‹ L'Éternité, retraite de Notre-DameChapitre 4 sur 13 · M*MI · texte numérisé non relu

M*MI

CERTITUDE DE L ÉTERNITÉ

comment a-t-elle prononcé ce mot? Si l'humanité n'a pas réellement cru à l'Eternité, pourquoi et comment l'a-t-elle nommée ? Si la foi à l'Eternel n'a pas été dans son âme, comment le mot s'est-il posé sur ses lèvres? Comment ce mot, qui n'exprimerait que le néant et ne renfermerait que le vide, a-t-il pu entrer et s'incruster tellement dans le tissu de toutes les langues humaines que, sans corrompre le langage humain, vous ne pourriez l'en arracher?

Ah! dirai-je ici au négateur audacieux de l'Eternelle vie : vous niez l'Eternel; soit, mais alors allez jusqu'au bout de votre négation. Niez le mot aussi, le mot qui, en l'exprimant, la démontre. Vous détruisez le fait immense attestant la croyance de l'humanité : donc, détruisez la parole qui atteste le fait, ou croyez à ce qu'attestent ensemble le fait et la parole.

Mais non; j'en jure par le témoignage de l'humanité entière; vous n'anéantirez ni l'un ni l'autre, ni le fait qui explique la parole, ni la parole qui atteste le fait. La langue despeuples est faite; l'Eternité est dedans; vous ne l'en ferez pas sortir; et la parole et le fait disent ensemble, et diront à jamais : II y a une Eternité.

Ainsi le témoignage de l'humanité demeure

TÉMOIGNAGES DU DEHORS OU D'aOTORTTK 07

appuyé sur des bases historiques que rien , absolument rien, ne saurait ébranler; et il confirme magnifiquement le témoignage que rend à cette vérité le Christianisme par la voix de Jésus- Christ, de l'Eglise et de tous les chrétiens, redisant sous tous les cieux et sur tous les rivages, le mot simple et profond qui termine et couronne son Symbole : Je crois à la vie Eternelle. Credo vitam cpternam.

Ah! Messieurs, quels témoignages que ces témoignages! Et dans ces témoignages, quelle incomparable autorité !

Quelstémoignages comparer à celui de Jésus- Christ: témoignage du Verbe Idivinement infaillible; témoignage d'autorité humaine et d'autorité divine? Quels témoignages comparera celui de l'Eglise Catholique, associée à l'infaillibilité de son divin Epoux? Témoignage d'une autorité telle, que l'Eglise même dépouillée de sa divine autorité serait encore la plus grande autorité humaine. Quel témoignage que celui de tous les chrétiens, par des milliards de voix chantant à tous les bouts du monde le credo de l'Eternelle vie! Et quels témoins que ces témoins : jamais tant de vertus et tant de saintetés, tant de dévouements et tant de sacrifices, tant de sciences

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et de génies ont-ils pu donner à une institution humaine, à une réunion d'hommes quelconque, une telle puissance d'affirmation?

Quels témoignages, enfin, comparer à celui de l'humanité universelle, affirmant partout, toujours et à tous les degrés, par l'affirmation laplus spontanée, la plus sincère et la plus désintéressée, l'Eternité de la vie? Et quelle puissance d'attestation, quelle garantie de vérité et de certitude résulte de ces deux témoignages, du témoignage divin et du témoignage humain se rencontrant dans cette même affirmation : Il y a une Eternité ! Ah! si de telles autorités et de tels témoignages pouvaient nous tromper; que pourrions-nous affirmer encore avec une absolue certitude? Et que nous resterait-il, si ce n'est de nous précipiter,sans espérance d'arriver jamais à la vérité certaine, dans l'abîme du doute universel?

Et pourtant, j'entends dire que des hommes de ce temps prétendent s'inscrire en faux contre ce témoignage deux fois auguste et deux fois démonstratif. Voyous donc ce que vaut ici leur négation contre cette imposante affirmation.

