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Etani le désir de ce qui est bon; de ce qui nous rend heureux', il est spontanément porté vers la vraie beauté et vers la sagesse. Le symbole de l'amour n'est autre que le feu qui a, lui aussi, un merveilleux pouvoir de transformation. Or, *seule, la beauté spirituelle peut contenter l'amour héroïque-. Seul, l'idéal divin fait naître en lui cette délectation extatique qui semble celle des élus. Cet amour est d'une qualité tout autre que celui des êtres terre à terre qui, s'ils ne se satisfont
' Banquet, 2«)5d.
- \V., Il, 332, 394-95 sq., 397 sq. ; L., 643-4, 709 sq., 710 scj.; G., II, 33tì, 424 sq.,428sq. — Platon, aSoa-aai a, 2r)3d-254e, etc. — Phèdre, passim. — Banquet, 211c. — Comparez la conceplion de l'amour chez Dante. — Cf. Haiivette (Dante, p. 267 et sq ) : Vita nuova, t. II, 6. — Convito, tra., II, iG; III, 12, 14, i5; IV, 7j i5-3o. — Purgatoire, XV-XVIll. — Cf. Albert Ledere, le Mysticisme cathol. et l'âme de Dante (Annales de Phil. clirét., juil. 190.5, p. 3r)4.3r)7):
« La doctrine la plus curieuse que renferme sa psychologie, dont on ne peut séparer une partie de son éthique, concerne l'explication de l'amour, qui lui semble la force suprême, celle ([ui constitue l'essence de toute activité et de tout effort, soit en nous, soit en dehors de nous. Une métaphysique mystique, encore que semi-laïque, et pour laquelle il oublie SQuvenl d'être le pur péripatéticien qu'il se croit, domine toute cette explication où se fondent harmonieusement quatre notions : le dogme chiélien d'un Dieu qui créa toutes choses à sa ressemblance et appelle l'homme, à travers les créatures qui l'environnonl, vers une éternité de perfection et de joie ; le concept aristotélicien de l'acte pur, principe et fin de tout attrait, de tout changement, de tout progrès; l'Idée suprême de Platon, archétype de toute bonté et de toute beauté, source de toute vertu ; enfin, la notion scolastique d'un gouvernement général des choses parles anges, ministres immédiats d'un Dieu qui sans cesse agit par eux sur le monde, et aux sollicitations de qui la créature répond toujours inconsciemment ou consciemment, l)ien ou mal, par un mouvement qui est, en son fond, obéissance et amour. Ce Premier Amour, qui s'étend en se communiquant et détermine en nous les mouvements initiaux de l'appétit, du cœur et de l'intelligence, aussi bien qu'il préside à ceux dont dépendent la vie nutritive et la vie sensitive, nous porte irrésistiblement vers .toute image de l'infinie félicité et de l'infinie beauté. C'est ainsi ([ue l'amour liumain, même sous les formes où il mérite la réprobation, procède encore d'une origine divine. Est-il d'un ordre élevé? Il a surgi, dans une âme noble, unie à un corps bien organisé, sous l'action d'une beauté visible, image de l'autre, qui a ému le cœur en parlant aux yeux. Cette beauté, qu'on, ne peut distinguer de l'amour, opère, en celui quelle frappe de ses rayons, un changement merveilleux ; elle
pas exclusivement des plaisirs malériels, s'hypnotisent trop souvent sur les apparences sensibles, sur l'harmonie des formes corporelles, où ils daignent admirer, tout au plus, comme un reflet des grâces de l'esprit. Nous ne parlerons pas, en effet, de ces natures épaisses et grossières, esclaves de VèmO-jyÂx, qui, à la façon des brutes, se contentent du trouble
le rend semblable à la cause qui agit sur lui. et l'allire vers elle en lui inspirant le désir d'une union sans fin. Un tel sentiment suppose donc la vertu, on du moins sa condition prochaine, la noblesse, ainsi que Guide Guinizelli l'avait proclamé déjà dans la célèbre poésie tant admirée de Dante, qui commence ainsi : Al coi' gentil ripara sempre Amore: ce sentiment conseille la persévérance dans la vertu, qui rend propre à l'éprouver. Mais Dieu respecte notre libre arbitre; il ne se révèle pas complètement en ce monde, même dans la plus mag-nifique de ses œuvres; et Tesprit nest pas toujours assez prompt; et la chair est toujours faible; et la joie présente, fùt-elle de qualité inférieure, est pour nous une bien forte tentation ! De là nos égarements : nous hésitons à suivre jusqu'au bout la direction qui nous vient d'une impulsion divine, dont la force est limitée parla volonté même du Créateur ([ui respecte notre liberté. Le mal n'est point d'aimer les créatures et de s'aimer soi-même, mais de ne point respecter la vraie hiérarchie des êtres en les aimant; c'est d oublier le symbolisé pour le symbole, c'est d'omettre et surtout de blasphémer ou de mépriser l'Etre auquel on doit le suprême hommage. Tout péché vient de l'amour, et en un sens profond est un péché contre l'amour.
