‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 22 sur 42 · PRE · texte numérisé non relu

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rallie. Il a raison si l’on s’en rapporte à ses expériences, mais il faut dire que l’altération du tissu nerveux ne tenait pas tant à l’action de l’éther qu'au mode d’excitation qu’il employait : il pinçait en effet les nerfs pour les exciter, et il les pinçait si fortement qu'il rompait en quelque sorte les cylindres-axes. Il produisait donc mécaniquement une véritable mutilation. Est-ce à dire, cependant, que l’éther lui-même n'ait pas apporté une modification dans la constitution de la fibre nerveuse ? Nous pensons le contraire. En effet, l’éther dissout les graisses ; et la myéline, substance graisseuse, interposée entre la gaine de Schwan et le cylindre-axe, a pu subir l’action de l’éther. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, il nous paraît beaucoup plus rationnel d’expliquer l'action anesthésique locale de l’éther, dans les expériences de Serres, par le froid intense produit par l'évaporation de cet agent. Peut-être cette discussion physiologique eùt-elle été mieux à sa place au chapitre de la physiologie de l’éthérisation ? Mais il nous à paru que cette question de l’anesthésie locale était hors de notre cadre, aussi nous contentons-nous d’en dire ces quelques mots.

A cette même séance, Magendie, qui n’a jamais assisté à aucune éthérisation et n’en dénigre pas moins, de parti pris, sans doute par hostilité vipérine à l'égard de Flourens, la nouvelle méthode anesthésique, fait observer que « l'éther peut être par lui-même l’occasion de douleurs très vives et insupportables : « ainsi j'ai entendu dire, à une jeune femme, rapporte-t-il, qu’elle s'était crue au moment de mourir dès les premiers instants de l’éthérisation..…. Dès les premières inhalations les rêves commencent, le sommeil alors n'est pas complet, l'individu voit, entend, répond aux questions, en proie à une préoccupation intérieure : bientôt les paupières se ferment, le globe de l'œil roule dans le haut de lorbite, les pupilles sont contractées : c'est à ce moment que l'insensibilité se manifeste. Si l’on pousse trop loin les in-

halations chez les animaux, ajoute-t-il, ceux-ci meurent. Il en serait probablement de même chez l’homme » (!) IT énumère ensuite des cas où l'ivresse n’a pas été suivie d’anesthésieetil conclut qu'il faut beaucoup rabattre de la puissance de l’éther pour abolir temporairement la sensibilité. Notons que sa description, malgré l'esprit d'hostilité qui l’anime, est conforme à l'observation des faits.

Leroy, d’Etiolles, signale les avantages de l'éthérisation dans la lithotritie, l’éther faisant cesser les contractions de la vessie, qui rendent difficile le jeu de l'instrument.

M. Gruby donne un tableau résumant ses recherches relativement à l’action de l’éther chez certains animaux, souris, grenouilles, lapins, chiens, et conclut :

«.….. 39 L’éther agit comme les liqueurs alcooliques. 4° La mort, résultant de l'inspiration prolongée, est due à l'accumulation du sang dans les veines du cerveau, dans les veines pulmonaires, dans les veines caves, à lengorgement du foie et des reins, et à la paralysie des muscles respiratoires.

Bouvier, dans une lettre à l'Académie, signale le stertor. Ses observations le conduisent à penser que l’on peut graduer laction de l’éther au point de vue de l’insensibilité à la douleur, suivant les opérations. Cette insensibilité présente, en effet, des degrés ascendants qui correspondent à des doses progressives du médicament, doses variables selon les dispositions individuelles. [l rapporte un cas dans lequel il s’agit d'une femme qu’il opéra pour un strabisme interne. L’éther l’endormit au bout de quatre minutes, cependant elle fit un mouvement au commencement de l’opération, alors il prolongea les inhalations d’une minute et l'insensibilité fut complète : « une respiration bruyante, qui d’ailleurs s’était déjà manifestée pendant les aspirations d’éther, put seule faire soupconner une souffrance obscure ».

