répondrez -vous : Oui, nous l'admettons ; alors, puisque vous l'admettez, cette page divinement révélatrice et véridique, lisezla tout entière, et ne la scindez pas.

Ecoutez : Jésus-Christ, selon sa divine prophétie, vient environné d'une grande puissance et d'une grande majesté. Autour de lui toutes les nations sont rassemblées. Entre les boucs et les brebis, entre les justes et les méchants, la séparation est faite : les uns sont à droite, les autres sont à gauche; et tous attendent la parole qui va fixer à jamais leur suprême Destinée. Que dira ce souverain juge à ceux qui sont à sa droite? Ecoutez : vous tous les bénis de mon père, venez; venite Benedicli Patris mei, et possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde : Possidete regnum vobis paratum a constilulione mundi.

Voilà la Destinée, c'est-à-dire la sentence qui fixe à jamais la Destinée des bons. Et voici la raison qui légitime la sentence : « J'ai eu faim, « et vous m'avez donné à manger, etc. » C'est, au tribunal de la divine justice, la suprême proclamation de la loi d'amour.

Jusqu'ici, pas d'objection, et l'incrédulité elle-

LES PREUVES

même applaudit au triomphe de la loi d'amour, devant le tribunal même des suprêmes justices. Mais attendez; le drame n'est pas fini. « Et « Jésus dira à ceux qui sont à sa gauche : Allez, maudits, au feue7emeZ,qui a été préparé au diable et à ses anges: Ile, maledicliin ignem œtebnum, qui praparalus est diabolo et angelis ej.us.

Ai-je besoin d'insister pour expliquer le sens de ces divines paroles? Qui ne comprend ce dernier mot de la justice sortant avec une si fulgurante clarté de la bouche même de l'amour?

« Allez, maudits, au feu éternel; in ignem œternum (1). »

Puis-je , moi prédicateur de la parole du Christ, puis-je altérer par des interprétations arbitraires et atténuer par des ménagements humains la force et la portée de cette malédiction divine : Allez au feu étemel'! Au feu éternel!... Cela est-il écrit, oui ou non? Et si cela est écrit, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut-il dire : Allez, rentrez dans le néant? Cela veut-il dire : Allez, repentez-vous ; allez, purifiez-vous par les supplices momentanés que réclame ma justice outragée;allez,à force d'expiations,faitesvous innocents; et puis, revenez plus tard avec (1) Matth. xxv (31-46).

ETERNITE DES PEINES

mes élus, dans les bras de mon amour, et dans l'éternelle béatitude qui leur [fut préparée? Qui oserait, à ce point, altérer la sentence de la divine justice? Il y a là une malédiction : Ite, maledicti ; et une malédiction éternelle. Il y a là une condamnation : quelle condamnation? Une condamnation à un feu, donc à un supplice éternel : In ignem œternum ! En vérité, si cela n'est pas clair, il n'y a rien de clair dans l'Evangile ; et il faut renoncer à l'invoquer, pour attester une vérité quelconque.

Impossible de reculer devant cette conclusion si précise et si nette du jugement divin, proclamant pour la Destinée des bons et des méchants, l'éternelle durée : Et ceux-ci iront au supplice éternel ; et les justes à la vie étemelle.

Eu vain on voudrait introduire dans le texte une disjonction absurde. Le texte ne comporte pas une telle violence. En vain on dirait ce qu'on a dit, en effet : Eternité pour la récompense, soit, nous l'admettons. Eternité pour le supplice, non, nous ne l'admettons pas. Il n'y a pas à hésiter cependant : Jésus-Christ envoie les uns à un supplice éternel, aussi clairementqu'il appelle les autres à une vie éternelle. Si d'un côté vous admettez qu'Eternel veut dire une durée sans fin;

LES PREUVES

comment, de l'autre côté, Etemel sig-nifiera-t-il un a durée qui doit finir? Pourquoi et comment, dans un même texte, à un même mot, un sens et un autre sens , alors que le souverain juge affirme l'éternel supplice de la même manière qu'il affirme l'éternelle vie, ou l'éternelle béatitude?

Déjà de son temps Saint Augustin confondait cette interprétation fantaisiste, qui scinde à volonté le texte de l'Evangile, c'est-à-dire la parole de Jésus-Christ. « Si le sort des bons et « des méchants est déclaré éternel ; si ulrumque « œternum; alors, ou l'un et l'autre aura une fin, « ou l'un et l'autre sera sans fin : aitt utrumque «. cum fine diutumum,aut utrumque sine fine perpe- « tuum débet intelligi (1).»

Ainsi, rien n'est plus certain ni plus manifeste, sur ce point si grave et si décisif; de même quel'Eglise parle comme l'humanité,l'Evangile, de son côté, parle comme l'Eglise' : l'une et l'autre, c'est-à-dire la voix divine et son écho divin, disent ensemble : Enfer éternel, Eternité des peines.

(1) St Aug. de Civitate Dei L. xxi. c. 9 et 23.

ÉTERNITÉ r>ES PEINES

Vous le voyez, Messieurs, le libre penseur doit en prendre sou parti : il a contre lui et le témoignage de l'Eglise , et le témoignage de Jésus-Christ , et le témoignage de l'humanité entière. — Soit, répond le rationaliste; mais il y a un témoignage qui est pour nous et contre vous : c'est le témoignage de la raison, qui est lui aussi, lui surtout, le vrai témoignage de l'humanité. Vous avez beau évoquer, en faveur du sombre dogme de la peine éternelle, des autorités et encore des autorités. Il n'y a pas <I'au" torité qui puisse prévaloir sur l'autorité de la raison. Or, vous avez contre vous la raison, la raison philosophique et la raison populaire.

« Aucun principe de la raison ne conduit à l'E- « ternité des peines, et ne permet de l'ad- « mettre (1). »

Ainsi disent, ainsi font nos philosophes rationalistes, même les meilleurs; ils tranchent, ils décident.

« Aucun principe de la raison ne conduit à « l'Eternité des peines » : par voie de démons- !

(1) Jules Simon. 'ReU'jion, Naturelle, p . 349.

LES PBEOVES

tration rigoureuse, soit. Nous n'avons nul besoin de le contester.Mais, vous-mêmes, oseriezvous affirmer que la raison ne dit rien, absolument rien en faveur de ia peine éternelle?

Surtout, sommes-nous obligés de vous accorder « qu'aucun principe de la raison ne permet de l'admettre? » et devons-nous convenir que toute bonne philosopbie, au nom de la raison, doit prendre parti contre notre dogme? Oh! non, mille fois non, nous n'en conviendrons pas; et nous ne craignons pas de sommer les plus rationalistes des philosophes de se demander quelle est , en face de notre dogme catholique, la véritable attitude de la raison humaine? Car, c'est de quoi il s'agit en ce moment.

Oui, Messieurs, il s'agit de savoir précisément quelle est, vis-à-vis du dogme de la peine éternelle, l'attitude réelle de notre raison : estelle neutre? Est-elle pour? Est-elle contre'

Avant d'aller plus loin , remarquons que notre dogme catholique ne prétend nullement s'appuyer sur les données et sur les principes de la raison humaine, comme sur son principal fondement. Notre dogme, comme nous venons de le voir, s'appuie avant tout, et par-dessus tout, sur l'autorité; non seulement sur l'autorité hu-

ETERNITE DES PEINES

maine la plus imposante, et pour tous la plus irrécusable; mais ce qui est pour nous, chrétiens, plus imposantet plus irrécusable encore,sur l'autorité de Jésus-Christ et de l'Eglise, c'est-àdire sur une autorité rigoureusement divine.

Or, ce qu'affirme une autorité divine doit être tenu pour vrai et n'a pas besoin, pour être cru et affirmé par nous-mêmes, d'être démontré par des principes de raison. Il n'est donc pas nécessaire « qu'un principe quelconque de la raison « conduise à l'Eternité des peines. » Mais, autre chose est que cette raison toute seule ne nous y conduise pas , et autre chose est qu'elle ne permette pas de l'admettre.

Notre grand dogme, étant appuyé sur des autorités qui ne nous peuvent tromper, nous n'avons pas à montrer qu'un principe de raison y conduit; c'est à la raison elle-même, ou plutôt aux grands penseurs, qui prétendent l'incarner en eux, de prouver que ce dogme est, avec une donnée absolument certaine de l'humaine raison dans une contradiction évidente. Le rationaliste déclare que la raison ne permet pas d'admettre l'Eternité des peines : à lui de le démontrer contre l'autorité qui l'affirme .

Mais nous sommes en droit d'aller plus loin ;

LES PREUVES

et nous pouvons affirmer que si la raison ne démontre pas toute seule notre dogme divin, elle en donne cependant des motifs qui, sans constituer par la démonstration une absolue certitude, fondent au moins, par vraisemblance et insinuation, une certaine probabilité, aligna probabilitas, comme disent les théologiens.

Ce serait ici le lieu d'abriter ma parole sous le bouclier du- génie et de la raison de nos plus grands hommes et de nos plus profonds penseurs du Christianisme. Il est par trop commode de s'attribuer à soi-même le privilège exclusif de la raison; comme si ces hommes incomparables avaient été par leur foi destitués de toute raison. Eh! qui donc, après avoir lu et compris la Somme Théologique de saint Thomas, oserait s'attribuera lui-même une raison supérieure à ce prodige déraison?

Eh bien ! Saint Thomas, pour ne parler que de lui, non seulement n'admet pas que la raison repousse par elle-même le dogme de l'Eternité des peines; mais en je ne sais combien d'endroits, que je n'ai pas le temps de citer, il insiste pour bien établir que, si la raison toute seule ne le démontre pas , elle l'insinue, elle y

^■■HNMMHMN

ÉTERNITÉ DES PEINES

incline et l'approuve plutôt qu'elle ne le désapprouve.

En compagnie de ce grand génie , et sous la sauvegarde de sa haute raison, je ne crains donc pas de dire, moi aussi, que ma raison, ma raison dégagée des obscurcissements du préjugé et de la passion, non seulement ne condamne pas le dogme delà peine éternelle, mais qu'elle l'approuve, et, si je le puis dire, elle applaudit à l'autorité qui l'affirme.

Que dit ici en effet ma raison? Elleme dit que la damnation éternelle peut être admise comme la conséquence logique de la volontaire excommunication dont le réprouvé se frappe par sa libre séparation de Dieu. Elle médit que la peine éternelle paraît être la seule sanction tout à lait suffisante,-po\iv le maintien de l'ordre moral, et qu'elle est en' même temps l'une des plus grandes sauvegardes de l'ordre social. Bref, ordre logique, ordre moral, ordre social, approuvent et appellent ensemble, plutôt qu'ils ne la repoussent, l'Eternité des peines.

Et d'abord,ne vous semble-t-il pas, Messieurs, comme à moi-même, que Y éternelle damnation peut être admise comme conséquence logique

LES PREUVES

de l'excommunication dont le réprouvé se frappe librement lui-même?

Dieu se pose devant l'homme, au terme final de sa vie, comme sa suprême félicité et comme l'objet du choix qui doit décider sa propre Destinée. Il lui dit : Si tu le veux, moi-même je serai ta récompense , ta récompense surabondante , Ego : ero merces tua magna nimis. Oui, si tu le veux, tu posséderas éternellement toute ma vérité, tout mon amour, toute ma vie, tout moi-mème,enfin. Pour t'aider à me chercher, je te donne ma lumière; pour t'aider à me conquérir, je te donne ma force; et pour te préparer à jouir de ma gloire, jeté donne la foi. Viens donc, si tu le veux, mais seulement si tu le veux; car je t'ai créé libre par un acte de mon amour, et c'est par ton libre amour que je veux être embrassé.

Voilà l'homme prévenu par la grâce, et averti par la Providence divine; l'homme illuminé par les clartés du vrai, et invité par les tendresses de l'amour. Et voilà Dieu faisant appel à l'homme ; mais dans ces illuminations de la vérité et ces invitations de l'amour lui laissant, pour fixer sa Destinée , la pleine liberté de son choix. Pour se décider, l'homme a vingt ans, il a quarante ans , il a soixante ans, quatre-vingts ans

ÉTERNITÉ DES PEtNES

peut-être. Pendant tout ce temps, Dieu attend la réponse qu'il va faire aux appels de son amour.

Or, je le suppose, pendant vingt, trente, quarante, soixante ou quatre-vingts ans,l'homme répond à Dieu qui l'appelle : Non, je n'irai pas à toi. Il dit à la vérité, qui veut l'éclairer : Laissemoi. Il dit à l'amour,qui veut l'embrasser : Non, je ne t'embrasserai pas. Il dit enfin, à Dieu, le mot de son apostasie : Va-t'en, retire-toi de moi, recède... Quoi! se récrie à cette pensée le sens humain, quoi! l'homme' dire à Dieu une telle parole? Qui pourra jamais le croire et se le figurer? Ah! sans doute cette parole, l'homme, même prévaricateur, d'ordinaire ne la dit pas à Dieu par des discours qu'il lui adresse, mais par des actes qui le repoussent. Suis-je téméraire de prétendre que/peut-être , il en est, dans ce grand auditoire, qui depuis dix ans, depuis vingt ans disent à l'amour divin qui les poursuit et les sollicite, quelque chose de pareil? Ah ! cette affreuse parole : Retire-toi de moi, vat'en] vous ne l'avez pas prononcée par des sons articulés; mais qu'importe, si par d'opiniâtres prévarications vous l'avez pratiquée? f

Eh bien, demande ici la raison elle-même, sans blesser sa justice et sans se renier lui-

même, nu prévaricateur obstiné qui, depuis de longues années dit à cet amour qui l'invite : Non, je ne veux pas; va-t'en, retire-toi de moi — Dieu ne peut-il répondre : Soit ; qu'il te soit "fait comme tu l'as voulu. Tu me repousses, malheureux; depuis vingt ans tu me dis et me redis : Retire-toi de moi. Je respecte la liberté que je t'ai donnée moi-même ; je t' obéis; je me retire; je m'en vais de toi : va-t'en toi-même; et loin de moi, sois heureux si tu peux!

Ainsi l'homme se damne, c'est-à-dire s'excommunie lui-même de la communion de Dieu ; il se fixe librement dans la séparation de Dieu. Arraché par lui-même à sa fin suprême, il la fuira éternellement ; comme un corps lancé hors de sa sphère fuirait éternellement son centre.

Est-ce que la plus simple raison ne m'autorise pas à voir, dans cette damnation éternelle, comme une conséquence logique de la libre excommunication dontle pécheur obstiné se frappe lui-même ?

Je ne dis pas , remarquez-le bien , qu'il y ait en ceci une démonstration rigoureuse de la peine éternelle; mais essayez de trouver une raison démonstrative qui force Dieu à mettre lui-même

un terme à cette volontaire séparation : vous ne ponvez pas même l'imaginer. L'homme qui s'unit volontairement à Dieu , l'embrasse pour l'éternité. Qu'est-ce qui empêche que l'homme qui se sépare volontairement de Dieu , s'en sépare aussi pour l'Eternité? J'ai beau creuser ici par ma pensée les profondeurs de la sagesse, de l'amour, de la justice de Dieu, de l'ordre, enfin, qui est en lui et qu'il est lui-même; ma raison ne parvient pas à trouver en défaut le Dieu infiniment sage, infiniment juste et infiniment bon, qui, par respect pour cette liberté, qui est l'honneur et fait le mérite de l'homme, laisse le pécheur apposer lui-même à sa propre Destinée le sceau de sa libre excommunication.

Si cette sentence, ou plutôt cette permission divine peut vous demeurer un mystère, la raison vous défend d'y trouver contre Dieu une légitime accusation. Essayez de vous dire, dans le silence de vos passions et sous la seule inspiration de votre raison : cette attitude est indigne de Dieu; vous n'y parviendrez pas. La vérité vous en porte le défi.

Bref, contre cette ratification faite par Dieu, de la volontaire excommunication Me l'homme, logiquement la raison n'a rien à dire; elle

LES PREUVES

approuve plutôt qu'elle n» désapprouve ce sceau de l'éternelle durée, que Dieu permet à l'homme d'apposer à la damnation voulue et consommée par l'homme lui-même. ,

Maintenant, si de l'ordre logique nous passons à l'ordre moral, voulez-vous savoir ce que dit la raison? Elle rend au dogme de la peine éternelle un témoignage et donne un assentiment que sans doute vous n'attendiez pas : elle dit que ce dogme est l'un des plus fermes appuis du monde moral; parce qu'il est à la fois le ressort le plus fort pour pousser à la vertu , et le frein le plus puissant pour enchaîner les passions et arrêter les crimes. Sous ce rapport, cette vérité définie dogmatiquement et crue religieusement vous est bonne et salutaire. Vous la déclarez déraisonnable, injuste, cruelle même. Eh bien, moi, dit la raison au rationaliste lui-même, je la déclare utile, si ce n'est tout à fait nécessaire au maintien de l'ordre moral. C'est que sans elle, quoi que vous fassiez,vous ne trouvez facilement ni à la justice une sanction tout à fait suffisante, ni aux passions un frein assez puissant pour enchaîner en elles, en certaines situations surtout ) la volonté du mal.

Quelques-uns, je le sais, acceptent pour satis-

ETERNITE DES PEINES

fairela passion d'un moment la perspective d'un éternel châtiment; mais c'est l'exception. Règle générale, l'homme ne pèche pas en hravant audacieusement la certitude de l'éternel supplice; il pèche surtout en l'oubliant, et en se faisant de ce quart d'heure de jouissance un simulacre de félicité qui lui dérobe, un moment, la perspective lugubre de la peine éternelle. Mais, s'il se met en face de son Eternité, et s'il fixe de son regard, au fond de cette Eternité, le supplice qui l'attend; d'ordinaire cette pensée l'arrête, ce regard l'épouvante, et, le plus souvent, il n'y a pour l'arrêter et le retenir tout à fait, que cette pensée et ce regard.

Un jour, sous le coup de la tentation, un homme, même croyant, s'apprête à donuer à sa passion la satisfaction qu'elle exige. Sous le charme qui le fascine, tel lui apparaît ce bonheur de la passion satisfaite, que l'attrait de cette félicité présente menace de l'emporter en lui sur la crainte d'un malheur futur. Ah! s'il était bien sûr de voir, un jour, la fin de ce malheur auquel il s'expose, ne fût-ce même qu'après un siècle : devant ce supplice d'un siècle et ce bonheur d'un jour, devant cette peine qui l'attend de loin et ce plaisir qui le sollicite de

LES PBEUVES

près, peut-être son choix ne serait pas douteux. Détournant sa pensée d'un avenir plein de terreur, il embrasserait ce présentple.in de charmes. Mais, se dit-il, jouir un jour, une heure, pour souffrir toujours; oui, ô mon Dieu, toujours loin de vous, et loiu de vous toujours dans les supplices; ah! c'est trop. M'exposer à cet irrémédiable malheur, oh I non, je n'y puis consentir. Joies perfides, plaisirs, trompeurs, retirez- vous et ne venez pas, pour le bonheur d'un instant, compromettre mon bonheur de l'Eternité.

Il en est ainsi, Messieurs ; pour empêcher une âme, à l'heure de la tentation, d'embrasser le mal, le mal qui attire, le mal qui charme, qui séduit et qui, par toutes les fascinations de sa présence, menace de donner le vertige, il n'y a rien de plus fort que la perspective d'un supplice ■ éternel.

Et c'est par ce dogme qu'aujourd'hui encore l'Eglise catholique garde, pour enchaîner les passions et réprimer les crimes, une puissance morale à nulle autre pareille.

Ah! je le sais, cette puissance, même en ceux qui croient à la peine éternelle, ne suffit pas toujours à vaincre le redoutable attrait du plaisir présent et fascinateur; mais elle suffît

ETERNITE DES PEINES

souvent; et, en tout cas, nulle autre puissance ne la remplace. Quand, sous l'influence du doute ou sous le coup de la négation, ce frein vient à se relâcher ou à se briser tout à fait; alors qu'arrive-t-il? Les âmes en masse vont à la corruption, et bientôt se précipitent dans toutes les fanges. La destruction du dogme de la peine éternelle dans les intelligences renverse, dans les générations, le plus ferme rempart des saintes mœurs.

Messieurs, ouvrez les yeux ; regardez autour de vous et voyez : parmi les hommes dont la foi, sur ce point, a fait dans la tourmente des erreurs ou des passions, un lamentable naufrage, où sont les grandes figures de la pureté et de la justice? Où sont surtout les héros du dévouement et du sacrifice? Où sont-ils? Nulle part. Qui parmi eux du moins, même dans le ' sens vulgaire de ce mot, fait véritablement le bien? Personne! .. Non est guifaciat bonum. Non, il n'y en a pas un , (1) Non est usque ad unum.

Ainsi la ruine de ce grand dogme de la peine éternelle entraîne, plus ou moins rapidement, la ruine de l'ordre, moral.

Que dis-je? ce n'est pas seulement l'ordre

(1) Ps. Xlll, I.

LUS PREUVES

moral, c'est l'ordre social aussi qui est compromis par la ruine de ce dogme essentiellement salutaire et conservateur.

Savez-vous, Messieurs, ce qui rend, à l'heure qui sonne, le peuple si redoutable pour l'ordre social et si menaçant pour la société vivante?

Ah! je vais vous le dire : le peuple en masse ne croit plus, ou du moins ne croit plus assez au dogme de l'Eternité des peines ; et c'est par cette brèche ouverte dans les âmes, que les passions antisociales tendent à faire irruption dans la cité et troublent le sommeil de la patrie, trop souvent menacée de se réveiller dans les horreurs de l'anarchie.