Cette théorie reçoit sa pleine confirmation de la possibilité même de la compléter en restant d'accord avec l'observation des faits et avec la morale universellement acceptée. Bien que libres, nous sommes pourtant soumis à deux nécessités : la première est de ne pouvoir nous ha'ir vraiment nousmêmes; comment le ferions-nous? Mais il suit de là, une fois encore, que le
devoir ne saurait être de se renoncer sans réserve aucune, d'assimiler à ce qui éloigne positivement de Dieu tout ce qui porte à se complaire en quelque joie personnelle, en quelque commerce avec les êtres créés. La seconde de ces nécessités est de ne pouvoir vraiment ha'ir Dieu, puisqu'il est la raison même, la cause et l'objet au moins indirect de toute affection. En fait, nous ne . pouvons ha'ir que notre prochain ; mais jnous pouvons aussi l'aimer trop, ou pas assez, et cela, soit pour nous aimer trop nous-mêmes, soit pour n'aimer pas assez Dieu, deux défauts qui s'appellent naturellement l'un l'autre. Comme notre malice, notre faiblesse, nos déceptions et nos soutTrances s'expliquent bien ainsi ! Comme cette théorie permet de juger exactement la valeur de nos sentiments et de nos actes ! En particulier, nous vovons avec évidence que le mal est en réalité contraire à la nature autant qu'à la volonté divine, et que celui qui sait lire en la nature et la suivre, vil selon l'ordre qui plaît à Dieu. » — (Filosofia e uno amoroso uso di sapienza.)
frisson de la volupté'. Mais la beauté du corps est chose fortuite, éphémère, caduque. Elle dépend d'un accident, des intempéries, de l'âge. Moins fragile est celle de l'âme qui, justement, a moulé et façonné l'organisme individuel. Elle transparaît souvent à travers le visage ; elle lui confère une expression de noblesse; elle se fortifie par l'estime réfléchie qu'elle suggère à bon droit. Toutefois,' cette beauté morale est encore relative, car l'àme n'est ni belle, ni bonne d'elle-même; elle tire, en effet, sa substance de l'Ame du Monde, appelée par Plotin la troisième hypostase, et qui est le troisième degré de la création à travers laquelle se révèlent les puissances de Dieu. La vraie beauté, la seule qui dure, la seule qui en somme, vaille la peine d'être aimée sans restriction, sans remords et sans crainte, c'est la beauté divine-. Incapable de l'atteindre directement ou de l'embrasser pleinement dès ici-bas, notre intelligence s'ingénie à la deviner dans l'univers vivant qui lui en offre une image imparfaite et comme dégradée. La science, en nous faisant connaître chaque jour davantage les mystères de celte organisation du Cosmos, à la fois si minutieuse et si simple, nous permet de soupçonner, d'une manière au moins partielle, dans l'enchaînement et la
' Bruno s'excuse auprès des femmes de maïKjuer, — loul au moins en apparence, — de .<,'-alanterie. 11 se llatte de ne pas méconnaître leurs charmes. (W., II, 226; L., r)3o-3i ; G., II, 17O.) Avec une nuance d'ironie, il a même fait, ailleurs, un vif éloge de leurs multiples ({ualités (\\., I, 229-30 ; L., 225-^; G., I, i05).Mais il estime que l'âme héroïque doit s'évader du cercle enchanteur des beautés terrestres, qui sont incapables de la satisfaire pleinement, alors même qu'elles lui ont causé une émotion passagère. (W., II, 392-398; L., 7o5, 713-714; G., II, 4^1, 43o.) — C'est dans cette mesure el dans cet esprit qu'il reprend, ça et là, des expressions du Cantique des Cantiques (W., II,3f)i-2, 3o3-4, — 3o4-r), 393-4, '',28-29; L , ^iio-ii, ('n'.\-i\, Gi/j, 708-9, 74»; G., II, 291, 294, 29.5,423,475, etc.)
