‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 34 sur 42 · IT · texte numérisé non relu

IT

Suivant la durée probable de l'opération on verse 150 ou 200 centimètres cubes d'éther dans le ballon. On approche progressivement le masque des orifices des voies respiratoires du patient, en l’invitant à ne respirer que par le nez, et bientôt on applique le masque d’une facon plus ou moins

hermétique, selon l’état de la respiration. On règle l'entrée de l’air en soulevant plus ou moins le masque ; on retire complètement ce dernier pour faire respirer de l'air pur, si cela est nécessaire. Pendant l'expiration dans le masque, le ballon se gonfle ; pendant l'inspiration il s'affaisse, si bien que l’éther, qui est au fond, est sans cesse en mouvement, ce qui en favorise l'évaporation. En secouant légèrement le ballon, on obtient encore des vapeurs plus concentrées. L'anesthésie se produit en 5 à 7 minutes, souvent moins.

Pendant les inspirations il faut avoir soin de soulever légèrement la partie supérieure des parois du ballon pour qu'elles ne ferment pas l’orifice supérieur du cylindre de bois et ne gênent pas la sortie des vapeurs d'éther (1).

Cet appareil est peu encombrant et d'un maniement très commode. [l présente, sur le masque de Julliard, les trois avantages suivants, qui lui donnent d'ailleurs la supériorité sur tous les autres appareils :

En premier lieu il permet de se rendre compte, lorsqu'on le soulève pour renouveler l'atmosphère du masque, du degré de facilité avec lequel y pénètre l’air extérieur, et de régler ce degré, ce qui est à peu près impossible avec le masque de Julliard qui, à peine soulevé, se trouve rempli d'air pur par le fait d’un seul mouvement respiratoire.

En second lieu, la provision d'éther que renferme le ballon est suffisante pour obtenir et entretenir l’anesthésie de la plus longue durée, sans qu’il soit besoin de retirer le inasque : il suffit de le secouer pour augmenter la concentration de ses vapeurs. Au contraire, il faut retourner l’appareil de Julliard assez fréquemment pour y ajouter de nouvelles doses d’éther au cours de l’anesthésie, manœuvre

(1) Une petite tige de cuir légèrement recourbée et flexible dont une extrémité serait fixée sur le cylindre de bois et dont l’autre extrémité serait libre dans le ballon remplacerait avantageusement cette manœuvre.

qui exige un certain temps, pendant lequel le malade respire de l'air pur et peut sortir de son sommeil.

En troisième lieu, enfin, et c’est l'avantage principal du masque de Wanscher,ce masque, ne recouvrant que la bouche et une partie du nez, permet d'inspecter à tout instant, sans le déplacer, — ce qu’il faut faire avec le masque de Julliard, — l'état du visage du patient, celui de son réflexe palpébral et celui de ses pupilles. Apparaît-il de la cyanose ? on en est immédiatement averti: on soulève quelque peu le masque ; de l'air pur arrive et tout rentre dans l’état normal. Mais le plus important est encore de pouvoir suivre la marche de l’anesthésie par la simple inspection des yeux, sans avoir à déplacer l'appareil. Le réflexe oculaire est-il aboli, les pupilles sont-elles contractées ? l’anesthésie chirurgicale est obtenue. Les pupilles viennent-elles à se dilater subitement ? c'est la menace d’un accident syncopal. Vite il faut retirer le masque. Et tous ces avertissements sont donnés à l’anesthésiste sans qu'il ait besoin de déplacer l'appareil pour les recevoir. Avantage immense qui, joint à l'observation attentive de la respiration du patient, permet d'assurer à l’éthérisation une marche régulière.

Il nous paraît intéressant de rapprocher de la description que nous venons de donner des appareils de Julliard et de W'anscher, le travail de M. Dreser (1) sur la composition des gaz contenus dans ces appareils au moment des inhalations.

M. Dreser à fait l'étude chimique de la composition de ces gaz, d'abord sans mélange de vapeurs anesthésiques, puis avec le bromure d’éthyle et avec l’éther, se servant tour à tour de l'appareil de Wanscher et de celui de Julliard, dans les deux derniers cas.

