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dès le 47 du même mois, Robinson, dentiste de la Cour, à Londres, s’en servent, le premier avec insuccès, le second avec succès. Celui-ci parvient à extraire une dent sans douleur. Deux jours après, le 19, dans cette même ville de Londres, ainsi que nous l'avons rapporté dans notre chronologie des anesthésiques, Liston, à l'hôpital d’University- College, ampute une jambe sans que le patient ressente la plus petite douleur. Velpeau, qui avait été mis au courant de la découverte par le dentiste américain Fischer, presqu'en même temps que Jobert, avait refusé d’user du procédé à cause du secret gardésur la nature des substances employées. Il faut dire qu’à cette époque, Jakson et Morton, les inventeurs de la méthode anesthésique nouvelle, avaient eu un moment l'intention de l’exploiteràleur profit, et, pour mieux garder leursecret, déguisaient l’odeur del’étheren mélant de l'essence de Neroli à cette substance. Mais, aussitôt après la communication de Malgaigne à l'Académie de médecine, Velpeau n’hésita plus à expérimenter l’éther sur ses malades. Aussi le voyons-nous, dès le 18 janvier 1847, faire part à l’Académie des sciences des résultats qu'il a obtenus. Ceux-ci ne lui ayant pas donné une satisfaction suffisante, il ne put se prononcer d’une facon catégorique. Aussi « sa parole, ainsi que le remarque MM. Ludger Lallemand et Perrin dans leur Traité de l’anesthésie chirurgicale (1863), fut-elle d'abord hésitante, pleine de sages réserves ». Nous verrons bientôt que les hésitations de Velpeau ne tardèrent pas à se transformer en un enthousiasme absolu. Gomme il venait de terminer sa communication, M. Elie de Beaumont rappela à l'Académie qu’il avait déposé antérieurement un pli cacheté qui lui avait été adressé par un chimiste de Boston, M. Jakson ; il en demanda en même temps l'ouverture, qui fut faite aussitôt. Le pli cacheté contenait une lettre de Jakson que nous croyons devoir reproduire non seulement parce qu’il y fait part de sa découverte à
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l'Académie, ce qui lui donne un intérêt historique de première importance, mais aussi parce qu’il y expose avec beaucoup de précision et les effets physiologiques de l’agent anesthésique et la manière de l’administrer efficacement. Voici cette lettre dont nous empruntons le texte à M. Perrin, le Bulletin de l'Académie des sciences n’en ayant publié que des fragments.
Boston, le 13 novembre 1846.
« Je vous demande la permission de communiquer, par votre intermédiaire, à l'Académie des sciences, une découverte que j'ai faite et que je crois importante pour le soulagement de l'humanité souffrante, et d'une grande valeur pour l'art chirurgical.
& Il y a cinq ou six ans, je reconnus l’état particulier d’insensibilité dans lequel le système nerveux est plongé par l’inhalation de la vapeur d’éther sulfurique pur, que je respirai en grande abondance, d’abord par forme d’expérience, et plus tard dans un moment où j'avais un rhume très fort causé par l’inhalation du chlore. J'ai tiré dernièrement un parti utile de ce fait (1) en déterminant un dentiste de cette ville à adminis-
(1) Pendant l’hiver de 1841 à 1842, un jour que Jakson préparait du chlore pour une lecon qu’il devait donner à l'association charitable de Massachussetts, il aspira une quantité considérable de ce gaz émané d’une grande bouteille accidentellement brisée. Pour remédier à l’irritation violente qui en fut la suite, Jakson imagina de respirer des vapeurs d’éther et d’ammoniaque, non pas précisément dans le but de calmer la douleur, mais dans l’espoir que, par une double combinaison, l'hydrogène de l’éther formerait, avec le chlore, de l'acide chlorhydrique, lequel serait immédiatement fixé par l'ammoniaque, Quoi qu’il en soit l’éther lui procura du soulagement ; son usage fut continué et des phénomènes d’un autre ordre ne tardèrent pas à se produire. « Mes pieds et mes jambes, écrit-il, étaient engourdis et insensibles ; il me semblait que je flottais dans lair ; je ne sentais plus la berceuse sur laquelle j'étais assis ; ma gorge et ma poitrine ne me faisaient plus de mal ; je me trouvai enfin, pendant un espace de temps que je ne puis définir, dans un état de rêverie et d’insensibilité. Lorsque je revins, j'avais toujours des vertiges, mais point d'envie de me mouvoir ; la toile qui contenait l’éther était tombée de ma bouche; je n'avais plus de douleur dans la poitrine ni dansla gorge
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trer les vapeurs d’éther aux personnes auxquelles il devait arracher des dents. On observa que ces personnes n’éprouvèrent aucune douleur dans l'opération, et qu’il ne résulta aucun inconvénient de l'administration de la vapeur d’éther.