*- W., II, 328, 33o, 332, 334, 335-6, 336-7; L., 639, 641, 643, 646, 647, 648
(sonnet de Tansillo); G., II, 33o, 333, 335-6, 339, 341, 342-3 « I.a
divina bellezza, la quale con la reggione di verità gli legò rintellecto,»e con
la ragione di bontà scaldogli lalTetto " (W., II, 394-5; L., 709; G., II,
régularité des lois physiques, cet ordre profond de la symphonie universelle qui est. en même temps, l'ellet et la traduction' de la Beauté suprême, de l'Un. Celte « venatio >», passionnée sans cesser d'être méthodique, assez différente en cela de celle qu'analyse un Bacon, doit laisser au dernier plan les vaines recherches d'une érudition superflue. Ce n'est qu'après avoir franchi le rideau de ce que Bruno nomme les '< espèces intelligibles » que notre àme approche de cet Un. Tant qu'elle vit de l'existence terrestre, sa compréhension de l'Un demeure toujours plus ou moins incomplète. Le tout est de viser à atteindre ce but idéal. Chacun doit s'y évertuer de son mieux ; V essentiel ce n'est point le succès, cest laspii'Htion. Et Bruno de décrire cette aspiration en un style persuasif, fervent et tout fleuri de splendides images. L'esprit généreux préfère faillir dans une aussi noble poursuite, plutôt que de réussir dans des entreprises mesquines-. Bruno, qui
• W., I, 275; L., 271-2; G., I, 232. — \V., H. 228; L., 533; G., II, 179. — W., II, 33o: L., G41; G.. II, 333. - W., II, 407-S ; L. 723-4; G., II, 443 et aussi Lampas. Op., III, 437 (cf. Platon, allégorie de la caverne, Rép. VII. Piotili, IV, 8, i). La création entière apparaissait à Schiller comme un ensemble de rapports harmonieux dont l'accord témoigne d'une puissance aimante et sage, et l'exprime de mille manières : « Là où je découvre un corps, disait-il, je pressens un esprit; là où je remarque un mouvement je
devine une pensée La nature est un Dieu divisé à l'infini. » L'amour est
aussi la loi du monde moraj, et le devoir n"a pas d'autre règle, à condition toutefois que cet amour comporte le renoncement à soi-même, et ne compte sur aucune récompense, pas même sur celle que peut promettre une autre vie. L'homme doit élever son cœur jusqu'à cette perfection ; mais il n'y parviendrait jamais sans le secours de l'art et l'attrait de la beauté; aussi l'artiste est-il l'éducateur du genre humain, et la beauté qui est le symbole du bien, est un moyen pour la vertu, qui reste l'idéal suprême de la vie. Elle aide à créer en nous une sorte de pe;ic/iaAi^ moral, qui facilite singulièrement l'accomplissement du devoir, et qui réduit au minimum la lutte intérieure, e sacrifice, — tout le drame douloureux d'une conscience i(ui veut s'élever. — Lire aussi Tocco, le Op. lai. di G. B., p. 369, n. 4-
- Le cose ordinarie e facili son per il volgo e ordinaria gente; gli uomini rari, eroichi e divini passano per questo camino delle difficolta, a fine che sii costretta la necessita a concedergli la palma della immortalità...
Venca dunque la perseveranza, perche, se la fatica è tanta, il penilo non
est loin de partager sur ce point la sévérité de Spinoza', place en un bon rang parmi les vertus le Repentir, qui exprime à la fois la conscience de la chute et le désir de la purification, du progrès moral. Ce n'est qu'en passant par le danger et par la ruine qu'on trouve le chemin de la victoire. Il faut parfois que la volonté tombe pour rebondir, ensuite, de plus en plus haut. Entre elle et son but, comme entre la connaissance et la vérité, Bruno saisit une sorte de relation tragique. Mais il estime que le sentiment de cette disproportion entre les ressources de l'être humain et l'idéal poursuivi fait la grandeur morale de cette aspiration qui, loin de se décourager, y découvre un perpétuel stimulant. Actéon-en est l'incarnation allégorique. Les bêtes sauvages qu'il pourchasse sont les espèces intelligibles. Les chiens représentent ses pensées qui s'élancent à la recherche de la Sagesse. Actéon est finalement déchiré par leurs crocs ; c'est lui qiii devient la proie de ses propres pensées, car, s'étant résorbé dans le Divin, il n'a plus à le chercher en dehors de lui-même. L'amour ne transformet-il pas en soi l'objet aimé, au point de se l'assimiler? Au regard de ce monde, Actéon est mort : illusion des sens, vaine fantasmagorie ! En réalité, il commence une vie nouvelle, en communion avec Dieu.
