A0 0 ES
introduites dans le sang dont la température est de 43° éprouvent une tension plus considérable, tension qui. s’exerçcant sur le cerveau, organe qui n’est ni sécréteur ni excréteur, incapable par suite de se débarrasser de ces vapeurs, le compriment dans la boîte crâniénne comme le ferait l’enfoncement d’une portion des os du crâne, ce qui amène l’insensibilité.
A la séance du 17 janvier 1849, MM. Duméril et Demarquay communiquent à l’Académie les résultats de leurs recherches sur les modifications imprimées à la température par l’éther ou par le chloroforme, et sur l’action physiologique de ces agents. « Parmi les effets si remarquables, disent-ils, produits sur les animaux comme sur l’homme par les vapeurs d'éther et de chloroforme, il en est un qui, négligé jusqu'à ce jour, a surtout fixé notre attention, c'est un curieux abaissement de la température des animaux soumis à l'influence de ces vapeurs enivrantes. Il est plus considérable pendant l’éthérisation que pendant l’inhalation du chloroforme (2° 1/2 en 2 heures et 1° en 43 minutes chez deux chiens éthérisés, 0° 2/3 en 21 minutes, 0° 3/4 en 34 minutes, 1° 1/2 en 1 h. 20, 4° 1/5 en 4 h. 40 avec le chloroforme, également chez des chiens) ». Méme introduits par le rectum, ces agents produisent un abaissement de température, sans que l’insensibilité soit obtenue.
MM. Duméril et Demarquay, au sujet de l’action des agents anesthésiques, rappellent les paroles de Flourens : « Dans l’asphyxie ordinaire, disait le grand physiologiste, le système nerveux perd ses forces sous l’action du sang noir, du sang privé d’oxygène, et, dans l’éthérisation, le système nerveux perd d’abord ses forces sous l'action directe de l’agent singulier qui la détermine : c'est là qu'est la différence ». Et MM. Duméril et Demarquay ajoutent : « Or, cette différence, nos expériences nous l’ont montré, est bien réelle, car aucune comparaison ne peut être établie
LRO ee
entre le faible abaissement de température qui survient chez les poules et chez les chiens tués par une asphyxie d'une durée égale à la durée moyenne de nos expérimentations avec l’éther et les modifications profondes que cette température éprouve par l’action de l’éther chez les mammifères et les oiseaux ». Pour eux les phénomènes de l’éthérisation ne sont donc pas comparables de tous points à ceux de l’asphyxie: celle-ci, d'ailleurs, n’est pas un effet primitif, mais un effet secondaire de la pénétration des vapeurs d’éther dans l'économie. L'asphyxie n’est pas consécutive, et, si elle devient mortelle, c’est que l’éthérisation dure assez longtemps pour anéantir les fonctions de la moelle allongée qui est le dernier point des centres nerveux sur lequel l’éther agisse, ainsi que l'ont établi les expériences du professeur du muséum.
D’après M. Plouviez, il résulte de ses recherches que la mort consécutive aux inhalations peut avoir lieu par défaut d’hématose plutôt que par une véritable asphyxie, aussi propose-t-il, pour parer à cet accident, de recourir aux insufflations d'air dans les poumons.
Dans une note, M. Bouisson conclut de ses observations que l’éther doit être préféré quand il s’agit d’une opération de longue durée, l’action prolongée du chloroforme pouvant avoir des résultats funestes.
Velpeau dit, à cette occasion, que, entre les mains d’un chirurgien prudent, le chloroforme est toujours préférable.
A la séance du 7 janvier 1850, M. Ancelon, médecin de l'hôpital de Dieuze (Meurthe), signale à l’Académie dessciences le danger qu’on fait encourir aux malades qu’on anesthésie après qu’ils ont mangé. Il compare l’action des vapeurs chloroformiques à celle des odeurs fortes et des gaz délétères sur le pneumogastrique. « Plus l'estomac est embarrassé au moment de l'inhalation, plus aussi l'agitation est grande, plus l’insensibilité tarde à venir, plus on se croit
1 Qi
obligé à recourir à de nouvelles doses de chloroforme, plus enfin le danger est imminent ». Aussi recommande-t-il de ne jamais l’administrer qu’à des malades dont l'estomac se trouve dans l’état de vacuité le plus complet. M. Delabarre fils, dans sa Méthode d’éthérisation, publiée en 1847, avait déjà insisté particulièrement pour qu'on n’éthérisâät que les sujets complètement à jeun.
