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Il serait donc contraire à sa nature, à sa perfection qu'il sintligeàt à lui-même, en quelque sorle, un démenti, qu'il brisât tout lien entre le Bonheur et la Justice, qu'il fit de l'Espérance (vertu admise dans le nouvel Olympe ') un leurre dérisoire. A cet optimisme- aboutit, d après Bruno, quiconque considère chaque chose dans son existence individuelle, selon la manière dont elle occupe sa place dans l'enchaînement du Tout, où la uioindre maille a son importance. Quiconque essaie d'embrasser du re^^ard l'ensemble du Cosmos voit le désaccord apparent se résoudre en une synergie, en une symphonie merveilleuses. Ce qui semble mauvais ou funeste sous certains rapports ou pour certains êtres, est bon et utile sous d'autres rapports et pour d'autres êtres. L'univers réel, qui est infini, vaut d exister, aux yeux de l'esprit pénétrant qui dépasse le fait anecdotique. le détail individuel. ip D'autant qu'il est conçu à 1 image du ?sVj, divin. Le mal (^aussi bien la souffrance que le péché i découle de l'imperfection de
» l'homme, être limité '', qui est en contact permanent avec les choses sensibles, avec la matière, et qui, loin de chercher à s en affranchir, paraît trop souvent se complaire à resserrer cette dépendance. Mais cette condition ne supprime nullement la liberté de 1 effort, la possibilité d un progrès éthique, l'ascen- — ^ sion vers une béatitude plus précieuse encore que le bonheur P un peu vulgaire dont trop se contentent : c'est précisément ce que Bruno montrera mieux encore dans les Eroici Furori.
» Quant il un équilibre total entre le Bonheur et le Droit, qui serait réalisé dans un autre monde, grâce à l'immortalité ■ personnelle de l'âme ^ voici quel est le point de vue du Nolain.
' Cf. notre analyse du mythe (le tableau des verliis) et aussi Eroici furori, \V., 11, 396, 359-400; L., (i6\), 714-â; G., II, 371, 43i.
- Del In/înilo, W., Il, i.5: L., 3o3; G., I, 273 — De Immenso, V, ix, 19; V, XI. i3. — Sumina. lenninorum. éd. Gfrôrer, p. 474< 4^0.
* Comparez Leibniz Hòffdiug. Itisi, de la phil. mod., Paris, Alcnn. 1908, I. 385-6) — Saisset, Essai de phil. rei., t. I, Paris, 1862, p. 286 et sq.
* « Que lame soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une dilïérence entit-re dans la morale. " Pascal, Pensèen. fr. 219.)
De même que la substance corporelle se décompose après la mort, sans s'anéantir, et rentre dans le creuset de révolution pour fournir matière à des combinaisons nouvelles, de même la substance spirituelle continue d'exister, en tant que principe d'énergie et d'organisation ^ Bruno proclame, à plusieurs reprises, qu'elle est immortelle"'. Au demeurant, nous ne le contestons pas, sur le contenu de cette idée, il se
' Spaccio. \y., II, ii2-i3: L.. 410; G , II, 10. — De }finimo. l, ;i (Op., I, m. 14:5).