De même que notre intelligence'^ ne peut se reposer dans une idée <i finie », car elle la sent trop inadéquate au Réel, ni
sarà mediocre... Stretta e spinosa è la via della beatitudine... » (Cena delle Cenere. G., I, 45). Et aussi W., II, 3;}6-7, 386-7; L., (547-48, 700" ; G., II, 342. 41 3. Le « contemplator », loin de garder une altitude passive, doit être un « inquisitor ", c'est-à-dire un « explorateur » qui s'avance liardimcMil sui' les chemins du progrès intellectuel et du perfectionnement mond.
A propos de cette « ciiasse » ( vona/ione), (cf. Platon, Enlhijd., ayo. Aristote, MélapU., X, c. vin, 106, n. aij.
' Cf. une noJLe de Kiihlenbeck : die Verlreihung...., p. \[)\) et s([. — Spinoza, Ethique, IV, 1. 54. — Schiller, Werke, Recl. XI, p. 228.
i W., 11. 339-41 ; L., 6.5i-3; G., II, 3/,S-5().
•' W., Il; 342-3^ 34:3-6, 349, 388-9, 392-93; L., Gò\b, GÔS, G(;:ì-3, 702-3, 706; G., II. 35i-2, 3.5f>-7, 36i-2, 416 sq., 421.
s'arrêter à un objet qui lui paraît « borné ». car elle n'y aperçoit, pour employer l'expression de Bruno, qu'une « contraction » particulière et momentanée de l'Etre absolu et infini, — de même notre volonté ne peut, dans la série hiérarcbique des choses belles ou bonnes, faire halte aux échelons les plus bas : une force intime l'incite à conquérir, dans toute son étendue, ce royaume du Bien qui a son apogée en Dieu. Or, la source de lumière où notre intelligence aspire à se plonger, la source de nectar surnaturel à laquelle notre volonté souhaite de s'abreuver, cette source est un inUnì positif et éternellement productif. Plotin y avait déjà insisté : la fécondité de l'Etre traverse, sans s'épuiser, le cycle de la création. Il n'est pas une abstraction quintessenciée, un composé de nos plus magnifiques rêves, une négation de tout ce qui, dans l'expérience humaine, nous a semblé contingent et limité. Au sens plein du terme, il est: il se manifeste par cette sorte d'irradiation qu'il
» W.,II. .■54:}: L..(;55; G.. II, 35:^. Et aussi : Del Infinito, W., 25; L., ihô; G., I, 292. « Quai ragione vuole che vogliamo credere che l'agente che può fare un buono infinito, lo fa finito? Perchè... non può essere altro che quello che é... non può volere altro che quel che vuole, et necessariamente non può fase altro che quel che fa. » (W., II, 3o; L., 322; G., I, 3oi). Otre siccome la nostra imaginazione è potente di procedere in infinito, imaginando sempre grandezza dimensionale oltra grandezza... cossi si deve intendere che Dio attualmente intende infinita dimensione ed infinito numero, e da questo intendere seguita la possibilità con la convenienza ed opportunità che ponemo essere. »
De Imm., I, iii. i (Fior., I, i, p. 248).
Dum numerum numero, molem moli superaddit
Apponens monadi plura et complurima multis
Percurrit finem meditatio quemlibet ultra.
Er^o, sophista, cave, ne, tactus lamine tanto.
Usque adeo impurum persistas dog:nia tueri
Ut minus illuni actum quam nostra potentia possit
Promere concludas
At vero ut stcrilis non est mens Illa, perenne
Tempus, et immensum spacium, numerum innumerum(|ue
Discursu nullo conceplans, atque labore,
Multo plusquam Sol sua per naturae dementa
Non vi distractus fundit lucem atque calorem...
• Spaventa, la doti, della conoscenza di G. B. (Sagt/i, Napoli, Ghio, 1867, p. 202-55). Mac Intyre, Op. cit., p. 192-5.
