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1876. — TÉTRACGHLORURE DE CARBONE. — Morel signale les propriétés anesthésiques de ce corps. Son action est lexte ; il provoque une excitation très vive, des convulsions, de l’accélération du pouls, le collapsus, la mort. (Son action physiologique a été exposée par Laffont, dans une thèse de Paris, en 1877, et étudiée par Rabuteau, Société de biologie, 13 juin 1885). Il n'a pas été essayé sur l’homme.
1877. — BROMURE D'ÉTHYLE. — Turnbull, de Philadelphie, l'essaye sur les animaux, sur lui-même et dans les opérations ; R. J. Lewis l’emploie dans les hôpitaux (janvier 1880, Medical Times). En France, M. Terillon, puis MM. Berger, Verneuil, Périer en font usage. Son action se caractérise par la rapidité avec laquelle se produit l’anesthésie et avec laquelle celle-ci cesse, sans qu’il survienne d’agitation violente ni d’irritation de la peau ou des muqueuses. En réalité son action physiologique est encore peu connue. £
M. Terrillon, pour produire l’anesthésie locale, l’a substitué à l’éther ordinaire. Il a sur celui-ci l'avantage de produire des vapeurs ininflammables.
1878. — MORPHINE, ATROPINE ET CHLOROFORME. — Anesthésie mixte. — Afin d'éviter la syncope secondaire qui est toujours menaçante dans la chloroformisation, et aussi afin d’éluder la période d’excitation initiale, MM. Dastre et Morat ont l'idée d'associer l’atropine, qui accélère les battements du cœur et le cours du sang, à la morphine qui, à forte dose, amène la paralysie des centres cérébraux avec diminution, puis abolition de l’excitabilité des nerfs moteurs. Ils expérimentent sur le chien et obtiennent de bons résultats. M. Aubert, de Lyon, puis MM. Gayet et L. Tripier appliquent ce procédé à l’homme. Ils injectent un centimètre cube et demi d’une solution aqueuse contenant 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine et 5 milligrammes d’atropine, puis, 20 minutes après, donnent le chloroforme.
Lea ROME Des accidents imputables à l’atropine étant survenus, la méthode est délaissée.
1878. — PROTOXYDE D’AZOTE. — M. Dastre (1890) expose de la manière suivante ce que l’on pouvait dire de ce corps avant 1878, c’est-à-dire avant la découverte du procédé de P. Bert: « Les expériences ont démontré qu'on ne peut l'employer pur parce que s’il insensibilise, il asphyxie en même temps. On ne peut non plus l’employer mélangé, parce que s’il cesse alors d’asphyxier, il n’insensibilise plus. Il n’a donc d'usage que dans les opérations de très courte durée, pendant lesquelles l’asphyxie n’a pas le temps de se développer. C'est ce qui arrive pour la chirurgie dentaire ». Mais, en 1878, P. Bert établit cette loi physiologique en vertu de laquelle « l’action des gaz sur l’étre vivant est réglée par leur tension partielle », et démontre les réelles et inoffensives propriétés anesthésiques du protoxyde d'azote. D'après cette loi 1l faut, pour que le protoxyde d’azote, mélangé à d'autres gaz, ait sa propriété anesthésique, qu'il garde la pression d’une atmosphère dans le mélange. Or, en comprimant le protoxyde dilué avec un autre gaz, on arrive à en introduire autant qu’en l’offrant pur, mais non comprimé ; la compression compensant la dilution, l'effet physiologique est le même.
De la théorie on passa à la pratique; et l’on peut encore voir, à l'hôpital St-Louis, la cage de fonte vitrée où le procédé fut appliqué avec succès, en 1879. Malheureusement ce procédé est trop dispendieux pour être généralisé malgré les avantages qu’il présente.