- Platon estime que, loin d'y résider comme •■ un pilote en un navire », l'âme est intimement mêlée au corps et l'épandue dans toutes les parties de l'organisme, si bien qu'entre l'âme et le corps ne cessent de se produire actions el réactions, et <\v^e la thérapeutique appliquée à l'un exerce presque nécessairement une iniluence sur l'autre (cf. Phèdrej 246 c-d, 200 a-b, aTiod, et Tiinée, 4ae, 43a-e, 86b-87b, 87 e 88a, 90a). Toutefois, — simple, indécomposable, — l'âme se distingue entièrement de l'organisme, où il ne faut voir qu'un instrument : c'est elle qui, en nous, sent, veut et raisonne (cf. Alcibiade, I, lagb-iSoe; Phèdre, ii5c-e, et aussi Lois, XII, (j^jja-di. Comme l'intelligible avec lequel elle a pour fonction de s'identifier en quelque manière par la connaissance, et au même titre que lui, — elle existe en acte de toute éternité et à jamais (cf. Phédon, 78C-79C; Phèdre, 249d-25od, et Répub., X, 61 la- 612a), Puisque son essence consiste à se mouvoir elle-même (Phèdre a4ôe-246a; Lois, X, 8946-8963'), l'àme a toujours possédé et possédera toujours la vie; éternelle, elle est aussi immortelle (cf. Phédon, ioob-io7b : Phèdre, 24r)c-246 a et P/a/èòe, 29a-.'5()d). Pialle pour le bonheur, donc, pour la science qui en est la cause, — car les plaisirs des sens sont troubles et éphémères et n'intéressent pas la « nature spécifi(iue » de l'homme, — elle ne peut trouver sa pleine satisfaction que par delà ce monde d'apparences (cf. Phédon, 646-69 c). D'ailleurs, comme ici-bas, les méchants semblent trop souvent triompher des bons et recueillir la plus large part de joies, de récompenses et d'honneurs, il est nécessaire qu'existe un royaume de la justice où s'achève l'ordre moral, cette harmonie supérieure des choses, et où des sanctions équitables soient prononcées, puis appliquées (cf. Phédon, io7C-d; liépiih., II. 357b-362c; X, 6i3a-b; Lois, W, 7ir)c-7t6 b; X. HS:")!), 887b-c). Et cette vie future ne saurait être impersonnelle; chacun y gardera son individunlilé [cf. Gorgias, 524a-e; Phédon, 64c; Lois, XII, 959a).
Il ne semble pas que. pour Platon, les sanctions qui, |)ar delà ce monde, frappent les méchants, impli(juenl les châtiments matériels dont la mythologie el la poésie nous ont légué la description détaillée. Ayant son degré de valeur morale fixé au moment où elle se dé<<age du corps, cha(pieâme, mue par une nslinclive sympathie, se rend spontanément vers ce qui lui ressemble, dans l'Ihidès, et détermine ainsi son propre soï't; et ce choix, selon (ju'il la rap-
sépare, à la fois, du vulgaire et de rorlhodoxic. Il estime impossible qu'au delà de la tombe, la personnalité humaine demeure absolument intacte, — l'être intellectuel et moral gardant la faculté de sentir, de penser, de vouloir, comme si cette vie supraterrestre n'était que le prolongement de l'autre. Au contraire, après avoir quitté le corps en voie de dissolution, l'âme oublie son existence antérieure, «comme sielle avait été plongée dans l'onde du Léthé ». Tout souvenir s'évanouit en elle. Destinée à assister, à grouper, à harmoniser les forces aveugles de la matière qui, sans elle, ne parviendrait pas à constituer des êtres, elle passe dans une autre enveloppe physique. <( tel un naulonier dune barque en une autre », et ainsi de suite, selon une « métempsychose * » où il faut voir simplement la loi de sa nature ou de sa fonction, et non pas une expiation des fautes de jadis. Le philosophe n'a donc ni à s'inquiéter des châtiments de l'Enfer, ni à espérer les récompenses du Ciel"-, Il reconnaît aux théologiens le di'oil de maintenir la moralité populaire au moyen de ces croyances quasi allégoriques, mais à condition que l'Eglise lui permette, à son tour, d'entendre à sa manière la doctrine de la survivance. A ^ enise. devant l'Inquisition, il s'explique, sur ce point, avec une entière franchise. Evidemment, cette (( transmigration » plus ou moins pythagoricienne ne peut s'appliquer qu'à des âmes individuelles et non, comme semble le penser Tocco', à 1 Ame du Monde qui. éternellement, réside ou mieux se manifeste « tota in toto et in qualibet totius parte ».
proche ou ijuil l'écarLc du divin, enU-aîne son bonheur ou son malheur. Sur ce point, cf. Piat, Platon, p. 9'i't-947')
1 Della Causa, W.. I, 242; L., ìòS-ìj; G., I, 184. — Spaccio. \V., II, 112-1;;: L., 410; G., II, 10. — Cabala, W., II, 276-7; L., 585-6; G., II, 253-4 — Kroici furori, \V., II, 337-8; L., 649-00; G., II. 344-5. — Dp }finuno, I. 3, v. 5o et sq. — Berti, Documenti, p. 27.
