JÎTEttNITÉ
dans le temps, le voir et le posséder Éternellement. Que dis-je? ce bien, qui peut-être s'est accompli dans l'ombre de notre voyage de la terre, nous voulons le contempler dans les éternelles splendeurs du ciel.
Oui, même en ne consultant que le témoignage de notre âme, de cette àme naturellement chrétienne, nous pouvons dire avec l'apôtre saint Paul: Spesautem non confondit. Non, notre espérance ne sera point confondue; elle attendit par son attente elle affirme l'Eternel. Donc l'Eternel existe.
Comment, en effet, en pourrait-il être autrement? Comment, si notre àme n'a pas la vocation de vivre éternellement , a-t-elle, de ce côté de sa tombe, l'espérance spontanée de l'Eternité de la vie d'outre-tombe ?
Comment, sans une amère dérision, le Dieu infiniment sage et infiniment bon aurait-il pu mettre, entre l'aspiration de notre espérance et l'objet de notre espérance, cet antagonisme vraiment incompréhensible?
Comment ce Dieu qui a mis lui-même, au fond de notre âme, l'attente de l'Eternel, l'élan vers l'Eternel, consentirait-il à frustrer cette
TEMOIGNAGE DE L AME
attente, à tromper cet élan, en nous dérobant l'Eternel?
Comment concevoir qu'après avoir mis dans notre âme, pendant notre course du temps, l'espérance, l'attente et le besoin de l'Eternité, il nous arrête, un jour, à telle ou telle limite de notre vie d'outre-tombe, et nous condamne à retomber, avec notre attente déçue, nos aspirations trompées et notre espoir confondu, dans les profondeurs du néant ?
A cette question mon âme elle-même répond, et elle dit : Cela ne peut pas être : l'Eternité existe, j'en ai pour garant l'attente de YEterne 1 qui est le fond de mon espérance, mon espérance elle-même.
Ainsi, notre âme par son espérance et son attente, comme par sa conviction et sa foi, rend à l'existence de l'Eternité deux invincibles témoignages.
Nous pourrions, ce semble, ne pas aller plus loin. Mais il y a sur ce point, dans l'âme, ou si vous voulez, dans le cœur de l'homme, un témoignage non pas plus invincible peut-être, mais assurément plus éloquent ; c'est le témoignage de notre amour.
L ETHKNITÉ
L'âme qui se connaît et se sent elle-même ne dit pas seulement : Je pense et j'affirme 1 Eternel ; j'espère et j'attends l'Eternel ■ elle
ditencoreetsurtout:J'a^l'Eternel,j'a Si nV e àl'Eternité dans l'amour; donc , l'Eternité existe J appelle, comme terme suprême de ma vie un amour qui ne meurt pas; et moi-même je porte dans mon cœur un amour qui ne veut pas mourir Donc je ne mourrai pas; je suis éternelle; j'en ai pour garant le témoignage de mon amour.
Je ne sais, Messieurs, si vous avez jamais pénôtrf profondément^ compris parfaitement tout ce que renferme ce mot magique: aimer. Pour moi je l'avoue, plus je le médite, plus je lui demandé ce qu'il contient, plus je demeure convaincu que l'Eternité est dedans , et que cet acte le plus souverain de la vie humaine, cet acte pris dans son sens le plus élevé et le plus profond, est une attestation de l'Eternelle vie.
^ L'idéal de cet amour vraiment transcendant, c'est-à-dire planant au-dessus de tous les vul-
TEMOIGNAGE DE L AME
gaires amours, renferme surtoat ces trois conditions : aimer un seul être; aimer sans réserve ; et, par-dessus tout, aimer Eternellement.
Je néglige les deux premières conditions, qui ne tiennent que de loin au sujet actuel.
J'insiste sur la troisième : aimer Éternellement. C'estl'invinciblebesiondetout grand amour, et ce besoin démontre absolument l'Eternité de la vie.
Pour bien mesurer la portée de cette démonstration qui s'appuie sur le cœur humain, il faut se rappeler ce principe qui a, dans l'ordre moral, la valeur d'un axiome ; à savoir, que toute aspiration naturelle de l'amour, comme toute intuition spontanée de la pensée, a un objectif qui lui répond. En ce sens, les aspirations prophétisent les destinées, parce qu'elles supposent leur objet, sans lequel elles n'auraient pas de raison d'exister.
Or, voici une naturelle et invincible aspiration de notre cœur : il aspire à Y Éternel amour; et de ce chef, il affirme et démontre son Eternité.
Oui, Messieurs, tout amour sincère et profond aspire à s'Eterniser lui-même. Ses désirs et ses ambitions ont quelque chose d'infini, Il
L'iSTEttNlTlj
qu'il ai/no. Oh ' s'écrit t n - ^^sion de ce la Durée! .^ t^T "^ jesuisetdansce.uer;,:," 16 ^.^ 806 ^" quelle durée vous fau - n JT ^ ° amour !