« Je priai ensuite ce dentiste d’aller à l'hôpital de Massachussetts et d’administrer la vapeur d’éther à un malade auquel on allait faire subir une opération chirurgicale douloureuse. Le résultat fut que le malade n’éprouva pas la moindre douleur et alla bien ensuite. Une opération à la mâchoire, l'amputation de la jambe et la dissection d’une tumeur ont été faites sur différents malades avec le même succès et toujours sans douleur. Les malades ont eu des convalescences remarquablement faciles et sans secousse nerveuse.
« Je désirerais que l’Académie des sciences voulût bien nommer une commission chargée de faire les expériences nécessaires pour constater l'exactitude des assertions que je vous adresse sur les effets merveilleux de l’inhalation de la vapeur d’éther.
« On peut respirer très commodément cette vapeur en plongeant une grande éponge dans l’éther, la plaçant dans un tube conique court ou dans un entonnoir, et aspirant l’air atmosphérique dans les poumons à travers l'éponge saturée d’éther. L’air peut ensuite être rejeté par les narines, ou bien on peut mettre des soupapes au tube et à l'entonnoir, de manière que l’haleine ne sorte pas à travers l'éponge, où elle affaiblirait l’éther par la vapeur d’eau qu’elle renferme.
« Au bout de quelques minutes, le malade tombe dans un état de sommeil très particulier, et peut être soumis à toutes les opérations chirurgicales sans éprouver aucune douleur; son pouls devient un peu plus rapide et ses yeux brillent comme
mais Je ressentis bientôt un tremblement inexplicable dans tout le corps ; le mal de gorge et de poitrine revint bientôt, cependant avec moins d'intensité qu'auparavant. Comme je ne m'étais pas aperçu de la douleur, non plus que des objets extérieurs, peu de temps avant et après que j’eus perdu connaissance, je conclus que la paralysie des nerfs de la sensibilité serait si grande, tant que dureraït cet élat, que Von pourrait opérer un malade soumis à l'influence de l’éther sans qu'il ressentit la moindre douleur » (Perrin et Ludger Lallemand).
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par l'effet d’un état particulier d'excitation. En se remettant au bout de quelques minutes, il vous dira qu’il a dormi ou qu’il a rêvé.
« Si l’éther est faible, il ne produira pas l'effet qui lui est propre.
« Le malade sera seulement enivré et éprouvera ensuite un mal de tête lourd. On ne doit, par conséquent, faire usage que de l'éther le plus fortement rectifié.
« Si un dentiste arrache les dents le soir, il serait à propos d’avoir une lampe de sûreté Davy pour y placer la lumière, afin d'éviter le danger des explosions causées par la vapeur d'éther, qui s’enflammerait si une flamme était approchée de la bouche.
« Pour l'administration de la vapeur d'éther, il est important d'en avoir un grand volume, de manière qu’elle puisse être respirée librement et produise promptement son effet, parce qu’on évite ainsi toute sensation désagréable, mais il n’y a aucun danger à craindre d'une inhalation prolongée de la vapeur d'éther, pourvu que l'air atmosphérique soit lui-même admis convenablement. Dans les opérations prolongées, on pourrait appliquer la vapeur d’éther plusieurs fois à des intervalles convenables de manière à tenir le malade endormi ».
Nous avons tenu à reproduire cette lettre en entier parce qu'elle démontre que Jakson a, dès les premiers essais de l’éthérisation, fort bien observé et noté les effets physiologiques de l'agent anesthésique et indiqué la technique suivant laquelle on doit l’administrer. Sans doute il appartenait aux physiologistes de déterminer le mode d'action de l'éther, aux chirurgiens d’en préciser le mode d’administration, mais on remarquera par la suite que Jakson, du premier coup, à fixé bien des points à cet égard.
