‹ L'Éther: Considéré comme agent d'anesthésie généraleChapitre 36 sur 42 · THE · texte numérisé non relu

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A l’aide de statistiques, M. Julliard démontre que l’éther expose moins que le chloroforme à la syncope primitive.

Sur 253 cas de mort par le chloroforme empruntés aux statistiques de MM. Perrin et Lallemand (Z’anesthésie chirurgicale, 1863, Paris), du Comité de la société royale de Londres (Zransactions of the medico-chirurgical Society, 186%), de Sabarth (Das Chloroform, Würsbourg, 1866), de Kappeler (Deutsche Chirurgie, 1880), de M. Duret { Des contre-indications à l’anesthésie chirurgicale, Paris, 1880); de M. Comte (De l'emploi de l’éther sulfurique à la clinique chirurgicale de Genève, thèse de Genève, 1884) ou survenus depuis ces statistiques, la mort s’est produite cent vingtsept fois (plus de la moitié) avant l’anesthésie.

Sur 60 cas de mort par l’éther empruntés aux statistiques de MM. Perrin et Lallemand, de M. Kappeler, de M. Comte, de M. Georges Hewit (compulsation des cas de mort par les anesthésiques rapportés dans le Lancet et le British medical Journal de 1880 à 1889), la mort est survenue quatre fois avant l'opération.

« On voit donc qu'avec le chloroforme, la mort survient une fois sur deux avant l’anesthésie, et avec l’éther une fois sur quinze ».

M. Julliard observe ensuite que l’éfher expose moins que . le chloroforme à la syncope secondaire. C'est aussi l’opinion de M. Dastre qui s'exprime ainsi dans son 7raité sur les anesthésiques, déjà cité : « Nous avons expliqué en étudiant la physiologie de cet agent (l’éther) qu'il exposait moins que le chloroforme à la syncope secondaire ou bulbaire. (arrêt du cœur antérieur à la respiration ou la suivant de très près), qui est un des accidents fréquents de l’anesthé-

cord pour expliquer la syncope cardiaque, mais pour le chirurgien, la chose importe peu, dit-il ; il suffit de savoir que cette syncope existe,

sie. — C'est là, peut-on dire, le grand avantage de l’éther ; c’est celui-là qu'ont en vue les chirurgiens quand ils assurent que l’éther présente moins de dangers que le chloroforme ».

Ainsi donc, dit M. Julliard, le grand danger du chloroforme c’est l’arrét du cœur contre lequel nous ne pouvons rien, ce que confirme M. Dastre (Les anesthésiques) et M. Laborde (Bulletin de l’Académie de médecine, 1890), tandis que le danger de l’éther c'est l'arrêt respiratoire pour lequel, « au contraire, nous avons dans la respiration artificielle un remède autrement efficace que ceux qu'on peut opposer à la syncope cardiaque, tellement efficace que si l’on s’y prend à temps on arrivera le plus souvent à conjurer la catastrophe ».

« L'innocuité relative de l’éther se démontre, en outre, de trois façons : 1° par les vivisections ; 2° par les statistiques ; 3° par l'expérience de P. Bert ».

Vivisections. — Pour Schiff (The Practitionner, 1874), l'éthérisation n’est jamais dangereuse aussi longtemps que la respiration se maintient, et, si la respiration s'arrête, la vie n’est pas menacée si l’on arrête aussitôt les inhalations et si on fait immédiatement la respiration artificielle. Dans ses vivisections il a perdu beaucoup d'animaux avec le chloroforme tandis qu’il n’en a jamais perdu avec l’éther.