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TÉMOIGNAGE DE L AME
alors , que venez-vous me parler de finir ? Ah ! si vraiment ce que j'aime doit m'échapper, je vous en prie, ne me le dites pas ; je ne veux pas vous entendre. Voilez, voilez plutôt devant mon cœur la fin de ce que j'aime, car la fin de ce que j'aime m'apparaît comme la mort démon amour, et mon amour ne veut pas mourir; il veut vivre, et s'il le peut, vivre Eternellement, et Eternellement aussi vivre avec. ce qu'il aime.
Tel est, Messieurs, l'indéracinable besoin de notre cœur; telle est la naturelle respiration de sa
vie.
Eh bien ! à ce besoin n'y aurait-il pas une satisfaction? Ou serions-nous condamnés à porter, pour notre supplice, dans une vie que le temps dévorerait tout entière , cet inépuisable besoin de l'Eternel amour,? Oh! non, mille fois non; un Dieu qui est lui-même tout amour, n'a pu nous destiner à cette cruelle déception.
Mais qu'y a-t-il en cette vie, qui soit capable de donner à notre cœur la satisfaction et le rassasiement qu'il appelle par chacun de ses battements? Et qu'est-ce qui, en dehors de l'Eternel, pourra répondre à sa nécessaire aspiration? Ah! je le sens et tous vous ie sentez avec moi; pour porter Le poids d'un tel amour, ce n'est pas trop
L ÉTERNITl'î
ae l'Eternel ; à la lettre, il faut réellement cette Eternité qu'il aspire nécessairement.
Oui, ce qu'il me faut pour combler l'abîme que creuse en moi le besoin de cet amour, c'est la permanence de mon être uni à un être Eternel, et par moi Eternellement aimé. Car, pour satisfaire un amour qui ne veutpas mourir, la première et la suprême condition, c'est de durer, de durer toujours. Et, pour réaliser ce toujours ou cette Eternité dans l'amour, il faut trouver en soi et dans ce que l'on aime, la perpétuité de l'existence et l'Eternité dans la vie.
Chose bonne à méditer : tous les terrestres amours , même les plus mondains, même les plus coupables; ces amours qui s'attachent avec acharnement à tout ce qu'il y a de plus fragile et de plus fugitif; ces amours qui se ruent sur le périssable, et se cramponnent aujourd'hui à ce qui ne doit pas avoir de lendemain; eh bien! même ceux-là, au sein de la caducité de tout ce qu'ils aiment , rêvent l'Immortalité de leur vie et de leur félicité.
Ah! Messieurs, qui donc, parmi vous.pourrait ignorer encore cette histoire toujours ancienne et toujours uouvelle,où se peint dans les amours humaines l'invincible besoin de se perpétuer et
TÉMOIGNAGE DU L'AME
de s'éterniser, même quand ils s'attachent à ce qui va les quitter,et déjà plus ou moins fuit et se dérobe ?
Un jour, deux êtres humains possédés d'un ég-albesoin d'aimer, se rencontrent au chemin de cette vie; un instinct mystérieux, et je ne sais quelle mutuelle attraction les attire et les rapproche; et dans l'illusion d"un bonheur qui voudrait se faire Eternel, ils se sont dit : Nous nous aimons aujourd'hui; eh! qui donc nous empêchera de nous aimer encore demain, aprèsdemain et toujours? Oui, toujours, toujours!... Hélas! tandis que ce toujours retentit sur leurs ' lèvres en trompant leurs cœurs, le temps fait un pas, et il emporte toute cette Eternité, qu'on rêvait de se faire dans la minute qui passe.
Mais il n'en reste pas moins vrai que, dans cette félicité qui n'a pu même se perpétuer deux jours, on voulait mettre quelque chose d'Eternel.
Et voilà, Messieurs, quand nous ne regardons que la terre et le temps, ce qui jette ici-bas à nos cœurs, affamés de l'Eternel amour, de si amers défis : c'est de sentir tout ce que nous aimons se dérober à nous; car le temps est une fuite des choses qui nous arrache chaque jour, et parfois même à toute heure qui sonne, ce que
nous avions l'ambition d'aimer éternellement ' Ah ! pour moi , mon cœur me dit qu'il n'en peut être finalement ainsi, et que ces séparations etces violences de la mort ne peuvent être le suprême
dénoûmentd^unevieambitieused'aimertoujours Oui, j'en suis certain; il y a quelque chose, au plutôt, il y a quelqu'un que j'aimerai toujours Ce que j'appelle par toutes les aspirations de mon cœur, c'est un amour éternel dans un cœur éternel; car un Dieu sage, un Dieu juste, un Dieu bon n'a pu vouloir condamner mon cœur a aspirer un amour qu'il ne devrait jamais embrasser, c'est-à-dire un amour Eternel.