Allez trouver ces multitudes trompées par des sectaires, et qui, au grand soleil de la publicité, annoncent et proclament tout haut des projets de brigandage, de dépouillement et d'assassinat. Sondez le mystère de leur croyance : elles, surtout, ne croient plus à l'éternel enfer. Et voilà pourquoi leurs fureurs fratricides, franchissant ce rampart écroulé des menaces divines, méditent de se faire, par des crimes sans remords et sans repentir, des biens de ce monde un paradis de quelques jours. A cette parole : Plus d'enfer éternel, répond bientôt

ETERNITE DES PEINES

cette autre : Le Paradis dans le temps , n'importe par quels moyens, et même sur des ruines arrosées par le sang.

En vain espéreriez- vous que le dogme de la peine éternelle, une fois détruit au fond de l'âme populaire, la croyance à un châtiment temporaire de l'autre côté de la tombe y pourrait tenir encore, et former un rempart assez fort pour contenir le torrent des passions,et arrêter le débordement des crimes qu'elles enfantent : vain espoir. Cette dernière ressource ne vous reste pas même. L'abolition de la peine éternelle conduit vite à la suppression de toute peine d'outre-tombe ; et la négation de l'éternel enfer précipite, par une pente rapide, la négation absolue de l'enfer lui-même. Ah! ne nous faisons pas illusion : pour le peu pie, nier l'Eternité de l'enfer, c'est bientôt nier l'enfer lui-même. Cette négation suprême le pousse à la destruction de tout frein dans sa conscience intime, et au dehors, au renversement de tout rempart capable de contenir sa fureur impatiente de courir, le poignard ou la torche à la main, à l'assassinat des frères et à la destruction de la société.

Donc, ô vous tous qui voulez comme nous le maintien de l'ordre social, et avec lui la sauve-

LES PREUVES

garde de la propriété, de la familie, de vousmêmes, n'oubliez pas que, pour empêcher ces projets de massacre, de bouleversement et d'extermination de germer dans l'âme du peupla et défaire demain ou après-demain leur effroyable explosion, il faut que sa croyance enchaîne sa conscience, et que sa conscience enchaîne ses convoitises. Pourquoi? Vous demandez pourquoi? Ah! c'est que ce peuple a faim et soif de bonheur, et que, par un instinct en quelque sorte irrésistible, il convoite avec ardeur et souvent avec fureur ce qu'il en croit être la condition essentielle et le moyen nécessaire : la richesse. Lui pauvre, lui misérable, il veut être riche, il le veut absolument.

Voilà pourquoi, une fois affranchie de toute croyance et débarrassée de tout frein sa passion de jouir le pousse, comme invinciblement, à convoiter le bien d'autrui. Déshérité de tous les biens de ce monde, dites-moi, comment se résignera-t-il à votre richesse et à sa propre indigence? S'il se sent le plus fort, qui donc l'enpèchera, un jour, d'étendre son bras pour frapper vos fortunes, vos biens et, si vous lui résistez, vous-mêmes? *

Et si ce géant de la force et du nombre, dans

*T EmiTE DEg pEmEs

» soif de jouissance, vi ent »

devant vous, menaçant to„tT "' dresser

««* et - U s- mêrae s av t ; qm V ° US a ^m ande, qU el moyen a Jl ' Je V ° US le d e-

P°»r retenir son bra S prêt aT^ ^-^ Uûe ^ je vous le dta ™ PP6r? EaCOre conscience et arrêter ] a f ' P enchaî «er J a -f chose est ass ez lïTjV^' ^ «t décidée à un bonheur 01 -' I& foi fer ™ réservé à ses vertus ou T ^ mIheur ^ /,

P-dis éternel :tt u rent:rV° nC à - <^ le peupIej w » e ^ er kernel. Ah ! c'est

-^eux, a cette su r^ZÏ "* ™™

va ê-«e que ]ui montrent „ Udétermi * é ° et

-WP» delàson tombeau Vo^r- Prétendus

»> a p as d' e nfe r éternel ni * dit6S «»**

su ^» ** qu'il n ^v a 1 \ T Prend t0ut de

est tout, et qu'au-d.fà , n "' qUe Cette ™

^ n'est-ce q pas ,a, d e n àl ^ a J ien - Parvenu à faire croire à,! qUe r ° n est "

la doctrine de Jésus Ph,. P6Uple déshérité de *™ entre ses ma £?T« *> rB #*»>'0n

à" doute, de la néT^l?^ ' Catéchis ™ catéchisme disait * du blas Phèmef Ce

Y a ~ WJ uu enfer éternel ?

— Non, il n'yapas d'enfer éternel.

Ouest le lieu de la Destinée humaine? Où est le paradis ? Est-ce au ciel ? Est-ce sur la terre ?

— Le paradis est sur la terre. Le paradis du ciel est une chimère , et l'enfer de l'autre vie un épouvantail, dont on se sert pour retenir le peuple dans la servitude de sa misère et dans l'enfer de ses souffrances.

Qu'est-ce donc que le vrai paradis et le véritable enfer?

— Leparadis, c'est l'homme jouissant delà terre; l'enfer,c'est l'hommepauvre, l'homme misérable, se débattant ici-bas dans les étreintes de sa misère. Arrière le rêve d'un paradis de l'autre monde! Arrière,surtout,l'épouvantail d'un éternel enfer..

Eh bien, Messieurs, qu'en pensez-vous? Est--. il bon, est-il salutaire à l'ordre social, de faire germer au fond de l'âme populaire de pareilles doctrines? Et que peut attendre la société de tels enseignements, s'ils viennent à se généraliser?

Ah! quand ces épouvantables erreurs auront •envahi l'âme des multitudes, ne comprenezvous pas, et la raison ne vous dit-elle pase ellemême que, selon touteprévision, elles essayeront de se faire, des biens de ce monde, ce terrestre paradis, dont le rêve les séduit d'autant plus

^BRNITÉ DES P EINES

Qu'elles souffrent a»„ *

*>* fr eiD , rien ne iZrlT qU ' aÛ ™^ de P^ même la spolia 0n P ° UI * le réalise ^

etqu'unjour, Tu a p? u ' P T même bassinât la colère au œu^l '* ^^ s ' éc »er,

Poig-nardàla^^.f; 1130 ; ^ lè " es <* « main . i« nc/W ow ^ ^^

CONCL.USION.

Voilà, Messieurs, en résumé , faisonelle-n.èmeenfacedem A *" dlt Ia E "e dit qu'elle peut Ïre adm ' é deSpeiDeS - * «équence % J e J ^ ^»« comme la contre dontle pécheur AT7 UmCation v °lone "e dit q ue Tdo^: d f ^^ *****■!

*»" Tordre «orj, ™ ^T f"^ eSt < de la vertu, et ] e frl , PlUS puissa ^

elle dit, enfin qu 1 * 1° PlUS fort d u crime; conservateur ' est i? ^ esseûti elWnt l'ocre sociale Î meii f ^ rem P art de société. Et ainseiC^r *""«*«*> de la fois, mais tr Tsfo is 7 ? ^ SGuWnt ^e

elle approuve écriai 10 " T^^ éternelle, app Uyé su ^!? Ie K , d0g - me de la Peine ^ni S meet P d P ern:mi:it° UbIeaUt0ritéd ^hri s .

AprêSCeIa '^'e rationaliste vienne nous

LES PREUVES

dire qu'aucun principe de la raison ne conduit à V Eternité des peines, et qu'il ajoute que la raison ne permet pas de l'admettre : appuyés sur l'inébranlable fondement de ces grandes et infaillibles autorités de Jésus-Christ et de l'Eglise, nous persisterons à dire que la raison, bien loin de répudier leur témoignage, y joint son propre suffrage; et nous continuerons d'affirmer que, si la raison elle-même et par elle-même ne démontre pas seule et directement l'Eternité des peines, elle ne la repousse pas non plus; et que, d'après ce que vous venez d'entendre, il est manifeste qu'elle tend plus à l'affirmer qu'à la nier, quelle l'approuve plus qu'elle ne la désapprouve; que la raison, en un un mot, sur ce point exceptionnellement grave, n'est pas une adversaire qui la combat, mais une auxiliaire de l'autorité qui l'affirme.

Certes, Messieurs, je n'ignore pas tout à fait les difficultés que le rationalisme, au nom de la raison, prétend opposer à ce dogme de la peine éternelle, et par lesquelles même il se vante de le confondre.

Ces difficultés sont de deux catégories, que je distingue et que j'appelle, d'un côté les objections, et de l'autre les hypothèses.

ÊTEENITÉ DES PEINES

Ma 1S avant de les aborder en face, il fallait montrer tout d'abord comment notre do-me dans sa substance, s'appuie sur des autorités et des temo^na-es pour tous irrécusables

Peut-être jusqu'à présent, cette vérité que les erreurs et les passions tendent chaque jour à obscurcir, ne vous avait-elle pas encore apparu sous ce jour et environnée de cette lumière

Et maintenant, j'imagine, vous êtes curieux de savoir ce que la vérité peut réppndre aux difficultés soulevées contre elle. Revenez demain et après-demain aussi nombreux qu'aujourd'huiet,Dieu aidant, j'espère donner à votre légitimé cunosité une légitime satisfaction, en vous montrant avec quelque clarté, que les objection, quon oppose à notre dogme, ne prouvent rien contre notre dogme, que les hypothèses qu'on prétend lui substituer, ne se soutiennent pas • et que la raison elle-même renverse les objections et les hypothèses par lesquelles on prétend nous combattre et nous vaincre, au nom de la raison

ETERNITE DES PEINES

LES OBJECTIONS

Et ibunt lu in ignem œtuvnum.

Et ceux-ci iront au feu éternel.

ath.XXV.46.)

Messieurs,

Nous savons maintenant sur quels fondements repose le dogme de l'Éternité des peines. Ce dogme est affirmé par l'humanité entière; affirmation absolument inexplicable, si l'on suppose quelapeineéternelle n'existe pas. Ce dog-me est affirmé d'une manière plus explicite et plus définie par le Christianisme, c'est-à-dire par tous les chrétiens, par l'Église, par Jésus-Christ luimême. Et ce dogme appuyé sur ces grandes et irrécusables autorités, non seulement n'est pas désavoué par la raison, mais elle-même l'approuve et le confirme par un témoignage d'une valeur

ÉTERNITÉ DES PEINES

m£»w " ' ^^ aV ° ir Iap ° rtée d ' une démonstration proprement dite, constitue, en fafeu du 0fme prodamé par ^

réelle probabilité'.

Mais Messieurs, déjà je vous l'ai fait pressente dogme de la peine éternelle , malgré Sa certitude bien établie, devait naturellement -lever des objections, et il en a souleva coup en effet. Il n'y a rien en cel a qu i doive

toul °n er fi Ce î° ëme par une ^ - fa -

touche a 1 Infini, donc au mystérieux; et, plus que les autres, il entr'ouvre dans Paven r des perspectives devant lesquelles facilement not esprit semble prendre une sorte de verti^ Ce

dogme^ailleur S ,p a Hui-m ê mepar t iculi è ;Ln; austère a, pour la pratique delà vie présente les

pusg ra vesconséquences;etronconçLq Ue ' n-

se faisantplusoumoinscomplice des passions se

contre tous les autres dogmes

J'essayerai donc de donner à vos esprits

trop mquiets et trop timides souvent en face dé

objection, la satisfaction qu'ils réclamen t ,en

epondant aux principales objections que s'ou-

'ève contre notre dogme le rationalisme de tous

LES OBJECTIONS

les temps, et très spécialement le rationalisme de notre temps.

Toutefois, avant de venir au détail de ces objections, nous devons savoir préalablement ce qu'il faut penser de l'objection elle-même en face des vérités qu'elle attaque.

On a d'ordinaire, sur ce point, des idées peu exactes qu'il importe de rectifier, avant de croiser contre l'arme infirme de Terreur le glaive tranchant de la vérité.

En général, l'objection se présente en face de la vérité avec une apparence de supériorité , qui trompe les spectateurs du duel qu'elle engage avec le dogme, et qui semble d'avance lui assurer la victoire. Elle a pour elle, en effet, la sympathie de l'esprit humain, depuis la chute originelle porté à l'objection plus qu'à l'affirmation, et presque touj ours la complicité des passions toujours armées contre la vérité, et toujours prêtes à applaudir au triomphe de l'erreur . Aussi, l'homme de l'objection, si faible qu'il soit par lui-même, paraît, alors qu'il objecte, comme investi d'une force factice, qui prévient en sa faveur et fait préjuger aux esprits superficiels le résultat de la lutte. C'est peut-être là ce qui a fait donner

fomiùÊ d ES PEINES

Voyons donc ce q u w ' A . ' «o;n me «ty*^ devant! ,0^^ Ce qU '° n Prétention de renverser ^ qU ' elle a la

Plus ordinaire et son ^ ^ Sa WrM la

^e Z voirco mi nente^ p ;;/;; Q s CiPaI - EtV0 - P« ?uit3 de sa puissance. , " ^^ e * b-n; alors surto'u qu e £ ^ °* la connaît 1° cas présent, en fi^dïn f P * ° 0mme C ' est *W et d'uni vér d I n ^ P^texnont trée. déja cl airement démon-

p a ^^:ir tedewie6 ^ci.

^, ra edelapeinrrnlT en e Vr temeDtaU *W voir, avec nne certain dar J ^ V ° US t^ons, bien l oin de renverser ^ UeC6SOb J ec soutiennent pas et feîwf 0g " me > Ge s «

Et d'abord, Messieurs , quelle e,, ,0 ,

LES OBJECTIONS

Je laisse de côté les quelques rares exceptions qui peuvent se rencontrer sur ce point, comme il s'en rencontre en toutes choses humaines, relevant de l'empire de la liberté; et j'affirme que, le plus souvent, l'objection en face du dogme catholique ou de la vérité dogmatique, est ou faiblesse d'esprit ou ignorance des choses ou fausseté' du point de vue où l'on se place pour le regarder et le juger. Elle est, d'ordinaire, l'une de ces trois choses, et quelquefois même toutes les trois ensemble.

Oui, d'ordinaire l'objection contre le dogme porte ce signe : faiblesse de l'esprit, infirmité de la pensée.

L'homme qui soulève les objections et multiplie les difficultés contre des vérités admises par le plus grand nombre des intelligences , facilement se persuade, comme je viens de l'insinuer, faire preuve de force et de puissance intellectuelle. Il met superbement son intelligence qui repousse le dogme, au-dessus de toutes les intelligences qui l'admettent; il s'admire dans la supériorité qu'il s'attribue et dans la royauté qu'il se fait. Aussi il objecte, il objecte toujours. Pareil au Jupiter de la fable, il se complaît dans les nuages qu'il amasse; et il n'est pas bien

ÉTERNITÉ DES PEINES

loin d'imiter ce dieu du tonnerre, et de prendre la foudre pour renverser autour de lui W7 qu'adore le vulgaire des eS p r it s **

Vœlà le penchant de l'esprit humain inspiré par 1 orgueil, et ignorant encore du my s ère 1 hunnhté chrétienne. Il s ' exalte ^^Jl sauce pour triompher de l'affirmation par le pr s tige de l'objection. Mais, règle générale Z« Prétendue puissance n'est q°ue la fatbts'se J son objection soi-disant triomphante a'p'ou cause son impuissance même. Il en est ainsi les objectons de notre esprit contre le dogme abi on pour cause son infirmité c'est-à-dire «on défaut de compréhension, d'intuition, dev^u ur et de pénétration. c "g-ueur

Voilà pourquoi Dieu, qui possède tout cela à la Plus haute puissance, Dieu, dontl>intelligtc ea ont a la fois une force et une compréhC L infinies, ne peut. faire d'objection Et pi us uu hommej par ,,

ieu , plus il augmente sa puissant

H„ ,• ', ,, COntra ' re ' m oius l'homme a la force de lmtel ll(? euce, alors qu'il estime surtout ta posséder. PtaH sent croître eu ,„nepeXùt

LES OBJECTIONS

à l'objection. Si le rayonnement direct de la lumière du soleil fait palpiter notre paupière et nous empêche de voir, c'est que nous n'avons ni le regard assez ferme, ni l'œil assez sain. Ainsi en est-il, à peu prés, de la vision intellectuelle. Si telle ou telle vérité nous offusque et semble, quand nous la regardons, nous donner le vertige, c'est que le regard de notre intelligence manque de fermeté et de force suffisantes. Sinous étions dans l'ordre intellectuel et le monde intelligible, comme l'aigle dans le monde physique, nous fixerions, sans en être éblouis et surtout sans en être blessés, le soleil de la vérité.

Donc. Messieurs, gardez-vous de prendre la facilité avec laquelle l'objection vient offusquer votre esprit, comme un témoignage de votre force intellectuelle. Gardez-vous de croire, surtout, que votre regard est d'autant plus profond et votre génie d'autantplus vigoureux, que vous soulevez plus d'objections contre le dogme, et vous créez à vous-mêmes plus de difficultés.

Soit dit, sans offenser l'homme ou les hommes à objections, c'est le contraire qui est vrai. Pour ne plus avoir de difficulté, pour ne plus faire d'objection, sur tel ou tel point où se heurte votre raison, que vous faudrait-il souvent? Une

seule chose: un reo-arrl ^i

«ne diminution de la v 1" e *^n t oa M œil infirme d Vu £ «'un œil fenné

^ qui aurait, toute L^^.^-.ue 6-ard ma i ade n'aurait m* i I IClé et Ie *>-

c ^tre le bienfait d fa ^^f" 11 d '°V«*« aw ^^én'ap M m é * I 1 U T W? Est ' Ce ^ ^ la nier, et de 1 ^!^*" 1 **» -turelle

f f . dont il enten7^L U, | meDS0 ^ e ce Br ef, si nous avi y™ î\ GS merv eilles?

— voyions mi u ° x D « '«** Plus f erme , et s .

s ^ance de „ £, "f^ de DOtre -prit, rin .

»otre ignorance. "' ° S ° US dire le mot,

Le Plus soavent nnn« no « «avons pas assez et voT^ 5 PaS ' ° U Q0US Pourquoinousobjectôn, ^ pres< ï ue toujours »*> ^tion fansse, in ex et™* ^^s Chose * forons tout à fait 1 mC0nî P lète , ounous cette ignorance profett, V* **"* r ° mhre * M I- nous objectons lonLT^ iatelU ^e , t» naître vly^^£™**». Von. sen-

v °«s propose: y ous dil, UQ dog,me ^'°a

- susdites sans hésiter : ^«^, ;

LES OBJECTIONS

impossible. Allez aufonddel'afflrmatioir, creusezla, pénétrez-la, connaissez-la enfin, non telle qu'un préjugé vous l'a faite , mais telle qu'elle est en elle-même; et il n'y a plus de difficulté pour le regard qui a vu l'objection s'évanouir, comme une ombre sous un rayon de soleil. Combien parmi vous, du fond de leur pensée obscurcie par le préjugé, l'erreur et quelquefois l'ignorance, dans la meilleure foi du monde, objectent contre une trinité qui n'est pas notre Trinité, contre un péché originel qui n'est pas notre péché originel, contre une incarnation qui n'est pas notre Incarnation, en un mot, contre un dogme qui n'est pas notre Dogme? Combien dont l'esprit troublé demeure, des années et des années, dans les obs. curités et sous les étreintes d'une objection artificielle et d'une difficulté imaginaire ; jusqu'à ce qu'une rencontre heureuse, une lecture, une •> conversation, une prédication, une illumination quelconque, un rayon venu de l'homme ou de Dieu, fasse évanouir le fantôme qui troublait la pensée, ou tomber le sophisme qui tenait l'intelligence captive! Hier vous aviez devant votre pensée une objection qui vous paraissait triomphante; elle voilait pour vous le vaste champ de la vérité, comme ces corps placés devant votre

ÉTERNITÉ DES PEWES

^eg-ard, et d'autan ni S™* 88 ** 8 °us votre davantage P,US que T S e * *PP«>coiez

Parole a défini ni' T ° n d& lumière " Ce «e

s'est trouvé que oh me ; m ° atré Ia réaIité ' « « vous obsédai c hp f? 1 ° nétaitUnfantôm Mu i . de la vérité ; n r *' daQS le champ <eurs de"etrirhL COmbattre t0UteS Ies e '~ torts de r ntenl m * redYeSSer tous **

mes et que vous Ll f * ^ deS faDtô -

(Pardonne/; e U ; ^n jVT"' V0US »»<■

Mais, Messieurs? } ' »^-à-^.

^ora;ceT;r M a ; e cL notre faibIesse et notre

minuer à nos JI, ^° Se eaCOre ** doi ' diaos objecZT^ \T eaF Gt ^P^nce de où nous nons ;i l /"r^ 11 P ° iDt de ™ e garder les choses Sl 'n P * ^^ P ° Ur re " ces deux cond tions n PP0S6Z ^ ^ rëaIisez

Pautenr de Tob e cl *? ^^ S0Uveilt à

. ei °°J e ction : la fermeté du reaarrl p+ i connussance des choses dontil s'ait m si.pourreo-arfïp,. »^ • us a ^"' <ï u importe, ourre arder, examineroudiscnternn dog-me,

LES OBJECTIONS

une doctrine, vous vous placez à un point de vue essentiellement fautif? Vous regardez de trop haut ou de trop bas, vous ne voyez qu'à moitié; vous regardez de trop loin, vous ne voyez plus; vous regardez de trop près, vous ne voyez pas davantage. Car si l'œil ne voit pas ce qui lui échappe, il ne voit pas non plus ce qui le touche, selon la remarque d'un grand écrivain. Dans l'ordre intellectuel comme dans l'ordre physique il y a, pour bien voir des conditions d'optique. Il y a une mesure de distance et une élévation de point de vue qui donne la vision totale de la chose regard -e, et la montre telle qu'elle est, sans tromperie ou illusion de perspective. Vue de là, presque toujours l'objection disparaît.