exerce sur toutes les parties de l'univers vivant, dont le mouvement circulaire émane de lui et revient à lui. Se livrer à cette irradiation, s'absorber d'une façon permanente, dans ce flux continuel de la Bonté divine, voilà, pour notre âme, la destinée la meilleure. Si le sens s'élève à l'imagination, l'imagination à la raison, la raison à l'Intellect, alors l'âme, convertie en Dieu, fait du « monde intelligible » sa demeure. Dans le cas contraire, elle redescend à l'existence végétative, presque animale. Ainsi, comme dira Pascal; l'homme est un étrange composé de « grandeur et de bassesse ». En fait, l'âme est chargée d'une double fonction ' dans la psychologie de Bruno, assez voisine de celle de certains Padouans, tels que S. Portius et Zabarella : d'un côté, elle vivifie et meut le corps; de l'autre, elle contemple le monde supérieur, le monde spirituel. Forme du corps, auquel elle est provisoirement associée et qu'elle moule et harmonise intérieurement et extérieurement, elle est redevable de sa propre réalité, de son caractère spécifique et, pour ainsi parler, de son « contenu » spirituel à l'Intelligence vers laquelle spontanément elle se tourne-. Or, l'Intelligence, ne l'oublions pas, est la seconde hypostase, la première révélation de l'Un. Quoique présente dans l'organisme physique par son action architectonique et directrice, l'âme en est donc absente par ses tendances personnelles ; elle souffre de sa conjonction avec les autres facultés plus matérielles qui. comme un poids mort, l'alourdissent et risquent de la faire déchoir vers, l'état végétatif; elle souffre de sentir le corps en incessante évolution, asservi à des facultés inférieures
• \V., Il, 335-(J, :i4!>-r)o,. /,i«-i7; L., 6.47-8, 6(Ì2-;5, -jii-liz; G., II, 34i, ^('n-i, 45/,. — Cf. Ennéades, IV, m. 9 et 24; I\', iv, 18 et nj. —Sur Portius et Zabarella, cf. Mabilleau, (Icsnrn Crenwnini, l'aris, 1881, p. ;îi4 <^^ -^32. — Notre douranl liherlin, c. ni.
- « Duobus quasi nodi.s anima cum corpore devincitur : unus quidam ver^''it ad animam, id est vivificus eius aclus cinicans er^a corpus : alter vero déclinât ad corpus, id est qualitas ipsa quasi vilalis per hune actum infusa cdrpori. » (Trad, M. Ficin, En., IV, 4, 19) et I\', /j. 18 : sicut ex sole micat lumen... sic ab anima nostra emicat vivificus actus. Cf. aussi IV. .3, 9.
qui ne le metlenl en contact (ju'avec des phénomènes relatifs, et sur lesquelles, à son tour, réagit sa constitution physiologique, bref, attaché au domaine du changement', — alors (ju'elle aspire à une vérité, à une beauté immuables, et qu'elle s'efforce d'atteindre une substance toujours identique à ellemême.
On ne s'étonnera donc pas que l'âme humaine, et particulièrement lame héroïque, lorsqu'elle essaie de remplir toute sa destinée, s'arrache par l'ascétisme, par la mortification, par la méditation ou par l'art, à celte étreinte du corps'-, à cette prison où elle a conscience de languir, et plane en quelque sorte au-dessus de cet être sensible, ballotté dans le contlit des contraires, jusqu'à ce qu'elle soit enfin délivrée par la mort, jusqu'à ce que, d'un élan joyeux, elle rejoigne 1 Absolu. G est pourquoi on a vu des saints multiplier leurs propres épreuves, des martyrs remercier leurs bourreaux et saluer dans la mort une victoire de leur volonté qui, récompensée de ses longues luttes, est admise à jouir effectivement et complètement des ineffables délices de Vhfxxji:. Leur àme, à ce ce moment, perd son identité, comme la goutte d eau se fond dans l'océan, comme la vapeur se dissipe au sein de l'air. A ce propos. Bruno reprend non seulement les idées, mais encore les comparaisons familières à Plotin. La délectation dont est favorisée lame héroïque, plus noble et plus ardente que toutes, se distingue, à ce degré, de toute autre volupté, en ce que rie/i nest capable de la troubler, de la divertir, de la diminuer. Cet amour divin n'est plus accessible au chagrin, au regret, à la crainte, aux diverses alternatives, aux variations d'intensité qui caractérisent les autres amours, ou. pour mieux (lire, les autres passions soumises à la loi inéluctable du
• \V., Il, ;»H-9, 368, 383, 427-8; L., 65o. (Ì81, 696, 744; G.. II, 345-6, 388. 40S, 473.
2 W.. II, 337^ 3S7-8, loi, 407-8: L.. 6',8, 701, 716. 724; G., II, 3^3, 414. 43-3, 443-4.
contraste. Il goûte un plaisir pur auquel, par une exception merveilleuse, ne se mêle point l'ombre de la douleur '. Il se fixe et s'immobilise dans la possession, bornée et virtuelle ici-bas, totale et réelle là-haut, de l'Etre éterner-. Paradoxe miraculeux pour les esprits étroits qui jugent toute chose d'un point de vue humain : c'est en parvenant à cette sorte d'impassibilité qu'il parvient au ravissements Cette ascension morale ne nécessite point de grands gestes rituels. Lever les yeux et les bras vers le ciel, fréquenter les temples, chanter devant lesidolesS ce ne sont là que des simagrées inutiles, selon Bruno ! L'àme héroïque, en se repliant sur elle-même, en analysant ses tendances, en s'isolant du tourbillon vertigineux des puissances matérielles, trouve en son propre fonds une empreinte révélatrice de la présence divine'. Cette Ame du monde, d'où elle est issue et avec laquelle elle conserve des
' Sigillus Siçjillorum, II, ■•, i(j2. — De VincuU^ in genere, vol. III, p. fi.ïj.