ARTE UAUR

M. Hutin, dans une note, signale également les bons effets qu'il a obtenus des inhalations répétées d’éther, Un malade, endormi en sept minutes, avait été agité pendant l’amputation de sa jambe puis était redevenu calme au moment des ligatures ; « l'opérateur, pensant que ce changement pouvait amener un retour à la sensibilité, fit replacer, pour quelques instants, l’appareil à éther ». Le malade revenu à lui ne savait pas qu'on lui avait coupé la jambe. A propos d’un autre cas, « au moment où le malade ressentit les effets de la vapeur d’éther, il respira plus longuement, dit M. Hutin, sa face devint vultueuse, ses yeux s’injectèrent, son pouls devint d’abord plus fréquent, puis il se ralentit et diminua graduellement ». Pour M. Hutin, l’action de l’éther se produit de la manière suivante : « Quelque temps après que l'appareil a commencé à fonctionner, temps plus ou moins long, suivant plusieurs circonstances, le malade fait de larges inspirations ; il respire à pleins poumons. C’est alors que commence l'effet stupéfiant; c’est alors que la face s’injecte et que les yeux deviennent larmoyants. Ce moment n'est pas loin de celui où la sensibilité disparaît, si l'on continue à appliquer convenablement l'embouchure de l’appareil. Le pouls, qui s'était élevé, commence à s’affaisser, et le malade divague, mais il répond encore quand on lui parle ».

A l'Académie de médecine, dans cette même séance au cours de laquelle Longet fit part de ses expériences, que nous avons rapportées précédemment, trois autres communications furent faites, qui méritent d’être résumées : celles de Cloquet, de Gerdy et d’'Amussat. Cloquet assimile léthérisation à l'ivresse alcoolique, ainsi que cela a déjà été fait par d’autres observateurs. Il pense qu'il faut essayer les effets des autres éthers — ce que Flourens ne manquera pas de faire bientôt. Il décrit un appareil de son invention muni d’un musoir pour le nez ou la bouche, ou pour les

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deux à la fois, avec soupapes d’aspiration et d'expiration. Gerdy, outre les symptômes déjà signalés, mentionne des phénomènes tels que de la fatigue, du tremblement musculaire, du malaise, des vomissements, que d’autres expérimentateurs ont déjà éprouvés. Ses observations personnelles le conduisent à penser qu’il ne faut jamais employer que de l'éther rectifié. D'autre part, comme il a opéré certains malades sans pousser l’éthérisation plus loin que l’ensourdissement (et l’insensibilité), il en conclut qu'il n’est pas toujours indispensable de continuer les inspirations, pendant les opérations, pour arracher les malades à la douleur. À ce propos, Amussat dit avoir remarqué, dans ses expériences sur les animaux, que la mort survient presque toujours si l’inhalation d’éther est suffisamment continuée, aussi approuve-t-il complètement le conseil de ne point la continuer au delà des limites nécessaires pour déterminer l'insensibilité. Pour lui, le sang artériel, pendant l’éthérisation, devient noir et l’artère mise à nu, avant d’être ouverte, présente la même coloration que la veine, mais le sang ne tarde pas à redevenir rouge si l'animal peut faire quelques inspirations d'air pur. De plus, si l'animal succombe, le sang est noir, si l’on ouvre la poitrine, il s’en exhale une odeur d’éther; si l’on distille le sang, on y retrouve la présence de l’éther. Le cœur est distendu, les cavités droites remplies de sang noir et liquide ; « les poumons sont colorés en rouge foncé, leur parenchyme est de même couleur. Le foie, couleur lie de vin, est gorgé de sang noir », les reins pleins de sang sont violets. Les vaisseaux de la dure-mère renferment une quantité notable de sang, la pie-mère est fortement injectée. Quelquefois la pulpe cérébrale est légèrement piquetée.