En respirant dans le masque non rempli d’anesthésique, l'air contenu dans le masque renfermerait, après 1/2 minute,

(1) Beilräge für klin. Chirurgie, 1894, vol. 12.

de 5 à 7 0/0 d'acide carbonique et de 12 à 45 0/0 d'oxygène, après 2minutesil renfermerait de6 à 8 0/0 d'acide carbonique et de 5 à 10 0/0 d'oxygène ; si la personne qui respire dans le masque à produit immédiatement avant l'expérience un travail musculaire assez considérable, la quantité d'acide carbonique augmenterait notablement tandis que la quantité d'oxygène diminuerait. M. Dreser à observé des différences considérables d’une personne à l'autre, différences qui s’expliquent sans doute par les plis du masque qui génent plus ou moins la circulation des gaz. Il a constaté que, après une minute de respiration dans lé masque de Wanscher, l'oxygène était diminué de moitié par rapport à la normale : or, dans ces conditions, d’après P. Bert, les troubles fonctionnels commencent à apparaître. Après deux minutes de respiration profonde, il n’y avait plus que 5 à 6 0/0 d'oxygène, ce qui. provoquait de l'oppression, des battements du cœur et une forte dyspnée, accidents imputables plutôt à la diminution d'oxygène qu’à l'accumulation de l'acide carbonique. Car, d'après les recherches de CI. Bernard, Müller, Strogenoff, Friedlænder et Herter, la mort des animaux survient quand l'oxygène tombe à 3 ou 5 0/0. Déjà avec 7 0/0 d'oxygène, une dyspnée marquée survient.

Expérimentant ensuite avec le bromure d'éthyle (24 expériences), il a trouvé les oscillations suivantes dans la composition des gaz contenus dans l’appareil de Wanscher ; les vapeurs de bromure d'éthyle varient de 2 à 14 0/0, l'acide carbonique de 2 à 3 0/0 et l'oxygène de 7 à 18 0/0, mais le plus souvent de 42 à 14 0/0.

Expérimentant avec l’éther, M. Dreser à observé que la narcose commence lorsque les gaz de l'appareil de Wanscher contiennent 7 0/0 de vapeur anesthésique. La température qui, sous le masque, monte à 319, après une minute d’inhalation, favorise l'évaporation de l’éther ; mais, si l’on fait varier la température et si l’on agite plus où moins le

masque, on obtient des écarts de 4 à 340/0 dans la quantité de vapeur d’éther contenue dans les gaz avec des températures de 20 à 300. Il est donc dangereux pour les bronches de laisser le masque trop longtemps en place, les vapeurs d’éther arrivant alors trop concentrées. Aussi doit-on en renouveler l'air toutes les minutes.

. En employant le masque de Julliard entouré d’un linge humide, la température n'atteint pas 300, et un manomètre à eau montre que l'air se renouvelle facilement, car l'index, pendant les mouvements respiratoires, ne bouge pour ainsi dire pas. M. Dreser a fait 15 expériences ; il a trouvé qu'au moment où l’on vient de verser l’éther, la quantité de vapeurs anesthésiques est de 16 0/0 mais que cette quantité s'abaisse rapidement à 7 0/0, celle de l'acide carbonique variant de 1 à 2 0/0 et celle de l'oxygène de 11 à 17 0/0.

En n'utilisant pas le linge humide, on trouve, sous le masque de Julliard, seulement 1 0/0 d'acide carbonique. Or cette quantité ne génait nullement les travailleurs du St-Gothard.

D’après Friedlænder et Herter, il faut 25 0/0 d'acide carbonique, employé comme anesthésique, pendant une ou deux heures, pour que la narcose commence. Il n'y a donc pas lieu de penser qu'avec le masque de Julliard, dans lequel la proportion d’acide carbonique est excessivement faible, l’anesthésie obtenue soit une anesthésie mixte produite par l'effet combiné de l'acide carbonique et de l’éther.

Le masque de Julliard, sans linge mouillé qui le recouvre, paraît donc être le meilleur appareil, selon l'opinion de M. Dreser.

Contrairement à cette opinion, nous dirons que, avec le masque de Wanscher,il n’y a pas plus à craindre d’accident causé par une trop forte proportion d'acide carbonique dans les gaz de l'appareil qu’il n'y en a avec l'appareil de Julliard, attendu que l’éthériste, en soulevant le masque plus ou

retr ue nus aussi M re D’ are il sut f ce es avantages de l'appareil de Wanscher que rs plus haut pour lui EP la préfé-

Page 1