Que peut opposer à la majesté de ces deux témoignages, l'audace de la négation contempo-

raine? Quoi donc? l'autorité de quelques hommes, essayant de se faire par le public démenti donné à cette double autorité, la célébrité de l'erreur et l'illustration de l'insolence? Combien sont-ils, en réalité, les négateurs bruyants de l'Eternité de la vie? Et pour combien leur témoignage doit-il compter? Quoi ! un groupe d'hommes contre des milliards d'hommes? Encore une fois, combien sont-ils, ces hommes qui protestent contre ce grand dogme de l'Eternel, et prétendent avoir raison contre l'humanité entière? Ah! je le sais, ie bruit qu'ils font au milieu de nous, facilement peut vous faire illusion sur leur nombre. Mais comptez-les , si vous le pouvez, et vous verrez ce que sont en réalité devant nos deux immenses témoignages, ces contradicteurs bruyants.

Fussent-ils plus nombreux qu'ils ne le sont, que vaudrait leur témoignage ? Car , ce qui doit faire autorité dans le témoignage, ce n'est pas seulement le nombre des témoins, c'est leur valeur aussi.

Eh bien! quelle est la valeur, la valeur morale de ces hardis négateurs de l'Eternelle vie? Ah! grand Dieu! d'ordinaire, quelshommes!Des hommes qui, en essayant d'ébranler dans leur

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propre pensée et dans la pensée de tous , ce dogme souverain de l'Eternelle vie, ont besoin de se rassurer contre ses menaces : hommes tristement intéressés à réclamer, au terme de . cette vie, leur propre néant, et cherchant à se faire par leur négation, dans les désordres de leur vie du temps, un rempart contre cette Eternité, dont le regard les trouble et jette l'amertume et la tristesse dans ce qu'ils nomment leur joie, leur paix et leur félicité.

Ils disent, je le sais, qu'ils rendent du fond de leur conscience éclairée par leur raison, contre le doe-mc de l'Eternité, un témoignage désintéressé de toute passion. Ils le disent, oui; mais parviennent-ils à le croire sincèrement euxmêmes ? Il est bien permis d'en douter. S'ils mentent, s'ils mentent aux autres et s'ils se mentent à eux-mêmes , je ne veux pas le savoir, et volontiers je consens à l'ignorer.

Mais ce que je ne puis ignorer, ce que je sais bien, c'est que tout homme, qui par le vice et le désordre s'éloigne ou se sépare de Dieu, perd le sens de sa Destinée, de sa vraie liberté, de sa vraie dignité, et finalement le sens de son Immortalité.

Ce que je sais bien, c'est que l'homme de

l'orgueil, de l'avarice et de la volupté, cherche à se créer lui-même contre l'Eternité de sa vie un intérêt d'un jour.

Ce que je sais bien, c'est que tout grand prévaricateur a besoin , pour se trouver à l'aise au sein de ses désordres, que tout finisse avec ses plaisirs, sa fortune, sa chair.

Ce que je sais bien, c'est que lorsque dans l'homme tout se fait jouissance, corps et matière; alors sa vie tend à se ramasser et à se concentrer tout entière sur la minute qui passe.

Ce que je sais bien, c'est que tout grand désordre dans la vie développe dans l'homme un affreux besoin de finir; tandis que la vie dans l'ordre, la vie grande, généreuse et pure, cherche des horizons Eternels et aspire à son Immortalité.

Ce que je sais bien, c'est que (sauf de rares épreuves , que Dieu permet même en des âmes qui l'aiment), les tentations contre la foi à la vie Eternelle sont contemporaines des grandes prévarications de la vie présente; c'est que le vol et l'injustice, le sensualisme et la volupté, toutes les honteuses passions élèvent contre l'Eternité leurs protestations intéressées.

Ce que je sais bien , enfin , c'est que la mort

appelle la mort, et que plus une âme par le péché se donne la mort à elle-même, plus elle gravite vers le néant qu'elle convoite, et plus elle s'éloigne de cette Eternité qu'elle repousse.

Au contraire, plus une âme est dans l'ordre, la justice et la sainteté, c'est-à-dire plus elle se sent vivante par son union à la source de toute vie; plus elle aspire à prolonger et à étendre, dans le sens de l'Infini, sa vie grandissante. Oui, plus elle est, par sa perfection et sa pureté, dans le voisinage de Dieu, plus elle aspire à s'associer à son Eternité; bref, plus elle se sent s ainte, plus elle se sent immortelle, c'est-à-dire prédestinée à l'Eternité de la vie.