Que dis-je! Même quand j'accorde à une créature fragile et caduque comme moi-même la mesure d'affection que Dieu permet et que sa Providence consacre; je sens que là encore en cet amour transitoire, j'ai une garantie de mon Eternité; car là même, en cette créature qui m apparaît ce qu'elle est, c'est-à-dire périssable je sens que je mets un amour qui ne veut pas périr; car ce que j'aime aujourd'hui, si je le trouve digne de mon amour, pourquoi ne l'aimerais-je plus demain, après-demain et toujours' Et ce que j'ai une fois aimé, je me demande quelle puissance pourrait m'empècher de l'aimer
TÉMOIGNAGE DE L'AME
à jamais? J'aime mon père et j'aime ma mère; j'aime mes frères et j'aime mes sœurs; j'aime tous ceux à qui j'ai fait du bien , et j'aime tous ceux qui m'en ont fait à moi-même. J'aime les âmes qui ont compris mon âme. J'aime, enfin, tous ceux quej'ai sentis vibrer comme moi-même sous ce souffle fraternel, où la vie répond à la vie, où le frère reconnaît son frère...
Et vous pensez que je pourrais encore accepter cette idée pour moi vraiment désespérante : un jour, tout ce que tu aimes ne sera plus; ou, si ce que tu aimes peut être encore , toi-même tu ne seras plus là pour lui faire don de ton amour, ou plutôt pour lui continuer cet amour qui voulait se faire Eternel?...
Ahl la main sur ce cœur ambitieux d'aimer éternellement, je m'écrie devant vous, qui avez un cœur comme mon cœur, un cœur affamé d'un amour Eternel : Impossible , impossible ! J'en crois au témoig-nag-e de ce cœur, qui m'atteste à la fois deux Immortalités : l'Immortalité de ce qu'il aime et l'Immortalité de son propre amour. Ah! si cette attestation me trompe, si cette affirmation pour moi n'est pas certaine; je renonce à toute certitude; je me voue sans espoir à l'empire de l'erreur , je m'enfonce
i/ÉTERNITÉ
dans l'obscur et sombre abîme du doute universel.
Messieurs, si votre cœur vous a dit un jour tout ce qu'il y a de vie, d'espérance et d'avenir dans cette parole : j'aime; pour vous l'Eternité est absolument démontrée, et votre cœur avec le mien affirme l'Eternel.
Ah! si, à l'heure qu'il est, et malgré tout ce que je viens de dire, vous pouviez douter encore de la véracité de cet infaillible témoignage de l'amour; je me contenterais de vous dire : Aimez une fois dans votre vie, mais dans le grand et noble sens où j'emploie ici ce mot : Alors vous croirez sans hésiter à l'Eternité de la vie.
La foi, qui d'ordinaire est la racine de l'amour, sortira elle-même toute vivante du fond même de votre amour; vous croirez à l'Eternelle vie, parce que vous éprouverez le besoin d'aimer Eternellement.
Pour moi, je l'avoue et je le proclame tout haut devant ce vaste auditoire, pour moi cette démonstration est absolument décisive. Et, en vous voyant ici tous vibrer sous ce souffle de vie qui sort de mon âme, pour aller, par la parole, toucher à toutes vos âmes; en sentant se remuer dans ma poitrine ce je ne sais quoi qui at-
TÉMOIGNAGE DE. L'AME
tire mon cœur vers vos cœurs, pour vous embrasser tous à la fois, dans l'unité vivante d'un même amour; j'ai besoin de m' écrier dans la clarté d'évidence qui jaillit de cet amour même: Frères, je vous aime ; frères, vous m'aimez ! Oh ! oui, nous nous aimons; et parce que nous nous aimons aujourd'hui, nous voulons, n'est-il pas vrai? nous aimer encore demain et toujours!
Dès lors, pour nous la démonstration est faite : nous sommes immortels. 11 y a pour nous un éternel amour dans une Eternelle vie.
Certes, ce témoignage pourrait nous suffire ; mais il faut aller jusqu'au bout, et entendre 'toutes les voix intimes par lesquelles notre âme nous dit :
11 y a une Eternité.