L'ensemble de ces lésions lui paraît donc démontrer que la mort doit être attribuée à une sorte d’asphyxie résultant de la pénétration de l’éther dans le sang. Il termine en in-

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sistant sur la coloration du sang : « Le sang artériel offre la couleur brune, presque noire, du sang veineux, mais il reprend sa couleur rouge aussitôt que l'animal respire l'air libre. Avant tout, conclut-il, ce serait donc là le remède le plus efficace dans ce genre d'intoxication, lorsqu'elle aurait été portée au point de produire des accidents graves ».

Rapportons encore deux expériences intéressantes de Segalas, communiquées le même jour à l'Académie de médecine : après avoir pratiqué la trachéotomie à un chien, il mit la canule en rapport avec un appareil Charrière. L'anesthésie survint en trois minutes. Quarante minutes après, le chien, mis en rapport avec l'air pur, se réveilla et se mit à marcher. Trois jours plus tard, Segalas fit, dans la trachée de ce même chien, une injection de 15 grammes d'éther. L'animal tomba foudroyé. A l’autopsie on trouva les poumons et les cavités droites du cœur remplis de sang coagulé, tandis que le sang noir des veines caves avait conservé sa liquidité.

Segalas conclut de ces deux faits que l’inhalation éthérée peut être prolongée un certain temps sans accident mortel, et que les vapeurs d’éther dirigées dans les bronches doivent tendre à coaguler le sang, et non à le rendre plus liquide.

Le 15 février, à l’Académie des sciences, Velpeau cons- -tate l’intérêt que soulève la question de l'éther dans le monde savant; il rappelle les expériences faites à Alfort par M. Renault, celles de Flourens, de Longet, de Serres ; il rapporte ensuite un cas de luxation de la hanche qu'il a réduite sous l’éther, chez un jeune homme qui jetait les hauts cris dès qu’on le touchait. C’est le premier fait de réduction de luxation communiqué à l'Académie des sciences. Il est d'autant plus important à constater que jusqu'alors on s'était borné à enivrer les malades, cherchant seulement à obtenir le sommeil et l’insensibilité mais non la résolution

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musculaire. Velpeau a donc fait faire un pas considérable à l'éthérisation en poussant les inhalations jusqu’à l'akynésie, le relâchement musculaire, selon son expression fort juste. Il donne ensuite lecture à l'Académie d’une lettre sur la question de l’éther, qu'il a reçue de M. Plouviez, chirurgien de Lille. « Une première expérience, écrit ce dernier, ne m'a pas réussi ; je n'ai pu perdre connaissance même en employant l'appareil Charrière. Mais ensuite il m'a suffi d'employer une embouchure plus large qui put s'appliquer sur le pourtour de la bouche pour amener le sommeil en huit minutes... Peut-être n'est-on pas encore arrivé à la connaissance précise de toutes les conditions d’un appareil tout à fait convenable (1). Le ballon semble avoir besom d’une capacité d’un litre au moins, puisqu'il entre naturellement d’un demi-litre à un litre d’air dans les poumons, à chaque inspiration. Le tube conducteur doit avoir lui-même une capacité et un diamètre au moins égaux au diamètre de la trachée-artère ou de l'ouverture du larynx. Tout indique aussi que la vapeur d'éther ne doit être introduite dans les organes que par degrés ; en faible proportion d'abord, en grande quantité, à pleine poitrine quand la membrane muqueuse s’y est accoutumée ». Il considère les nerveux, surtout les alcooliques, comme réfractaires, quelquefois, aux inhalations d'éther.

Après cette lecture, Velpeau, qui a eu connaissance d’opérations longues, pendant la durée desquelles on à pu maintenir l’état d’anesthésie, ajoute : « Nous pensions par exemple que l'éthérisation serait à rejeter des opérations un peu longues, et voilà qu'on a pu, en morcelant en quelque sorte l’éthérisation, pratiquer des opérations qui ont duré quinze et vingt minutes ». Roux, qui prend la parole

(1) Dans un chapitre spécial, nous résumerons la description des principaux appareils employés pour administrer l’éther.