Aussi, n'est-ce pas seulement parle nombre, que le grand témoignage de l'humanité et du Christianisme en faveur de l'Eternelle vie l'em. porte sur celui de ses rares négateurs ; c'est encore et surtout par la qualité des témoins, par leur vertu, leur dignité, leur moralité, leur valeur, enfin.

Rapprochez, en effet, par la pensée, l'humanité qui croit et l'humanité qui ne croit pas à la vie Éternelle : quelle différence frappante, quel contraste saisissant!

Tous les sages et tous les vertueux affirment

la vie Eternelle et proclament l'Eternité; et tous les vicieux et tous les pervers, règle générale, tendent plus ou moins à nier l'Eternelle vie : s'ils n'arrivent pas tous à la complète négation, tous, d'ordinaire, en ont la tentation.

Tout ce qu'il y eut dans l'humanité de plus digne, de plus grand, de plus noble, de plus vénérable salue, de l'autre côté de la tombe, la radieuse aurore de l'Eternelle vie.

Tout ce qu'il y a de plus abject, de plus vil et de plus méprisable dans l'humanité, ne voit après la mort que l'affreux spectre du néant.

Bref, toutes les illustrations de la vertu, de l'honneur, du courage et du dévouement, sauf, /s'il en est) de très rares exceptions , ont passé dans l'humanité en disant par leurs actes comme par leur parole : Je crois qu'après la mort il y a l'Eternité de la vie.

Et toutes les célébrités de l'opprobre, delà lâcheté, du vice, de l'égoïsme et de la scélératesse 1 , sauf quelques exceptions plus rares encore, ont passédansl'humanitéendisant : Jecrois qu'aprèà la mort, il y a le néant de la vie.

Entre ces témoins et ces témoins, entre ceux qui affirment et ceux qui nient la vie Eternelle, comment uu instant pourrions-nous hésiter?

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Donc, quand même (ce qui n'est pas), ces disciples de la négation égaleraient en nombre les disciples de l'affirmation, force nous serait encore d'affirmer avec l'humanité vertueuse, et de répudier le témoignage de l'humanité perverse. Oui, même en cette hypothèse, le devoir nous incomberait encore de croire avec l'humanité qui cherche, dans sa foi à l'Eternel, le courage de répudier le mal en embrassant le bien, et de nous séparer, en rejetant sou témoignage, de cette humanité qui cherche dans sa foi au néant, la liberté effrénée de rejeter tout bien en embrassant tout mal.

Qu'est-ce donc, quand nous venons à considérer que la négation de l'Eternel est le fait d'une minorité infime, c'est-à-dire le fait de quelques hommes se rencontrant çà et là, à travers les siècles et les espaces ; tandis que l'affirmation de V Eternel est le fait de milliards et de milliards d'hommes ?Qu'est-ce, lorsque aux clartés de l'histoire universelle nous pouvons constater qu'en face du dogme de la vie Eternelle, la négation c'est une fraction minime do l'humanité, et que l'affirmation c'est l'humanité entière; l'humanité qui, depuis six mille ans, traverse les siècles et les espaces en redisant, à tous les

degrés de sa hiérarchie, par toutes ses voix et notamment par la voix de ses plus hauts et de ses plus illustres représentants :

«Je marche dans le temps, où ma vie semble fuir comme l'ombre; mais je sais que cette vie passagère me conduit dans la demeure de mon Eternité; in âomum œtemitatis. »Et,si cette humanité éparse de siècle en siècle et d'espace en espace, pouvait nous apparaître ici tout entière dans le rayon d'un seul regard, elle nous dirait comme un seulhomme : « Oui , je le crois avec le Christianisme, il y a une Eternité; avec lui je crois à la vie Eternelle : Credo vitam œternarn. »

CONCLUSION

Tels sont, Messieurs, en faveur de l'éternelle vie, ce que j'ai nommé les témoignages du dehors, le témoignage de l'autorité : témoignage du Christianisme tout entier, et témoignage de l'humanité universelle.