1879. — CHLORAL ET MORPHINE. — Anesthésie mixte. — Trélat, après Jastrowitz, emploie ce mélange : hydrate de chloral 4 à 9 grammes, sirop de morphine 20 à 40 grammes dans 120 grammes d’eau, il le fait absorber en deux fois, à un quart d'heure de distance. Trois quarts d'heures après, l'engourdissement survient, puis un sommeil comateux, La
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sensibilité générale est alors fort émoussée et de petites opérations sont possibles. Pour en pratiquer de grandes, nécessitant la résolution musculaire, il suffit de faire respirer au patient un peu de chloroforme. On peut, comme le recommande M. Périer, donner le chloral à dose de 2 grammes, d'heure en heure, puis, au moment de l’opération, faire une ou plusieurs injections de morphine (Hayem).
1879. — CuLORURE D'ÉTHYLIDÈNE. — Rutherford Macphard trouve que ce corps, employé comme anesthésique, détermine une excitation peu marquée ; il constate la rapidité du réveil sans troubles consécutifs.
1880. — MÉTHYLCHLOROFORME. — Tauber étudie ce corps sur les animaux, puis sur lui-même, sous la surveillance de Langenbeck. Les effets en sont analogues à ceux du chloroforme (voir 1884).
1882. — DIiMÉTHYLACÉTAL ET CHLOROFORME. — Von Méring mélange deux parties du premier avec une partie du second et Fischer essaye ce mélange sur l’homme. Son action se caractérise par « la régularité du pouls, l'absence d’arrêts respiratoires, la suppression de l’irritation des conjonctives et de l'écoulement des larmes, l'absence de toux et enfin la simplicité des suites après le réveil » (Hayem). Il n’est pas employé.
1883. — NARCÉINE ET CHLOROFORME. — Anesthésie mixte. — (Découverte par Pelletier en 1832, étudiée en France par Cl. Bernard et Laborde, en Allemagne par Eulenburg et Erlenmeyer, employée chez l'homme par Bouchardat, Béhier, la narcéine serait préférable à la morphine. Elle n'aurait pas de propriétés convulsivantes). Rabuteau, modifiant le procédé de CI. Bernard (voir 1869), substitue la narcéine à la morphine. Ce procédé est essayé sur le chien ; il n’a pas été pratiqué sur l’homme,
1884. — MÉTHYLCHLOROFORME. — Cette substance est
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étudiée par Rabuteau qui lui attribue une action anesthési que plus lente que celle du chloroforme (voir 1887).
1884. — CHLORURE DE MÉTHYLÈNE. — Regnaud et Villejean ont étudié ce corps sur le chien (Soc. biol., 22 mars 1884). Il produit une anesthésie rapide (2 minutes), mais accompagnée de violentes contractures des muscles, ce qui le rend impropre à l'usage chirurgical (Dastre).
1884. — Cocaine (voir 1870). — Anesthésie locale. — Cette substance anesthésique est employée en laryngologie par J. Jalinck. Deux ou trois badigeonnages suffisent pour amener l'insensibilité des muqueuses ou de la peau dépourvue de son épiderme. Il en est de même avec une injection superficielle. Quelques gouttes instillées sur l’œil provoquent rapidement l’insensibilité de la conjonctive et de la cornée. La solution ordinairement employée est à 2 ou 4 pour 100 de chlorhydrate de cocaïne. Incorporée à des pommades, elle exerce également son action anesthésique.
1885.— CHLORURE D'ÉTHYLÈNE.— Rabuteau étudie son action physiologique, qu'il trouve lente et incomplète (v. 1887).
1885. — CHLORURE D'ÉTHYLIDÈNE. — Rabuteau étudie également les propriétés anesthésiantes de ce corps. D’après lui son action anesthésique se produit lentement (Soc. de biol., 13 juin 1885),
4887. — MÉTHYLCHLOROFORME. -— R. Dubois et L. Roux, en expérimentant sur des chiens, obtiennent l’anesthésie complète en 7 à 8 minutes, avec résolution musculaire, abaissement de 3 ou 4° de la température, sans période d'excitation.
1887. — CHLORURE D'ÉTHYLÈNE. — Les mêmes, R. Dubois et L. Roux, étudient l’action de ce corps sur des chiens et réussissent à obtenir, mais lentement, une anesthésie complète. Ils signalent une opacité cornéenne survenant 16 à 18 heures après les inhalations (Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 17 juin 1887).