ANT 2 après lui, déclare qu’il a l'habitude d'essayer l'action de l'éther sur les malades qu'il doit opérer, avant de les anesthésier définitivement. Chez an malade à qui il devait amputer la cuisse, il obtint l'ivresse en quatre minutes, une première fois, et, la seconde, en trois minutes et demie. Il remarqua que le sang artériel n'avait pas perdu sa couleur vermeille, qu'il n'avait pas pris une teinte foncée plus ou moins approchant de la couleur noire comme assurent que cela se produit, dans l’éthérisation, Amussat et Longet (1).

A l’Académie de médecine, le 16 février, Jobert décrit Le cas d’une de ses opérées qui subit l’amputation du sein sous l’éther sans que l’anesthésie se produisit. Cette femme, à la suite de l'opération, eut tous Les symptômes d'une bronchite étendue, — Jobert ne note pas l’âge de la malade — contracta un érysipèle et mourut. Il signale également un autre cas de mort : une femme amputée de la cuisse, qui eût de la toux, des douleurs de poitrine et chez laquelle il trouva, à l’autopsie, la substance blanche du cerveau injectée anormalement ainsi que le larynx, la trachée et les bronches qui étaient d’un rouge foncé et présentaient sur plusieurs points du pus concret ou liquide. Aussi établit-il une corélation entre les inspirations d’éther et la bronchite dont avait été prise son opérée,

M. Renault contredit ensuite Amussat au sujet du prétendu sang noir qui coulerait dans les artères pendant l’éthérisation. De ses expériences, dit-il, il résulte qu’il ne se produit aucune modification appréciable dans la couleur du sang. Amussat aussitôt lui répond : dans des expériences qu’il a faites devant Longet et Blandin, en prolongeant les effets de l’éther, il a observé que le sang qui s’échappait de la crurale coupée était brun, presque noir, mais qu’en faisant inspirer à l’animal (un chien) un peu d’air, la colora-

(1) Voir, page 120, l'opinion de CI. Bernard. MERCIER 9

tion rouge ne tardait pas à reparaître. M. Lallemand, témoin des expériences de Amussat, confirme ces faits.

Velpeau, abordant un autre sujet, constate que les effets de l’éther sont bien loin d’être identiques chez tous les malades ; mais « à un certain degré l’insensibilité est absolue. On peut tout faire sur les malades ; ils ne sentent rien et ne se souviennent de rien. On à parlé d’asphyxie et, par suite, de la coloration en noir du sang artériel, je n'ai rien vu de pareil jusqu'ici. » Pour lui, les appareils en usage sont souvent cause des différences d’action. Il croit pouvoir affirmer que, dans les opérations, l'éther diminue les phénomènes de réaction.

Le 22 février, à l'Académie des sciences, Flourens, après de nouvelles expériences conclut ainsi :

« 1° L'action de l’éther sur les centres nerveux est successive et progressive ; 2° cette action successive va d’abord aux lobes cérébraux et au cervelet, puis à la moelle épinière, et puis la moelle allongée. Aïnsi, l’animal perd d’abord l'intelligence et l'équilibre de ses mouvements; il perd ensuite le sentiment et le mouvement; quand il a perdu le sentiment et le mouvement, il perdrait bientôt la Vies L'agent nouveau que vient d'acquérir la chirurgie est à la fois merveilleux et terrible ».

Dans cette même communication, Flourens annonce qu'il n’a pas borné ses expériences à l’étude de l’action de l’éther sulfurique, mais qu'il a voulu aussi essayer d’autres éthers (réalisant ainsi le désir de Cloquet que nous avons précédemment rapporté) ; il a commencé par l’éther chlorhydrique qui a donné un effet semblable à celui de l’éther sulfurique, mais avec cette différence que l’éther chlorhydrique agit beaucoup plus vite que l’éther sulfurique et, aussi, que son effet disparaît beaucoup plus rapidement. Avec l’éther nitrique, l’animal soumis à l’expérience à constamment succombé dans l’espace compris entre une et deux minutes.

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