‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 16 sur 42 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Historique de l'éthérisation.

Le 12 janvier 1847, devant l’Académie de médecine, Malgaigne prend la parole en ces termes :

« Les journaux anglais et américains ont annoncé une propriété de l’éther qu’on ne lui connaissait pas; ou, si cette propriété était connue, on en a fait une application nouvelle. Ils ont dit, ces journaux, que la respiration, l’inhalation de l’éther endormait la sensibilité générale, tellement que les opérations chirurgicales pratiquées dans cet état ne causaient que peu ou point de douleur.

« J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir. J'ai donc fait des essais à l'hôpital St-Louis, et c’est de ces effets que je veux parler à l’Académie.

« Ils sont au nombre de cinq seulement.

« Un jeune homme de dix-buit ans, qui portait un phlegmon suppuré de la jambe, à été soumis à l’inhalation de l’éther ; au bout de deux minutes, assoupissement cataleptique, j'ai fait une large incision ; deux minutes après le malade s’est réveillé ; je lui ai dit que j'allais lopérer. — Je le veux bien, puisque c’est nécessaire, a-t-il répondu. — Il n'avait rien senti.

« Sur un Italien, il a fallu cinq minutes pour produire l’assoupissement. Je lui ai extirpé un ganglion du cou; il n’a témoigné aucune souffrance.

« Sur une jeune femme l'inhalation n’a produit des ré-

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sultats qu'après huit minutes; alors je lui ai enlevé une tumeur du cou sans qu'elle en ait conscience.

« Un homme s’est présenté ayant eu la jambe écrasée par un wagon de chemin de fer. L’inhalation a duré quinze minutes pendant lesquelles on n’a pu obtenir qu'un résultat incomplet. L’amputation me paraissait urgente ; je l'ai pratiquée au lieu d'élection : le malade n’a accusé qu'une douleur très légère, qu'il comparait à la piqüre d’un canif.

« Enfin sur une jeune femme chez laquelle je voulais pratiquer l’opération du strabisme, l’inhalation après dix minutes n'a produit aucun effet ».

Notons que Malgaigne n'ayant pas de flacon à deux tubulures, comme on en avait en Angleterre et en Amérique pour administrer l’éther, se servait d’un simple tube fermé à l’une de ses extrémités, à la manière d’une éprouvette ; il plaçait l'extrémité ouverte de ce tube contenant de l’éther dans l’une des narines du patient. Celui-ci inspirait par le nez un mélange d’air et de vapeur d’éther et expirait par la bouche.

A la suite de cette communication de Malgaigne, Velpeau, dans cette même séance de l’Académie de médecine, annonce que, lui aussi, a eu connaissance du procédé anesthésique employé dans le nouveau continent. « Néanmoins, dit-il, je n’en aï pas fait usage ; j’ai été retenu par la crainte de nuire à mes malades en voulant leur épargner une douleur peut-être utile. Et puis qui sait si les aspirations soutenues d’éther sont absolument sans danger ? Je suis porté à le croire d’après les essais de M. Malgaigne, et je marcherai plus sûrement maintenant qu’il nous a ouvert la voie ».

Le Bulletin de l'Académie de médecine, où nous puisons ces faits, est empreint d’une sécheresse véritablement surprenante. On ne se douterait pas le moins du monde qu'il s’agit de l’une des découvertes qui contribueront à assurer à notre siècle, si fertile en étonnements, la postérité glo-

ASTIMÈSE

rieuse que nous lui présageons. Mais, de ce que les comptesrendus de l’Académie de médecine présentent un tel caractère, il ne faut pas induire que la découverte de l’anesthésie passa inaperçue, Au contraire, l'effet stupéfiant de l’éther, avec et sans jeu de mot, ne tarda pas à s'exercer non seulement sur le monde savant, mais aussi sur la foule des profanes. Ce fut à qui expérimenterait sur lui-même l'ivresse éthérique. Aussi, les communications des expériences faites ne tardèrent-elles pas à emplir les journaux et à affluer auprès de toutes les sociétés savantes. C’est en relatant ces communications, pour ainsi dire au jour le jour, que nous nous proposons d'écrire l'historique de cette belle découverte: l'anesthésie chirurgicale. Si l'inutilité de reproduire toutes ces communications dans leur entier n’était évidente, nous aurions quelque plaisir à ne rien omettre de ce qui a été dit sur cette question et à n’en rien résumer, dans la crainte d'interpréter à tort les observations et les théories des savants qui ont fait de l’éthérisation l’objet de leurs recherches, Nous nous contenterons donc de faire une sélection parmi ces travaux de telle sorte que, arrivé au terme de cet historique, nous ayons en même temps exposé les effets physiologiques de l’anesthésie par l’éther. Nous nous efforcerons de laisser la parole aux auteurs eux-mêmes, le plus souvent possible, en respectant autant que nous pourrons le texte où nous puiserons. Nous ne démarquerons pas les auteurs, sous le prétexte trompeur de donner une allure personnelle à notre étude, estimant que la sincérité historique ne s’accommode pas de ce pillage coupable.

Si nous avons commencé notre récit à la date du 12 janvier 1847, c’est que la première communication officielle faite à un corps savant français, sur la question qui nous occupe, date, en effet, de ce jour, puisque c’est ce jour-là que Malgaigne fit part de’ ses observations à l’Académie de médecine. Mais, dès le 15 décembre 1846 Jobert, à Paris,

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