Surtout, il y a une chose qui fait d'ordinaire disparaître la valeur de l'objection: voir l'ensemble au lieu de ne voir que la partie séparée. Dans une doctrine religieuse, les dogmes se tiennent, les mystères se répondent et s'appellent les uns les autres. Le côté lumineux et doux d'un mystère éclaire et adoucit le côté austère et obscur d'un autre mystère. Si vous faites entre l'un et l'autre la disjonction, si vous séparez le second du premier, et l'un et l'autre de

ÉTERNITÉ DES PEINES

e "e «Ublie la r^tanS^S^ "*

estera de l'Incarnation du V rbe Un ""*

jour, vous vous prenez à îWn autre

^nel; vot.e ^^XtiT*"**?

vertig-e; mais vous oubliez le" J T^ *

et l'Infini se donnant 1 uïmèn ^ n J ^

En un mot, il y a dan „ ,„ f] T ' rec °mpense.

une économie"^ Z e ° ^T «"»****

maître, ou pl utôt de main ^ ^u , S suivre du reg-ard le mouvemen et kt " de l'ensemble, vous regarde, Tne 1 lham ° mede isolée dont le rapporfav' r P ' Uûe pièce

^eure Ignoré QuoTIm ^^ V0US de ~

8UUlt! ' yuoi a étonnant d^« i^,.„

objections TOns obsMent J"^ 8 £»J*> h.

c °"»me des folles les unes snrl f °° , """"

«g-énmux mécanismes créés o„T ,, ^f" 5 "'

LES OBJECTIONS

être, mais fort ignorant de la mécanique et des créations de notre génie dans l'ordre matériel, cet homme regarde ébahi et stupéfait; il ne comprend rien à ce mouvement multiple dont les complications l'intriguent et dont le fracas l'étonne et l'étourdit Volontiers dirait-il en multipliant ses questions : Pourquoi ce rouage qui se meut? Et cet autre? Et puis cet autre?...

L'envie lui prend même à chaque pas de faire des objections, et il n'est pas loin de se demander commenttout cemouvement est possible?

Que lui manque-t-il, à cet homme d'esprit, pour trouver tout cela très simple? Une seule chose : voir l'ensemble ; surtout connaître le grand moteur qui fait marcher le tout . Un homme vient qui lui découvre la force d'impulsion, qui lui montre les points de contact où la force répond à la force, où le rouage s'engrène aurouage, où le mouvement produit le mouvement, et chaque partie s'harmonise avec le tout. Alors, l'homme d'esprit comprend le mystère industriel, et il n'a plus d'objection.

Ainsi, Messieurs, le grand secret, pour faire tomber devant soi l'objection qu'on se faisait à soi-même contre telle ou telle donuée de la religion, est surtout celui-ci : voir et regarder

ÉTERNITÉ ORS PErNES

apparentes. S ce h f d T * «""""»<*'<>■* ^-^Pa S Ba,au^ e :'la' , n t r ye! ' lé

^tère; et si rotre £~" an Pmden ' à Ce 4 fait à s'arracher elle 1 P """" PaS tont *ta ^ g eaie • ' ^ '« — terne Prendra pl„ s l 8 .e^"" "' "" ">o lns elle

fois, à ferce de retfarderl ° arri ™ I>a, '-

oofo„dderia S oSt e ;rr rSlemêmeP ° iM

choses, fausseté du point T i "T"""* aos regarde. e Tue d °» on les

LES OBJECTIONS

Yoici maintenant une seconde considération qui rend nos objections contre certains dogmes encore plus suspectes, et partant moins recevables; c'est la source d'où elles émanent le plus souvent. Quelle est cette source? Je ne dois rien vous déguiser de la vérité, dans la crainte de vous déplaire. Cette source, quand il s'agit particulièrement de l'enfer et de l'Eternité, c'est l'antagonisme implacable de nos passions et des dogmes redoutables aux passions.

Je ne veux pas dire assurément que toute objection contre l'Eternité des peines n'est faite que par une passion qui a peur, et cherche à briser elle-même avec le dogme le frein qui la retient. Il y a dans les âmes les plus pures et les mieux douées, des quarts d'heure d'éblouissements, et je ne sais quel vertige que donne facilement la fixation par la pensée de tout ce qui touche à l'Infini; mais ces éblouissements passent, ces vertiges s'apaisent, et il reste au fond de l'âme, la sérénité de la foi dans la calme possession de la vérité, même incomprise.

11 n'en est pas de même des objections qui prétendent ébranler ou renverser le dogme et qui se révèlent souvent, jusque dans leur expression et leur forme, comme un acte d'hosti-

ETERNITE DES PEINES

lité et comme une machine de guerre. Ces objections, d'où viennent-elles le plus souvent? 11 faut avoir le courage de se l'avouer à soi-même ; d'ordinaire, elles viennent de nos passions.

Je faisais remarquer tout à l'heure, que l'objection tient souvent à la faiblesse ou à l'étroitrsse de notre esprit; je dois ajouter qu'elle tient encore plus souvent à la force et à la violence de nos passions.

L'homme qui gouverne ses passions et embrasse avec courage l'austérité de la vertu, le chrétien dévoué , humble , chaste , vertueux enfin , dans le grand sens de ce mot, rarement pousse à outrance contre l'enfer et l'Eternité l'arme de l'objection. Humble, il adore; chaste et pur, il se fait de ses vertus un abri contre la terreur du châtiment. Il n'a pas de raison personnelle pour repousser et anéantir la peine éternelle.

11 en est tout autrement de l'homme vicieux, décidé, quand même, à satisfaire ses passions. La passion est exigeante, la passion est intolérante, la passion est impatiente. Oui, impatiente de ce qui la trouble ou la gène, elle dit: « Arrière a Votre enfer! Arrière vos châtiments éternels !

Frv?

LES OBJECTIONS

« Moi je ne connais que le Dieu bon, le Dieu de « la miséricorde et de l'amour. »

Aussi, règle générale, tous les hommps vicieux , fussent -ils baptisés, chrétiens, catholiques, font des objections contre l'enfer et l'Eternité des peines. Je le comprends, ils pnt eux aussi leurs raisons; raisons du cœur « que la Raison ne connaît pas. »

Sans doute nous pouvons, sur ce point, nous faire de faciles et chères illusions; mais la vérité est que le plus souvent, notre objection, c'est notre présomption ; notre objection, c'est notre indépendance ; notre objection , c'est notre orgueil; notre objection, c'est notre volupté; en un mot, notre objection, c'est notre passion.

Autrefois humbles et dociles que vous étiez, soumis en tout à la volonté divine, chastes et purs encore de tout contact avec le mal , la passion ne vous armait pas contre la vérité, et contre la peine éternelle votre raison ne protestait pas. Si parfois, malgré vous, elle soulevait au fond de vous-même une légère protestation ; dans le silence de la réflexiqn ellp écoutait la réponse que lui faisait la vérité, et

KTICRN'ITK UKS PtëINliS

facilement et bien vite elle se déclarait satisfaite.

Mais si, un jour, pour assouvir une passion dans le présent, sans avoir à redouter le châtiment de l'avenir, vous avez commencé à murmurer tous bas : Est-il bien sûr qu'il y ait un enfer'*. Et surtout un enfer éternell On le dit; mais qui en est revenu? Et, si passant du doute à la négation, vous avez osé dire :

Mais non, ce n'est pas possible; il n'y a pas d'éternel enfer. Oh ! alors, votre passion, devenue volontairement hostile à notre grand dogme, vous a paru donner à votre pensée un semblant de force et de raison, que jusque-là elle ne se connaissait pas. Alors, il vous a paru découvrir, tout à coup, entre l'Eternité des peines et les principes de la raison, un antagonisme à jamais irréconciliable. Alors sont venues des objections que vous estimiez triomphantes ; et avec une assurance que rien ne semblait pouvoir désormais ébranler, vous sommiez l'Eglise, tous les chrétiens, Jésus-Christ lui-même de vous répondre.

Qu'était-il arrivécependant?Une lumière nouvelle vous était-elle tout à coup venue? Un soleil nouveau s'était-il levé sur vous pour éclairer

LES OBJECTIONS

votre pensée? Non, rien de pareil ne s'était produit en vous. Qu'y avait-il donc là, pour faire si soudainement unp si fière opposition à la vérité d J un dogme que, hier encore, vou s admettiez sans peine, et contre lequel vous n'aviez pas à faire de sérieuse objection?

11 n'y avait là de nouveau qu'un obscurcissement survenu, et je ne sais quels nuages accumulés par la passion dans votre intelligence. L'antagonisme n'était pas entre notre croyance et votre raison; il n'était qu'entre vos passions qui repoussaient notre dogme, et notre dogme qui déconcertait vos passions.

Donc, dirai-je ici à l'homme armé par sa passion contre notre croyance et notre conviction : si vous le voulez, un accord parfait entre notre dogme et votre raison peut revenir encore : renversez l'empire de cette passion qui vous demande, pour se satisfaire, le sacrifice de votre foi; soyez humble, d'orgueilleux que vous étiez; soyez chaste, de voluptueux que vous étiez; oui, soyez chaste, surtout, soyez cnaste six mois ; et peut-être, à votre grande et heureuse surprise, six mois passés dans l'innocence et la pureté ; contre la vérité qui vous offusque et vous révolte, vous n'aurez plus d'objections; ou

ÉTERNITÉ DES PEINES

s'il s'en présente encore au seuil de votre intelligence, facilement votre bon sens en fera justice. Le dogme de l'Eternité n'aura plus de raison de vous révolter, parce qu'il ne vous troublera plus; et il ne vous troublera plus, parce que vous aurez l'espoir fondé sur vos vertus et vos mérites du temps, de trouver après cette vie l'Eternité de la récompense et de la béatitude.

Et quels que puissent être à l'avenir les murmures et les protestations involontaires de votre raison devant la perspective de la peine éternelle ; vous ne pourrez trouver déraisonnable et antirationnel, d'admettre avec l'Evangile, avec l'Eglise, avec l'humanité entière,que de même qu'il y aura pour les justes une félicité éternelle, il peut y avoir pour les méchants dans l'autre vie une peine éternelle.

Donc, n'en doutez pas, Messieurs, la source profonde, toujours ancienne et toujours nouvelle, d'oq jaillissent perpétuellement les protestations et les objections contre le dogme, de la peine éternelle, du moins la source incontestablement la plus ordinaire et la plus féconde, ce sont les passions du cœur humain, intéressées qu'elles sont à repousser un dogme qui les

LES OBJECTIONS

gêne et qui, par le freiu.de la croyance enchaîne leur puissance.

Bref, la source des objections soulevées contre l'austérité de ce dogme, est la mèrne d'où s'échappent les objections contre tous les autres dogmes, même contre le dogme fondamental et générateur de tous les autres, le dogme de l'existence de Dieu. « L'insensé a dit d aQS son « cœur : Dieu n'est pas; » oui, l'Insensé a dit dans son cœur, et contre toute raison : Il n'y pas de Dieu; Dixit insipiens in corde suo : non est Deus (1) .

Ainsi, ce n'est pas par sa raison et dans son intelligence, mais c'est dans squ cœur et spus l'inspiration de ses passions, que l'homme a dit : Il n'y a pas & éternel enfer. Si toutes les négations ne dérivent pas de la même source , je ne crains pas de l'affirmer, la plupart ont cette source.

Nous venons de voir, Messieurs, cornment la valeur intripsèque et la source principale des objections que l'on oppose à la vérité de nos dogmes, en amoindrissent la puissance et la portée, si elles ne les annulent tout à fait.

Mais il y a une chose qu'il importe encore

(1) Ps.xm. I,

ETERNITE DES PEINES

plus de considérer : c'est le but que se propose et que prétend atteindre l'objection rationaliste, alors qu'elle se pose en face de nos dogmes .

Ce but est manifestement de les renverser et d'élever sur leurs ruines le trône de la raison, devenue désormais souveraine maîtresse, et la seule révélatrice du présent et de l'avenir.

Comment le rationalisme prétend-il atteindre son but et réaliser cette étrange ambition? Le voici : en opposant à nos dogmes ce qu'il appelle des difficultés insolubles et des objections sans réponse possible. Ainsi, par exemple, se pose devant nous, c'est-à-dire devant nos dogmes, le rationaliste ; il dit : Nous avons, nous libres penseurs, contre vos dogmes et vos croyances, des difficultés qu'il est impossible de résoudre ; et jamais notre raison ne consentira à admettre un dogme ou des dogmes contre lesquels se lèvent des objections, pour elle et pour les croyants eux-mêmes, tout à fait insolubles. Je me fais à moi-même,avec une pleine sincérité, contre un dogme que vous professez, une difficulté, une objection à laquelle, malgré mon bon vouloir, je ne parviens pas, et vous ne parvenez pas vous-mêmes à donner une pleine satisfaction. D,>k Lrs, quoique vous affirmiez sur

LES OBJECTIONS

ce dogme, et quelles que soient les preuves soidisaut convaincantes sur lesquelles vous dites l'appuyer, je ne l'admettrai pas ; et devant ma raison votre dogme doit reculer.

Ainsi, Messieurs, ï 'insolubilité de l'objection: voilà la fin de non-recevoir que nous oppose le rationaliste, dans le but avoué de faire reculer et de renverser le dogme.

Telle est, en effet, la portée que s'attribue d'ordinaire à elle-même l'objection rationaliste, qui se pose face à face avec le dogme. Elle dit : Je vous attaque, et vous ne savez pas vous défendre; je vous fais une difficulté, et vous ne savez pas y répondre; du moins votre solution directe à mon objection me demeure insuffisante; donc votre dogme ne se soutient pas ; il est confondu, renversé, anéanti par l'objection.

Certes, Messieurs, avec un tel procédé il serait facile de tout réduire à néant. On ébranlerait l'une des plus légitimes et des plus fermes bases du raisonnement bumain en tout ordre de eboses; si l'on consentait à admettre qu'une vérité quelconque, une fois établie par des preuves et des démonstrations réelles, cesse de' se soutenir, dès qu'il y a contre elle une objec- '{

ÉTERNITÉ DES PEINES

tion à laquelle on ne répond pas, et réputée relativement insoluble.

Or, c'est là tout d'abord un principe contre lequel nous protestons, et contre lequel dans la pratique, vous protestez vous-mêmes et de mille manières avec la raison et le sens commun .

Contre telle ou telle vérité de votre foi vous avez, je le suppose, des objections qui vous paraissent insolubles , et auxquelles vous ne parvenez pas à donner une réponse absolument satisfaisante ; eh bien ! est-ce que, même dans cette hypothèse, vous vous croyez obligés, au nom de la raison et de par son autorité, de rejeter la vérité ou le dogme dont il s'agit? Je vous pose la question, en vous conjurant d'y répondre dans le secret de vos âmes sincères.

Mais , Messieurs , où n'irions-nous pas , guidés par un tel principe? Si vous admettez qu'il faut rejeter toute affirmation contre laquelle s'élèvent telles difficultés que vous ne pouvez résoudre, telles objections auxquelles vous ne pouvez répondre; quelle vérité, je vous prie, pourra demeurer debout daus votre intelligence, sous la sauvegarde de la certitude?

En dehors de quelques vérités principes et de quelques axiomes primitifs , qui supportent

LES OBJECTIONS

l'édifice de toutes les connaissances, et sont comme le granit sur lequel s'appuie tout le monde intellectuel ; ou , pour me servir d'une autre image, si vous exceptez ces vérités premières, flambeaux allumés par la main de Dieu au fond de nos âmes pour y tout éclairer, et qui euxmêmes brillent de leur propre lumière ; où sont les vérités par vous tous admises et acceptées comme certaines, contre lesquelles même un médiocre génie, un esprit quelque peu subtil et perspicace, ne serait pas assez puissant pour soulever des diifieultés dont vous ne pourriez dénouer le nœud, et formuler des objections dont la solution se dérobant à votre esprit vous trouverait sans réponse?

Certes, Messieurs, je crois, autant que tout autre , reconnaître avec sincérité la faiblesse de mon intelligence ; et cependant, même avec le sentiment de cette infirmité, je crois me sentir encore assez fort pour poser devant la plupart des vérités que tous vous admettez comme certaines, des objections auxquelles même les plus habiles d'entre vous ne pourraient répondre, ou du moins ne répondraient qu'imparfaitement.

Tous, vous admettez avec l'existence de Dieu, la création, la Providence, la spiritualité et l'im-

ÉTERNITÉ DES PKINFS

mortalité de l'âme, la liberté, la personnalité, la responsabilité humaine. Or, croyez-vous qu'un esprit un peu exercé à la gymnastique de la pensée et de la parole, ne pourrait ici vous objecter des difficultés qui vous embarrasseraient tort, et peut-être vous amèneraient à confesser simplement votre impuissance de répondre?

Pourquoi , malgré ces difficultés pour vous insolubles, n'en concluriez-vous pas à la négation de ces vérités queje viens d'énoncer? Pourquoi?... Parce que vous avez de ces vérités des démonstrations qui vous en garantissent la certitude, et que vous reconnaissez avec; la raison, la logique et le bon sens, qu'aucune objection, mè- • me réputée humainement insoluble, ne saurait prévaloir contre une vérité démontrée certaine, et contre la possession intellectuelle de la certitude acquise.

Impossible à nous, qui croyons et savons aussi pourquoi nous devons croire, d'abandonner à l'ennemi cette position vraiment inexpugnable. Telle est, en effet, devant toutes les attaques de Terreur et du doute, notre vraie position. Nous avons dans la théologie une démonstration de la révélation chrétienne; et la certitude qui sort de cette démonstration atteint tous les

LES OBJECTIONS

dogmes enseignés par l'Eglise. Nous avons de plus une démonstration de chaque dogme particulier. Cela posé, une objection nous fût- elle insoluble, ne nous fera jamais abandonner le dogme. La démonstration, si vous la supposez réelle, est une possession de la vérité. L'objection est,contre cette possession, une sorte de revendication faite au nom de la raison.

Jusqu'à ce que vous ayez démontré contre nous, dans la lumière de l'évidence, l'illégitimité de nos titres, c'est-à-dire la fausseté de nos preuves, nous demeurons dans la possession acquise; et nous pouvons ici nous appliquer cet axiome de la jurisprudence : Melior est conditio possidentis. Vous objectez ; par défaut de connaissauce, de réflexion, d'habileté, et par suite même de l'infirmité native de ma pensée, je ne parviens pas à vous répondre. Mais, mes preuves subsistent; je demeure, quand même, en possession de la vérité : vous essayez de la renverser; elle se soutient appuyée sur l'inébranlable base de sa propre démonstration.

Prenons, Messieurs, parmi toutes les vérités qu'enseigne l'Eglise et que vous croyez avec l'Eglise, un exemple qui pourra nous tenir lieu de tous les autres.

ETERNITE DES PEINES

Nous croyons tous avec l'Eglise, et je puis ajouter avec toute doctrine spiritualiste, ces deux vérités avec la même certitude : d'un côté , la liberté de l'homme, et de l'autre, la prescience de Dieu. Or, à ce moment que nous appelons hier, Dieu a vu clairement l'acte ou les actes que je pose aujourd'hui librement.

Comment puis-je concilier ces deux vérités :

la prescience divine et ma liberté humaine? Si Dieu a vu hier l'acte que je pose aujourd'hui; comment suis-je encore libre de ne pas le poser? Et si je suis libre de ne pas le poser, comment Dieu a-t-il prévu que je le poserais? Donc, ou il faut, pour sauver la prescience de Dieu, nier la liberté de l'homme ; ou, pour sauver la liberté de l'homme, uier la prescience de Dieu. Que répondre, pour sauver l'une et l'autre? Je réponds : H y aune prescience divine; j'en ai la certitude qui me vient de l'évidence, /'intelligence infinie ne pouvant rien ignorer. Et il y a une liberté humaine ; j'en ai la certitude qui me vient de mon sens intime qui ne peut me tromper.

J e suppose qu'à cette difficulté je n'aie pas •d'autre réponse ; est-ce qu'à cause de cela, je lâcherai l'une de ces deux certitudes: ou la prescience de Dieu, ou la liberté de l'homme? Non

LES OBJECTIONS

mille fois, non; à cause de ce qui est obscur je ne nierai pas ce qui est clair : Non sunt neganda clara pr opter obscur a.

Joseph de Maistre, par un exemple ingénieux, nous montre la nécessité de maintenir ce principe de logique ou de philosophie populaire.

Je suppose, dit-il, qu'il soit historiquement certain qu'Archimède, avec un miroir ardent, a incendié, sous les murs de Syracuse, la flotte des Romains.

Un savant vient, au nom delà science, essayer de me démontrer qu'un tel fait n'a pu exister ; et il me fait, par une longue suite de déductions scientifiques, des objections auxquelles, par défaut de science suffisante, j'ai de la peine à répondre. De la série de ses raisonnements scientifiques il semble résulter que, pour pouvoir à l'aide d'un miroir ardent incendier à distance la flotte des Romains, Archimède aurait dû faire fonctionner un miroir dont la grandeur eût égalé au moins l'étendue de la ville de Syracuse. — Que répondez- vous à cela? — Je réponds qu'Archimède, avec un miroir ardent, a brûlé la flotte des Romains sous les murs de Syracuse. J'ignore comment cela a pu se faire ; mais je sais que cela s'est fait. Dès lors, je suis certain,

ETERNITE DES PEiNES

malgré mon impuissance de répondre à votre objection, que la chose est possible, par la raison démonstrative que la chose a existé. Un jour, après deux mille ans, un autre savant, Kircher.viendra.et retrouvera le miroird'Archimède. Mais je n'avais pas besoin de cette nouvelle découverte, car, d'après l'axiome connu : Du fait à la possibilité, je conclus avec certitude; et, à cause de ce qui est obscur, je ne nierai pas ce qui est clair.