A propos de cette recommandation, disons que Mercier (Bulletin de l'Académie de médecine, tome XIIT), Stansk y (Union médicale, 1849) et Bouisson ont, de leur côté, fait observer que les inhalations pratiquées chez des malades maintenus dans Ja station assise étaient également dangereuses.
M. Duroy, dans la séance du 29 avril, propose l'emploi de l'oxygène pour combattre les accidents du chloroforme et les asphyxies. Il appuie sa proposition sur ses expériences.
Dans la séance du 13 janvier 1851, Flourens annonce qu'il a essayé sur des chiens l’action de l’éther chlorhydrique chloré, déjà essayé sur l’homme par M. Aran, l’année précédente, et qu’il lui a trouvé la même action qu’au chloroforme.
M. E. Robin signale également les propriétés anesthésiques de l’éther bromhydrique. « Sa vapeur anesthésie faclement les oiseaux ; ils reprennent facilement l’activité de la vie, et ne présentent ni pendant ni après l’anesthésie aucun indice de souffrance ».
Le 20 octobre, M. Abeille, médecin à Ajaccio, préconise, après expériences, l'excitation électrique, dans le voisinage de l’axe cérébro-spinal, pour ramener à la vie des malades chez lesquels les inhalations chloroformiques ont été prolongées au delà du temps prescrit par la prudence. Mais M. Wartmann, de (Genève, revendique la priorité du procédé ; il l'aurait signalé dès 1847 et 1848.
RTE
. Arrivé presque au terme de cet historique, car désormais le chloroforme va prendre la place de l’éther d'une façon à peu près générale, jusqu'à l’année 1891 tout au moins, nous pouvons, sans nuire aucunement à l'ordre chronologique que nous avons suivi jusqu'ici, rapprocher de la communicalion de M. Abeille une autre communication de M. Jobert, faite 2 ans plus tard, le 18 juillet 1853, sur le même sujet. Jobert à essayé l’action de l'électricité pour ranimer des animaux chloroformisés. Il à fait les expériences suivantes : tantôt la tête de l'animal à été plongée dans une vessie qui ne renfermait que des vapeurs chloroformiques. Alors l’action du chloroforme a été instantanée et souvent foudroyante ; le cœur et la respiration ont été arrétés subitement, Cependant, malgré ces effets foudroyants il a pu rappeler à la vie un petit nombre d'animaux dont le cœur se contractait encore, bien qu'on n'en sentit plus les battements. Tantôt la tête a été plongée dans une vessie où la vapeur du chloroforme était mélangée avec une certaine quantité d’air atmosphérique, alors les mêmes phénomènes que dans le premier cas se reproduisirent, mais non plus avec la même instantanéité, et il eut moins de peine à rappeler à la vie les animaux dont la respiration et les battements du cœur persistaient plus longtemps. Tantôt enfin le chloroforme était donné aux animaux avec une éponge, comme pour l’homme. Alors la marche des phénomènes était beaucoup plus lente que dans les deux cas précédents.. Il ressort de ces expériences que, lorsque le cœur a cessé de fonctionner depuis quelques instants, il est inutile de chercher à rappeler une vie qui n’est plus. Mais, tant qu'on n’en est pas arrivé là, on doit conserver l'espoir de ranimer l'existence, prête à s’éteindre, et pour cela il n’y a pas de moyen plus énergique que l'emploi de l'électricité, tantôt à la surface du corps, sur les muqueuses buccale et
OEEe
rectale par des éponges excitatrices, tantôt à travers les organes à l’aide de l’acuponcture.
Enfin, rapportons une dernière communication faite à l'Académie des sciences, dans cette même séance du 18 juillet 1853, par M. Baudens, sur les règles à observer dans l'emploi du chloroforme.
«.. Les principes physiologiques qui pourraient servir de base à une bonne réglementation du chloroforme existent ; ils ont été mis en évidence par M. Flourens, dont les expériences ont fait connaître la marche successive et progressive du chloroforme allant des lobes cérébraux au cervelet, à la moitié postérieure et aux racines sensitives de la moelle épinière, puis à la moitié antérieure et aux racines motrices de cette même moelle, et finalement à la moelle allongée et au nœud vital. Ainsi l'animal soumis au chloroforme perd d’abord l'intelligence et l'équilibre de ses mouvements ; il perd ensuite le sentiment, puis le mouvement. A ce moment suprême, chassée de proche en proche, la vie se concentre dans la moelle allongée ; seule celle-ci survit dans son action, et l'animal périrait bientôt, car, ajoute M. Flourens, le chloroforme qui ôte la douleur ôte aussi la vie.