- Dei Infinito, W., II, i8; L., iîoS; G., I, 282 — Eroici furori, \V., Il, 3.3o, 335, 336; L., 641, 646, 647 ; G., II, 332-3, 340-2. — D'après Plotin, Ennéades : IV, 3, 24 (trad. latin. Ficin); IV, 7, 10 (Ficin) et p. 866, 16, éd. Crenzer; VI, 7, 34 (Ficin) et p. 1327, 16, Creuzer; VI, 9, 4 (Ficin) et p. iSgS, i5, Creuzer; VI, y, 9 (Ficin) et p. 1407, 'o, Creuzer. — ^W., II, 352-3,391; L., 665-6, 706-6; G., II, 365-6. 419-ao. — W., II, 389; L.. 703; G., 41^-7 (daprès le pseudo-Jamblique). — W., II, 425-6; L , 741-a; G., II, 469-70 (d'après Plotin, V. 3, 17, Ficin et 966, 5, Creuzer). — Cf. aussi Felici (G. S.) le dottrine fil, rei. di T. Campanella, Lanciano, 1895, p. 77.
^ Sainte Thérèse distingue la prière ou l'oraison vocale, l'oraison mentale, l'oraison de recueillement, l'oraison de quiétude, l'oraison d'union, l'oraison de ravissement, le vol de l'esprit qui produit l'unification avec Dieu. 'Ces distinctions sont commentées par M. Th. Ribot dans la Psijchologie de l'altention, p. 144-148. Voir Henry Joly, Psychologie des Suints, saint Ignace de Loyola, sainte Thérèse, 3 vol., in-12, Paris, Lecoll're; Delacroix, Eludes d'histoire et de psychologie du mysticisme, Paris, Alcan. — On peut comparer le « raptus » plotinien à la " mors osculi » des Cabbalistes. \V., II, 341-2, 391-2; L., 353-4, 7o5-6; G., II, 35i, fu^sq. — Tocco, le Opere latine esposte... p. 369-70,
5 Cena, W., i3o; L., 128; G., I, 24-25. — \V., II. 3/,i, 386-8, 3p5î6; L., 652-53^ 700-2, 710-1 ; G., Il, .{50, 4i3 5, 425-26. — Cf. Plotin, Ennéades, Creuzer. I, 6,8, p. 112, 3; V, 1,6, p. 906, I.
— '..ìf) —
rapports constants, n'est-elle pas justement Dieu, saisi en tant qu'énergie fécondante et en tant que Providence diffuse à travers le Cosmos tout entier ' ? Ne l'oublions pas : la Divinité nous pénètre-. Gomme le disait saint Paul, elle vit en nous, nous vivons, nous devons vivre en elle. Le vrai sage ne fuira pas. de propos délibéré, les autres hommes, s'il a l'espoir de les améliorer moralement, ou si la vie en communauté doit lui fournir des occasions de mérite; mais il comptera avant tout sur lui-même, il cherchera à se suffire, ayant conscience que Dieu non seulement l'assiste, mais l'inspire. Son existence se déroulera, libre et lumineuse, au-dessus de l'orage des passions : elle se réglera sur une connaissance de plus en plus approfondie des lois qui président à l'ordre universel. Aimant Dieu, le sage aura la certitude consolante et exaltante cl être aimé de Dieu. Car l'Eternel ne se détourne pas de nous, puisque précisément, par le rayonnement de ses puissances, il est mêlé à la trame de notre vie ; c'est nous qui tentons parfois de nous écarter, de nous « abstraire » de lui. Ainsi que le répétera Boehme\ « le Très Haut e*/ partout où l'esprit lui est ouvert » ; la divinité agit partout dans cet univers illimité. Seul, cet amour, comme par une brusque déchirure du voile qui, jusqu'alors, le cachait à l'homme, lui donnera une connaissance directe et intuitive de ce Dieu qui déborde le cadre
' Cf. Schelling : Aphorismes sur la philosophie de In nature. « Il n'y a pas de plus haute révélation que celle de la Divinité dans le tout. De la foi en cette révélation dépend le salut du monde : elle est la source de toute inspiration et de tout progrès. Lorsque cette foi s'affaiblit ou s'éteint, toute beauté s'elTace et disparaît. Tous les faux systèmes, toutes les erreurs ne sont qu'autant de conséquences de l'absence de cette foi. »
- Cic. Però ben si dice, il regno de Dio esser in noi, e la divinitade abitar in noi per forza del riformato intelletto e voluntade. (Eroici furori, \V., Il, .341 ; L., 652-3; G.. II, 35o.)