Ainsi, vous le voyez, Messieurs, l'objection d'ordinaire si fière et en apparence si triomphante en face du dogme qu'elle attaque, perd singulièrement de son prestige et de sa force, vue et considérée dans sa valeur intrinsèque, dans sa source et surtout dans son but, qui est de prévaloir contre la vérité.mème appuyée sur d'irrécusables témoignages.

Aussi, quand elle s'attaque directement à notre grand dogme de la peine éternelle, nous pourrions à la rigueur lui opposer une simple fin de non-recevoir, en possession que. nous sommes de son inébranlable certitude, et appuyés sur la terre ferme de notre démonstration. Mais nous ne voulons pas nous renfermer, vis-à-vis de l'objection, dans cette situation pu-

LES OBJECTIONS

rement négative. Et encore bien que, même impuissants à lui répondre, nous maintiendrions, quand même, la vérité de notre dogme, il nous plaît de l'aborder en face. Et vous allez voir si, aux principales objections qu'elle nous fait nous n'avons qu'à opposer un silence prudent.

Les objections que soulève le rationalisme contre notre dogme de la peine éternelle, sont pour ainsi dire à l'infini. Elles sont semées dans les intelligences comme les grains de poussière d:ins l'atmosphère que nous respirons.

Elles peuvent toutefois se ramener à ces trois chefs principaux : La Providence divine; la Justice divine ; la .Bom^' divine.

Les adversaires, dont bon nombre croient à peine en Dieu, prétendent défendre ces trois attributs divins contre un dogme qu'ils disent les anéantir. N'avons-nous rien à leur répondre?

C'est ce que nous allons examiner.

Et tout d'abord, pour ce qui concerne l'objection tirée de l'attribut de la Providence, veuillez, Messieurs, remarquer, l'incompétence de la raison humaine, pour trouver en défaut le plan de

ETERNITE DES PEINES

la divine sagesse. Qui a pu lire jusqu'en son fond l'harmonie infinie des plans de la Providence' Qui en a découvert tous les secrets,touché tous les ressorts, saisi toutes les faces, embrassé toute l'étendue, pénétré toutes les profondeurs, creusé tous les abîmes? Qui a pu être son conseiller? Et qui pourra être son juge ?iit pourtant, j'entends -des hommes qui se portent pour juges, " et juges sans appel, des plans de la Providence divine dans les destinées humaines.

Votre dogme, disent-ils, insulte la sagesse et la Providence divine; parce qu'étant donnée l'Eternité des peines, Dieu n'atteint pas et ne peut atteindre son but dans l'œuvre de la création. Le but de Dieu créateur étant le bonheur final de la créature, il est impossible de concevoir un état de supplice, qui exclut à jamais pour elle la possession du bonheur. Or, telle est, ajoutentils, la situation inhérente à l'éternité des peines : des âmes créées libres et réduites, bon gré ma lgré, à l'impossibilité absolue d'atteindre leur fin en arrivant au bonheur .

Que répondre à cette objection, qui a la double prétention de justifier Dieu et de confondre notre dogme? Je réponds que cette objection s'appuie sur une ignorance, l'ignorance du vrai plan de

LES OBJECTIONS 34 i

la création; elle n'embrasse pas, dans tonte sa vérité et toute son étendue, la notion ou l'idée du plan providentiel. Il est faux, métaphysiquement faux, que la fin dernière et suprême de la création soit le bonheur même de la créature, ou de l'être créé.

La vraie fin, la fin suprême de la création, c'est la glorification du Créateur par la créature. Sans doute le bonheur de l'être créé entre nécessairement dans le plan du Créateur, Dieu l'ayant créé par le motif et sous l'impulsion de son amour. Mais il faut manquer de la plus vulgaire philosophie, pour ne pas comprendre cette vérité de métaphysique élémentaire, à savoir, que Dieu ne pouvant avoir hors de Lui un but qui lui fût supérieur ou même égal, n'a pu avoir en créant, d'autre but suprême que lui-même; parce qu'il est à lui-même nécessairement son principe et sa fin, selon ce mot simple et profond: « Je suis le principe et la fin. Ego sum princi- « pium et finis. »

Et parce que cette glorification du Créateur, but suprême de la création, doit résulter de la manifestation de ses perfections par la créature, il en résulte que, dans le premier plan de sa Providence, Dieu a uni harmonieusement ces

ÉTERNITÉ DES PEINES

deux choses: la gloire du Créateur et le bonheur de la créature. Mais, par cela même que ces deux choses sont harmonisées, il faut absolument que Tune des deux soit coordonnée par rapport â l'autre. Est-ce la gloire de Dieu qui sera coordonnée par rapport au bonheur de l'homme? Ou bien, le bonheur de l'homme par rapport à la gloire de Dieu? Sur la question ainsi posée, qui donc, je vous pire, pourrait hésiter une minute?

Vous le voyez tout de suite, Messieurs, cette objection pèche par la base, et s'appuie sur une erreur; car le but principal, essentiel et final de la création, ce n'est pas, ce ne peut pas être le bonheur de la créature, mais bien la gloire du Créateur Toutes les subtilités de la sophistique, et toutes les niaiseries de la philosophie sentimentalistene peuvent rien changer à la nécessité métaphysique et à la force même des choses. Car, enfin, il n'y a pas à hésiter et à tergiverser sur ce point ; toute la question revient à savoir si, parce qu'une âme révoltée jusqu'à la fin, est par sa faute damnée éternellement, \z Providence de Dieu est en défaut et sa sagesse vaincue.

Eh' qui donc, au nom de la plus vulgaire philosophie, oserait le prétendre'? Ah! ce qui nous

LES OBJECTIONS

manque sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, pour bien voir la faiblesse et l'inanité de l'objection, c'est cela même, c'est la philosophie la plus élémentaire. Oui, Messieurs, croyez-le bien, d'ordinaire, pour ne pas dire toujours, on nous attaque au nom de la philosophie, par défaut de philosophie; au nom de la raison, par défaut de raison, et au nom de la science, par défaut de science, ou du moins de science suffisante. Je n'en voudrais pour preuve que la manière dont on prétend mettre notre dogme en contradiction avec le plan de Dieu créateur et Providence.

Vous dites que si le pécheur est condamné à la peine éternelle, le Créateur a manqué son but, et que le plan de sa Providence est renversé .

Vous oubliez que Dieu créateur,par rapport à la créature a un double plan; l'un qui fait abstraction de la prévarication, et l'autre qui la suppose; le premier que la théologie nomme antécédent, le second qu'elle nomme conséquent. Dans le premier plau, évidemment, le bonheur de la créature entre comme moyen coordonné par rapport à la fin principale, qui est la gloire du Créateur; Dieu, dans son premier dessein,

n'ayant pu prédestiner l'homme libre à une inévitable damnation. L'Eglise catholique répudie et frappe d'anathèmc ce sombre dog-me de l'hérésie calviniste.

Mais, dans le second plan de sa Providence, c'est-à-dire dans celui qui suppose la libre violation par l'homme de l'ordre divin, comment Dieu pourrait-il être forcé de faire tout aboutir à la félicité de l'homme, même sa prévarication? Dieu a fait l'homme libre de choisir sa Destinée. Ce principe est-il contestable? Non. En agissant ainsi, Dieu a-t-il bien fait? Oui. Dès lors, si l'homme a voulu choisir son malheur; Dieu serat-il forcé de l'empêcher, et doit-il à sa sagesse de lui imposer le partage de sa félicité? Dieu a proposé à l'homme de choisir avec le bien le bonheur ; son amour, de toutes les manières, l'y a sollicité. L'homme a choisi le mal, et avec le mal son malheur. En quoi la divine Providence manque-t-elle son but? — Mais elle le manque, dit-on, parce qu'elle n'atteint pas ce qu'elle a voulu, la félicité de l'homme.-Entendons-nous: ce qu'elle a voulu d'une volonté relative et subordonnée à la liberté humaine, soit ; mais ce qu'elle a voulu d'une volonté absolue, c'est-àdire, sa gloire par la manifestation de ses per-

LES OBJECTIONS

fections, je vous dis qu'elle l'atteint; car cette gloire que le pécheur réprouvé ne publiera pas par son éternelle félicité, force lui sera de la publier par son éternel supplice. Oui, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, la fin suprême du Créateur s'accomplira dans la créature. Si vous faites le bien, si jusqu'au bout vous marchez dans l'ordre , vous accomplirez sa volonté première; si vous faites le mal et jusqu'au bout persévérez dans le désordre, vous accomplirez sa volonté seconde ; et dans l'un et •l'autre cas. vous proclamerez sa gloire. Ecarté ' par votre libre prévarication de la fin dernière que Dieu s'est proposée, vous y serez ramené par un châtiment forcé .

Ainsi Dieu sauvegarde à la fois, avec la souveraineté de ses droits, l'infaillibilité de ses desseins et le plan total de sa Providence. Malgré la prévarication de l'homme, sa sagesse triomphe; et l'Eternité de la peine, loin d'être une insulte à sa Providence et un outrage à ses desseins, sera au contraire, devant toute intelligence, l'éternelle justification de ses desseins et l'éternelle glorification de sa Providence.

Mais — ajoute-t-on, — c'est un principe, que l'amélioration et la réhabilitation du pécheur est

ETERNITE DES PEINES

le but que Dieu doit se proposer en le châtiant. Or, comment, avec ce principe, concilier votre dogme de la peine éternelle? — Mais, d'abord, ce prétendu principe est-il vraiment un principe? Dieu, à vous entendre, ne pourrait punir le pécheur qu'en vue de l'améliorer, et finalement de le rendre heureux en le faisant innocent. Vous l'affirmez; mais qui jamais démontrera la vérité d'une telle affirmation, alors qu'il s'agit de Dieu outragé et de l'homme prévaricateur? Est-ceque vous ne voyez pas qu'au-dessus des intérêts de l'homme pécheur, plus haut que sa réhabilita-* tion et sa félicité personnelle, il y a la nécessaire restauration de l'ordre établi par le Créateur, et renversé par l'homme pécheur lui-même?

Si, dans cette nécessité de restaurer l'harmonie brisée par la libre prévarication de l'homme, Dieu cherche avant tout à donner à l'ordre universel et essentiel, c'est-à-dire à lui-même, une légitime satisfaction; qu'avons-nous à murmurer et à nous révolter contre les plans de sa divine sagesse, et contre l'œuvre de sa création et de sa Providence? — Dieu doit, dites-vous, au pécheur, après son supplice la réhabilitation. — Dieu doit? folie humaine, prétendant prendre en défaut la sagesse divine! Dieu doit? Qu'est-ce

LES OBJECTIONS

à dire? C'est-à-dire le devoir de Dieu, de Dieu réduit à s'incliner devant le droit de l'homme? Dieu doit '! Gomment ? Dieu créateur, et à ce titre, le souverain par excellence, et dans un sens, le seul vrai souverain, quoi! ce souverain, souverain outragé et insulté par le pécheur, c'est lui qui doit la réhabilitation à ce pécheur lui-même, à ce pécheur obstiné, opiniâtre dans sa révolte, et poussant jusqu'à l'insulte ses résistances aux. poursuites du divin Amour? Mais où preneavous donc cette étrange métaphysique, qui fait du créateur le débiteur d'une créature, et d'une créature qui lui doit à lui-même réparation de ses volontaires et libres insultes? Dieu doitt.. aveuglement des esprits ! renversement des idées ! Dieu créateur ne doit rien , il ne peut rien devoir à sa créature, même innocente : que lui doit-il donc, coupable? A h ! le débiteur ici ce n'est pas Dieu, c'est l'homme, l'homme qui a offensé Dieu ; et ce qu'il doit à l'offensé, c'est ce qui tien t à l'offense même, c'est-à-dire le châtiment. — Mais Dieu, pour montrer eu châtiant une sagesse vraiment digne de lui, ne doit-il pas vouloir que ce châtiment soit tout ensemble, et une satisfaction donnée à l'ordre violé, et la réhabilitation du violateur lui-même? —

ETERNITE DES PEINES

Ah! je vous en prie, ne parlons plus ici de devoir; car, encore une fois, il n'y en a pas , il ne peut pas y en avoir. Le devoir de Dieu offensé envers sa créature qui 1'oftense, c'est un nonsens absolu; c'est une logomachie tout à la fois absurde et sacrilège. Parlons de ce que Dieu veut, de ce que Dieu fait, de ce que Dieu cherche en réalité, dans ses rapports avec ses libres créatures. ' Ah ! ce que Dieu veut , ce qu'il cherche ici-bas par la souffrance , l'épreuve , le châtiment infligé au pécheur qui l'offense et l'outrage, c'est en effet, le bien, l'amélioration, la conversion, le salut, le bonheur enfin du pécheur lui-même.

C'est ce que l'Eglise, organe de la divine bonté, s'efforce, chaque jour et à toute heure du temps, d'obtenir du pécheur, par le travail purificateur et par la souffrance réparatrice et satisfactoire de la pénitence. Eh ! qui dira tout ce que fait en faveur de ses enfants prévaricateurs cette divine maternité? C'est là aussi la signification des malheurs et des catastrophes que Dieu laisse souvent tomber, ici-bas,- sur les crimes des pécheurs, et dont le but est de les préserver eu cette vie, par les épreuves temporaires, des satisfactions éternelles que doit dans l'autre vie revendiquer sa justice.

LES OBJECTIONS

La justice! mais comment, Messieurs, oseraije ici prononcer ce mot, alors que l'adversaire en appelle surtout au tribunal de la divine justice , pour essayer de convaincre l'Eternité des peines de souveraine injustice? Je l'oserai pourtant; et vous allez voir que sur ce point, la justice de Dieu n'est pas plus atteinte que sa Providence par le glaive de l'objection, et 'que l'une et l'autre demeurent intactes et invulnérables.

Eternité de la peine, outrage à la justice de DieulVoilàdoncceque les rationalistes opposent avec un éclat plus grand encore, à la vérité de notre dogme. Oui, sur ce point, ils font retentir plus haut encore que quand il s'agit de la Providence, les revendications et les objections soidisant triomphantes de l'humaine raison. Même les moins avisés s'estiment assez sages, pour prétendre nous convaincre de folie. Ils disent avoir pour eu \ l'arme puissante du sens commun, ce génie de l'humanité, contre lequel rien ue prévaut. A sa lumière, c'est-à-dire, à la grande lumière qui éclaire l'intelligence populaire , ils croient découvrir entre l'éternité des peines et la justice de Dieu, entre le supplice éternel de l'homme prévaricateur et l'essentielle équité de

ÉTERNITÉ DES PEINES

Dieu vengeur, une opposition radicale, un antagonisme absolu ; en sorte que l'une de ces deux choses vues dans cette lumière repousse nécessairement l'autre. Aies entendre, s'il y a une Eternité des peines, plus de justice de Dieu ; et s'il y une justice de Dieu, plus d'éternité des peines. Leur esprit va jusqu'à découvrir qu'entre ce qui est fini et ce qui est infini' l'égalité n'existe pas et la proportion ne se peut concevoir.

D'où, sans trop de peines, ils arrivent à conclure qu'un châtiment infini infligé à une faute essentiellement finie, révolte le bon sens et insulte la justice ; et voilà pourquoi l'idée d'un Dieu infiniment juste repousse essentiellement l'idée d'un coupable châtié éternellement.

Ici encore , à cette objection n'avons-nous rien à répondre? Et devons-nous admettre que la vérité du dogme que nous professons est en contradiction flagrante avec la justice du Dieu que nous adorons?

Avant de répondre, je vous fais remarquer que nous n'avons pas à montrer que la justice de Dieu vengeur exige l'éternel supplice de l'homme prévaricateur, mais bien que ce supplice éternel ne répugne pas à la divine justice

LES OBJECTIONS

ce qui nous fait en face de l'objection une attitude bien différente. C'est à l'adversaire même de notre dogme qu'il incombe de démontrer, avec une pleine clarté, entre la divine justice et la peine éternelle, la contradiction qu'entre l'une et l'autre il prétend accuser. Or, ceUe démonstration comment la fera-t-il, et sur quel principe l'appuyer?

Et d'abord , Messieurs, ne vous semble-t-il pas que nous pourrions retourner contre luimême la contradiction dont il ose nous accuser? L'adversaire de notre dogme de la peine éternelle, d'ordinaire du moins , n'a pas d'objection contre l'idée de la récompense éternelle; et nous l'en félicitons. La raison, en effet, même sans le secours de la foi, nous dit : De l'autre côté de la tombe, la récompense c'est la fin obtenue, c'est le terme conquis, c'est la Destinée faite. Or, il ne peut pas y avoirde motif pour arracher l'homme à la possession de sa Destinée finale; et volontiers, même au nom de la seule raison, on applaudit à l'éternelle possession de Dieu, donc à l'Eternité de la récompense. Dès lors, comment sans quelque contradiction repousser l'Eternité de la peine? Est-ce que lapins simple équité ne vous semble pas exiger que la

ETERNITE DES PEINES

peine soit par rapport au crime commis et non expié, ce que la récompense est par rapport au mérite acquis et à la vertu pratiquée? Si l'équité et la justice exigent ici quelque chose, n'est-ce pas, d'un côté comme de l'autre, la permanence et l'Eternité?

Vous dites qu'un châtiment éternel manque de proportion avec un délit temporaire. Mais est-ce qu'un mérite également temporaire ne manque pas aussi de proportion avec une récompense éternelle? Si la disproportion ne vous révolte pas d'un côté, pourquoi vous révolta-t-elle de l'autre? Et si une Eternité de bonheur, pour les mérites d'un jour, ne vous semble pas déroger à la divine justice; pourquoi crli« divine justice serait-elle anéantie, jaijsu que la prévarication serait suivie d'une Eternité de supplices?

C'est donc, vous le voyez, avec quelque raison que nous renvoyons au négateur de notre dogme la contradiction dans laquelle il prétend nous enfermer.

Mais, là ne se borne pas notre réponse, et il nous plaît d'entrer plus avant dans la difficulté qu'on nous oppose, et d'objecter à notre tour contre l'objection elle-même.

LES OBJECTIONS

Pour ébranler le dogme de notre foi, on nous dit que la raison dénie à Dieu le droit de punir éternellement, parce que le premier principe de toute justice humaine et divine, c'est X égalité ou du moins, la proportion entre la faute et la punition, entre le crime et le châtiment; et l'on ajoute qu'entre la faute d'un jour ou de quelques jours et l'Eternité du supplice, l'égalité et la proportion font absolument défaut.

Nous pourrions répondre, avec de grands 'théologiens et de grands penseurs, que cette prétendue inégalité entre la faute et le châtiment est un mensonge, que l'ignorance de l'homme oppose insolemment à la justice de Dieu ; et qu'en tout cas, l'adversaire est impuissant à démontrer cette inégalité, par la raison très simple et très radicale qu'il ne peut se faire une idée complète et bien définie des deux termes qu'il s'agit de rppprocher, à savoir, d'un côté la grandeur de l'offensé, et de l'autre la grandeur de l'offense.

Vous dites : Entre la prévarication temporaire de l'homme pécheur et le supplice éternel de l'homme réprouvé, la proportion n'existe pas, ne peut pas exister. Vous le dites, mais comment le démontrez-vous? Pour le démontrer sUr

ÉTERNITÉ DES PEINES

quelle donnée certaine vous appuyez- vous 9 Et de cesdeux choses dont vous décidez l'inégalitéet la disproportion, quelle connaissance avez-vous? La justice de Dieu, à laquelle vous prétendez donner des lois et tracer des limites, l'avez- ■ vous pénétrée jusqu'en son profond mystère? Non; car cette justice est infinie. Cette majesté de Dieu, que le pécheur insulte en l'offensant en face, l'avez- vous mesurée tout entière?

Non; car elle est infinie. Cette souveraineté de Dieu, que vous outragez et contre laquelle vous vous révoltez en lui désobéissant, la connaissez-vous bien? Non; car elle est infinie. Cette gloire de Dieu, qui est le but de toute la création, cette gloire que le pécheur dérobe à Dieu pour se satisfaire lui-même, la comprenez-vous? Non; car elle est infinie, et le regard de votre âme ne la saurait fixer sans en être accablé. La libéralité 'de Dieu, qui vous a prodigué tant et tant de bienfaits; bienfaits gratuits dont vous vous êtes servis pour outrager votre Bienfaiteur, et que vous avez retournés contre lui; ah! cette ineffable libéralité, l'avez-vous comprise et embrassée dans son immensité?

Non; car elle est infinie. Cette sagesse de Dieu dont vous avez, ô pécheur, autant que vous

LES OBJECTIONS

l'avez pu, comrarié les desseins, en brisant l'harmonie de ses plans, la pénétrez-vous? Non; car elle est infinie. Cet amour de Dieu, qui vous a créé, conservé, racheté, et à tout instant vous porte dans ses bras, comme une mère son enfant; cet amour blessé au cœur par le glaive, de votre péché, le comprenez-vous bien ? Oh ! non, car cet amour est infini; et personne n'en peut sonder le mystère. Et ce «w^ divin versé pour le salut du monde par cet amour luimême; ah! savez-vous ce que vaut ce sang-, si ce n'est ce que vaut Dieu lui-même? c'est-àdire (Infini?

Ainsi, sous quelque face que vous envisagiez l'Etre de Dieu, c'est-à-dire l'Etre offensé, "outragé; vous êtes en face de l'Infini, donc, de l'insaisissable, de l'Incompréhensible, de l'Incommensurable.