J'avais annoncé comme attestant la même vérité, ce que j'ai nommé le témoignage du dedans

CERTITUDE DE l/ÉTEHNlTÉ

P^t"tl e> tém ° igUa ^ de ^me humaine.

' etî »t trop pour un seul discours

Bouc, à demain le témoignage de Y âme.

Ne vous étonnez pas si j'insiste sur ce point 1 eœutence de l'Eternité; car, c'est le poinçon! damental, sur lequel doit s'appuyer to ce "i

nous reste à dire, et sur lequel ne peut plane même l'ombre d'nn doute ><P'aner

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monstration.

Mais ianégation et la répudiation de VEiernel est. le penchant de ce siècle de matérialisme et de positivisme; et tous, plus que jamais, vous av*z besoin de mieux entendre le bien-fondé de notre croyance à l'Eternité, et l'inanité de ce que lw opposent les négateurs de l'Eternel

Je dirai donc demain comment l'âme humaine confirme par son propre témoignage, les deux

augustestemo.gnagesqnevousvenezd'entendre et comment vous êtes vous-mêmes les témoins de ce qu'ils vous affirment.

En attendant, ouvrons nos intelligences à la lumière qui nous vient de ces grands témoignages. Soyons saintement heureux et fiers de croire à une vérité qui a de tels témoins, et que

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le Christianisme et l'humanité tout entière environnent de si resplendissantes clartés.

Et, en face de cette Eternité, qui doit être pour nous la grande préoccupation de notre vie du temps, imitons l'Eglise, notre Mère. Ne nous contentons pas de la croire et de la proclamer par notre, parole; comme elle, cherchons-la par toutes nos actions et de toutes les manières.

Que veut, en effet, que cherche, qu'amhitionne l'Eglise par tous les mouvements de sa vie , par toutes ses entreprises, toutes ses fatigues, tous ses combats, toutes ses souffrances, toutes ses victoires, tous ses triomphes? Une seule et même chose : conduire les âmes, et, si elle le peut, toutes les âmes au bonheur Éternel, c'est-à-dire donner à tous un Dieu, un ciel, une Eternité.

Oui, tandis que toutes les institutions humaines visent le terrestre, le matériel et le temporel : seule l'Eglise, dans toutes ses actions, toutes ses démarches, toutes ses aspirations, vise le céleste, le spirituel et le divin, l'Etemel et encore l'Eternel. Cherchez, à travers sa longue et vaste histoire, un mouvement de sa vie, un entreprise de son ambition qui ait un autre objet, un autre but, que cet objet et que ce but; vous ne le trouverez pas. L'Eglise peut,

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dans soa action, s'appuyer sur les choses du emp s , mais c'est pour mieux vous élever vers le choses étemelles. Et, alors même q Z VE g se apparaît le plus mêlée, par son actton nu SSTr réalitéS P aSSa ^eset aux évén ment^

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temps, les perspectives de leurs D°est Les Ft jjg-jl. elle Ies p u S8e) et, ££**£

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triomphe sans fin. un

Enfants de l'Eglise, marchons sur ses mutons l'exemple de notre Mère. P '

Tout en étantaux devoirs, aux fonctions et aux labeurs que nous impose cette vie passagère, marchons-y en regardant l'Eternel, en aspirant à l'Eternel, en cherchant l'Eternel.

Dès ce soir, retirés dans vos demeures, vous vous direz, dans le silence des passions et dans le recueillement de vos âmes : Chrétien, je crois avec le Christianisme; homme, je crois avec l'humanité, qu'il y a une Eternité. De tels témoins ne me peuvent tromper. Oui, j'en suis certain, j'irai dans la demeure de mon Eternité;»!- domum œtemilatis.

Faites ainsi tous, Messieurs, et déjà vous vous demanderez en face de Dieu et de vousmêmes ce que doit vous inspirer, pour la réforme pratique de votre vie du temps, cette grande nensée de l'Eternité. Ainsi soit-il.

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