‹ L'ÉthéromanieChapitre 12 sur 26 · Observation à l’asile Sainte-Anne · texte numérisé non relu

Observation à l’asile Sainte-Anne

RAT Ur

tions à faux, ponctuées de gestes et d’injures obscènes (1).

« En juin 1932, une date dont je me souviens, il a commencé à me parler à midi, d’abord raisonnablement, puis bientôt exaspéré, restant debout, allant et venant qu’au lendemain matin à 5 heures, sans arrêt, sans que je puise interrompre le flot de paroles, sans qu'il s’assoit et pense à prendre aucune nourriture ; il a bu deux litres de vin dans la nuit (pas buveur autrement) parce qu’il avait la gorge sèche. Il exigeait que je me tienne debout devant lui, sans aucun appui, pour l'écouter. À 5 heures, il m'a entraînée avec ma fille dans tout Paris, m'injuriant de mots orduriers, me bousculant et me frappant dans le but de trouver un homme pour me livrer à lui et de rester là pour en jouir, puis de le tuer et de me faire « manger ses tripes » selon son expression. Sa colère a fini dans un état de prostration, sommeil, bave, démarche titubante à 3 heures de l'après-midi. Je rapproche ce désir de ceux qu'il a exprimés à ma fille lorsqu'elle essayait de le calmer, ces derniers temps : « Je ferai venir un type avec ta mère, je les mettrai nus, tous deux, et pendant qu’ils mèneront la danse, je prendrai un fouet et les fouetterai. Je les couperai en morceaux et ce sera pour le plus grand plaisir. » Il s’est rejeté en arrière en disant cela, riant avec une expression épouvantable.

«€ Il m'a dicté une nuit entière un cahier où je devais écrire des choses comme celles-ci : Je n’eus, paraît-il, en abordant cet homme,aucun trouble sexuel ou le contraire. Tout ce cahier insistait sur ces détails. Il aimait à en

répéter les expressions auxquelles il donnait un caractère

1. Je tiens à remercier M. Lévy-Valensi pour le privilège de cette excellente observation.

Re)

à MNATREE érotique en les dictant : la jouissance, les attouchements, le désir et tous les termes de luxure.

« Plus il cherchait à m'avoir, à me traiter comme une fille, pk1il cherchait à m'attirer pour satisfaire un besoin d'niof Sexuelle qui montait en lui. Ma résistance ou ma

répugnance le rendant plus violent, les insultes com-

mençaient.

QI aurait voulu, tout en étant de plus en plus méchant, que nos rapports sexuels deviennent de plus en plus fréquents. Le samedi après-midi, nous avions la semaine anglaise. Il aurait voulu que je cesse tout travail, pour venir avec lui, pour qu'il assouvisse son désir. Il fallait que je vienne me coucher immédiatement. Fatiguée, anémiée même, au cours d’une ovarite avec menaces d’une péritonite, rien ne l’arrêtait. Ces derniers temps, jusqu'à cinq fois par nuit, et dans les intervalles, une attente le tenait éveillé. A la fin, il s’est révélé impuissant. Me réveillant la nuit, je le surpris pratiquant sur lui-même une excitation des organes génitaux. Il aimait à me voir nue. Prenant des douches pour lui-même, il me contraignait à en prendre pour respirer l'odeur de la femme au lever et mettait une certaine complaisance à mé savonner. Il formait le projet d’aller dans une maison, de se satisfaire avec d’autres femmes devant mes yeux. Son imagination se complaisait à ce projet. Au cours des scènes de jalousie, attribuant à un autre homme qu’il supposait dans son imagination enfiévrée avoir été mon amant, il me prenait dans ses bras, jusqu’à l’acte final, énonçant avec plaisir à haute voix : (Un tel ta fait ceci... etc. » jouissant de l'acte et du mot qui injuriait.

« Une nuit, il entreprit de me faire reproduire des actes et positions qui se font d’après lui dans les maisons spé-

Page 1