Dès lors, comment prétendre mesurer avec votre humaine raison, jusqu'où s'étend la divine justice ; quelles sont ses lois, ses exigences, ses droits de punir et de châtier?

Et quand même, par impossible, vous auriez pénétré tout le mystère des divines justicespour nier, avec compétence et avec quelque raison, la proportion entre la faute et le châ-

ÉTERNITÉ DES PEINES

timent, encore faudrait-il pouvoir creuser aussi tout le mystère de la prévarication humaine.

Or, cet abîme de la prévarication et de la malice humaine, l'avez-vous creusé? En avez-vous sondé toute la profondeur? Avez-vous considéré et avez-vous compris ce que c'est, pour l'homme qui pèche mortellement, sous le regard même de la divine majesté et de la divine justice, que de choisir une créature qu'ilmet audessus de Dieu même, et de lui dire en fait, en s'y arrêtant comme à sa fin dernière: Je t'aime plus que tout, et plus que Dieu même ; je me donne et je me livre à toi, à toi seule, à toi sans réserve, à toi tout entier. Dieu, je le sais, me demande adoration,amour,service.Maisnon; toi plutôt que Dieu. Ce que je veux aimer, adorer, servir, c'est toi, rien que toi, et, toujours toi. Oui, s'il dépendait de moi de donner à cet amour et à cette adoration le sceau de l'Eternel, oui vraiment, ce serait mon désir et ma volonté de t' aimer, de t'adorer et de te servir tout le temps et toute l'Eternité.

Qui oserait dire, Messieurs, que l'amour humain, qui s'égare et se pervertit, n'arrive jamais à cette extrémité des volontaires aberrations et des libres perversions ?

LES OBJECTIONS

Est-ce que vos romans et vos drames, qui ont pour but la représentation des réalités et des passions humaines, ne sont pas pleins de ces protestations sacrilèges qui jettent à l'amour de Dieu et à sou Eternité de monstrueuses insultes, en jurant à une créature fragile et quelquefois la plus vile et la plus méprisable, une adoration et une fidélité éternelles ?

Ne s'en est-il pas même rencontré qui se vouaient, les yeux fermés, même à l'tEernité de la damnation; pourvu que l'amour de la créature leur assurât, par l'assouvissement d'une passion, ce qu'ils nommaient un paradis d'un jour ?

En vain, pour atténuer devant la divine justice les responsabilités d'un tel choix, on essayerait de dire que l'homme pécheur, à l'heure même de sa prévarication, n'a pas de telles pensées. Mais ce prévaricateur sait-il, oui ou non, que Dieu défend, et que son acte viole avec l'ordre la défense divine ? S'il l'ignore ; alors ce n'est plus l'hypothèse, car dans ce cas, la responsabilité est nulle. S'il le sait; alors il mesure la portée de son acte. Et voilà ce qui est la réalité effrayante; voilà l'homme acceptant libre-

ETERNITE DES PEINES

ment l'éternel amour et l'éternelle adoration de la créature, plutôt, que d'adorer, d'aimer et de servir son Créateur. Combien, sans le formuler tout à fait dans les termes que je viens de dire, font dans la plénitude de leur liberté ce choix abominable, où, comme dans la Passion de Jésus-Christ, une vile créature l'emporte sur le Créateur, c'est-à-dire sur l'Infini lui-même !

Eh bien, si Dieu saisit l'homme dans l'acte même de son choix; s'il l'évoque au tribunal de sa justice, à l'heure même où par l'amour et par l'adoration d'une créature mortelle, il insulte tout à la fois son amour et son Eternité; qui osera décider que l'Eternité de la peine infligée à cette volontaire apostasie, est, de la part de Dieu, la consommation d'une injustice?

Quoi! l'Infini dans la grandeur, dans la souveraineté, dans l'amour, dans la justice de Dieu, vous échappe ; et l'énormité, l'immensité, j'allais dire l'infini de la prévarication de l'homme, se dérobe à votre pensée; et l'Eternité dans la peine révolte votre raison ?

Quoi ! de ces deux termes qu'il faut comparer et par conséquent parfaitement connaître, pour décider si l'un des deux répond adéquatement à l'autre, ou du moins si l'un des deux est propor-

LES OBJECTIONS

donné à, l'autre, vous n'eu connaissez pas même un; etvous dites fièrement : Entre la faute qui offenseDieu et le châtiment que Dieu inflige à la faute, il n'y a pas d'égalité, pas de proportion ; car la faute est finie, la peine est infinie. Donc l'Eternité.ou l'infinité de la peine dans l'homme pécheur, c'est l'injustice, l'injustice flagrante dans Dieu vengeur.

C'est ici, Messieurs, en apparence du moins, contre notre dogme , l'arme la plus forte de l'adversaire ; et il est facile de voir comment, sous le glaive de la plus simple logique, cette arme se brise dans sa main. Vous dites : La faute est finie, la peine est infinie ?

Mais comment le démontrez-vous ?

Si je vous conteste l'une et l'autre ; qu'aurezvous à repondre, pour maintenir l'incrimination que vous articulez contre Dieu, et soutenir le procès que vous intentez contre sa justice ? Sije conteste que la faute soit finie, finie sous tout rapport; et sije conteste que la peine soit infinie, infinie sous tout rapport : que devient votre accusation contre notre dogme et contre Dieu ?

La faute finie, la peine infinie? Soyons donc. Encore faut-il s'entendre sur le sens de ces mots, par lesquels, sans examen et sans dis-

ETERNITE DES PEINES

cussion, vous tranchez une question grave entre toutes les questions.

La peine est infinie; mais comment l'eD tendezvous? Infinie dans sa nature? Non. Infinie dans sonmtenMYe'?Non.Commentdonc?Vous dites: Infinie danssarfwrfe?Ehbien,enprenautle3 choses dans toute leur rigueur, c'est encore une erreur. Une durée infinie est celle qui n'a ni commencement ni fin; telle la durée deDieului-mème;or,la peine du damné a un commencement, et de ce chef elle n'est pas rigoureusement infinie. Et si vous voulez absolument maintenir le terme impropre d'infinie, force vous est de reconnaître que son infinité est relative, et sous un rapport seulement, c'est-à-dire, par sa durée sans fin ; car personne ne prétend que la peine du damné soit infinie sous un autre rapport quelconque.

Et la faute, que faut-il en penser au point de vue où nous sommes ? Assurément la faute est finie dans le degré 1 qui en mesure la malice et le désordre qu'elle renferme. Elle est finie dans le sujet qui la consomme ; l'être fini n'étant pas susceptible de poser un acte subjectioement infini. Mais si vous regardez l'objet ou le terme de l'offense, c'est-à-dire l'Infini off.msë; est-ce

LES OBJECTIONS

qu'alors la raison vous autorise encore à la déclarer finie, et finie de toutes manières ?

Non, car votre raison elle-même vous montre ici l'offense grandissant avec l'être offensé, C ' es t-à-dire grandissant jusqu'à l'Infini. N'estce pas.en effet, la raison elle-même qui vous dit avec tous les moralistes, même les plus autorisés, que toutes choses égales d'ailleurs, l'offense matériellement la même grandit avec la grandeur de la personne offensée ? Qui ne voit, dès lors, comment l'offense montant de degré en degré, emprunte à son objet un caractère d'infinité en s'adressant à Dieu', c'est-à-aire à une Majesté infinie, à l'Infini lui-même en personne?

Ce n'est là, je le veux bien,qu'une infinité relative ; mais la peine n'a, elle aussi, qu'une infinité relative. La faute et la peine, si vous voulez, sont infinies, mais sous un aspect seu lement : la faute ne Tétant que dans son objet, et la peine ne l'étant que dans sa durée. Si donc la raison et le bon sens déclarent et montrent sur ce point quelque chose, c'est l'égalité même que vous osez invoquer au tribunal de la divine justice.

Donc, Messieurs, au nom même de la raison

ÉTERNITÉ DES PEi NES

onctions soi-disanVa^:;:;^:^ 068 Yeuses de notre propre iî3 S- FlIles tene - ^ontrent bien Un e fo T*£ ^ 3 de notre esprit , MtToi " £ faiblesse

et, plus souvent encore |'„ , P ens ees,

Passions. Et fél dl' '^ de Û0S

ment toutes ces d m TZ^^ de Voir ^ m .

la justice et la l^ll^ZiZT ^ s^ster dans toute l eur in ^1^ P "^ ** et sa justice, et même fh Provid ence

l'une et rautecoml/ "^ reS P lend ^ nous voilent le sZnll *?*«"' qUi P arfois Cirant, r e ; p ^^^- --n

PafeTco^tl e :l 1 :;: ie ?7 r ^---n,tes

Ions bien reconnaître o„p n£ ' ° US V0U -

bien loin d'être en o P ZLTn ^ ^^ Providence et la justfce de 7 ^^ 3VeC Ia témoigner en ^Zlt^T^ ^ »? a une troisième chos Q -, P ^ Mais Pouvoir justifier en D ' T "' S6mble P as

et le cœur ^koZe TestlT ^^ • C est 1 Amour et la Bonté.

LES OBJECTIONS

J'irai jusqu'au bout, et je veux, avant de descendre de cette chaire, vous donner, même sur ce point délicat, une dernière satisfaction.

h 7 amour ! L'amour de Dieu créateur envers sa créature, et avec son Amour son infinie Bonté: tel est, Messieurs, surtout, le grand motqu'on oppose à l'Eternité des peines.

A entendre,surcepoint, l'erreur antichrétienne, par ce dogme de la peine éternelle, du Dieu essentiellement aimant nous faisons un Dieu cruel, un maître impitoyable, un bourreau de ses créatures, une sorte de monstre affreux se repaissant, pendant toute l'Eternité, du supplice et des souffrance de ses victimes.

... On s'étonnera, s'écrie un libre penseur, on « s'étonnera qu'on ait pu attribuer à Dieu « une pénalité si monstrueuse, l'enfer éternel ! « Modèle affreux des geôles, des chambres de « tortures, des roues et des bûchers d'un siècle «de fer, pèle-mèle sauvage de victimes diverses, « règne idéal des bourreaux, vous impressionnez « encore les imaginations , mais pour y exciter « l'horreur et non plus l'épouvante , et soulever « les âmes contre de détestables mensonges (1).

Ces paroles nous tiennent lieu de beaucoup (1) Jean Reynaud (Ciel et terre).

, d'autres, et nous donnent la note et l'accent que prend l'objection , prétendant, au nom de l'Amour et de la bonté de Dieu , renverser le dogme de la peine éternelle.

Cette objection toujours ancienne et toujours nouvelle, s'est produite et se produit encore, surtoutàl'kéureou nous sommes,sous toutes lesformes. Elle a pris, successivement et quelquefois simultanément, toutes les formules; formules de la logique, formules de l'imag-ination, formules de l'injure, formules du mépris, formules du sentiment, oh Isurtoutdu sentiment, ou plutôt du sentimentalisme. Oui, on a dit et redit à l'infini : Un supplice éternel ? Mais c'est absurde, c'est fanatique, c'est cruel, oui, par dessus tout, cruel. Quoi ! Un Dieu vindicatif, un Dieu bourreau , un Dieu qui vous châtie, qui vous déchire, qui vous brûle, et cela, éternellement? Est-ce là celui qu'on nomme Je bon Dieu? Ainsi l'objection , pour venger l'Amour de Dieu de la prétendue injure que lui fait notre dogme, fait appel à tous les meilleurs instincts de l'âme humaine.Elle invoque, avec toutes les amabilités du cœur de Dieu, toutes les tendresses du cœur de l'homme. Elle met dans toutes les formules dont elle se sert, des soupirs, des at-

LES OBJECTIONS

tendrissements, des larmes, toutes les éloquences du sentiment.tous les accents et tous les gémissements d'un sentimentalisme éploré. Et, comme pour mieux assurer contre l'austérité, ou plutôt, ainsi qu'elle le crie par toutes ses voix, contre la monstruosité de notre dogme ,1a conspiration de toutes les âmes émues et de tous les cœurs attendris, elle fait appel à toutes les ressources de la littérature , à toutes les séductions de la poésie , à tous les charmes du roman , à toutes les fascinations du drame; et, je ne saurais vous dire combien d'auteurs , hommes ou femmes , ont épuisé contre le dogme de la peine éternelle, avec toutes les ressources de l'esprit et toutes les sensibilités du cœur, tous les rêves plus ou moins extravagants d'une imagination en délire.

Messieurs , je crois vous honorer en éconduisant des objections si futiles, et venues de si bas . Je ne leur ferai pas à elles-mêmes l'honneur immérité d'une discussion sérieuse. Que répondre, en effet, à tous ceux qui dans un tel sujet, au lieu de nous opposer les principes ou les déductions de leur raison, ne nous opposent que les sentiments, ou plutôt les sensibilités de leur cœur, et les fantômes ouïes spectres

ÉTERNITÉ DES PEINES

de leur imagination? A ces hommes ou àces femmes si habiles à exploiter et à tourner contre notre dogme les sentiments du cœur les impressions des sens et les féeries de Hmagination, qu'il nous suffise de répondre, que l'Amour et la tendresse de Dieu ne sont pas, et ne peuvent pas être ce que les fait une pensée bornée à la terre, à la chair et au sang ; qu'ils n'ont rien qui ressemble aux émotions de nos cœurs aux tressaillements de nos sens ni aux larmes de nos yeux; et j'estime que faire appel à ces vulgaires ressources de la sensiblerie et de la fantasmagorie humaine, pour renverser un dogme professé par les plus augustes autorités, c'est se montrer indigne de recevoir directement une réponse d'une parole, qui prétend vous respecter et elle-même avec vous.

Quelques courtes observations sur le fond du sujet suffiront pour avoir raison de toute cette magie théâtrale de l'imagination et de la sensiblerie.

On suppose toujours, dans ces représentations fantaisistes de l'amour de Dieu et de l'Eternité de la peine, que c'est l'Amour de Dieu qui repousse et damne le réprouvé ; tandis que.comme déjà nous l'avons remarqué, c'est le pécheur lui-

LES OBJECTIONS

même qui. se damne en repoussant l'Amour; et l'on prétend condamner Dieu à ramener à lui et embrasser, quand même, l'apostat et l'insulteur de son amour. Car enfin, si, ce qui n'est pas impossible, ce damné volontaire s'obstine éternellement à haïr et à repousser cet Amour; Dieu devra donc, pour donner raison à l'humaine sensibilité et à sa divine tendresse, embrasser ce réprouvé, tout apostat, tout haïsseur et tout insulteur qu'il sera de son Amour?

Que la conciliation ou la compatibilité de l'éternel supplice, d'un côté,etd'un éternel Amour, de l'autre, nous demeure un mystère, soit; que nous n'ayons pas et ne puissions pas avoir la vision intuitive ou Y introspection du comment de cette conciliation, soit encore, vous dirai-je , Mais, une chose est sur ce point absolument certaine: c'est, dans le fond de la natur3 divine, l'insépar abrité essentielle et indestructible de l'Amour et de la Justice. Entre l'un et l'autre le mariage est éternel, et l'accord nécessairement parfait. Ce qu : exig-e la justice, l'Amour ne le peut refuser ; et tout ce que veut et fait le divin Amour.la divine Justice l'autorise et l'approuve.

Donc, par cela même que nous avons montré explicitement que la peine éternelle dans l'homme

ETERNITE DES PEINES

n'est pas incompatible avec l'éternelleJustice en Dieu , nous avons montré implicitement qu'elle ne peut être incompatible avec le divin Amour. Bref, comme la Justice en Dieu ne s'oppose en rien aux manifestations de l'Amour ; l'amour de son côté ne met pas opposition aux manifestations de la Justice, c'est-à-dire aux satisfactions qu'elle exige pour le maintien ou la res- . tauration de l'ordre outragé par la prévarication de l'homme.

Vordre! L'ordre qui a dans Dieu même son centre immuable, éternel, infini, ah! Messieurs, voilà le mot qui dissipe, comme le soleil dissipe les nuages, toutes les obscurités amassées par le sophisme et le sentimentalisme, autour de cet autre mot; V amour! l'amour dont on se fait une arme déloyale pour combattre la justice; l'amour de Dieu qui ne se peut plus défendre, dit-OD, si on laisse subsister le dogme cruel qui l'outrage. Oui devant cette grande lumière rayonnant du sein de Dieu même, tous ces rêves, tous ces fantômes de tyrannie, de bourreau, de geôles, de bûchers disparaissent, comme les dernières ombres de la nuit devant les premiers rayons du jour.

Mais comment, demandez-vous? Pour cette

LES OBJECTIONS

raison aussi décisive qu'elle est élémentaire : c'est que, ce que Dieu aime essentiellement, nécessairement et par-dessus tout, c'est l'Ordre; l'ordre substantiel qu'il contemple en lui-même^ et dont il aime le reflet dans l'harmonie de toutes ses créations. De tout l'Amour qu'il a pour l'ordre, qui est en lui et hors de lui, il hait et repousse le désordre incompatible avec lui; le désordre, c'est-à-dire, l'antagonisme avec l'harmonie, qui est le fond de sa nature et qui est la beauté de toute la création.

Comment veut-on, dès lors, que Dieu infiniment bon, comme il est infiniment juste, ait des tendresses de père pour le désordre à la plus haute puissance, personnifié dans le pécheur réprouvé? La nature divine peut-elle, à ce point, se mentir à elle-même? Et quelle étrange aberration, de prétendre que ce divin amour, qui est en essence l'amour de Tordre, se pervertisse en quelque sorte lui-même , en devenant l'amour de ce désordre vivant qui s'appelle un réprouvé?

Sans doute, Dieu aime dans le réprouvé de sa justice, ce qui vient de lui-même : il aime en lui ce qu'y a mis son Amour en le créant , c'est-àdire, la substance de son être. Mais le désordre

ETERNITE DES PEINES

que le réprouvé a mis en lui-mêrae,en retournant contre Dieu l'œuvre même de Dieu, comment ce divin Amour pourrait-il, sans se mentir à luimême, l'aimer, l'attirer, l'embrasser pour l'unir éternellement à lui? Ne serait-ce pas se nier, et pour ainsi dire, se suicider lui-même?

Donc, en voulant condamner l'Amour divin, c'est-à-dire l'amour de l'ordre, à consommer son éternelle union avec le désordre, l'adversaire de notre dogme se heurte, non plus seulement au mystérieux, mais à l'absurde, au non-sens, à la contradiction, à l'impossible.

D'ailleurs, le tort de l'objection devant la plus vulgaire raison, c'est de prétendre scinder Dieu même et de séparer les inséparables, en mettant d'un côté sa Justice [et de l'autre son Amour ; alors que l'un et l'autre en Dieu se tiennent, s'embrassent, se complètent, et par là constituent en Lui l'Ordre essentiel et à jamais inviolable. Son tort, plus grand encore.c'est , en considérant en Dieu les exigences et les manifestations de la justice dans le châtiment du pécheur impénitent, de faire dans l'économie totale du Christianisme une abstraction complète des multiples et magnifiques manifestations de l'Amour: La Création, la Conservation,

LES OBJECTIONS

l'Incarnation, la Rédemption, la Communion, et tant d'autres mystères, où l'Amour se produit avec plus ou moins d'éclat; puis les sollicitations, les prévenances, les poursuites de Dieu, si nombreuses, si pressantes et si persévérantes souvent dans la vie d'un pécheurtoujours rebelle aux avances de ce divin Amour.

Comment, quand on prétend faire le procès à ce même Amour, oublier ou laisser dans l'ombre toutes les divines industries mises en œuvre pour arriver à conquérir l'âme et le corps d'un homme libre, et comme tel capable de lui résister et lui résistant toujours? Est-ce la faute de Dieu, si ce pécheur obstiné à repousser dans le temps l'Amour qui le sollicite.a mis lui-mème,par sa volontaire apostasie, le sceau à son éternelle séparation? vous, qui reprochez à cet Amour de ne pas ouvrir son cœur au condamné de la Justice, ah! si vous le pouvez, voyez jusqu'où Dieu a poussé dans le temps envers le pécheur les poursuites de son Amour; et peut-être vous comprendrez comment et pourquoi cet Amour laisse la Justice exercer sur son volontaire et opiniâtre apostat, un éternel et légitime châtiment.

Enfin, Messieurs, une dernière raison, raison

ETERNITE DES PEINES

pour tous parfaitement intelligible, confond ici le génie calomniateur de ce divin Amour. Pour donner satisfaction à l'objection soi-disant humanitaire, demandant au nom de l'Amour et de la Bonté la suppression de la peine éternelle, Dieu devrait réaliser au terme final de la Destinée, cette chose vraiment monstrueuse: tous les scélérats et tous les saints, tous les pervers et tous les vertueux, tous les impurs et tous les chastes, un jour, tous se rencontrant et s'embrassant au sein du même Amour; c'est-à-dire, tous ceux qui ont adoré, aimé et servi ce divin Amour, condamnés à embrasser pendant toute l'Eternité tous ceux qui l'ont haï, repoussé et maudit dans le temps !...

Ah ! en face de ce spectacle , ou plutôt de ce rèvevraimentabominable.etque tous vos cœurs, j'en suis sûr, repoussent avec le mien , j'oserai vous dire, non plus seulement que la peine éternelle est conciliable avec ce divin Amour, mais que cet Amour, d'accord avec la Sagesse et la Justice, non seulement l'approuve, mais la commande et l'exige lui-même ; parce qu'il ne semble pas pouvoir permettre pour ceux qui l'ont aimé, adoré et servi dans le temps, un tel

LES OBJECTIONS

opprobre et une telle humiliation dans l'Eternité.