Jusqu'ici, Messieurs, nous avons entendu trois témoins sortis des profondeurs de notre âme, et tous trois attestant l'existence de l'Eternité : l'intelligence,par la pensée qu'elle a de l'Eternel ;
' !êTn P efT e ' Parl ' éIanqUMap0USSe --l'Ee ne i amour , par la pasgioQ ^
Il est dans notre âme un quatrième témoin de 1 Eternel; c est cette faculté royale que nous ap,: pelons notre volonté. l
Ce témoin a,par son attestation, une autorité * autant plus grande, quela volonté remplitdans le fonctionnement de notre vie un rôle pL émt nent, et y exerce un empire vraiment souverain Car S1 1 homme est roi dans la création, la volonté est reine dans l'homme même : elle tient en réalité le gouvernement de la vie humaine C est ce qui nous explique pourquoi les hommes valent surtout par leur volonté; cequia faitdire au grand saint Augustin :. Les hommes sont !
-des volontés. Homme* sunt voluntates »
Ecoutons donc cet autre témoin del'Eternelle vie. C'est le parfait accord de toutes les voix de 1 âme qui en fait, pour attester le vrai, l'incomparable puissance. Et, au point de vue où nous sommes, le témoignage de notre vouloir, non seulement n'est ni moins recevahle ni moins démonstratif que celui de nos autres facultés ; mais
TEMOIGNAGE DE LAME
encore, il est prépondérant, et par sa royale autorité particulièrement décisif.
Ce témoignage de la volonté est à la fois triple et un ; parce qu'elle veut d'un même acte trois choses qui se tiennent par un indissoluble lien.
Elle veut le bien, le bien complet, le souverain bien.
Elle veut la fin, la fin dernière ou la Destinée finale.
Elle veut le bonheur, le bonheur parfait, le suprême bonheur.
Or, il est manifeste que ce vouloir triple et un implique logiquement la volonté de l'Eternel.
Ce témoignage de la volonté humaine attestant par ces actes essentiels et spontanés l'Eternité de la vie, peut être, pour beaucoup d'hommes inattentifs, plus ou moins inconscient et sa voix plus ou moins sourde. Mais, pour quiconque veut se recueillir au sanctuaire de sa vie intime et se rendre attentif à tout ce qui parle en lui-même, ce témoignage paraîtra assez saisissable , cette voix assez distincte, pour y entendre une affirmation de l'Eternel, encore plus puissante et plus décisive que celles que nous avons déjà entendues.
Et tout d'abord, il y a dans le vouloir humain
H8 l'éternité
cette volonté première et fondamentale, qui tient à sa nature même, à savoir : la volonté du bien, et, dans son fond le plus intime, la volonté du souverain bien.
L'âme humaine a évidemment des volontés multiples; mais elle a aussi, et par-dessus tout, une volonté supérieure, éminente, générale, et! en quelque sorte unique: c'est la volonté du bien, du bien sans détermination ou délimitation par- - ticulière.
^ Assurément, l'objectif de tout vouloir humain c'est un bien, un bien quelconque, un bien réel ou imaginaire, une chose bonne par quelque endroit, ou du moins supposée telle.
Nous voulons ce bien ou cet autre bien. Et même, quand nous voulons embrasser le mal, nous lui prêtons/pour mieux l'embrasser, le vêtement et la physionomie du bien : tant il est vrai que la volonté a pour nécessaire objectif un bien, ou un mal vu sous l'aspect du bien Celui-là même qui, trompé par le prestige et la séduction de ses passions, se laisse tomber jusqu'aux plus profonds abîmes du mal, prétend encore y trouver un bien; et sous ce rapport, il n'est pas jusqu'aux plus grands scélérats qui ne se fassent, en leurs actes les plus pervers
TEMOIGNAGE DE LAME
l'illusion du bien; même dans la fange de leurs vices, comme certains animaux dans la boue qu'ils remuent, ils trouvent ou ils s'imaginent trouver encore quelque chose de bon.
Mais ce serait méconnaître la nature, l'essence et le mouvement de la volonté humaine, de supposer que, dans ses vouloirs multiples et variés, elle ne veut que tel ou tel bien particulier. Elle veut sans doute ceci et cela, hoc et illud, dit saint Augustin, c'est-à-dire ce bien et cet autre bien. Mais, ajoute ce grand homme : « Otez ceci et cela, toile hoc et toile illud; que « reste-t-il? » Il reste ce que l'âme veut avant tout, avant toute limite et toute restriction, c'està-dire le bien, rien que le bien; et remanet bo~ num; c'est-à-dire ce que l'âme veut primitivement, ce qu'elle veut spontanément; ce qu'elle veut, enfin, nécessairement. Par ses volontés libres, elle veut, elle choisit tel ou tel bien ; par sa volonté spontanée, par sa volonté nécessaire, elle veut simplement le bien. De même que l'âme par l'intelligence, au fond de toutes les vérités qu'elle perçoit et connaît, découvre et saisit avant tout la vérité; de même , par sa volonté au fond et au-dessus de tous les biens particuliers, elle veut le bien, rien que le bien; le
bien sans restriction, le bien sans limites.