■■' Edelmann, Lessing, Herder, .lacobi, Novalis, Schleiermacher, — quelle que soit la diversité de leurs tempéraments ^— s'accorderont à développer la même idée. (Cf. Iloffding, Ilisl. phil. mod., t. II, pages 10, aS, ii8, 122, 141,
IfJÇ), 2Î2.)
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de notre intelligence conceptuelle ' et dont l'infinie substance ne peut être désignée que négativenient, comme Ta montre Nicolas de Cusa après Denys l'Aréopagite". Sans passer par les successives étapes du savoir humain, Tàme héroïque sera alors engloutie dans le rayonnement du Soleil divin. Au fur et à mesure qu'il gravit cette échelle sublime, l'esprit héroïque se soustrait aux conditions normales de l'humanité. Son généreux « tourment » s'apaise peu à peu, sans que s'éteigne son désir d'être uni à Dieu. Bientôt il perd de vue le monde et ses misères. Dans la plus forte acception du mot, il aboutit à Y extase, où s'abolit le sentiment des différences et des contrastes. Cette « simplicité » le prépare à s'identifier avec l'Un. Cet acte ultime coïncide avec ce que Bruno appelle la plus intense et intime « contraction >i (ou concentration^) du sujet qui, pour parler sans métaphores, fait retour, par ce mouvement même, à son origine divine.
L' échelonne men t des divers degrés de cette éthique correspond aux différentes étapes de la morale de Plotin. Entre la simple perception des choses sensibles et la contemplation des idées, il y a, selon le maître de l'école alexandrine, la pensée discursive (^tavo/în/o'v). La raison (voûç) est la même chez tous les individus, mais de l'un à l'autre varie ce quelle révèle de son contenu par la pensée discursive. La science, fondée sur le raisonnement, tient de l'intuition sensible et de l'intuition rationnelle, qu elle relie l'une à l'autre. A travers la multiplicité des objets qu'elle saisit par l'observation et
' w., II, ;i;5r)-6, :'..s:)-(;, 407-8, 408-y, 42(j; L., 047, (i<jy, 723, 7-24, 742:
(j., 11,341, \ii-i, 44'^» 444» 47'- — " Parlons maiiitenanl selon les lumières naliiielles. S'il y a un Dieu, il est inllniment incompréhensible, puisque, n'ayant ni parties, ni bornes, il n"a nul rapport avec nous. Nous sommes donc incapables de connaitre ni ce qu'il est, ni s'il est... » (Pascal, Pensées, éd. Brunsclivig', fr. 2l5.1j. Cf. Malebranciie, Enlreliens met., 21, 22,23.
- W.. H, ■.7',. 42y; L., r)«2-83, 745-6; G.," II, a'.g, 476.
'' P.fx.. \V., il, 389-90, 4()r>-fi; L., 70.5-4,721; G.,I1,4'7, 44<'- — Kiclitè, dans ses derniers écrits, expose une doctrine analogue. (Cf. Ilolldiii^', op. cil., II, ijy.) Lui aussi, il alta(|ue la ■ paresse » ujorale, le « moindie elîort ».