Mais je m'arrête ; ce rêve de l'erreur antichrétienne devant se présenter encore devant nous, dans l'examen qui nous reste à faire des hypothèses qu'elle prétend, au nom de la raison, substituer à notre donnée dogmatique.

CONCLUSION

En attendant, veuillez, Messieurs, emporter dans vos âmes le résumé substantiel de ce que nous venons de dire des objections que l'on oppose à notre dogme.

Considérant, dans une première partie de ce discours la valeur, la source et le but ordinaire de l'objection, nous avons constaté son infirmité native, et par suite, son impuissance à ébranler un dogme démontré et appuyé sur d'irréfragables témoignages ; et nous avons conclu et reconnu,comme un principe, que même notre impuissance de répondre aux objections laisse subsister dans toute sa certitude la vérité appuyée sur sa démonstration.

Venant ensuite au dogme particulier dont il

ETERNITE DES PEINES

s'agit dans ces discours, nous avons examiné rapidement les trois chefs principaux d'objections qu'on nous oppose : La Sagesse et la Providence de Dieu, la Justice et le Droit de Dieu, Y Amour et la Bonté de Dieu.

Vous avez pu voir si à ces trois chefs de l'objection, nous n'avons rien à répondre. Et si, comme j'ose le croire, vous m'avez tout à fait compris; vous avez constaté comme moi et avec moi, que non seulement nous avons quelque chose à répondre à l'objection qu'on nous fait au nom de la raison , mais que l'objection elle-même ne se soutient pas devant la raison.

Donc, Messieurs, que désormais l'objection contre notre dogme de la peine éternelle, n'ait plus le privilège immérité d'effrayer votre foi en troublant votre raison. Laissez en paix passer sur vos tètes les nuages du préjugé et la poussière de l'objection.

Et si vous voulez bien revenir demain , j'espère, Dieu aidant, vous montrer avec une même clarté que les hypothèses, que l'on substitue à notre dogme, ne se soutiennent et ne se défendent pas plus que les objections ellesmêmes.

ETERNITE DES PEINES

LES HYPOTHÈSES

Messieurs,

Après avoir établi par des preuves irréfragables le dogme de l'Eternité des peines, nous avons examiné, dans notre dernière instruction, les objections qu'on prétend lui opposer au nom de la raison.

Avant d'aborder de front les principales objections, par lesquelles on essaye d'ébranler la certitude de notre dogme, nous avons d'abord recherché quelle est, devant un dogme dont la Certitude est établie, la valeur de l'objection. L'objection, avons-nous dit, règle générale, vient ou de l'étroitesse de l'intelligence, ou de l'ignorance des choses, ou des passions que le

ÉTERNITÉ DES PEINES

dogme gêne, importune ou épouvante. De là son impuissance et sa faiblesse intrinsèques. Eût-elle même contre nous une puissance apparente, et soulevât-elle contre nos dogmes et nos mystères des objections pour nous insolubles,TLO\x& n'en garderions pas moins notre inébranlable foi aux dogmes et aux mystères dont l'existence nous est garantie par d'irrécusables témoignages.

Venant ensuite aux trois principaux chefs d'objections que le rationalisme prétend tirer de la Providence, de la Justice et de la bonté' divines, nous avons montré que ces objections soulevées spécialement contre notre dogme de l'Eternité des peines, non seulement n'en ébranlent pas la certitude, mais qu'elles-mêmes ne peuvent tenir devant la raison et le bon sens. Et nous avons fait remarquer comment elles provoquent contre elles- mêmes,avec d'autres objections qui les confondent, des preuves et des démonstrations qui en révèlent la fausseté, le vide et l'impuissance.

Mais, Messieurs, c'est assez, c'est trop peutêtre, nous défendre contre l'objection. Et quelque victorieuse I et triomphante que soit cette défense, nous ne pouvons ni ne devons

LES HYPOTHESES

nous en contenter. Demander à la raison, et surtout aux passions, des objections contre telle ou telle vérité dogmatique, sera toujours fort facile à l'adversaire ; et c'est là ce qui, de prime abord, lui donne un semblant de force et de puissance.

Mais ce qui lui est moins facile, c'est de s'affirmer lui-même avec sa doctrine et son symbole, et surtout de défendre ses propres affirmations. C'est ce qu'un jour un rationaliste disait à l'un de ses amis, rationaliste comme lui-même, et grandement occupé à battre en brèche cette citadelle de la vérité qui se nomme l'Eglise, ou le Ghristianisne organisé : « Mon « ami, c'est assez détruire ; il est temps de «construire. Les chrétiens disent leur Credo. * Dites le vôtre , vous aussi; ne les niez plus: « mais affirmez-vous vous-même. »

Eh bienl ces paroles d'un rationaliste sincère, je les adresse aux négateurs de notre dogme de la peine éternelle, et je leur dis : Vous niez notre dogme delà peine éternelle. Fort bien; mais qu'affirmez-vous vous-mêmes ? Et par quelle doctrine, ce dogme écarté, prétendez-vous résoudre, le problème de la Destinée finale? C'est ici que l'impuissance de l'adversaire se découvre

ÉTERNITÉ DES PEINES

tout entière. Investi, quand il attaque, d'une force apparente, il est, quand il s'agit de se défendre lui-même avec sa propre doctrine, d'une faiblesse qui fait pitié .

Permettez donc, Messieurs, qu'avant de quitter cette grave question de la peine éternelle, nous changions les positions devant l'adversaire, et qu'à notre tour contre lui nous prenions

l'offensive.'

Demandons-lui comment et par quoi, pour résoudre la grande énigme de notre Destinée, il prétend remplacer le dogme de la peine

éternelle.

Il y a trois principales hypothèses par lesquelles les rationalistes, selon le camp auquel ils appartiennent, proposent de remplacer notre dogme ; et encore ces trois hypothèses pourraientelles rigoureusement se ramener à deux.

Or, ces trois hypothèses imaginées au nom de la ra'ison, pour être substituées au dogme de la peine éternelle, vous allez voir que non seulement elles ne se soutiennent pas, mais qu'elles sont elles-mêmes, au tribunal de la raison, convaincues d'erreur, de non-sens et de contradiction; et avec moi vous constaterez ici plus encore que dans tout ce que uous avons dit

LES HYPOTHÈSES

jusqu'ici, comment elles laissent sans solution rationnelle le problème de la Destinée, si parfaitement résolu par le dogme de notre foi. Suivez-moi attentivement, Messieurs, et avec le glaive de la vérité poursuivons ensemble l'erreur jusque dans ses derniers retranchements.

Avant de montrer comment les trois hypothèses dont nous allons-parler, sont impuissantes à se défendre contre l'objection, et sont désavouées et condamnées au tribunal de la raison, il importe de bien noter, entre l'affirmation de notre doctrine des peines éternelles et l'affirmation des hypothèses qu'on lui oppose, la différence essentielle des situations respectives. L'affirmation de notre dogme, comme on l'a vu, n'est pas une affirmation gratuite et purement hypothétique; c'est une affirmation qui s'appuie sur la démonstration, et notamment sur les trois irréfragables témoignages de Jésus- Christ, de l'Eglise et de l'humanité entière; témoignages qu'il est impossible de récuser, à moins de récuser tout témoignage et d'anéantir toute certitude.

ÉTERNITÉ DES PEINES

11 estévident,dèslors,queledogmeappuyésur sa démonstration demeure inébranlable , même en face de l'objection supposée insoluble.

Il en est tout autrement des hypothèses qu'on prétend substituer à la démonstration de notre dogme. L'hypothèse est ce qu'elle est, c'est-àdire une simple supposition; elle ne repose préalablement sur aucune preuve démonstrative, ni sur aucun témoignage absolument irrécusable. Elle ne peut donc pas, elle, tenir devant l'objection insoluble et beaucoup moins encore devant l'objection, qui l'accule dans l'impasse sans issue de la contradiction.

A la lumière de cette distinction nécessaire et de cette observation préliminaire, abordons maintenant, pour en demander compte , les hypothèses que nous oppose l'adversaire.

La première hypothèse que l'on prétend substituer à notre doctrine de l'Eternité des peines, c'est l'hypothèse de l'anéantissement , c'est-àdire de la vie humaine, à une heure de son

LES HYPOTHESES

exitence, retombant dans l'abîme du néant, par la cessation absolue de l'être.

Cet anéantissement, qui supprime radicalement toute survivance , donc toute peine éternelle, tous ne l'admettent pas dans les mêmes conditions, ni sous l'inspiration des mêmes principes. Toutes les diversités de système et d'opinions relatives à Thypothèse de l'anéantissement peuvent se ramener à ces trois catégories , que j'appelle anéantissement fatal, anéantissement obligatoire, anéantissement facultatif ; fatal du côté de la nature , obligatoire du côté de Dieu , et facultatif du côté de l'homme. Ces trois systèmes d'anéantissement concluant également , quoique à des points de vue différents, à la négation de la peine éternelle, il importe de les considérer séparément.

Tout d'abord, j'appelle anéantissement fatal celui qui , d'après ses défenseurs , doit résulter nécessairement de la constitution de la vie humaine, soumise par sa nature à une dissolution totale et inévitable. C'est, vous l'avez déjà deviné, l'hypothèse matérialiste-

L'homme, d'après cette hypothèse, n'est qu'une matière organisée. Son organisme, bien que plus délicat, plus harmonieux , plus parfait que tous

ÉTERNITÉ DES PEINES

les autres organismes produits par la nature, n'en est pas moins exclusivement matière ; et la pensée elle-même n'est que la résultante, et comme la quintessence la plus déliée des forces de cette matière si parfaitement et si admirablement organisée. La mort n'est que la rupture de cet organisme; c'est la dissolution totale des éléments qui le constituent; c'est la machine qui se décompose; c'est l'homme s'évanouissant tout entier dans sa propre poussière. Même en admettant que les molécules ou les atomes qui entrent dans la composition de l'organisme matériel, se transforment sans cesser d'exister, il y a quelque chose qui cesse absolument d'exister: c'est Vétre humain, c'est le souffle vital, l'âme enfin, de quelque nom qu'on la nomme et de quelque manière qu'on la conçoive.

Il est de toute évidence que dans cette triviale hypothèse, il n'y a plus de place pour la peine éternelle; car il n'y a plus même de survivance quelconque, et la responsabilité humaine n'a plus de sens.

Certes, Messieurs, j'aurais ici beaucoup à dire, si j'avais à réfuter directement ce système grossier, immoral et antisocial , qui se nomme le matérialisme. Son incompatibilité absolue avec

LES HYPOTHÈSES

l'idée du Moi, ou de la personnalité humaine ; son incompatibilité avec l'idée de la pensée dont l'essence, comme celle du moi, échappe à toute division et se révèle comme l'indivisibilité même ; son incompatibilité également absolue avec toute idée de vertu ou de vice; l'une et l'autre, de l'aveu d'un matérialiste célèbre, n'étant que des produits, comme le sucre ou le vitriol; son incompatibilité non moins absolue avec l'idée sociale, avec l'autorité, la liberté, la fraternité, la responsabilité. Oui, je pourrais longuement et victorieusement démontrer tout cela. Mais tout cela vous est assez connu; et je n'ai pas à refaire ici une démonstration que j'ai faite un jour dans cette même chaire (1).

Je me contente de dire : cette hypothèse est ce qu'elle est, hypothèse, et rien déplus. Aucune démonstration intrinsèque, aucun témoignage extérieur n'en fonde la certitude. Ce que l'on a faussement osé dire contre le dogmederEternité despeinesjeledis en toute vérité contre l'hypothèse matérialiste de l'Anéantissement : aucun principe de raison n'y conduit et ne permet de l'admettre; aucun témoignage, même purement

Lel\^aLn S 0n(érenCe " ** No > e -D»™, année 1865.

ETERNITE DES PEINES

humain, ne dépose en faveur de cette hypothèse, absolument dénuée de fondement.

Ah! je le sais, il y a eu de loin en loin, dans les espaces et les siècles , des individus matérialistes, des sectes matérialistes; il en est en-, core aujourd'hui, et selon toute apparence, il y en aura toujours; parce qu'il y aura toujours des passions charnelles, impatientes de briser, pour se satisfaire, tous les freins de la conscience, et de faire de la matière un sépulcre au remords. Oui, Messieurs, il s'est rencontré toujours jusqu'ici , et toujours il se rencontrera dans l'humanité, des hommes intéressés par leurs convoitises au régne exclusif de la matière, et qui se font des plaisirs de leurs seDsetdes souillures de leur chair, des arguments contre la dignité de Tâme et des révoltes contre la royauté de l'esprit.

Mais l'humanité vue dans ses grandes lignes et sous son aspect général, l'humanité en masse n'a jamais été, et jamais ne sera matérialiste ; parce qu'elle porte en elle-même le témoignage universel de sa nature spirituelle.

•Ainsi l'opposition doctrinale que prétend faire au dogme de la peine éternelle la doctrine matérialiste de l'anéantissement, ne repose que sur

LES HYPOTHESES

une hypothèse, et sur une hypothèse qui a contre elle, avec les principes mêmes de la raison, le témoignage universel de l'humanité. Je respecte trop cet auditoire et moi-même, pour insister plus longuement sut l'hypothèse de l'anéantissement pris dans ce sens ravalé; et j'ai hâte d'arriver aune autre hypohèse, celle que j'ai nommée l'hypothèse de l'anéantissement obligatoire, et qui sans être plus fondée en raison , a la prétention de se respecter davantage ellemême.

Cette seconde théorie de l'hypothèse de l'anéantissement, admet la survivance de l'âme à la dissolution du corps. Elle admet même, par delà notre tombe, avec une récompense pour les dods, un châtiment pour les méchants. Elle est donc, sous un double rapport, profondément distincte de la précédente , bien qu'elle prétende , elle aussi, échapper à la domination de notre dogme de la peine éternelle.

Mais, pour y échapper, que suppose-t-elle?

Ecoutez : elle dit qu'après avoir donné à sa justice une satisfaction suffisante, par un châtiment proportionné à la faute, mais limité dans sa durée, Dieu se doit à lui-même de laisser l'âme du coupable, qui a expié, retomber dans le néant;

ETERNITE DES PEINES

c-o^de la part de Dieu J'anéantissement oUiya,

D'après la philosophie audacieuse qui risque cette hypothèse, ne pouvant infliger un supphce eernel sans mentir à sa justice et à sa bon é et d autre part, n'ayant pas de raison pour ré^ compenser l'âme qui n'a que démérité, Dieu Plus d'autre parti à prendre, pour sauver sa jus tice et sa bonté, que d'anéantir l'âme coupable après un châtiment dont la durée a pour mesuré 1 étendue et la gravité de sa prévarication

Ici encore, nous sommes en face d'une pure hypothèse, et d'une hypothèse qui ne s'app'ui elle aussi, sur aucun témoignage

Eh bien, Messieurs, qu'en pensez-vous? Pour répudier cette gratuite affirmation, n'avons, nous aucune raison? Mais qui ne voit du premier regard de sa pensée, qu'une telle supposi-

-n est tout à- la fois le désordre dans la crttion et 1 opprobre du Créateur lui-même; donc absolument» contradiction avec la saine raison Comment, en effet, la plus vulgaire raison pourrait-elle, sans protester, admeL une hypothèse qui jette le désordre dans la création rustre et renverse le plan du créateur? Quoi < Dieu, nous l'avons vu, a créé l'homme pou £a

LES HYPOTHESES

fût éternellement, et pour tirer de cette immortalité de l'homme une glorification sans fin; et Dieu, par la faute de l'homme, serait réduit à abdiquer la gloire qu'il s'était promise de l'immortalité de sa créature? Dieu serait forcé, par la malice de l'homme, à l'anéantissement de son œuvre de choix et à la suppression de la gloire qu'il en attendait!. .Quoi île pécheur obstiné dans son crime, opiniâtre dans son opposition à Dieu, pourrait dire à son Créateur, en bravant tout à la fois sa Providence, sa Justice, son Amour et sa Puissance : Anéantis-moi; retire-moi cet être que tu m'as donné et que je ne t'avais pas demandé. Tu m'as créé pour toi-même, et ton ambition était de m'attirer à toi, et de m'embrasser éternellement. Mais pour être embrassé par toi dans ton ciel, je devrais faire ta volonté sur la terre. Eh bien, je refuse; je ne ferai que la mienne. D'un autre côté, ta justice, sans se mentir à elle-même, ne peut me châtier' éternellement. Donc, de par ma volonté, je te somme de m'anéantir.

Et Dieu, devant cette sommation du crime, serait obligé d'abaisser la loi de sa justice et l'honneur de son infinie Majesté? Il devrait exaucer ce vœu , ou plutôt, obéir à cette injonc-

ETERNITE DES PEINES

tion impérative du coupable, et répondre à son ordre par son anéantissement? Et cet anéantissement du pécheur, Dieu devrait l'accomplir pour le dérober au supplice éternel? C'est-à-dire que, pour arracher l'homme à l'Eternité de la peine! on ne craint pas de condamner Dieu lui-même à l'Eternité de l'opprobre! Car enfin, cette nécessité que vous imposez à Dieu d'anéantir l'homme, et cette prétendue interdiction faite à sa justice de punir éternellement, qu'est-ce donc, si ce n'est l'opprobre et l'humiliation de Dieu créateur?

Oui, l'opprobre etl'humiliationdeDkucrèateuT, pour une autre raison encore; parce que ce serait le désordre dans la création entière. Pourquoi et comment, demandera- t-on peut-être?

Je réponds : parce que cette nécessité imposée à Dieu d'anéantir des volontés rebelles, sous prétexte de les dérober à la peine éternelle.entraînerait, comme conséquence, dans la création un schisme universel, et par suite.un épouvantable désordre. Une part de l'humanité, l'humanité fidèle et prédestinée, serait emportée vers Dieu, pour vivre éternellement en'lui ; et l'autre part de l'humanité, c'est-à-dire l'humanité réprouvée, à une heure donnée devrait, au nom de la divine

LES HYPOTHESES

justice et sous la main forcée du créateur, retomber dans son néant. Ainsi une moitié de l'humanité, en possession de sa fin suprême, glorifierait Dieu et lui chanterait un hymne étemel; et l'autre moitié, créée, elle aussi, pour chanter et publier sa gloire dans le silence de son néant, se tairait éternellement?.. Se peut-il rien imaginer de plus opposé, tout à la fois, à la raison humaine et à la gloire divine? Est-ce que Dieun'a pas créé les êtres intelligents pour qu'ils comprennent éternellementl'harmonie de lacréation? Est-ce qu'il ne les a pas créés libres pour qu'ils le glorifient éternellement, ou par l'Eternité de leur bonheur ou par l'Eternité de leur supplice? Oui, chanter éternellement dans le ciel le triomphe du divin amour, ou chanter éternellement, dans l'enfer, le triomphe de la divine justice : c'est l'alternative finale; et d'un côté, comme de l'autre, la gloire do Dieu doit resplendir. Mais l'anéantissement obligatoire de la créature ne peut être que le désordre dans la création, et l'opprobre du Créateur.

Vous venez d'entendre, Messieurs.ee que vaut, devant la raison, l'hypothèse de l'anéantissement obligatoire du côté de Dieu.

Mais voici une autre théorie de l'anéantisse-

ÉTERNITÉ DES PEINES

Zn^f 7l tentim d ' êtrephlS ^OHnene, etquiestaufondplusdéraisonnableencore^'es celle que nous avons appelée, comme elle se nomme elle-même, la théorie de l'immortalité facultative; celle qui fait dépendre notre survivance éternelle ou notre anéantissement, de notre propre liberté. Idée singulièrement originale, mais plus remarquable encore par sa bizarrerie que par son originalité

D'après cette idée, mise au jour par un auteur con empora in (1), Dieu ne nous crée pas absolument pour être immortel,. Notre immortalité neutre pas nécessairement dans la Destinée qu il nous fait. Notre immortalité ne résulte pas non plus nécessairement de notre nature spirituelle; et le caractère d'indivisibilité, qui est de 1 essence de notre âme, n'est pour rien dans notre immortalité. Cette immortalité ne résulte pas non plus des aspirations natives de notre âme qm, spontanément et invinciblement, appelle •mmortel et l'éternel. C'est notre liberté/notre

liberté seule qui décide si, oui ou non, nous serons immortels et vivrons éternellement. H dépend de nous, et de nous seulement, d'éteinte ou de développer, dans l'avenir, la vie que (1) Lambert, Système du monde moral.

US

LES HYPOTHÈSHS

nous confère notre espèce. Vous pouvez à volonté, ad libitum, vous émanciper de la vie par votre propre anéantissement, ou la continuer dans une autre sphère. C'est le néant seul qui doit vous châtier, si vous vous rendez coupable. L'Eternité des peines n'est que l'Eternité du néant. Vous pouvez, selon votre choix, aboutir au néant ou à la sublimation de votre vie. Soyez bons, et il faut que vous viviez éternellement. Soyez méchants, et il faut que vous mouriez nécessairement.

Tel est, en résumé, ce système de l'immortalité facultative et de l'anéantisseement ad libitum; système plus étrange encore que tous les. autres, et que des humanitaires au cœur bon et à l'esprit mow«e,prétendent substituer à notre dogme de l'Eternité des peines.

Cette bizarre hypothèse, comme les précédentes manque absolument de base doctrinale et de témoignage authentique. Elle n'a ni un principe qui la fonde, ni une autorité qui l'appuie ; j'entends un principe évident, une autorité irrécusable. C'est une opinion, et rien qu'une opinion; une opinion hasardeuse, et à peu près solitaire. Il n'y a donc pas à beaucoup insister pour la réfuter et la confondre.

ÉTERNITÉ DES PEINES

Mais je constate, en passant, que cette hypothèse outrage plus particulièrement, avec le bon sens humain, la sainteté, l'amour et la souveraineté de Dieu.