Cest dire que lame veut, avant tout, le bien
sou Verai „e bien suprême, à la lettre le bien înfim, ou l'Infini du bien.
Or, vouloir l'Infini du bien, qu'est-ce, si co n est vouloir en même temps l'Eternité du bien' Que serait pour nous cet Infini du bien si cet Infini du bien que nous voulons, n'était 'pas Eternel? Un Infini limité dans la durée ZZ encore un Infini? Et serait-ce encore le bien que J e veux embrasser?Oh ! non vraiment .Tout le crie
hLn™ ^ bl<m S ° UVerain ' ° e bi6n SU P rême > ce bien mfini, q U1 est au fond de mon vouloir et
qui est ma volonté elle-même, ce bien estéternel b H ne 1 est pas, alors ce n'est plus le bien que je veux, le bien que j'appelle et auquel j'ai | ambition de m'unir, comme au véritable objectif de mon vouloir. Car, je le sens, un bien que je posséderais aujourd'hui et qui devrait me manquer demain; un bien même que j'embrasserais pendant des siècles, sans avoir la certitude de 1 embrasser éternellement, ce bien si grand et si plein fut-il, ne répondrait pas à l'ambition qu a ma volonté d'embrasser et de posséder le bien; parce que ce bien fait à la mesure de ma faculté de vouloir, ce n'est pas seulement
TÉMOIGNAGE DE L'AME
un bien infini en lui-même ou dans sa substance, c'est encore un bien infini dans sa durée.
Donc, ou Dieu me trompe par la volonté qu'il m'a donnée lui-même, ou je posséderai avec l'Infinité l'Eternité du bien.
Cette possession de l'Eternel m'est garantie encore par ma volonté considérée sous un autre aspect.
Ce que veut instinctivement et spontanément notre humaine volonté, c'est sa fin, sa fin dernière ou sa Destinée finale. Inutile d'insister ici sur ce point précédemment établi (I).
Or, cette fin dernière ou cette Destinée finale,, nous l'avons également démontré, ne peut être et n'est autre que Dieu lui-même.
Eh bien ! cette fin qui est en Dieu , Dieu luimême la pose devant ma volonté libre, et il me dit : Voici ta fin, ta fin suprême ; si tu la veux, tu la peux conquérir. Ma justice t'en fait un devoir et mon amour t'y invite; car je suis moimême ta fin , parce que je suis ton Créateur, ton souverain Maître, ton centre béatifique : viens donc!
Je le suppose : j'ai répondu à l'appel de Dieu ;
Cl) Voir la Destinée, 2" Discours.
ma volonté, ma volonté libre a marché vers ce terme indiqué par la Providence, la justice et l'amour : j'ai touche le but final ; j'ai conquis ma fin dernière, c'est-à-dire j'ai embrassé Dieu même.
Et maintenant, je le demande: cette fin une fois atteinte, quand finira-t-elle? Cet embrassementde mon Dieu , devenu ma souveraine béatitude, quand cessera-t-il d'exister? Jamais ! oh non, jamais! Cet embrassement de ma Destinée vivante ne peut plus cesser d'être; il est Etemel. Eh .'comment, en effet, cet embrassement de mon âme et de Dieu cesserait-il d'exister? Estce Dieu qui s'arracherait à moi, ou bien est-ce moi qui m'arracherais à Dieu ? Laquelle de ces deuxhypothèses la raison pourrait-elle admettre? Ni l'une ni l'autre.
Quoi ! Dieu m'arracherma fin? Dieu me dérober ma Destinée, en se dérobant lui-même à moi?..'. Mais cette fin, c'est Lui qui me la fait, c'est Lui qui me commande de l'atteindra, c'est Lui qui me dit par sa volonté souveraine : Embrassetafin en m'embrassant moi-même.
Eh bien! j'ai fait ce qu'il a voulu : j'ai embrassé ma fin, et avec elle Dieu même ; et Luimême m'arracherait ma fin en se dérobant à
TÉMOIGNAGE DE L'AME
moi? Quoi! une heure sonnerait où ce même Dieu qui m'a ordonné de l'embrasser au terme final de ma vie , comme mon suprême bonheur, me dirait en me repoussant de Lui : C'est assez jouir de moi; assez longtemps tu m'as possédé. Maintenant , retire-toi ; va , si tu le peux, trouver ailleurs ta félicité, ou rentre dans
ton néant.
Arrière! arrière une telle hypothèse! Tout crie en moi, comme en Dieu même : Impossible!
Comment donc ma Destinée, une fois conquise et embrassée par ma volonté libre, pourra-t- elle finir? Est-ce que moi-même, je m'arracherai à
ma fin?