Vulpian est plus formel encore : si l’on a pu agiter, ditil, à diverses époques, la question de la supériorité de l’éther ou du chloroforme pour la pratique chirurgicale, CETTE QUESTION EST TRANCHÉE DEPUIS LONGTEMPS EN CE QUI CON- CERNE LA PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. Dans les Jaboratoires, ou du moins dans beaucoup d’entre eux, ON A RENONCÉ PRESQUE COMPLÈTEMENT A L'EMPLOI DU CHLOROFORME, ef l’on se sert presqu'exclusivement, pour les anesthésies passage res, de l’éther sulfurique. Avec l'éther, lanesthésie est un peu plus lente à se produire, mais il est plus facile d'en graduer l'action et de s’arrêter à temps. C’est ainsi qu'il ne

m'est presque jamais arrivé de chloroformer un animal sans avoir deux ou trois alertes plus ou moins graves. Il n'est pas rare même que la mort ait lieu dans ces circonstances » (Bulletin de l'Académie de médecine, 1882).

Statistiques. — Une statistique universelle et absolue n'est point indispensable. Il suffit: 10 que le chiffre des anesthésies soit donné d’une façon précise ; 2° que les cas de mort soient {ous donnés ; 3° que le nombre des opérations soit suffisamment considérable pour annuler les aléas particuliers, c’est-à-dire, qu'il soit plus que suffisant pour annuler l'élément chance et pour permettre d'apprécier avec certitude les effets des deux anesthésiques (1).

« Eh bien! cette ‘statistique-là nous l’avons. C'est. celle de St-Bartholomews-Hospital, publiée par M. W. Roger Williams dans le Lancet du 8 février 1890.

« Il à été fait à St-Bartholomews, de 1878 à 1887, 26,949 anesthésies, dont 14,581 par l’éther, 12,368 par le chloroforme.

« Sur les 14,581 éthérisations, il y a eu {rois morts ; sur les 12,368 chloroformisations, il y a eu dix morts. Ce qui fait un mort sur 4.860 pour l’éther et un mort sur 1,236 pour le chloroforme ». Et M. Julliard fait remarquer que, sur les quatre morts par l’éther rapportés par MM. Perrin, Kappeler, Hewit, il en est trois qui ne sont pas directement imputables à cet anesthésique.

M. Julliard énumère ensuite les nombreuses statistiques qu’il a pu recueillir concernant le chloroforme et l’éther et il arrive à un total de 524,507 chloroformisations avec 161 morts, et à un total de 314,738 éthérisations avec 24 morts, ce qui donne un mort sur 3,258 chloroformisations, et un mort sur 14,987 éthérisations.

(1) Ne pouvant reproduire intégralement le texte, nous nous efforçons, comme toujours, de reproduire dans nos résumés les phrases mêmes de l’auteur, en les reliant de manière à en respecter le sens.

Parlant de sà statistique personnelle, Julliard déclare avoir fait 3,654 éthérisations, non seulement sans avoir eu un seul cas de mort, mais même sans avoir eu d’alerte inquiétante. 11 n’a pas dù faire une seule fois la respiration artificielle ni interrompre une opération pour parer à un accident de l’éthérisation. Il n’en pourrait dire autant pour ses chloroformisations. |

« J'ai eu, dit-il, mais à titre exceptionnel, de la toux, de la congestion et de la cyanose de la face, des respirations bruyantes, des salivations ; mais ces phénomènes n'ont jamais atteint des proportions inquiétantes. Il à toujours suffi de suspendre un instant les inhalations, de donner de l'air au malade, de lui passer sur la figure un linge mouillé d'eau froide pour les faire disparaître ou tout au moins pour les réduire à l’état de désagrément imoffensif ».

Après avoir donné vingt observations dé cas de morts par le chloroforme dont trois seulement ont été publiées avant lui, M. Julliard fait observer combien on a raison de dire que la moitié des cas de mort ne sont pas publiés.

Expérience de P. Bert. — « Gette zone variable (la zone maniable dont nous avons déjà parlé) est singulièrement étroite, dit P. Bert, et quelques gouttes de liquide de plus peuvent faire passer le mélange respiré de la dose active à la dose mortelle.

« Cela est vrai surtout pour le chloroforme ; l’écart étant pour lui de 12 grammes.