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1887. — CHLOROFORME ET OXYGÈNE. — Anesthésie mixte. — Neudærfer propose le mélange d'oxygène avec les vapeërs de chloroforme, mélange qui à déjà été proposé pour l'éther, au début de la pratique de l’anesthésie générale. Kreutzmann essaie cette méthode et note « la suppression de la période d’excitation, la rapidité de l'anesthésie et du réveil, l’absence de malaise après ce dernier » (Hayem).
1888. — CHLORURE DE MÉTHYLE. — S{ypage. — Anesthésie locale. — M. Bailly, de Chambly, met à profit pour l’anesthésie locale le froid produit par l'évaporation du chlorure de méthyle qui peut atteindre jusqu’à — 23° centigrade, propriété déjà utilisée par M. Debove, dans les douleurs sciatiques notamment. Seulement, au lieu de diriger directement le jet de vapeur de chlorure de méthyle qui s'échappe du siphon, où ce corps est maintenu liquide sous pression, il le dirige sur un tampon d’ouate ou de flanelle qu'il applique ensuite sur les parties qu’il veut anesthésier. Ge procédé est surtout employé pour rendre moins douloureuses les scarifications, dans le traitement du lupus.
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Divers autres corps, dérivés chlorés de l’éthylène, ont été également essayés au point de vue de leurs propriétés anesthésiques. Nous citerons notamment le chlorure d'éthyle, éther chlorhydrique, essayé par Flourens, Tracy, Babri, Harlen et Heyfelder ; il ne présente pas d’intérêt ; le bichlorure de méthyle, proposé en 1867 par Richardson, et utilisé depuis avec succès par Lefort; le chlorure d’éthylidène, isomère du méthylchloroforme, essayé par Tauber sur des animaux : il a moins d'activité que le méthylchloroforme ; l’acétate d’éthyle, éther acétique, étudié par Bouisson, par Tracy, par Sigmund (de Prague); anesthésique des animaux à sang froid,il produit l’ébriété chez les animaux à sang chaud: Rabuteau dit que, pour obtenir l’anesthésie, il faut joindre à l’inhalation l'injection hypodermique de la
substance ; le benzoate d'éthyle, éther benzoïque : anesthésique des animaux à sang froid, ce corps n’a pas d’action sur les vertébrés à sang chaud ; l’hydrure d’amyle, employé par Richardson, le chlorure d'amyle, etc. (Dastre).
1891. — ETHÉRISATION. — Le professeur Julliard, de Genève, ayant à subir une opération, exprime sa volonté d'étre‘anesthésié avec l’éther et parvient à convaincre son opérateur, le professeur P. Bruns, de Tubingen, des avantages que présente cette méthode. Au Congrès des chirurgiens allemands, en 1891, il intéresse les membres de cette assemblée savante à cette méthode d’anesthésie. Dès lors, l'éthérisation que l’application du chloroforme anesthésique avait supplantée à peu près partout, si ce n’est à Lyon et aux Etats-Unis, rentre en faveur auprès d’un grand nombre de chirurgiens de tous les pays.
. Disons enfin que le pental, ayant occasionné une mort sur 226 applications, n’a guère rencontré de partisans.
Ajoutons encore que, en 1894, M. Meillères à proposé l'emploi d’un mélange de 9 parties d’éther pour une de chloroforme, mélange qui à été essayé sur l’homme avec succès, et que M. Rosemberg, pour éviter autant que possible la syncope primitive, recommanda, en 1895, de faire, au préalable, dans le nez, des pulvérisations de cocaïne en solution à 10 pour 100.
Dans cette revue rapide des anesthésiques employés jusqu'ici, nous avons tenu à être aussi complet que possible ; cependant nous ne nous dissimulons pas que nous avons dû commettre d’inévitables oublis. Nous ne nous dissimulons pas non plus, malgré la longueur de cette énumération, que la liste des anesthésiques nouveaux ou celle des méthodes anesthésiques nouvelles est loin d’être close.