Quoi ! moi-même me dérober à l'embrassement de Dieu? Mais comment? Où irais-je, en quittant ma fin et en m'arrachant à mon Dieu? Où me précipiter au delà? Et comment retourner en arrière?Ce quej'aimoi-mème voulu,je l'ai trouvé; j'ai conquis ma Destinée, je la tiens, je ne l'abandonnerai pas ; comme elle , et avec elle , je vivrai Eternellement.
Eh! comment, je vous prie, pourrais-je avoir la volonté de m'arracher moi-même à ma félicité suprême, en m'arrachant à ma fin dernière?
Ce que veut ma volonté, avant tout et par-
dessus tout,quand elle embrasse sa fin dernière, qu'est-ce, si ce n'est embrasser son bonheur? La fin dernière et le bonheur se tiennent par une nécessaire relation; ils sont liés l'un à l'autre par une chaîne plus forte que tout ; chaîne que nen, absolument rien ne saurait briser, et qui s appelle la force même des choses. Toute tendance vers la véritable fin, si petite et si prinutive soit-elle , c'est le bonheur qui commence; et la possession de la fin, le repos dans la fin, c'est le bonheur qui s'achève La suprême déviation de la fin dernière, c'est le suprême malheur, c'est le malheur même de l'enfer; et la conquête totale et définitive de la Destinée finale c'est le suprême bonheur, le bonheur même du ciel.
Ainsi l'exige l J ordre fondamental ; ainsi le proclame la plus vulgaire raison , l'irrécusable témoignage du sens commun.
Inutile d'insister sur un point rayonnant de a propre clarté , et d'une évidence qu'on i peut appeler primitive.
Mais, [ce [qu'il faut surtout bien entendre ici c'estque la volonté humaine veut nécessairement son bonheur, son suprême bonheur.et que pour être complet, achevé et suprême dans le vrai
TÉMOIGNAGE DE L'AME
sens de ce mot, ce bonheur doit être Eternel. •
Que l'homme en tout veuille son bonheur, son suprême bonheur, c'est une vérité devenue banale à force d'avoir été dite.
Mais il fallait la rappeler, parce qu'elle touche au fond même de ce sujet. Si l'homme ravi hors de lui-même par un mouvement de généreuse et sublime abnégation , peut, un moment, faire abstraction de son propre bonheur; il n'en peut jamais faire la complète abdication. Dans chacune de ses actions, par chacun de ses mouvements, l'homme, avons-nous dit, veut un bien, mais il le veut surtout, d'ordinaire, dans ses rapports avec son bonheur du temps ou son bonheur de l'Eternité. Et si.comme nous l'avons dit aussi, il veut en tout, non seulement tel bien particulier, limité, restreint, mais le bien total, souverain, suprême, enfin, il le veut surtout comme son suprême bonheur.
Or, il n'y a pas de suprême bonheur sans la permanence et l'Eternité danslebonheur.Cicéron
déjà l'avait compris, alors qu'il disait qu'on ne peut être vraiment heureux que dans la possession d'un bien stable et permanent : Nemo, nisi in stabili et permanente bono beatus esse potest. L'Eternité entre donc essentiellement comme
l'bternitk
. élément constitutif dans la plénitude du bonheur. Que serait pour moi un bonheur que je saurais devoir un jour finir, si ce n'est un bonheur incompatible avec le suprême bonheur?
Et, puisque ma volonté veut le bonheur complet, achevé, en un mot, le parfait bonheur, il en résulte qu'elle veut nécessairement l'Eternité dans le bonheur.
Cela posé, il faut avec la volonté humaine affirmer l'Eternelle vie, ou se précipiter dans les contradictions: contradictiqn dans l'homme et contradiction en Dieu lui-même. Comment comprendre (si l'Eternité n'existe pas) cette situation absolument contradictoire dans une volonté humaine : vouloir spontanément et nécessairement ce qui doit lui échapper fatalement. Contradiction .humaine doublée de la contradiction divine : Dieu mettant dans l'homme la volonté nécessaire de son bonheur suprême, et lui en refusant la condition absolument indispensable, à savoir, l'Eternité dans le bonheur.
Tel est , Messieurs , le témoignage d'une gravité spéciale que l'âme humaine rend par sa volonté à l'Eternité de sa vie. Elle dit : Je veux le bien, le bien complet, l'Infini dans le bien; et le le bien n'est ni complet, ni infini, s'il n'est pas
TEMOIGNAGE DE L'AME
Eternel. Je veux ma fin, ma fin dernière; et ma fin dernière doit être Eternelle. Je veux, enfin, mon bonheur, mon bonheur complet, mon bonheur parfait ; et mon bonheur ne peut être ni parfait, ni complet, s'il n'est pas Eternel.
Donc, il y a une Eternité .