- Della Causa, Epist. proœm.. W'., I, 206; L.. :îo2-3; G.. I, i3j-.i. — Del Infinito, \V.,II, i2-i3; L.,3o3; G., I, 273-7'j. - De Minimo, I, m, v. i. — D<: Immenso, I, î, éd., Fior., p. 2o5.
' l.eopf.re latine ef^poste..., p. 3S6 et sc£.
Lorsque, au début du de Minimo^ Bruno combat la crainte de la MorL, il le fait dans un esprit tout différent de celui de Lucrèce : il attribue expressément rininiortalité à ces mimmu realtà d'ordre spirituel, à ces monades que sont les âmes, et qui n'ont rien de commun avec des amalgames d'atomes subtils. Au surplus, la doctrine des Eroici furori exige que les âmes d'élite, à tout le moins, franchissent le cadre étroit de l'existence présente; la volonté, qui arrache l'être aux joies grossières, aux contingences décevantes, et qui aide ainsi la Connaissance dans son ascension vers le i'arfait, vers l'unité divine, doit pouvoir nourrir l'espérance de mériter, elle aussi, les délices de cette possession inelfable. — « Mais objecterat-oii. dans cette absorption idéale, dans celte è'vr.)?^. dans cette mors osculi, la personnalité s'elFace ! Ainsi, pour les Stoïciens, l'âme, étincelle provisoirement détachée du Feu divin, retourne, après la mort, au Foyer universel. » — L'objection n'est pas sans valeur 1 Ce qui rend, à ce propos, un peu flottant et hésitant le système de Bruno, ce qui Vempêche de donner une solution fr-dnchemenl et totalement eudémoniste ciu problème des rapports du Droit et du Bonheur, c'est peutêtre qu'il laisse subsister, dans son éclectique synthèse, quelques éléments empruntés au panthéisme', et qu'ainsi, il répugne à couronner l'affirmation de l'immortalité individuelle par tout un ordre de sanctions, destinées à « estimer » le prix de la conduite humaine en fonction de lu suprême justice. Mais ici. nous touchons à sa conception relief ieuse. sur laquelle nous aurons à revenir. On constatera, d'ailleurs, que, telle qu'elle solï're à nous, même avec ses obscurités ou ses lacunes, cette éthique, non moins que celle des Stoïcielis, ouvre une large voie à l'exercice des plus hautes vertus.
Poursuivons notre analyse. .\ous avons precise de notre
' ... l'rcci'sóinei)!, an ^iijel ile V.ini'' ilii inDinlc - lorsifii il siiil la théurii' atoïcieniie, i|iii ne siuivegardc plus ^ncrc le |irii)fi|)c ile perlVclioii (t'f noire douranl librrliii, c. ii;. on loi'S(iiic. loiiciiauL la siibslance. il iililise des conceptions lie l'ancien clcalisnic (cl', intlre c. \\ Ihiil.)
