‹ L'ÉthéromanieChapitre 11 sur 26 · DEC ANNEES · texte numérisé non relu

DEC ANNEES

terme — ajoute Lévy-Valensi — manie, traduisons l'habitude, de l’éther, mais si l’on envisage l’acception médicale, l'impulsion obsédante à l'inhalation ou à l’ingestion d’éther ou état de besoin, on peut dire « oui » (1). ;

Une question très intéressante se pose : Est-ce que l’éthérisme crée le pervers ou ne fait-il que révéler le déséquilibré ? De l’éthéromanie comme de toutes les intoxications d'habitude, on peut dire avec Ball qu’« on y entre par la porte de la douleur, du chagrin, de la volupté », surtout, je souligne, par la porte de la volupté. L’éthéromane se recrute parmi les chercheurs de voluptés étranges, parmi les déséquilibrés, débauchés, pervers sexuels. Ces sujets cherchent surtout l'excitation génésique et des rêves voluptueux apportés par l’éther que rappellent les vers d’un poète français qui a chanté les impressions d’une accouchée sous l’action de l’éther :

Oh! d'un double mystère ineffable pouvoir, Au moment qu’elle enfante elle croit concevoir.

Elles seraient — dit Lewin — le summum des effets agréables auxquels peut donner lieu cette substance.

L’éther, j'insiste, est un révélateur de tendances perverses dans le domaine sexuel surtout. Aussi, les manifestations sadiques ne sont pas rares. L'observation que je présente maintenant est très instructive à ce point de vue. Il s’agit d'un homme de 49 ans — que

1. Le Concours médical, 9 juin 1935, article de M. le professeur agrégé Lévy-Valensi.

CNT VS

j'ai vu à Sainte-Anne, à la clinique de M. le Pr Claude. IL était sujet à des crises de dépression mélancolique. Dans ses antécédents plusieurs cas de suicide et un oncle est aliéné. Photograveur habile, il avait 20 ouvriers sous ses ordres. En 19317, il a fait une crise dépressive et en même temps la colère jalouse s’accuse. En voici quelques pages de sa femme (1) :

« Au début de notre mariage, mon mari aimait surtout me voir pleurer, me jetait à la porte pour que je l’implore de rentrer. Et pourtant les larmes l’exaspéraient puisqu’à ce moment-là, il m'injuriait ou me bousculait. La maladie l’exaspérait également. Ces scènes duraient trois ou quatre heures sur un espace de six à huit mois.

« Puis à partir de 1930 (suite à des difficultés dans le travail et à une perte d'argent), il a eu une période de dépression à ce moment. Les colères sont devenues plus violentes, il a commencé à me battre à coups de pieds et coups de poings ; plus fréquentes, tous les deux ou trois mois, plus longues en durée, vingt-quatre heures et jusqu’à trois jours, sans arrêt, lorsque je me suis enfuie, malade; colère blanche d’un bout à l’autre. Il marche, va, vient, s’agite sans arrêt, à la fin il écume en exigeant des explications (que je ne puis lui donner puisqu'il veut me faire avouer que j'ai été la maîtresse d’autres hommes, soit avant, soit après mon mariage ou même que j'ai servi de fille publique à la porte des casernes, choses que je ne puis dire puisque c’est faux) et ma résistance à ses suggestions ne fait que l'exaspérer. À ce moment il parle

sans arrêt, accumulant les raisonnements et les déduc-

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