« La plupart des chirurgiens admettent comme vrais ces résultats, mais admettent en méme temps des cas excepuonnels ; ainsi, ils ont cHé des faits de mort par sidération, alors même que l'action du chloroforme n'avait pas, suivant eux, dépassé l'abolition du sentiment. Mais la sidération n'est rien moins que démontrée ; la mort a eu lieu parce que l’inhalation a été portée à ses limites extrêmes, et nous sommes fondés plus que jamais à dire que dans l’anesthésie il ne faut jamais dépasser, avec intention, la limite de la perte de la sensibilité cutanée ».
Avant de donner le chloroforme, il faut, dit Baudens, ausculter le cœur et le poumon. Il admet comme contre-
ST Ve
indications l’asthme, les anévrismes, la phtisie pulmonaire, même peu avancée, la chlorose, l’anémie, la pyohémie, la chorée, la prédisposition aux congestions cérébrales, etc. Le malade devra être calme d'esprit, sans appréhension, à jeun, non débilité ni affaibli par des pertes de sang. Le local sera grand, facile à ventiler, Pendant l'administration du chloroforme il faudra noter le moment où le malade cesse de repondre aux questions qu'on lui pose : à ce moment le sentiment est aboli ; il faut se hâter d'ôter le mouchoir (compresse ou éponge) et de faire l'opération, car il ne faut jamais, avec intention, arriver jusqu'à la résolution musculaire. Quand l'opération doit durer longtemps, les inbalations seront données avec intermittences, suspendues et reprises dès que le malade annonce le retour de ses perceptions.
L'opération terminée, il faut laisser le malade revenir à lui. Lorsqu'il y a saturation du système nerveux par le chloroforme : chasser l’atmosphère chloroformique par la brusque irruption de l’air par une fenêtre ouverte; placer le malade horizontalement sur le dos pour rétablir plus facilement la circulation ; mettre la tête en bas comme le conseille M. Nélaton ; soulever les quatre membres, comme le veut M. Piorry, pour faire refluer le sang vers le cœur : enlever l’écume de la bouche qui pourrait obstruer l'entrée de l’air, introduire le doigt au fond de la gorge pour la stimuler à l’exemple de M. Chassaignac, provoquer la respiration artificielle par la compression alternative des parois thoraciques et abdominales ; jeter à la face des verres pleins d'eau froide sous forme de douches brusques ; insuffler l'air à l’aide d'une pompe à asphyxie, et, à défaut, de bouche à bouche, à l’imitation de M. Ricard, cautériser la bouche ou le pharynx avec de l’ammoniaque, comme l’a conseillé M. Guérin; enfin recourir à l'électricité. Telles sont
LR OR EE
les règles à observer, selon M. Baudens, dans l'emploi du chloroforme.
Mais voici que nous avons dépassé le but que nous nous sommes proposé dans ce chapitre: écrire l'historique de l'éthérisation en puisant principalement aux meilleures sources, les Comptes rendus de l'Académie des sciences et le Bulletin de l’Académie de médecine. Nous nous sommes engagé sur un terrain qui n'est pas le nôtre en abordant également l’historique de la chloroformisation. Mais n'étaitil pas au moins intéressant, après avoir noté presque au jour le jour les progrès accomplis par l'application de la découverte de Jakson, d'assister, pour ainsi dire, à l’éclosion de l'agent anesthésique nouveau qui devait détrôner l’éther pour de longues années ? Car, dès lors, l'emploi du chloroforme va se substituer à peu près totalement à celui de l'éther. Les chirurgiens de tout le monde civilisé l’adopteront avec tant d'enthousiame, malgré les insuccès dont il sera suivi, les morts fréquentes qu’il occasionnera, les dangers qu'il fera courir aux malades, que l’usage de l’éther tombera à peu près complètement dans l’oubli. Disons cependant que quelques chirurgiens américains et presque tous les chirurgiens lyonnais résisteront à l'engouement général (41). Et parmi les chirurgiens lyonnais, citons Pétrequin qui était tellement hostile au chloroforme, à cause des nombreux accidents que cet agent anesthésique avait occasionnés, qu'il demanda qu'une loi en interdit l'usage.