Et c'est ainsi que la volonté, répondant de sa voix royale aux autres voix qui parlent au fond de l'âme humaine, affirme avec une puissance vraiment irrésistible , non seulement une fois, mais trois fois, l'existence de l'Eternelle vie.
Ne vous semble-t-il pas. Messieurs, que pour attester notre Eternel avenir, le témoignage de notre âme est aussi complet qu'il se peut concevoir?
Cependant, si nous y regardons de près, nous trouvons dans cette attestation de l'Eternité par l'âme humaine, quelque chose peut-être encore plus décisif que tout ce que nous avons dit jusqu'ici: c'est le témoignage de son action.
Non seulement notre âme pense, espère, aime et veut l'Eternel dans sa Destinée future; en fait elle le cherche, elle le poursuit avec un invincible besoin de l'atteindre.
C'est qu'en effet, notre marche dans le temps n'est, à la bien définir, qu'une poursuite constante de l'Eternité.
Nous venons de montrer comment l'acte essentiel de notre volonté est de vouloir le bonheur et le suprême bonheur. En ce moment, nous allons plus loin.et nous disons non plus seulement que notre âme veut avec le suprême, l'Eternel bonheur : nous disons qu'elle le cherche et le poursuit; et que cette recherche et cette poursuite est le grand ressort et l'universel mobile de toute son action.
Quiconque connaît un peu l'humanité, n'ignore plus que toute l'action humaine peut se résumer en cette formule :
Chercher l'Eternel.
Vous-mêmes jMessieurs,vous qui semblez,par tous les mouvements de votre vie , ne chercher et ne poursuivre que tout ce qui est du temps ; ne sentez-vous pas, au fond de tous ces mouvements, une force mystérieuse qui vous pousse vers l'Eternel ? Et, tandis que vous paraissez ne
TEMOIGNAGE DE L'AME
chercher qu'un bonheur qui a pour durée aujourd'hui, et, peut-être, pour extrême limite demain: n'est-il pas vrai qu'en réalité vous cherchez un bonheur sans fin?
Adorateurs des choses du temps, même sans y penser, c'est l'Eternité que vous poursuivez. Ambitieux de trouver le bonheur dans la gloire, vous cherchez une gloire Eternelle; ambitieux de trouver le bonheur dans la possession de la richesse, vous cherchez une richesse Eternelle ; ambitieux de vous faire un bonheur au sein de la volupté, vous poursuivez une volupté Eternelle.
Et vous, qui mettez votre bonheur dans l'éclat de la beauté , même de la beauté fugitive d'ici-bas; dites, pourquoi ètes-vous triste, lorsque vous sentez descendre sur votre front les premières ombres de cette vieillesse qui flétrit tout, et qui pour vous va bientôt venir, si elle n'est déjà venue? Fleur humaine que vous êtes, mais fleur d'un jour, vous portez même sous cette beauté, qui déjà se décolore, l'ambition de fleurir Eternellement.
D'où vient, en un mot, la grande douleur et parfois le désespoir de nous arracher à tout ce qui nous quitte, si ce n'est parce que nous
l'kteïjnité
de caducité, la secrète ambition d'Eterniser nos
jo-s et nos félicités d'un jour; et que, dai s a possession co mme dans la perte de'tout ce q •
est du temps, nous gardons notre, constante recherche de l'Eternité? liante
Ainsi, dans des situations et sous des faces d-r.es, sommes-nous tous dans ce vo^
vons U l'Ft° J T ,r ; danS ^ tempS ' n0US Pavons 1 Jj.tern.te. Et, chose remarquable, au fond
*« . P énomènes et des incidents qui nous mon-
comrons la preuve démonstrative de notre marche vers un terme qui ne doit pas finir
Rappelons ici ce qui, sur ce point, est développe ailleurs (1).
Comme le voyageur, nous passons, et passons toujo urs; et cette continuité du passage nous condamne à la perpétuité des déplacements
Au fond de ce mouvement qui nous fait marier toujours, en nous déplaçant sans cesse nest-Upas vrai que nous cherchons un point
(1) Voyez dans le volume intitulé la n„„,- , ,.
veloppement de cette vérité • L« »,>«, DegUne e, le décours, veine . m oieestuncoyage, 4e dis-
TÉMOIGNAGE DE L'AME
d'arrêt , un point d'arrêt définitif, et qu'à, travers toutes les étapes que nous parcourons, nous avons l'ambition d'arriver à mie station Éternelle ?
Comme le voyageur, nous quittons toujours quelqu'un ou quelque chose ; et la perpétuité de nos déplacements implique, comme conséquence forcée, la continuité de nos séparations. Qui donc a vécu et peut ignorer encore cette inéluctable loi de la vie : se séparer, se séparer encore , se séparer toujours?