La lettre de Jakson est datée du 13 novembre 1846, mais c’est le 30 septembre précédent, à 9 heures du soir, que Morton, déjà cité, pratiqua sans douleur l'extraction d’une dent
malade après avoir fait respirer au patient de l’éther versé MERCIER 6
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sur son mouchoir. Ce résultat, suivi d’autres, transmis au D' Warren, conduisit ce dernier à se servir de l'éther pour ses opérations. Le 17 octobre 1846, Morton, à l’aide d’un vase à deux tubulures, endormit le malade, et Warren exécuta l'opération qu’il avait à pratiquer, sans que le patient éprouvât de douleur. Une nouvelle opération fut pratiquée le lendemain, 18 octobre, avec le même succès, mais il est à noter que cette fois les inhalations furent continuées pendant la durée de l'opération. Au cours de celle-ci, le malade proféra quelques murmures qu'il attribua, après son réveil, aux effets d’un mauvais rêve.
Nous connaissons déjà les circonstances dans lesquelles la pratique de l’éthérisation a été introduite à Paris. Nous continuerons, dans la suite de cet historique, à rapporter principalement les communications concernant l’anesthésie par l’éther, faites aux deux principales sociétés savantes devant lesquelles la question fut surtout discutée, c’est-àdire l'Académie des sciences et l’Académie de médecine . Dans cette même séance du 18 janvier, à l'Académie des sciences, Velpeau, après avoir constaté que les effets de léther lui avaient paru inconstants et ne se maintenaient guère au delà de deux à cinq minutes, ajoutait : «il est possible au surplus que l’inconstance des effets de l’éther tienne autant à l’imperfection des appareils employés chez nous qu’à la nature même du médicament ou à la diversité des idiosyncrasies ». Cette question des appareils, discutée également par Roux, qui déclarait que la découverte de l’appareil le plus avantageux pour soumettre les patients aux inspirations dont il s’agit était la première chose à désirer, mais que, malgré la perfection des appareils, quelques individus sont réfractaires à l’action des vapeurs éthérées, cette question, disons-nous, dès cette séance, parut fort intéressante et commença à occuper les fabricants tout autant que les chirurgiens. Dès lors, en effet, à chaque séance de l'une
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des deux Académies, on trouve la présentation d'un ou plusieurs appareils à éthérisation par les fabricants les plus autorisés de l’époque.
Notre intention étant d'étudier cette question des appareils dans un chapitre spécial, nous ne nous y arréterons pas davantage, nous contentant de citer pour le moment le nom des constructeurs qui s’en sont le plus occupés, MM. Charrière et Lüer.
Dans son compte-rendu de la séance du 19 janvier, à l'Académie de médecine, le Bulletin de cette société inséra, à propos d'une communication de M. Mérat, une note que nous tenons à reproduire presque dans son entier, parce qu'elle résume en quelque sorte les effets observés et notés de l’éther employé comme agent anesthésique. Voici cette note :
«... Le même résultat (linsensibilité), d’après M. Renault, directeur de l’école d’Alfort, s’est produit chez les animaux. On a pu les opérer sans qu'ils manifestassent de sensibilité. Un chien que l’on a forcé à ne respirer que de l’éther pendant trois quarts d'heure à l’aide d'une machine appropriée, est mort sans qu’on ait remarqué des lésions des organes sur son cadavre.
« L’éthérisation était pratiquée alors soit à l’aide d’un flacon placé sous le nez, ou en le respirant à l’aide d’un flacon à deux tubulures, ou en plaçant une éponge imbibée d’éther, recouverte d’un entonnoir, dont le sujet à opérer met le tube dans sa bouche — nous respectons le style du Bulletin — en aspirant fortement l'air qui passe par l'éponge. Au bout de deux à dix minutes, suivant les sujets, la figure se colore, le pouls devient plus fréquent, les yeux brillent, il y a parfois un peu de toux momentanée, du mal de tête, puis quelques paroles approchant d'un léger délire ; mais bientôt la figure pâlit, la respiration devient plus rare, et les malades tombent dans le sommeil, laissant tomber la