mieu.v In fond ion spécifique du Droit , d'après les principes métctphi/siques de liruno. Quel est, d'autre part, son rôle positif et concret ? Ce rôle consiste dans l organisation de la vie sociale\ à laquelle Bruno >'inléresse tout particulièrement. La Loi, lille de la Sagesse, en empêchant les puissants de faire un usage inique de leur supériorité et de leur force, protège « les relations des hommes vivant en communauté"- ». Si les puissants doivent être soutenus dans l'accomplissement de leur mission par la docilité et le respect des plus faihies, ils ne doivent jamais opprimer ceux qui leur obéissent ; les tvrans, comme l'enseignaient Platon et Aristote, méritent d'être déposés. La violence commettrait un crime en foulant aux pieds la raison, — Tignorance. en méprisant l'intelligence
' « Dans sa Philosophie du droit (plus ample développement dece qui est appelé dans le système l'espril objectif), Hegel oppose la moralité sociale, telle qu'elle se présente dans la vie de la famille, de la société civile et de l'Etat, soit au droit en tant qu'expression de la volonté individuelle, soil à la '( moralité » en tant qu'expression de la conscience subjective, qui, isolée des puissances objectives de la société, devient pur arbitraire et mal. Dans la société seule, le droit et la morale peuvent fleurir; ce sont des rameaux d'un même tout et non des touts en soi. Dans la société morale, le bien trouve une existence durable comme dans un monde animé par lui. Ce <[ui importe ici, ce n'est pas ta conscience individuelle, ni l'arbitraire individuel. 11 y a quelque chose dans le monde moral qui dépasse la conscience de l'individu. L'Antigone de Sophocle proclame en ce sens que personne ne sait d'où viennent les lois et qu'elles sont éternelles. La vie des individus est réglée par des puissances morales qui trouvent sans doute des points d'attache en eux, mais qui ne dépendent pas d'eux. Hegel va même jusqu'à déclarer (ij i45) : « Que l'individu existe, peu importe à la moralité objective qui seule est l'élément durable et la force qui gouvernent la vie des individus. » Cependant, c'est en elle (jue l'individu trouve enfin la vt"aie sphère, il est libre, quand il vit en elle, et les rapports entre l'individu et la société deviennent alors si intimes que foi et confiance sont des termes impropres, car ils supposent encore un certain rapport de diil'érence. .V la place de la volonté naturelle se constitue une nature nouvelle et supérieure, la moralité réelle. Là où la substance morale, l'esprit de la famille, de la société civile et de l'Etat régnent ainsi, les divers devoirs de l'individu en rassortent nécessairement et ne sont pas diificiles à trouver. » (HôH'ding, Op. cil., t. Il, [>. iSS et iSi(.)On verra combien Hegel dépasse la position de Bruno sur ce point!
'■ \\.. II. iGi-i: L.,46i--.; C... II, Sa-.?.
et la culture : certain égalilarisme. turbulent et jaloux, enveloppe autant de périls que le despotisme. Les riches ont pour obligation de secourir les pauvres. Il est nécessaire d'encourager et de favoriser par tous les moyens les vertus et les études utiles à la collectivité. Quant à l'exercice du pouvoir, il exige des qualités eminente». Celui qui en sera investi, loin de se croire infaillible, s'entourera de conseils expérimentés. Aucune institution, qu'elle soit censée avoir une origine céleste ou humaine, n'est digne d'entraîner notre approbation ou notre adhésion, si elle semble dévier de sa fonction normale, qui est d orienter les esprits et de réformer les âmes, de manière à leur faire produire les fruits les plus profitables à la vie sociale. A la lumière de cette idée générale, qu'il se plaît à répéter souvent, le Nolain énonce ici quelques « lieux communs », d'ailleurs empreints d'une grande noblesse, d'une réelle générosité, mais qui, remplissant les œuvres de tous les moralistes, ne constituent point la partie la plus curieuse de soh éthique. Sous la rubrique des Balances, Bruno signalera quelques-unes des améliorations qu'il voudrait voir introduire dans les « palais de justice », en prenant cette expression dans son sens le plus large. Désormais, dans les Bépubliques, les emplois, les honneurs seront réservés au mérite, non à la fortune, ni à la naissance ; les citoyens les plus «justes » occuperont les rangs les plus élevés. Chacun, suivant ses facultés, ses talents ou ses ressources, contribuera à la prospérité générale. En effet, si, considérées du point de vue de l'Etat, les Balances représentent la fidélité aux contrats et aux traités, l'attachement aux alliances conclues, la prévoyance dans la gestion des intérêts publics, — considérées du point de vue individuel, elles représentent l'exact et prudent équilibre que chacun de nous doit tâcher de maintenir entre ce qu'il sait, désire ou espère, et ce qu'il a le pouvoir ou le droit de faire '. Il n'est pas surprenant que Bruno accorde à la
! W., II, 2i.;}-4; I.., .^27; G., 11, 17a.
