‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 20 sur 42 · ACADÉMIE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 8 février 1847.

FLourEns. — Vote touchant les effets de l’inhalalion éthérée sur la moelle épinière.

« PREMIÈRE EXPÉRIENCE : sur un chien. — Au bout de

trente ou trente-cinq minutes à peu près, l'animal, soumis à l'inhalation de l’éther, est tombé dans une insensibilité absolue. Ets

Alors la moelle a été mise à nu, sur un point de la région dorsale.

Pendant cette cruelle opération, l'animal n’a donné aucun signe de douleur.

La moelle épinière étant mise à nu on a pincé, coupé les racines postérieures (nerfs du sentiment), et l'animal n’arien senti.

On a pincé, coupé les racines antérieures (nerfs du mouvement), aucun des muscles auxquels les nerfs venus de ces racines se rendent, ne s’est mü. l

Enfin on a blessé, déchiré, coupé la moelle épinière ellemême, sans que l'animal ait donné le moindre signe de douleur ni de convulsions.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE : sur un chien. — Même expérience que la précédente, et même résultat général : seulement quand on a coupé les racines antérieures (nerfs du mouvement) il a paru, à la section de chacune de ces racines, une légère secousse de l'animal.

TROISIÈME EXPÉRIENCE : sur un chien. — Les parties extérieures étant devenues insensibles, on met la moelle épinière à nu.

Une racine postérieure est coupée: nulle douleur ; la racine antérieure correspondante est coupée : légère secousse de l’animal.

L'inhalation de l’éther est continuée pendant quelques minutes encore : au bout de ce temps on coupe une nouvelle racine antérieure, et l’animal n’éprouve plus de secousse.

QUATRIÈME EXPÉRIENGE : sur un lapin. — L'animal, après quinze à vingt minutes de l’inhalation de l’éther, a perdu toute sensibilité. La moelle épinière a été mise à nu: la section des cordons postérieurs ne provoque aucune douleur ; la section des cordons antérieurs détermine une légère secousse de l'animal.

L'éther a donc l’étonnante facilité d’anéantir pour un temps donné, dans la moelle épinière, le principe du sentiment et celui du mouvement. De plus, le principe du sentiment disparaît avant le principe du mouvement.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que, l’effet de l’éther une fois dissipé, la moelle épinière reprend toutes ses forces perdues, sauf dans les points qui ont été coupés ou trop maltraités pendant l'expérience,

Les parties du corps, placées au-dessous de ces points, restent paralysées ».

ACADÉMIE DE MÉDECINE Séance du 9 février 1857.

LonGer. — D’après ses expériences on ne peut comparer l'ébriété alcoolique à l’ébriété spéciale déterminée par l’éther.

L’éthérisation présente deux périodes :

Care Dans l’une l'animal engourdi, ne pouvant plus se soutenir sur ses membres, tombe sur le flanc et s’agite s’assoupit, puis, bientôt, devenu étranger au monde extérieur, n’exécute aucun mouvement spontané, et demeure dans un sommeil profond ; toutefois il crie encore et s'agite de nouveau si je pince fortement une partie sensible de son corps, sans s’éveiller pour réagir d’une manière efficace contre cette violence extérieure. Cette période est, pour nous, la période d’éthérisation des lobes cérébraux, et même des autres centres encéphaliques (cervelet, tubercules quadrijumeaux, couches optiques et corps striés), excepté la protubérance annulaire et le bulbe rachidien.

Dans l’autre, les animaux ayant subi plus longtemps l’inhalation éthérée, ne crient plus, ne s’agitent plus, même quand on tiraille ou qu'on dilacère les parties les plus sensibles de leur système nerveux. Cette période est celle d’éthérisation de la protubéranee annulaire, dont les effets viennent s’adjoindre à ceux de la période précédente ».

Ces effets, on peut les reproduire chez les animaux, indépendamment de l’éther, par des mutilations portant sur les parties encéphaliques successivement atteintes par l’anesthésie : « Mutile-t-on la masse encéphalique des lapins ou des chiens, au point de ne laisser dans la cavité cränienne que la protubérance et le bulbe, ces animaux, quoique paraissant plongés dans un coma profond, pourront encore sous l'influence de vives irritations extérieures, pousser des cris plaintifs, s'agiter violemment, comme ceux qui n’ont

ERA, are

subi que l’éthérisation des lobes cérébraux ; mais vient-on à léser assez profondément la protubérance annulaire, immédiatement les cris, lagitation qui succédaient à de violents pincements, cessent ; on n’a plus qu’un animal chez lequel la circulation, la respiration et les autres fonctions nutritives continuent momentanément de s’accomplir ; et cet animal, qui vient de perdre sa protubérance, c’est-à-dire son centre perceptif des impressions tactiles, doit donc, au point de vue physiologique, être comparé à cet autre qui atteint la période d'éthérisation de la protubérance ou d'insensibilité absolue.

« Si maintenant, je soumets à l’action des vapeurs éthérées l’un de ces animaux qui de son encéphale ne conserve que la protubérance et le bulbe, je pourrai engourdir complètement sa faculté de sentir, de sorte que non seulement ses cordons nerveux, maisencore sa protubérance elle-même deviennent tout à fait insensibles..….

« La vraie période chirurgicale doit donc correspondre à celle d’éthérisation complète de la protubérance annulaire, et elle doit être reconnue à l'avance par le chirurgien qui n'opèrera qu'après avoir exploré, autant que possible, l’état de la sensibilité »,.. Mais il ne faudra pas aller au delà de cette période « car qui peut se rappeler sans quelque effroi que la protubérance et le bulbe rachidien (nœud vital) sont contigus ; qne, par conséquent, les profondes perturbations que l’éther occasionne chez la première sont bien près de retentir sur le second ; qu’enfin la mort des animaux qui ont trop respiré la vapeur d’éther paraît due à une sorte d’asphyxie à laquelle l’éthérisation du bulbe lui-même n’est sans doute pas étrangère ? »

A dessein, dans le compte-rendu de ces deux séances mé-

morables de l'Académie des sciences et de l’Académie de MERCIER 8

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