Quoi ! un Dieu mûnimenUaint serait condamné à contempler, dans une vie humaine,le spectacle d'un désordre universel et permanent le mal même à sa plus haute puissance; spectacle, qui répugne essentiellement à la divine sainteté; et Dieu ne pourrait rien pour venger cette sainteté partout et toujours outragée par le pécheur • et, sans pouvoir lui infliger un légitime châtiment, il laisserait libre de rentrer dans son néant la créature qui lui aurait donné ce spectacle révoltant du crime et du désordre en permanence?

^ Quoi! un Dieu infiniment aimant a créé l'homme par amour; et l'homme pourrait à son gré, et de toutes les manières, abuser du don de ce divin Amour? Et Dieu, privé lui-même par cet abus.de la fin qu'il s'est proposée par la création, devra se déclarer satisfait, si le pécheur, pour se dérober àl'Eternitéde son légitime châtiment, en vertu de son immortalité facultative décide lui-même son propre anéantissement?

Quoi! Dieu est souverain Maître, parce qu'il

LES HYPOTHESES

est créateur ; Dieu est suprême autorité, parce qu'il est le suprême, et dans un sens vrai , l'unique auteur de tout ce qui est créé : et, au lieu, comme c'est son droit inaliénable, de fixer lui-même la Destinée de la créature selon l'usage qu'elle aura fait de sa liberté , ce serait l'homme qui, usurpant la fonction de Dieu créateur, déciderait lui-même facultativement sa propre Destinée? Vraiment, de telles hypothèses ne se discutent pas ; elles tombent d'ellesmêmes, appuyées qu'elles sont sur le vide, et s'évanouissent dan s l'absurde etla contradiction.

C'est ce que fait d'ordinaire la libre pensée : sous prétexte d'échapper au mystérieux et à l'incompréhensible, elle se réfugie dans l'absurde et l'impossible. Parfois même elle aboutit au ridicule; et,en voulant se dérober à des dogmes dont l'austérité lui fait peur, elle en arrive à des conclusions dont la bizarrerie prête à rire.

Ainsi font, en particulier, les défenseurs de ces trois modes de l'anéantissement par lesquels ils prétendent, au nom de leur infirme raison, échapper au dogme inébranlable de notre foi catholique. Non seulement ils ne se justifient pas devant la raison, mais iLs sont condamnés par la raison elle-même; et ils finissent par

ÉTERNITÉ DES PEINES

succomber, après avoir dit leur dernier mot, sous le dédain philosophique et la risée populaire.

D'ailleurs, contre ces trois hypothèses, toutes les preuves irréfragables données antérieurement de la permanence de la vie et de la certitude de l'Eternité, gardent toute leur force.

Nous avons vu comment les grands témoignages du dehors, Jésus-Christ, l'Eglise, l'humanité tout entière attestent, sous toutes les formes et de toutes les manières, l'Eternité de la vie.

Nous avons vu aussi comment l'âme humaine, par toutes ses voix intérieures, atteste la même indéniable vérité : Il y a une Eternité. Dès lors, la doctrine ou plutôt l'hypothèse de l'anéantissement, sous quelque forme qu'elle se produise, est sapée par la base. Il y a une Eternité; l'âme humaine est immortelle ; donc l'anéantissement ne peut pas être. Quelque cause, quelque motif qu'on prétende lui donner; sur quelque principe qu'on essaye de l'appuyer, devant la nécessité et l'existence d'une vie éternelle surabondamment ' démontrée, l'anéantissement ne peut tenir; ni l'anéantissement forcé, ni l'anéantissement libre.Dieu.ditSaint Thomas.acréé tous les êtres pour qu'ils fussent. Cette grande affirmation du

LES HYPOTHÈSES

Docteur angélique s'applique même aux êtres inanimés. Son incomparable génie repousse, comme indigne de Dieu, l'anéantissement même desètres matériels, et il proclame la permanence indéfinie même du moindre atome. Dès lors, comment admettre comme possible l'anéantissement des âmes qui, par toutes leurs puissances et toutes leurs respirations, appellent et affirment leur propre immortalité ?

Mais c'est assez, Messieurs, nous arrêter à l'hypothèse de l'anéantissement. Peut-être ne méritait-elle pas de fixer si long-temps votre religieuse attention.

Après l'hypothèse de l'anéantissement, toujours en vue d'échapper au dogme de la peine éternelle, te] que nous le professons, on a imaginé une autre hypothèse, en apparence moins absolue et moins hostile à notre croyance : c'est ce qu'on a nommé l'hypothèse de l'amoindrissement successif et progressif de la peine du réprouvé. D'après ce système, Dieu, pour donner satisfaction à sa justice, châtie réellement le coupable de l'autre côté de la tombe; mais, pour

donner satisfaction à son amour, il diminuerait progressive ment,dan s le damné,l'intensité delà souffrance.

Il nous sera facile de montrer que ce système ne résout pas le problème de la Destinée, et que finalement il aboutit, ou peu s'en faut, à la même impasse que l'anéantissement lui-même.

Mais, avant de l'examiner de plus près, je dois vous faire remarquer, pour éviter toute équivoque et toute méprise, que ce système diffère essentiellement de l'opinion professée par des théologiens et attribuée mèmeà des Pères de l'Eglise; opinion qui consiste à admettre, comme possible et nullement hétérodoxe, une certaine mitigaiion dans le supplice des damnés.

Pour bien entendre la part que l'on peut faire à cette opinion, et ce qu'on doit lui refuser, il faut se rappeler que, dans le supplice total du réprouvé, ily a deux sortes de peines qu'il ne faut pas confondre, et que les théologiens nomment bien la peineessetttielleet la peine accidente lie. La première tient à l'essence même de la damnation etchàtielespéchésquisontcausede la damnation. Laseconde s'ajoute à la peine essentielle, mais sans tenir à l'essence même de l'éternelle damnation. A la lumière de cette simple distinction,

LES HYPOTHESES

vous pouvez faire à l'opinion qui admet dans le châtiment du damné unemitigation, la concession que Saint Thomas ne repousse nullement et qui ne déroge en rien à la parfaite orthodoxie .

Remarquez qu'il y a dans le châtiment du réprouvé, dans l'autre vie, une mitigation ou une diminution de peines très convenable et parfaitement conforme à l'équité et à la justice. On peut concevoir, en effet, qu'en dehors des péchés mortels, pour lesquels il est damné, le réprouvé emporte dans le lieu de son supplice des péchés véniels, pour lesquels il doit à Dieu une satisfaction particulière; et que, même pour les péchés dont il a reçu l'absolution et pour lesquels il n'a pas donné à Dieu sur la terre une satisfaction suffisante, le damné demeure débiteur envers la divine justice. Dieu,dans ce cas, qui estsans doute lecas d'un grand nombre, peut exiger une satisfaction particulière par une peine proportionnée àladette,c'est-à-dire,limitée dans sa durée. Cela revient à dire que la divine justice, pour ces fautes et ces dettes indépendantes de la damnation proprement dite, peut revendiquer dans l'enfer une.satisfaction qu'elle eût exigée dans le purgatoire. Cette satisfaction une fois don-

.ÉTERNITÉ DES>KINKS

née, et cet acquittement une fois accompli, on comprend que Dieu accorde au damnédans l'enfer la libération de la peine, qui est le prix de l'acquittement; libération qu'il eût accordée, si le pécheur, au lieu de tomber dans l'enfer et de subir l'éternelle damnation, n'avait eu qu'à passer momentanément par le lieu des purifications. .

La mitigation des peines dans l'enfer, entant qu'elle porte sur ces peines accidentelles et s'exerce dans ces conditions, non seulement n'a rien qui blesse l'orthodoxie ou déroge aux droits de la justice; mais elle paraît conforme à l'équité naturelle, et à la loi que Dieu a posée, pour se donner à lui-même par le châtiment du coupable une légitime satisfaction. .

Cette doctrine n'implique nullement qu'il puisse y avoir une rédemption dans l'enfer, contrairement à la parole connue de tous : In inferno nu lia est redemptio; parce que cet acquittement temporel de la dette du pécheur, par voie de châtiment momentané, n'est pas précisément une rémission, mais une solution adéquate de la dette contractée.

• La saine théologie n'est nullement en opposition avec cet enseignement de la mitigation

LES HYPOTHESES

des peines du damné, comprise comme nous venons de l'exposer. Les plus grands théologien s lui prêtent l'autorité de leurs suffrages. C'est Saint Thomas lui-même , l'Ange de l'école, qui a écrit ces paroles : « La peine dont un coupable reste « débiteur,mème après la rémission de sa faute, « sera subie temporellement dans l'Eternité. In « œlerno punietur tempor aliter; et il n'en résulte « pas (ajoute Saint Thomas) qu'il y ait en enfer « une rédemption : Nec propter hoc sequitur, « quod in in fer no sit redemptio; parce que là où « il y a un acquittement, il n'y a pas une ré- « mission. »

Vous le voyez, Messieurs, cette doctrine delà mitigation des peines du réprouvé, ne touche en rien à la doctrine de la peine éternelle; et notre dogme subsiste dans toute son intégrité.

Maintenant, pouvons-nous admettre aussi une mitigation des peines infligées au damné,mème pour les crimes qui ont été la cause de la damnation?

La théologie chrétienne, considérée dans son ensemble, se montre peu favorable à cette opinion, et toujours elle l'a plus ou moins tenue en suspicion. Il faut reconnaître cependant que quelques hommes graves, et même quelques

ÉTERNITÉ DES PEINES

Docteurs, tout en maintenant l'Eternité des peines proprement dite, penchent vers cette opinion, et semblent l'admettre comme compatible avec une rigoureuse orthodoxie; et c'est un théologien d'une assez rare valeur, le célèbre Père Petau, qui « croit pouvoir déclarer que sur « cette mitigation possible des peines des dam- « nés, rien de certain et de dogmatique n'a été « encore décrété par l'Eglise :De hacdamnatorum « respiralione, nih.il adh-uc certi decr&tumest abEc- « cirsia eatholicà (7).Quoique,à vrai dire.cette opi- « nion s'éloignedu sentiment le plus commun des « théologiens. »

Nous avons donc toute raison, si ce n'est de repousser absolument, du moins d'écarter discrètement une opinion purement hypothétique; une opinion peu sympathique à la théologie, et qui ne s'appuie sur aucune preuve vraiment' démonstrative; une opinion qui,dailleurs,ne peut rien préciser, rien déterminer sur la nature, le mode et l'étendue de la mitigation qu'elle suppose sans la démontrer, et qu'elle affirme sans la définir.

Je vous demande, Messieurs, la permission de ne pas insister davantage sur une question (1) Petau, de Angelis 1. III. c. VIII -83

LES HYPOTHESES

qui ne se débat guère qu'entre catholiques; et je me hâte bien vite de vous faire remarquer que tous ceux qui l'admettent prétendent bien maintenir, quand même, une véritable Eternité des peines, dogme invariable et croyance obligatoire dans la catholicité.

Mais surtout, je tiens à bien constater que quoiqu'il en puisse être de cette opinion, selon certains théologiens dogmatiquement tolérable, elle diffère essentiellement d'un système philosophique de la diminution progressive des peines des damnés ; système qu'il est impossible d'ad mettre sans entamer le dogme lui-même, et qui, d'autre part, ne peut se maintenir et se justifier devant la raison et le bon sens.

Pour peu, en effet, qu'on jette sur cette autre hypothèse le regard de la saine raison, et qu'on la soumette au criieriu,n de la logique la plus élémentaire, on arrive tout de suite à constater que non seulement cette opinion ne peut s'appuyer sur aucune donnée dogmatique de la foi, mais qu'elle ne repose, elle non plus, sur aucune donnée philosophique et sur aucune base vraiment rationnelle.

Voyons cependant ce qu'on essaye d'imaginer, pour donner à cette opinion de la diminution

ÉTERNITÉ DES PEINES

un semblant de rai-

progressive de la peine son.

Ne peut-on pas supposer, demande une philosophie bienveillante et légèrement humanttaire, que sans anéantir absolument la créature réprouvée par sajustice, Dieu diminue progressivement la rigueur et l'intensité de son châtiment?

Vous le voyez, Messieurs, ici encore c'est l'hypothèse, rien que l'hypothèse, et avec elle le

doute,letâtonnement.Etencore, q uellehv P othèse devant la raison et le bon sens. Quy a-t-il dans la supposition que l'on risque, qu'y a-t-il de Clair, de précis, de déterminé, de certain? La climmutton progressif, cela est bientôt dit. Mais dans la dimunition supposée, de quelle peine a»U question? S'agit-il seulement de la peine accidentelle, dont nous parlions tout à l'heure' Maiscettepeine n'admet pas de diminution indéfiniment progressive, étant elle-même temporaire et limitée dans sa durée. D'ailleurs, là pour le moment n'est pas la question. Il s'agit uniquement ici du châtiment du péché, cause effective de la damnation. Et dans ce cas, s'agitil uniquement de la diminution dans la peine ûufeuy Mais, alors reste toujours la peine du

LES HYPOTHESES

dam, la séparation de Dieu; et.sous ce rapport, que peut signifier la diminution successive ou progressive de ce châtiment?

La séparation de Dieu ne peut se diviser, se scinder, se diminuer. Comment, dès lors, l'ineffable souffrance qui résulte du sentiment même de cette séparation, pourrait-elle se diviser, se sciuder, se diminuer elle-même? La séparation de Dieu demeure-t-elle, oui ou non ? Si elle cesse, que devient la damnation, et comment subsiste encore l'Eternité de la peine? Si la séparation de Dieu demeure, etdemeureéternellement;alors comment le sentiment, c'est-à-dire la souffrance de cette séparation, elle aussi, ne demeureraitelle pas éternellement? Comment concevoir Ja moitié, le tiers, le quart, le dixième de cette séparation de Dieu, et par suite, la moitié, le tiers, le quart, le dixième de la peine qui en résulte pour le damné? Il faut donc, en toute hypothèse, en revenir forcément à la séparation totale de Dieu, comme supplice principal du damné. Or, cette séparation demeurant tout entière, et demeurant éternelle, que gag-nez- vous alors à l'hypothèse d'une dimunition progressive du châtiment; hypothèse qui laisse subsister dans sa rigoureuse acception l'éternelle damnation, et

ETERNITE DKS PEINES

par conséquent V Eternité de la peine, à laquelle on prétend échapper par cette supposition ?

Comment fera l'adversaire pour sortir de cette impasse, qui semble ne lui laisser aucune issue? Et que pourra inventer le génie même le plus subtil, pour échapper à l'étreinte de ce dilemme que la raison elle-même oppose ici encore à l'hypothèse rationaliste?

Cependant on imagine une dernière ressource, pour se dérober à la rigueur du dogme de la peine éternelle. Laquelle, demandez - vous ?

Ecoutez : on suppose que Dieu, sans l'anéantir tout à fait , diminue progressivement dans le damné la vie elle-même; et qu'en diminuant avec la vie le sentiment de la séparation de l'Infini, il diminue progressivement en lui la souffrance qui en résulte; cette souffrance ne pouvant avoir pour mesure que le degré et l'intensité même de la vitalité.

Telle est l'issue par où le libre penseur croit pouvoir se dérober à la peine éternelle.

Mais manifestement cette issue n'en est pas une, et le rationaliste s'enfonce de plus en plus dans l'impasse terrible dont il ne peut sortir. Car enfin, de deux choses l'une : ou bien cette diminution de la vie, entraînant avec elle la di-

LES HYPOTHESES

minution de la peine , doit aboutir à une suppression de la vie ; et dans ce cas, nous voilà de nouveau ramenés face à 'face devant le spectre du néant, et cette hypothèse équivaut à celle de l 'anéantissement total. Ou bien, on suppose que cette vie et la souffrance qu'elle renferme iront diminuant toujours, et toujours s'approchant du néant sans y arriver jamais; et alors, si petite qu'on suppose encore l'intensité du supplice, nous retombons cependant dans l'Eternité de la peine, qu'on prétend repousser au nom de la raison. Dès lors, la solution laissant subsister le principal, ne roule plus que sur un accident; et devant la raison l'énigme formidable de l'éternel supplice subsiste tout entière : car, quelle que soit l'intensité intrinsèque du supplice, le supplice reste éternel; et la même difficulté se dresse devant cette hypothèse qui prétendait la supprimer.

Ainsi de quelque côté qu'on se tourne, on ouvre devant soi d'insondables abîmes; au mystère imposé par le Christianisme, on substitue gratuitement un mystère de son choix, avec l'inconséquence de plus et la certitude de moins.

Vous le voyez, Messieurs, cette théorie soidisant radicale, et promettant de résoudre toute

ÉTERNITÉ DES PEINES

difficulté et de supprimer tout mystère, n'aboutit à aucune solution, et laisse subsister tout le mystère. Elle ne donne à la vie aucune conclusion nette et définie. Elle ne tranche rien; elle ne dénoue rien; et le nœud de la difficulté demeure au fond même de l'hypothèse imaginée pour la résoudre, ou aboutit à une autre hypothèse déjà repoussée, c'est-à-dire à l'hypothèse de Y anéantissement.

C'est plus qu'il n'en faut assurément.pour rejeter ce système aventureux, qui part de l'hypothétique et de l'inconnu,pour aboutir à l'absurde et à l'impossible.

Mais, au point de vue moral et même social, cette théorie, veuillez le remarquer, est particulièrement dangereuse et funeste dans ses conséquences. En apparence innocente et bienveillante, elle a une tendance mauvaise. Elle tend à l'énervement de la justice; et elle se fait.inconsciemment peut-être, complice d'une grande et redoutable erreur moderne : erreur qui tend à s'universaliser et à se populariser de plus en plus, à savoir, l'effacement progressif de la différence essentielle entre le bien et le mal; différence radicale qui doit, au terme final de la vie, séparer par un abîme l'humanité coupable

LES HYPOTHESES

de l'humanité fidèle, l'humanité perverse et persévérant dans le mal, de l'humanité sainte et à jamais fixée dans le bien.

Chez les inventeurs de cette théorie qui prétend à la fois venger la justice divine et flatter la faiblesse humaine, ce n'est, si vous voulez , qu'une tendance; mais la tendance est redoutable ; elle conduit à l'abîme des suprêmes négations ; et elle a surtout, pour point de départ, la négation de la peine éternelle, sous quelque forme qu'elle se produise et sous quelque voile qu'elle se dissimule.

La négation systématique de l'Eternité des peines repose, en effet, sur un profond radicalisme doctrinal ; radicalisme monstrueux qui n'est autre que le rapprochement progressif du bien et du mal, et l'effacement successif de leur différence intrinsèque et essentielle.

Chose remarquable et bonne à méditer :

toutes les doctrines et les théories modernes, qui nient systématiquement la peine éternelle, tendent toutes, plus ou moins directement, vers ce point central : conciliation , harmonie, embrassement fraternel du bien et du mal. En d'autres termes, les bons et les méchants, les saints et les scélérats, tous devant se rencontrer

par toutes les voies convergentes de la vie au rendez-vous final de la Destinée, pour sedonner

laauseind'uneprétendueharmonie.qmne serai!

que le désordre élevé à sa dernière puissance un embrassement sacrilège.

Ecoutez cette doctrine monstrueuse, destructive de toute justice divine, de toute moralité humaine et de tout ordre social :

i Jusqu'ici, entre Jésus et Mahomet, ce fut « 1 antagonisme et l'hostilité; mais ils finiront ' « par se rencontrer un jour, dans une harmonie « supérieure (1). >

Que dis-je? Selon le rêve d'un poète en déire, et pris de la folie révolutionnaire et antireligieuse, la conciliation des extrêmes doit aller plus loin encore; car, le Christ et Satan se réconcilieront.

« Et quand ils seront près des degrés de lumière i n„; i " r nous ' seu,s aperçus, « Oui, tous seront si beaux, que Dieu dont l'œil flambovP «Ne distinguera pl US) Père ébloui de i e y ' BéUal de Jésus! (2) '

Tel est Messieurs , le dernier mot de ces belles théories soi-disant conciliantes,', frater-

$c™l ea -- Etu J es - tome v - P480.

(2) Confessions d'un révolutionnaire.

LES HYPOTHESES

nelles, sociales et humanitaires , nous montrant sur les ruines de notre dogme de la peine éternelle, l'idéal de la Destinée humaine entrevu dans le rêve, ou plutôt dans le cauchemar du génie révolutionnaire et antichrétien.

Et qui pourra jamais concevoir et dire ce que deviendraient l'ordre moral et l'ordre social,sous l'influence d'une telle doctrine, si elle venait à se généraliser un jour? Si l'union et l'identification du bien et du mal, si l'embrassement fraternel et universel de tous ceux qui ont dans leur vie personnifié l'un ou l'autre, doit être la conclusion finale de la Destinée : alors, qui ne voit qu'au chemin de cette vie, notre vertu et notre mérite doivent consister à rapprocher de plus en plus, en nous-mêmes, ces deux extrêmes destinés à se rencontrer, à se toucher et à s'identifier au terme? Et ce que pourrait devenir une société se développant sous l'inspiration d'une idée si profondément et si sataniquement antisociale, ah ! je n'entreprendrai pas cle vous la dire : il faudrait vous peindre l'inimaginable et vous exprimer l'inexprimable. Je me contente de vous dire tout par un mot qui vous abrège tout : ce serait l'enfer de la vie future devenu l'enfer de la vie présente, et la société des

ÉTERNITÉ DES PEINES

hommes devenue comme ia société des démons • indescriptible chaos, véritable ehfer, enfin où' comme dans celui de l'autre vie, il n'y aur.it 'plus d ordre, et où habiterait une éternelle horreur

Cela dit sur ce monstrueux système, je passe, avant de finir, à l'examen de la dernière et principale hypothèse, substituée par l'erreur contemporaine au dogme de la peine éternelle

Notre siècle a, pour une autre hypothèse imaginée en vue de remplacer notre dogme de l'Eternité des peines, une faveur marquée- et il ne se peut que je termine ce discours, sans la signaler d'une manière plus particulière à votre religieuse attention : hypothèse hardie et audacieuse, qui naguère se posait parmi nous en face de notre dogme séculaire.