Comment se fait-il, cependant, que sous le coup de ces séparations toujours renouvelées, nous gardions l'indéracinable instinct et l'irrésistible besoin d'une union qui ne doit pas finir? Ali! c'est qu'une voix secrète mais révélatrice nous dit à tous (quand nous savons l'écouter), qu'à travers toutes ces séparations, dont nous portons au cœur la blessure toujours saignante, nous poursuivons une union Éternelle.
Comme le voyageur encore, nous cheminons dans le travail, la fatigue et l'agitation. Et pourtant n'est-il pas vrai qu'au milieu de cette perpétuelle agitation, et de cette perpétuelle fatigue nous cherchons un repos, non un repos transitoire, mais un repos Éternel"'
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Messieurs, j'insiste sur ce cnint „ ■• ■ ,
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nelle vie , le besoin de vivre, et de vivre Éternellement.
, Où donc est-il sur la terre,celui qui veut mourir et mourir tout à fait ? Où donc est-il, l'être humain qui n'a pas la passion de vivre, et de vivre le plus possible ?
Est-ce le vieillard? Mais il n'a fait en vivant que développer en lui le besoin de vivre ; et son ambition de la vie semble croître à mesure qu'il avance vers la mort. Oui, même l'octog-énaire dit, en se penchant vers sa tombe : Vitam œtemam. La vie Eternelle ! La vie Eternelle !...
Qui donc vraiment sent le besoin de mourir ?
Le malheureux, dites-vous, celui que la vie accable ? Mais, ce malheureux, ne voyez-vous pas qu'il a besoin de vivre davantage, et que son malheur est précisément de ne pas vivre assez?
Qui donc, enfin, ne veut plus vivre, et aspire à mourir tout à fait? Ah ! je vous entends : le suicidé : celui-là, dites-vous, a bien perdu l'ambition de vivre, et surtout ue vivre Eternellement.
Eh bien, vous vous trompez : si cet homme veut secouer sa vie du temps, c'est que cette vie pour lui ressemble trop à une mort; sa vie se ' • 8
sent a 1 étroit ; il fa désire une ère lar*e; sa vie étouffe; il cherche à ses aspirabons un air plus libre; il rêve de trouver, de
1 autre coté de sa tombe, une atmosphère inconnue ou sa vie, que le temps a flétrie, puisse s'épa-
Zl S ° US n im S ° Ieil PlUS doux ^ sous des souilles meilleurs.
Et moi-même je sens, au plus profond de mon être, que si la tentation me venait un jour de précipiter ma mort, ah ! ce ne serait pas pour conquérir le sommeil du néant, mais pour embrasser l'Eternité de la vie.
Ainsi, sous quelque face que je considère ma vie voyageuse, elle m'atteste la certitude d'une Eternité :à travers mes déplacements, je cherche un terme Eternel ; à travers mes séparations je cherche une union Eternelle ; à travers toutes' mes fatigues, je cherche un repos Eternel; et à travers toutes mesmortsje cherche une vie Eternelle.
Voyageur que je suis, au chemin de cette vie, ]en ambitionne qu'une chose : arriver- oui ar river, pour moi c'est tout.
Or, pour moi, arriver, cela veut dire : toucher au terme final, à la fin oui ne finit plus- donc, à 1 Etermte, car l'Eternité c'est cela même
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Là, je veux m' arrêter et m'arrêter pour toujours. Là, je veux aimer et m'unir pour toujours. Là, je veux me reposer et me reposer pourtouours. Là, enfin, je veux vivre et vivre pour toujours.
Et ce mot suprême de mon Symbole : Vitam œternam , c'est le cri de toute ma vie. Donc, je vivrai Éternellement.
Ou bien il faut que je récuse, avec le témoignage du Christianisme et de l'Humanité, le témoignage de mon âme; il faut que je consente à me contredire, à me nier, à m'abdiquer, et j'allais dire, à m' anéantir moi-même.
Je n'y consentirai pas ; oh ! non, jamais ! Hier je disais, et tous vous disiez avec moi : Je crois à la parole de mon Verbe divin; je crois à la parole de l'Eglise infaillible ; je crois à la parole du genre humain.
Aujourd'hui je dis, et tous vous direz avec moi: Je crois à la voix de mon verbe intérieur, qui me crie de toutes les profondeurs de mon être : Il y a une Eternité.
Ah! oui, je le crois, credo ; car, ce n'est plus seulement le Christ, l'Eglise,les chrétiens, l'humanité , c'est mon âme qui me crie d'une voix que je ne puis étouffer: Tu es fiancé par ton Dieu
même à la fin qui t'appelle et t'attend, pour accomplir avec lui-même le mystère de ton Eternelle union : union béatifique qui a,pour se préparer.toute la vie du temps, pour se consommer, toute la vie de l'Eternité ! . . .