sincerile el à la véracité une place distinguée dans la série des vertus : sans elles, tous les contrats sont fragiles, toutes les relations d'homme à homme compromises; le ciment social se désagrège peu à peu. En ce qui concerne cette « bonne foi », Kant ne se montrera pas plus rigoureux que Bruno 1 D'après celui-ci, il convient de tenir même les engagements que l'on a passés avec les méchants. Sur ce terrain, tout calcul hypocrite est interdit; le mensonge, la trahison n ont pas à chercher d'excuse dans les circonstances'. Précisément, la profonde antipathie de Bruno envers les Juifs s'explique, non seulement par le caractère de leur religion qui, selon l'auteur du Spaccio, n'est qu'une corruption de la merveilleuse religion égyptienne, mais encore et surtout, par tout un ensemble de défauts ethniques qui les rendent rebelles à toute sociabilité. A cette race « pernicieuse, lépreuse et pestilente », qu'il faudrait « effacer de la terre », Bruno reproche âprement son avarice, son exclusivisme, son particularisme étroit, son goût pour les besognes serviles et mercenaires"- : que, dans de tels griefs, il y ait une exagération systématique, c'est ce que nous n'avons pas à démontrer; ce qui est significatif, c'est que Bruno porte ce jugement d'un point de vue strictement social. Aussi, le Droit positif entretiendra-t-il dans les cœurs des philanthropes et des serviteurs du bien public cet amour de la gloire qui est un stimulant de l'effort. Il honorera principalement les défenseurs, les sauveurs de la patrie. Plus que les héros de parade, plus que les ascètes qui défient la nature, il récompensera, par ses sanctions, les citoyens qui, domptant en eux l'égoïsme, sauront assurer le règne de la Concorde, ou produire, à l'heure opportune, des résultats utiles à leur Pays^ C'est
- Spaccio, W., II, i()7-98, 23i-236; L., 5oo-i, 535, ô/ji-a; G., II, i35, 182-3, lyo-i. — Cabala, W., II, 2G8; L.. 576; G., II, 240. — Brunnhofer, G. B's WeltanschaTiUng..., p. 222-3. — Tocco, G. B. Conferenza, p. 53-4. — La<;arde, éd., p. 794.
* Le type du c< lion citoyen » est fort nettement tracé pai- Bruno, qui s inspiro de l'histoire romaine, et qui se souvient aussi de Machiavel.
SOUS le même angle que Bruno envisage le peuple romain, dont il loue les qualités de munificence, de justice, et ie génie orsranisateur.
De plus en plus s'accuse en vigoureux relief l'une des idées capitales du Spriccio : lessence du bien moral, nous ne la trouvons pas dans la pensée, sur le plan rnétaphi/sic/ue ou dialectique, ni même dans l'intenlion^ mais datis les résullats objectifs d une activité pratique'- ; ou du moins, ce soni ces résnltaLs seuls qui nous permettent de la connaître ou d'en iuser. « Les dieux veulent favoriser l'existence en commun des hommes, châtier les vices nuisibles à la vie sociale... Les péchés de pensée ne seront regardés comme péchés que s'ils aboutissent ou risquent d'aboutir extérieurement. Sans cette action, qui la traduit au dehors, la justice de pensée ne sera jamais la justice, pas plus que la plante n'est plante sans le fruit. Au contraire, celle qui est stérile mérite d'être arrachée sans pitié. Les Olympiens ne respirent avec délices que l'odeur du fertile verger des œuvres bienfaisantes. » Bruno emploie souvent à ce sujet des images du inème ordre. <( Parmi les erreurs les plus lourdes et les plus répréhensibles, seront celles qui causeront un dommage à l'Etat. Bien moindres seront celles qui ne léseront quun intérêt privé. Les moins graves de toutes seront celles qui ne concerneront que deux personnes opérant d'intelligence. Si, sans aller jusqu'au mauvais exemple, jusqu'au scandale ou jusqu'au succès dangereux, on cède parfois aux impulsions accidentelles de son tempérament, il n'v aura aucune erreur, -r. Echelle originale et hardie, (|ui subordonne catégoriquement au bien collectif le « salut « personnel! Que de telles aftirmations, en tel ou lei endroit, soient influencées par le désir de réagir contre la doc-
' Comme che/. Abéhii-d.
