‹ L'ÉthéromanieChapitre 13 sur 26 · RP VIE · texte numérisé non relu

RP VIE

ciales (je n’en savais rien et il m'expliquait avec des yeux hagards, dans une pièce absolument close, à voix basse, ce que je devais faire). II me menaça de me placer un manche à balai, puis des tablettes de chocolat qu'il aurait été chercher ensuite dans le vagin.

« Il voulut me faire manger des excréments qu'il délayait avec complaisance. J’arrivais en criant à lui résister, car, lucide au milieu de sa folie, il craignait que les voisins entendent.

«Au paroxysme de la colère, c'étaient toujours les mêmes menaces de m'étriper, de m'étrangler. Il hésita une fois à m'envoyer une pince dans la figure, la soupesant. Une autre fois il sortit un couteau : «C’est assez bon pour elle», mais ne passant pas à l’acte. Au cours de toutes les scènes il reste prudent et, craignant le scandale, « quand je voudrai te retrouver ce sera dans un coin, jamais devant témoin », m'a-t-il dit.

«Au cours de ces dernières scènes du dimanche matin des Rameaux, au 21 mars, quand je suis partie, il me laissa sans manger, me fit aller travailler sans argent dans l'intention que je ne mange pas à midi, et toute la nuit debout pour écouter les explications, une nuit à écrire et la dernière allongée sur le carreau avec la fenêtre ouverte il avait retiré tous les tapis et tous les sièges, J'étais à demi-nue, m'imposant l’immobilité absolue ; lui était couché dans son lit, allumait l'électricité et disant: «les bras le long du corps,la tête droite,le cou tendu...» etc. I avait fermé la porte à clef, la clef sous l’oreiller, fermé les volets. Lorsqu'il se leva le matin, il me pétrit de coups de poing, me cracha au visage. J'étais au moment de mes règles. Il m'interdit de me nettoyer, et de me mettre

quelque linge. J'étais terrorisée et j'obéissais. Ma fille

veillait derrière la porte sans pouvoir intervenir. Il m'avait

dit : «Je t'étranglerai. » Le lendemain matin, ma fille, qui

m'avait retenue jusqu'ici, me fit partir. Je crois qu'il me croit morte ou disparue. » :

Cet homme emploie de l’éther depuis des années et en boit ou en buvait une quantité énorme tous les jours (1). J’ai assisté à la présentation de ce malade et j'ai remarqué avec quelle audace il a essayé de nier ce que sa femme a dit. « L'interprétation de ma femme est fausse. J'adore ma femme, c’est elle qui est jalouse. J’ai voulu seulement la moraliser. » Mais l’éthéromane est un menteur habituel.

L’extase de l'ivresse éthérique comprend deux éléments : sensitif et intellectuel, dont le second est plus durable, mais c’est l’élément sensitif qui le précède et qui l’entretient. J’appelle cet élément sensitif le syndrome physique ou objectif de l'ivresse.

De Maupassant a donné une description qui doit rester classique de l'ivresse éthérique. Souffrant

d’une migraine, il inhale un flacon d’éther :

« Au bout de quelques minutes, je crus entendre un murmure vague qui devint bientôt une espèce de bourdonnement. Il me semblait que tout l’intérieur de mon corps devenait léger, léger comme de l'air, qu'il se vaporisait.

« Puis ce fut une sorte de torpeur de l’âme, de bien-être

somnolent, malgré les douleurs qui persistaient, mais

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