‹ L'ÉthéromanieChapitre 14 sur 26 · On ne sait pas la quantité exacte · texte numérisé non relu

On ne sait pas la quantité exacte

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qui cessaient cependant d’être PERLE C'était une de ces souffrances qu'on consent à supporter, et non plus ces déchirements affreux contre lesquels tout notre corps torturé proteste.

« Bientôt l'étrange et charmante sensation de vide que j'avais dans la poitrine s’étendit, gagna les membres qui devinrent à leur tour légers, légers comme si la chair et les os fussent fondus et que la peau seule fût restée, la peau nécessaire pour me faire percevoir la douceur de vivre d’être couché dans ce bien-être. Je m'apercus alors que je ne souffrais plus. La douleur s’en était allée, fondue aussi, évaporée. Et j'entendis des voix, quatre voix, deux dialogues sans rien comprendre des paroles. Tantôt ce n'étaient que des sons indistincts, tantôt un mot me parvenait. Mais je reconnus que c'étaient là simplement les bourdonnements accentués de mes oreilles. Je ne dormais pas, je veillais, je comprenais, je sentais, je raisonnais avec une netteté, une profondeur,une puissance extraordinaires, et une joie d’esprit, une ivresse étrange venue de ce découplement de mes facultés mentales.

« Ce n'était pas du rêve comme avec du haschisch, ce n'étaient pas les visions un peu maladives de l’opium ; c'étaient une acuité prodigieuse de raisonnement, une manière nouvelle de voir, de juger, d'apprécier les choses et la vie, avec la certitude, la conscience absolue que cette manière était la vraie.

« Et la vieille image de l’Écriture m'est revenue soudain à la pensée. Il me semblait que j'avais goûté à l'arbre de science, que tous les mystères se dévoilaient, tant je me trouvais sous l'empire d'une logique nouvelle, étrange, irréfutable. Et des arguments, des raisonnements, des

preuves me venaient en foule, renversés immédiatement

MURS par une preuve, un raisonnement, un argument plus forts. Ma tête était devenue le champ de lutte des idées. J'étais un être supérieur, armé d’une intelligence invincible, et je goûtais une jouissance prodigieuse à la constatation de ma puissance...

«Cela dura longtemps, longtemps. Je respirais toujours l'orifice de mon flacon d'’éther. Soudain, je m'aperçus qu'il était vide. Et la douleur recommenca » (1).

Pour résumer maintenantles symptômes généraux : Trousseau, d’abord, a trouvé une augmentation de l’appétit. Il est à remarquer que l’alcool ne la produit pas (2). Clérambault constate que deux de ses malades l’ont éprouvée. J’ai déjà suffisamment insisté sur l'excitation génitale. On signale aussi l’insomnie où le malade a une impuissance radicale à s'endormir, due à un état d’énervement fondamental. En général, les cauchemars et les réveils anxieux n'existent pas comme dans le cas d’alcoolisme chronique. Les sen sations vertigineuses ressemblent à celles de l’alcoolique. Les troubles du caractère consistent en irritabilité, versatilité, tristesse, dissimulation avec un substratum de fébrilité, impatience, énervement. Une malade de Gordon lui a dit: « L'éther me rendait fébrile et violente, dans les magasins j'aurais battu les employés qui me regardaient »(3). Les muscles subissent une excita-

‘tion discontinue et fibrillaire. L’inquiétude psychique se traduit par des idées plutôt nombreuses mais très

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