' \\'.. II. xCùS: L., in.i-'l; G., II, 84-.".. — « Nos bealani vilain non depulsioiie mali, sod adeplioiie boni judicomus, nec eam cessando, j^'-audeuteni, ni Ariglippus, bive non doieiilem. ul ille (llieronymns), sod adendo ali(iuid considorandovo (|naeramiis. » (Cicéron. /><' l>onk<'l iii^li^. II, i^.j
•Mil
liiiic pi'oli slaule (lu .( la jiistilii'alioii j)ar la lui >< . abstraclioii l'aile des .( iL'Uvres ». doclrine quL' lîriino avait pu ()l)ser\cu' de plus près en Anglelei-re, c'est là une évidence inconleslahle et qu'impose le texte. Peut-être même s'y caclie-t-il une critique (les enseignements de la tliéologie calh(ili(piL' sur les péchés d'iulention ou d'ouiissicin. Celte thèse, au surplus, s'accorde logiquement ayec les prémisses — déjà connues — du syslènie : el c'est là ce qui importe. Si la moralité h pour ntison d'être (/(' réaliser les pensées de saç/e.sse de la Vérité éternelle, elle n'acquiert une valeur (ju'autant qu'elle parvient a cette réalisation. Dans le domaine éthique (Bruno souligne ce point), c est l'acte (^ui confère un pri.i: à la pensée^ Car enfin, noire esprit n'est pas responsable de toutes ses « représentations ". ni des innombrables idées qui se succèdent eu lui I Notre volonté, en revanche, est comptable des décisions prises de concert avec notre jugement, et surtout, des « movens » qu elle déploie pour les u extérioriser ». D'où le rôle prépondérant que le philosophe reconnaît à la Fortezza el à la Sollecitudine, sur lesquelles nous avons insisté dans notre analyse du '< mythe » : celles-ci. en ell'et, s'opposent à toutes les attitudes négatives qui limitent l'activité, l'une triomphant par son énergie intelligente des obstacles ou des séductiouï' du « monde physique », comme Hercule a triomphé des monstres, l'autre essayant, avec une persévérance éclairée, infatigable el comme enthousiaste, de réaliser ses propres fins, surtout dans le domaine spirituel, et de s'élever de plus en plus vers le Parfait, toutes deux évitant, d'ailleurs, les excès inutiles dune témérité irréfléchie qui négligerait les conseils de la Baisoii'-. La \ aillance. (jui réside dans une volonté forte, appliquera le Droit, en se déterminant d'après les lumières de la Sagesse qui. elle-même, s'inspire de la ^ érité . La Diligence embrasée d une sublime ardeur, pous-
' \\'., 11. i(>:'>-\; L.. 4fi4-">; G., II, 85-(i.
- W.. 11. 18.") et sq. : L., -{«j-SS ets([.; G., H. i Wi et sq.
■2 no
sera Tètre humain dans les voies, souvent ardues, d'un progrès indéfini qui franchira les bornes du monde sensible pour atteindre les pures délectations de l'Intelligible. Si Bruno ne se montre guère sympathique à Mars, c'est que celui-ci, non content de marcher de pair avec une Jactance' dont les vantardises, contraires à toute vérité, s'ingénient à duper autrui, non content de déchaîner une violence bestiale qui se souille des crimes les plus affreux, et de menacer ainsi l'œuvre de la Prudence et de la Sagesse, réduit ou détruit ces nobles n loisirs » consacrés à la méditation pacifique autant qu'à la a mise au point » des œuvres durables et utiles, ces loisirs-, nécessaires au Penseur comme à tous les créateurs et à tous les organisateurs, et qui n'ont rien de commun avec une molle et débile Paresse. La preuve en est qu'ayant osé dresser sa candidature en face de celle de la Sollecitudine, le nonchalant Ocio ' n'a pas été admis à siéger dans l'Olympe, quoiqu'il se soit flatté, en termes fort poétiques, d'avoir jadis fait régner l'âge dor. Là-haut, son exemple serait pernicieux, comme sa présence déplacée. Car les dieux n'ont pas donné à l'homme des facultés pour qu'il affecte de ne s'en point servir. Le
travail'% voilà la loi universelle et. d'ailleurs, la source de la
véritable joie.