« Tandis que l’éther, tout en ayant la même force comme proportion, puisqu'elle va aussi du simple au double, présente INFINIMENT MOINS DE DANGERS, puisque entre la dose active et la dose mortelle, il y a un écart de près de 40 grammes ».

« En un mot, observe Julliard, la zone maniable du chloroforme est de trois à quatre fois plus étroite que celle de l’éther ». |

. « Et c’est là incontestablement, ajoute P. Bert, la raison de l’innocuité relative dont à fait preuve l'éther dans la pratique chirurgicale ».

De tout ce qui précède il résulte, conclut Julliard, que l’éther est moins dangereux que le chloroforme. Cependant il n'entend point dire par là que l’éther soit inoffensif et qu'avec lui il n’y ait rien à craindre. Il dit seulement :

19 Que tout homme qui se fait endormir par l'éther ou le chloroforme risque sa vie.

20 Qu'il la risque cent fois moins avec l’éther qu'avec lé chloroforme.

Aux objections que l'on adresse à l’éther M. Julliard répond ainsi qu'il suit :

1° L'éther est désagréable. C'est une question de goût: il est des gens qui préfèrent l’éther au chloroforme. En tous cas on n’'expose pas bénévolement sa vie pour la différence d'agrément qu'il y a entre l’éther et le chloroforme.

20 L’éther est très difficile à administrer, et son emploi exige des appareils compliqués. Erreur. L'appareil dont il se sert, Son masque est on ne peut plus simple, comparé aux appareils compliqués qu’on a proposé de substituer à la simple compresse pour administrer le chloroforme.

30 L’éther est moins actif que le chloroforme, il agit plus lentement. Cela est vrai, quoique 5 à 6 minutes suffisent d'ordinaire pour obtenir l'anesthésie, mais c’est une raison pour préférer l'éther. Son action est plus graduée. De deux poisons qui produisent aussi sûrement le même effet, mais dont l'un est le plus actif, il y a intérêt à choisir le moins actif parce que le bon sens indique qu'il est en même temps et par cela même le moins dangereux.

% L'éther est impuissant : il ne procure pas aussi bien que le chloroforme la résolution musculaire et l’insensibilité.

M. Julliard répond qu’il n'a jamais vu de cas qui permissent une telle objection.

5° Avec l'éther la période d’excitation est plus forte et se produit plus souvent. On observe de l'excitation tantôt légère, tantôt forte, une fois sur six. Ge fait se présente surtout chez les alcooliques et les nerveux tourmentés par une forte appréhension. C’est absolument la même chose qui se passe avec le chloroforme.

6° L'éther donne plus de vomissements que le chloroforme. Les vomissements dépendent un peu de la facon dont est administré l’anesthésique. Ils se produisent environ une fois sur neuf. La même chose se produit avec le chloroforme.

10 L’éther est sujet à s’enflammer. Cette objection est réelle. Mais si l’on opère le soir, il suffit de placer la lumière au-dessus de la tête pour éviter tout accident, puisque les vapeurs d’éther dont la densité est plus élevée que celle de l’air ne s'élèvent jamais. Enfin, si l’on opère avec le thermo-cautère sur la tête où sur le cou on peut employer le chloroforme par précaution.

8 L’éther produit la toux. C’est un désagrément qui se produit quelquefois au début de la narcose, mais qui cesse avec l’anesthésie. On peut l’éviter à peu près sûrement à l’aide d’une injection de morphine donnée une demi-heure ‘avant l'éthérisation, ou même en recommandant au malade de fermer la bouche et de respirer par le nez, et en ne donnant pas des vapeurs trop concentrées.

9 L'éther produil la salivation. C’est encore un simple désagrément qui ne se produit d’ailleurs qu'une fois sur vingt. On en est quitte pour essuyer la bouche du malade. « Le meilleur moyen de le conjurer, c’est de faire une piqüre de morphine et d’atropine, cette dernière ayant la propriété de tarir la sécrétion salivaire ».

10° L'éther produit une exagération de la sécrétion bron-

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