L'homme, d'après cette hypothèse, sous un rapport supérieure à l'hypothèse de l'anéantissement, do.t vivre éternellement. Loin de répudier l'Eternel, comme le matérialisme, elle 1 affirme et, à sa manière, elle le dogmatise

La mort, d'après cette théorie , n'est pas pour nous lederniermotdela vie, etellenefixepasnotre

LES HYPOTHESES

Destinée. Nous passons par la mort, comme par uneporte ouverte, de notre vie du temps dans notre vie d'outre-tombe; et nous y entrons toujours armés de notre liberté pour conquérir notre Destinée suprême. La dette que l'homme pécheur a contractée envers la divine justice dans le monde qu'il vient de quitter, il la paye dans un autre monde par des purifications et des expiations successives. A mesure qu'il expie et se purifie, et par là se perfectionne, il monte de degré en degré, gravitant indéfiniment vers l'infini; et un jour doit venir où tous les crimes étant expiés, toutes les purifications étant achevées; tous les hommes, quelle qu'ait pu être leur vie du passé, devront se rencontrer dans le même mouvement qui les emporte vers un avenir qui n'a pas de limite, c'est-à-dire dans le vague de l'Indéfini, sans jamais les faire arriver à un terme véritablement final, c'est-àdire à la possession même de l'Infini.

D'après cette hypothèse, il y a, de l'autre côté de notre tombe, des purifications et encore des purifications; mais il n'y a plus de peine éternelle. Il est même remarquable que les hommes qui enseignent cette doctrine et se portent pour les interprètes infaillibles du dernier mot de

ÉTERNITÉ DES PEINRS

notre symbole, vitam œternam, manifestent, à l'endroit de notre dogme de l'Eternité des peines, une antipathie particulière ; et nous avons entendu ces prétendus révélateurs de notre grand avenir, jeter à notre dogme catholique de la peine éternelle des défis insolents, et je puis ajouter, des injures grossières. Aux yeux de cette philosophie superbe et dédaigneuse, nous tous, qui croyons à un supplice éternel, nous avons perdu le sens; et nous imposons à l'esprit humain, avec notre dogme, la tyrannie de l'absurde.

Nous avons donc le droit et même le devoir, nous surtout les porteurs de la divine parole* et les échos vivants de la voix de l'Eglise, de citer à notre tour, au tribunal de la raison et du bon sens, cette théorie fastueuse, cette prétentieuse hyppothèse dont la popularité a pu, un moment.vous voiler le vide et l'inanité -j'allais dire la folie et Vabsurdité.

Et tout d'abord, la plus simple raison repousse tout à fait l'étrange immortalité que cette doctrine oppose à l'immortalité qu'affirme notre foi, d'accord avec notre raison. Elle nous dit : La tombe n'est pas le terme où finit votre vie ; vous vivrez toujours, car vous êtes immortel. Mais, qu'est-ce que cette immortalité bizarre, cette im-

HHH|

LES HYPOTHÈSES

mortalité sans but, ou condamnée à poursuivre toujours un but qu'elle n'atteindra jamais? Tel est, en effetje vice radical de cette hypothèse, que le bon sens réprouve; elle suppose, après cette vie, une immortalité sans but déterminé. Elle suppose, après cette mort du temps, l'être immortel s'en allant à travers le vague d'un avenir indéfini, marchant toujours et n'arrivant jamais, ne pouvant même jamais arriver, et poursuivant éternellement le terme éternellement désiré:

terme étrange , terme qui ne termine rien et qui semble, à mesure qu'on avance, fuir d'une fuite éternelle ! Car cette théorie , en apparence séduisante, comme tout ce qui flotte dans le vague et l'indéterminé, est en essence la théorie ou la doctrine de Y indéfini; l'indéfini en arrière, l'indéfini en avant, et toujours et partout l'indéfini. Eh bien, demande la raison : est-ce là une conclusion rationnelle donnée à notre vie humaine? Est-ce là une solution suffisante à la grande énigme de la Destinée? N'insistons pas davantage sur le vice radical déjà signalé ailleurs ; et examinons surtout cette hypothèse dans ses rapports' avec le dogme qu'elle prétend remplacer, en s'y substituant elle-même.

D'après l'hypothèse que nous examinons en

ÉT3RNITH DES PEINES

ce moment, l'homme qui a emporté dans l'autre vie,avec le péché,les responsabilités qu'il impose peut encore se convertir, et il se convertira ; car' il passera par des purifications successives qui lui donneront, avec la sainteté complète, son bonheur réputé final.

Aussi, pour résoudre le problème de la Destinée, à Y Eternité te la peine l'hypothèse subs- .titue des purifications et des expiations indéfinies, jusqu'à complète réhabilitation du pécheur et jusqu'au recouvrement de l'innocence et delà" sainteté.

• A cette gratuite affirmation nous pourrions d'abord répondre, sans entrer plus avant dans le fond du système : si la purification peut et même doit inévitablement se faire dans l'autre vie; alors pourquoi se préoccuper d'acccomplir en ce monde une purification et une expiation meoitables dans l'autre? Pourquoi, dans cette vie, où de toutes les manières les passions, les plai' sirs et les voluptés me sollicitent, pourquoi me contenir, me mortifier, me faire souffrir, pour retrouver dans mon présent une innocence que je suis certain de retrouver dans mon avenir?

Et dès lors, voilà les hommes sur la terre, se livrant sans mesure et sans frein à tous les 'en-

LES HYPOTHESES

traînements du mal, se roulant dans toutes les fanges ;appuyés qu'ils sont — d'après le système— sur la certitude d'une purification future qui ne peut manquer de se faire. Combien parmi les pécheurs, si naturellement enclins aux ajournements successifs , alors qu'il s'agit de se convertir et d'expier, combien seraient tentés d'ajourner et ajourneraient en effet, à leur vie d'outre-tombe, l'expiation des iniquités et des prévarications dont ils souillent leur vie du temps , s'ils croyaient avoir la garantie d'une expiation non seulement possible, mais certaine dans l'Eternité!

Nous pourrions ajouter que cette purification progressive dans l'autre vie n'est qu'une hypothèse ; une hypothèse qui ne s'appuie ni sur aucun principe de raison, ni sur aucun témoignage d'autorité. Il est absolument impossible en effet, de trouver ni une raison, ni une autorité qui nous en garantisse la réalité. Tout au plus pourriez-vous en garantir la possibilité. Et encore , cette possibilité, sur quoi l'appuyezvous ? Vous dites : Après tout, cette purification d'outre-tombe est possible. Nous, nous la déclarons simplement absurde ; qu'avez-vous à répondre ? Notre affirmation vaut la vôtre.

ÉTERNITÉ DES PEINES

Mais un instant, si vous le voulez, admettons sans la discuter, la possibilité de ces expiations purificatrices. Ces purifications telles qu'elles, pour pouvoir justifier et innocenter le pécheur] et par là l'arrachera un supplice éternel, encore faut-il qu'elles soient par le pécheur volontairement acceptées. L'homme, d'après le système, garde même après sa mort la plénitude de sa liberté ; il demeure donc libre d'accepter ou de refuser les purifications et expiations dont il s'agit.

Eh bien, s'il refuse, et s'il refuse obstinément de se purifier et de s'améliorer, que doit-il en résulter? Assurément, d'après la théorie ellemême, Dieu ne peut sauver le pécheur qui refuse d'être sauvé ; il ne peut ouvrir son sein qu'au bon vouloir, et sa sainteté même lui défend d'embrasser qui le repousse librement.

Dieu donc, dans l'hypothèse présente, dirait à l'homme, demeuré, par delà son tombeau . libre de fixer lui-même par son choix sa propre Destinée : Tu es libre encore, et, comme tel, ta peux, si tu le veux, par tes volontaires purifications retrouver l'innocence ; car ta libre purification peut encore te justifier ; et, redevenu par ton libre choix innocent et juste, ma sainteté et ma

LES HYPOTHESES

Justice ne te repoussent plus. Tu peux venir, Rapprocher et graviter éternellement vers moi » mais il faut le vouloir, et le vouloir librement : car ma bonté elle-même ne peut attirer celui qui la repousse, et la repousse librement.

Manifestement on suppose, dans la théorie, que tout pécheur quel qu'il soit, pour échapper au supplice éternel, tût ou tard voudra rompre avec le mal, et finalement se convertira.

Mais si l'homme ne le veut pas, que doit-il arriver? Je pose hardiment la question qui porte sur le point capital et décisif : si le pécheur, malgré les plus long-ues expérimentations du désordre et du mal, ne veut pas revenir à l'ordre et au bien ; si, malgré toutes les avances du divin Amour, il ne consent pas à répondre à ses appels; s'il persiste 'à vouloir braver éternellement tour, à la fois la justice et l'Amour; Dieu sera-t-il réduit ou à sauver ce pécheur maigre lui, ou à être éternellement bravé par lui ? Il faut répondre. Il faut qu'ici le rationalisme sorte du vague et de l'obscur, et que clairement sur ce point il se prononce et s'explique.

— Pourquoi, dit-il, n'y -aurait-il pas, dans l'autre vie, des épreuves et des purifications à l'infini?— Pourquoi,pourrions-nous demander à

ETERNITE DES PEINES

notre tour, y aurait-il pour le pécheur des purifications à l'infini ? Vous voulez savoir pourquoi il ne pourrait pas y avoir dans l'autre vie des purifications à l'infini? Certes, nous pourrions en donner bien des raisons et des raisons tout à fait décisives. Je mécontente d'en donner une seule , et je vous réponds : Parce que Dieu ne peut pas permettre que le pécheur le brave et l'insulte à l'infini.

Mais le rationaliste insiste : « Comment « concevoir que l'homme tourne éternellement, « contre la volonté et la g-loire de Dieu, la puis- « sance de sa propre liberté ? Il sera tôt ou tard « convaincu de la folie de son obstinatian daus « le mai et de sa résistance à Dieu. Sachant que « sa prévarication tourne toujours à son propre <r malheur, l'instinct de son propre bonheur le « convertira. Il n'est pas probable qu'après tant « et tant d'expériences aboutissant toujours à « le rendre malheureux, l'homme prenne le parti « de résister éternellement à Dieu (1). »

Ainsi le décide le rationaliste : après la mort,

le pécheur se convertira ; il ne pourra pas ne pas

se convertir. Nous pourrions nous contenter de

lui répondre : Prophète, comment le savoz-

(1) Jean Reynaud, Ciel et terre.

LES HYPOTHÈSES

vous? Et comment, en réalité, pourriez-vous le savoir? Vous dites : L'homme lie prendra pas le parti de résister éternellement à Dieu; ce n'est pas probable. Mais vous êtes forcé de convenir du moins que c'est rigoureusement possible ; or, si c'est possible, comment osez-vous décider qu'il n'en sera jamais ainsi ? Si la chose ne se réalise pas dans un grandnombre, comment être sûr et comment affirmer, sans crainte de se tromper, qu'elle ne se réalisera pas au moins dans quelques-uns ? N'y en eîit-il qu'un seul à résister éternellement à Dieu , est-ce que cela ne suffirait pas à renverser votre gratuite et aventureuse hypothèse ? Car, enfin , est-il possible d'admettre, même pour un seul homme, une situation qui serait une éternelle insulte à Dieu? Et comment savoir avec certitude qu'il ne se rencontrera pas un obstiné, un re'volté éternel '! Voltaire, pour ne citer que lui, après plus de soixante ans d'impiété et d'insultes au Christ- Dieu, était-il désabusé par son expérience? Song-eait-il à mettre fin à sa révolte contre Dieu et son Christ? Et si la divine condescendance eût accordé à Voltaire encore cent ans de vie et d'épreuves; serait-il téméraire et absurde de penser que, selon toute pré vision. Voltaire, après cent

ÉTERNITÉ DES PEINES

ans, serait encore Voltaire, c'est-à-dire un ennemi de Jésns-Christ? Et si, par supposition , Voltaire eût été immortel, Dieu, pour lui épargner l'Eternité du châtiment, aurait donc dû accepter de l'impie une éternelle insulte?

Qu'on ne dise pas qu'une telle supposition est inadmissible, qu'elle est la supposition de l'impossible.

L'impossible? Mais pourquoi? Sans remonter jusqu'au grand impie, qui se nomma Voltaire' est-ce que vous n'avez pas entendu,même,autour de vous, des hommes qui bravaient Dieu et insultaient son nom trois fois saint, par des outrages impossibles à redire sous ces voûtes sacrées, et par des blasphèmes inconnus jusqu'il dans l'histoire même des blasphèmes' Eh bien, est-il tellement absurde de supposer que les hommes qui osent jeter à Dieu de telles injures et proférer de tels blasphèmes , sont décidés à proférer toujours les mêmes blasphèmes, et à jeter toujours à Dieu les mêmes injures' Et,dans cette hypothèse, Dieu, pour ne pas infliger à ses ennemis acharnés une peine éternelle, devrait donc se laisser par eux insulter éternellement?

Quoi! des impies obstinés dans leur impiété,

LES HYPOTHESE

éternellement repoussant Dieu, éternellement haïssant Dieu, éternellement se révoltant contre Dieu; et ce même Dieu destitué du droit d'infliger à ces éternels insulteurs un éternel supplice?..

Et contre une telle situation, dont la possibilité s'impose à l'intelligence, ô profonds penseurs, votre raison n'a rien à dire et n'élève pas même la moindre protestation? Et contre cette absurde hypothèse, qui vous ferait hausser je i épaules, si elle était défendue par nous, vous n'avez pas d'objection? Eh bien, nous en avons une, nous, à opposer à cette hypothèse, qui prétend renverser le dogme inébranlable de l'Eternité des peines; c'est, sans compter toutes les autres, l'irréfutable objection de la contradiction.

Ah! c'est qu'en effet, ce blasphème éternel, cette Eternité de l'injure, de l'outrage et de la haine, ce serait déjà l'enfer, l'Eternité de cet enfer même que vous voulez anéantir ; donc 1-a plus flagrante contradiction .

Mais admettons,un moment, que nul homme ne bravera Dieu éternellement, et que tous les coupables s'en iront de purifications en purifications, se justifiant de plus en plus, pour ar-

ETERNITE DES PlilNES

river, enfin, à reconquérir une complète innocence.

Eh bien! même en cette hypothèse, quel sera le résultat final de la Destinée? La lignée des bons et la lignée des méchants, à travers leurs pérégrinations indéfinies, convergeront-elles l'une et l'autre vers un point de jonction, pour de là continuer ensemble vers l'Infini qu'elles nedoivent jamais atteindre, leur voyage Eternel? Arrivées à ce point, s'il en est un, la race des bons et la race des méchants, les Robespierre et les Vincent de Paul se retrouveront- ils ensemble, dans une même innocence et une même sainteté , confondus dans un même amour et une même unité ? Le mal et le bien , enfin, s'embrasseront-ils, pour s'unir et s'identifier? Et, comme l'a dit cette poésie délirante, dont je viens de vous citer les effroyables paroles : Bélial embrassera-t-il Jésas?Et Jésus embrassera-t-il Bélial?

Mais alors, nous voilà retombés dans l'hypothèse deux fois absurde et déjà par nous convaincue d'erreur et de folie, à savoir, la complète et absolue identification du bien et du mal, comme conclusion de la Destinée suprême , e'est-à-dire ce qu'il y a de plus radicalement

LES HYPOTHÈSES

opposé au dictamen le plus primitif de la droite raison, et aux premières données du sens commun.

J'entends parler de conversions qui doivent tôt ou tard toucher la bonté de Dieu et désarmer sa justice. Mais vous vous trompez de temps et de lieu; et par le plus étrange des paralogismes, vous argumentez de ce que Dieu fait dans le temps pour les pécheurs, à ce qu'il doit faire pour eux dans l'Eternité ; de ce qu'il fait dans la route pour l'homme voyageur , à ce qu'il doit faire pour l'homme qui a touché le terme. Et comment et d'après quel principe, obligez-vous la Providence à identifier son gouvernement de l'Eternité avec son gouvernement du temps?

Encore j'ai supposé jusqu'ici la possibilité de cette pérégrination indéfinie, qui doit pousser d'étape en étape la vie d'outre-tombe, à travers des purifications progressives, vers un terme que la vie n'atteindra jamais. D'après ce système, en effet, de l'autre côté de la tombe il n'y a pas de terme où la vie doive s'arrêter , et où elle pourra dire : J'ai touché ma Destinée, j'ai atteint mon terme, et c'est à jamais. Non, cette station éternelle au terme de la vie, le système la repousse, il la répudie, il la blasphème; et

ÉTERNITÉ DES PEINES

cet éternel repos de l'homme qui a touché sa ' fin, et comme ils le disent, ce « loisir éternel » sous le regard et dans l'embrassement de Dieu, prête à rire à nos profonds penseurs.

Ce que suppose le système, ce qui en constitue la donnée fondamentale, c'est la vie s'approchant toujours d'une fin qu'elle n'atteindra jamais, c'est-à-dire d'une fin qui n'est pas une fin, mais une marche éternelle vers l'éternel par-delà ; c'est-à-dire la contradiction dans les mots et l'impossibilité dans les chosesune course éternelle vers un but qui fuit éternellement; une marche continue pour ne jamais arriver; un voyage qui ne doit jamais aboutirune course sans fin dans un exil étemel, et qui condamtr- !>. x ilé à poursuivre une patrie qu'il n'u;t' i:, ilra jamais!

Je le demande, se peut-il rien concevoir de plus radicalement opposé aux plus vulg-aires données de l'humaine raison, et de ce sens commun que nous avons nommé le g-énie de l'humanité?

Ah ! dans un ordre purement logique et de pure abstraction, que le génie des mathématiques puisse concevoir deux lignes s'approchant indéfiniment sans se toucher et se confondre absolu-

LES HYPOTHESES

ment; je le comprends. Mais qu'une existence réelle, qu'une àme vivante soit jetée ponrtoujours, parlamainduCréateur.dansunvoyag-equinedoit arriver nulle part, dans un chemin sans terme et sans issue, où la vie doit avancer toujours pour ne jamais arriver ; s'en aller de monde en monde et d'espace en espace, et peut-être, comme l'admet l'hypothèse , de soleil en soleil, montant d'ascension en ascension, à mesure que l'on se perfectionne davantag-e, vers un idéal vide, abstrait , insaisissable, sans arriver jamais à un terme quelconque ; et cela, alors que la vie en mouvement porte , au plus profond d'elle-même , l'irrésistible besoin d'arriver; et lorsque conquérir une Destinée , une Destinée déterminée , fixe et vraiment finale est, comme nous l'avons surabondamment démontré, l'invincible aspiration de l'âme humaine : en vérité, est-ce que ce n'est pas le comble de la contradiction , et se peut-il concevoir de plus solennelle insulte au bon sens de notre humanité?

Ainsi, Messieurs, vous le voyez, les hypothèses, pas plus que les objections qu'on oppose à notre dogme de la peine éternelle, ne se soutiennent pas : ni l'hypothèse de l'anéantissement, de l'anéantissement fatal, obligatoire ou facul-

ETERÎs'ITE DES PEINES

tatif; ni l'hypothèse de la diminution progressive de la peine des réprouvés; ni l'hypothèse fantaisiste des purifications et justifications indéfinies.

Nous avons vu, en effet, comment aucune de ces trois hypothèses n'a pour elle ni un principe de raison qui la fonde , ni aucun témoignage d'autorité qui l'affirme.

Comment concevoir, dès lors, que des hypothèses sans aucun appui, ni dans ;la raison, ni dans l'autorité, aient la prétention d'ébranler et même de renverser un dogme appuyé sur l'autorité et approuvé par la raison?

Et quand nous disons qu'aucune de ces hypothèses ne s'appuie ni sur la raison, ni sur l'autorité, nous ne disons pas assez; car ces hypothèses ont positivement contre elles , avec toutes les raisons que nous venons de dire, les plus grands témoignages de l'humanité.

Que nous importent alors, dirons- nous ici au sectateur de ces théories absolument gratuites, les difficultés que soulève votre imagination contre notre dogme, lorsque nous avons nousmêmes contre vos doctrines appuyées sur le vide, des raisons qui vous confondent et des objections auxquelles vous ne pouvez vous-mêmes ré-

LES HYPOTHÈSES 433

pondre?

Aussi, l'attaque que vous dirigez contre nous en opposant à notre croyance dogmatique, des théories purement hypothétiques, la vérité nous autorise et même nous oblige à la retourner contre vous , mais d'une manière bien autrement victorieuse, armés que nous sommes de l'autorité et de la raison elle-même , et nous pouvons ajouter, armés d'objections pour vous absolument irréfutables; et cela, contre des hypothèses, encore une fois, je le répète , sans appui ni dans la raison, ni dans l'autorité; hypothèses, par conséquent, absolument insoutenables et condamnées à mourir avec ceux qui les ont conçues tandis que notre dogme toujours vivant, et appuyé sur ses inébranlables fondements, continuera de chanter, sur les ruines de vos hypothèses convaincues d'inanité : Il y a un enfer éternel. Il y a, pour les méchants obstines, une Eternité de supplices, comme il y a, pour les élus prédestinés, une Eternité de bonheur.

Prl

434 ÉTERNITÉ DES PEINES

Page 1