Disons également que « les chirurgiens américains (particulièrement à Boston) n'ont jamais abandonné l’éther, et que les chirurgiens anglais y reviennent, de même que les
(1) Cette expression dépasse peut-être un peu notre pensée, mais elle se justifie cependant si l’on se rappelle que la chloroformisation a été adoptée dans la pratique humaine sans qu'il ait été fait sur les animaux d’autres expériences que celles de Flourens, expériences que
Simpson, le vulgarisateur du chloroforme, fit même semblant d'ignorer.
chirurgiens italiens (Naples). À Paris même, il y a quelques années, quelques chirurgiens tendaient à reprendre l'éthérisation » (Dastre). Citons à cet égard, tout particulièrement Gosselin qui se servait tantôt de l'éther, tantôt du chloroforme.
lei done s'arrête cet historique, où plutôt sa première partie, car l’éther sera remis un jour en faveur ; nous verrons dans quelles circonstances, quand nous traiterons le chapitre concernant la renaissance de l’éther.
Mais nous avons écrit tout à l'heure le nom de Jakson, Notre récit serait incomplet si nous passions sous silence la rivalité qui surgit entre son associé, Morton, et lui, sur la question de priorité de la découverte qui les honore tous deux, quoiqu'ils n’en aient eu réellement ni l’un ni l’autre l'initiative. Nous avons dit en effet, dans notre chronologie des anesthésiques, que la découverte de l’anesthésie générale appartient à Horace Wells (1844), cars si Jakson a éprouvé, il est vrai, dès 1842, les effets narcotiques de l’éther, il convient de remarquer que, à cette époque, il n'en a déduit aucune application pratique. Il paraît même que Horace Wells aurait été devancé par un médecin d'Athènes, W.-C. Long, qui aurait employé des inhalations d'éther pour insensibiliser des malades soumis à diverses opérations, les 30 mars et 3 juillet 1842 et le 9 septembre 1843. Le fait aurait été reconnu et consacré par Jakson lui-même. Malheureusement W.-C. Long négligea d'appeler l'attention sur ses observations qui passèrent ainsi complètement inaperçues. Nous avons dit comment H. Wells, désespéré de voir aller à un autre la gloire à laquelle il avait droit, croyait-il, se donna la mort, Mais avant d'en venir à cette extrémité il avait adressé une réclamation de priorité aux diverses sociétés savantes, et, à propos de cette réclamation, M. Elie de Beaumont, qui avait recu le premier pli cacheté de Jakson, fit remarquer à l'Académie des sciences que H. Wells avait
attendu bien longtemps pour réclamer et il rapporta à Jakson, « véritable bienfaiteur de l'humanité », tout le mérite de la découverte de l’anesthésie générale parce qué ce fut lui qui,le premier, fit passer dans la pratique l'usage des vapeurs d’éther.
Entre temps, Jakson et Morton s’étaient associés pour l’exploitation de leur découverte — quoiqu'ils s’en soient énergiquement défendus tous deux — et avaient pris un brevet d'invention. Ils allèrent même plus loin ; pour qu’on ne re- .connüt pas la substance dont ils faisaient usage, ils cherchèrent, ainsi que nous l'avons déjà dit, à masquer l’odeur des vapeurs d’éther avec de l’essence de Neroli. Mais, bientôt, une brouille survint entre les deux associés et chacun d’eux revendiqua pour lui la priorité de la découverte, affirmant que le brevet pris n'avait pour but que de lui assurer cette priorité ; que, si le brevet avait été pris en commun, c'était pour une raison administrative indépendante de sa volonté, mais qu’en aucun cas il n'était venu à l'esprit de chacun des titulaires l’idée de spéculer sur les souffrances humaines. Dès lors des réclamations de priorité émanant tantôt de Jakson, tantôt de Morton, parviennent sans cesse aux sociétés savantes. L'Académie des sciences, pour mettre d’accord les deux rivaux, leur décerne à chacun un prix de 2.500 francs : à Jakson pour ses observations et ses expériences sur les effets anesthésiques produits par l’inhalation de l’éther, à Morton pour avoir introduit cette méthode dans la pratique chirurgicale, d’après les indications de Jakson. Ce qui ne mit pas fin à la querelle des deux Américains, car il résulte des Comptes-rendus de l'Académie des sciences que Jakson fit encore de nouvelles réclamations.
Pour aborder la seconde partie de cet historique, il nous
| hr ant ie l'a, ce n Fest que . ir cours de l' an-
= de at a dont nous avons en-
| js l'histoire. |