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rexpérience, elle brise l'uiiiLé de lldée, mais sans cesser de nous faire entrevoir l'intelligible dans le sensible, ni de préparer ratï'ranchissemenl de noire âme. A la science répondent, dans Tordre pratique, les vertus que Plotin appelle « politiques' » : prudence, courage, tempérance, justice, déjà préconisées par la plupart des philosophes grecs. Elles ont pour but d'apporter « la règle et la mesure » dans la vie intellectuelle, dans la vie affective et dans la conduite extérieure. Filles écartent de l'esprit les illusions, « les opinions fausses » ; elles préviennent ou apaisent les orages des passions ; elles harmonisent les inclinations, disciplinent les instincts. Bref, retirant l'âme du mal, la purifiant, elles jouent surtout un rôle de préservation ; elles ne font que nous conduire au seuil de la vie divine. Ce sont les vertus par lesquelles un Hercule mérite de passer de la terre au ciel, mais sans être admis à partager toute la dignité des Olympiens. Il convient de ne point s arrêter à cette étape, qui a pour principal avantage de donner accès à la Contemplation. Celle-ci est le mouvement de la pensée pour se dépasser ellemême, pour atteindre, par delà la beauté, un objet qui reste en dehors et en dessus d elle, à savoir le Bien. En cette activité spirituelle réside le vrai bonheur"^, qui ne dépend plus des faveurs de la Fortune. Le Beau^ fait naitr-e l'amour, mais indirectement, parce qu'en lui resplendit le Bien, — ce Bien qui est le sommet brillant du monde intelligible, et qui se reflète dans l'ordre des proportions, où se complaît notre intelligence spontanément éprise de mesure. Mais le Bien ou l'Un étant supérieur à la seconde hypothèse'', la pensée, —
' çiovria'.; [xh/ r.îoi ~u âoyi?^o;j.jvov, àvôpEÎa ok r.iol tô Oj[j.0'jtj.£vov, ■jojOooTJvr, oï Iv
óaoXoyia -:•/: /.t.'. ajaç'ovîa È7:'.6'j[j.r,T'.zoj "pò; Xoy'-^[J.ov,. ò'.y.aiOTjvrj Ò£ Tr^v iy.aitoj to-j- T'.>v ôaoj o'./.c'.o-pxy'av ip/'i; ~i^''- zx'- toj xoyzi'lx:... (En., I, ii, i). zx-a/.û'jaoj'j'. O'/T'o;... ópii^oy^a'. x.xl a£Tpoj3a'. tx; ÌT;iOj[i.ìa; y.%: oX''); tx -xOt, a^Tç-oj-jX'.. y.%\ •iî'jo:'.ocirxç àçx'.poijax;, -òi -lov àopîaTwv lÇo> ibix:. I, u, 2.)
- En., I, IV, 4, 7, i^) et q: I, v, 6 et 10 ; III, vm, ."i.
■ I, VI, passim ; V, ix, 2.
' lif. la [ireinière note de noire trmluction. K. c. ' 17
qui suppose d'ailleurs la distinction du sujet et de l'objet el dont le raisonnement implique la multiplicité, — ne peut se flatter de parvenir à l'intuition totale, à la possession de l'Absolu, vers laquelle la Contemplation n'est qu'un acheminement. Pour nous unir au premier principe, il faut d'abord que nous lui ressemblions, c'est-à-dire, que nous nous réduisions à cette Simplicité que Hruno célèbre, précisément dans le Spaccio '. Suspendons l'exercice de nosfacultés spirituelles perdons autant que possible la conscience de nos limites et de notre ( moi )>. Attendons que la lumière divine nous inonde. Laissons l'Amour nous élever vers la cime où surgira la merveilleuse Révélation ; ou plutôt, comme notre âme n'est détachée ni du Noû; où elle est représentée par l'idée, ni de l'Un dont elle émane, faisons taire en nous les exigences et les révoltes de la concupiscence et du « vouloir vivre », retournons à notre essence profonde afin d'y retrouver l'Un originel, et de nous absorber en lui : nous goûterons dans cette identification, dans cette extase, une délectation ineffable'-. Voilà le bien suprême. Il semble que ce soit, pour Plotin, comme un don de la grâce, et que nous puissions seulement
' En., V, iif, tt, 12 el i3. C'est là-Àfo^'.;, làsrl.
^ En.. VI, VII, 36; VI, ix, 9. Ravaisson, Essai s. la met. d'Aristole, l. IX, p. 451-Ô2. — Et aussi Porphyre, Sent., ari. :>.(]. Plotin, VI, ix, 9 veut faire comprendre la félicilé que procure l'union de l'âme avec Dieu en rappelant, à propos des amours terrestres, la joie qu'éprouve celui qui aime et qui obtient ce qu'il aime. Mais il a soin d'ajouter que ces arnours sont mortelles et trompeuses, qu'elles ne s'adressent qu'à des fantômes el ne tardent pas à dispa- 'raitre. D'autres mystiques s'y arréleronl. Il y aurait, au point de vue psychologique, une curieuse élude à faire sur l'usage des termes qui servent à exprimer l'amour divin par ceux cpii décrivent l'amour humain et sur l'usage par les mystiques des mots ({ui (expriment l'amour sexuel. On pourrait comparer, en ce sens, certaines pages dvA'Imilation de Jésus-Chrisl à plusieurs poésies de Donne (Tiie Poems of John Donne ediled from the old éditions and numerous manuscrits wilh Introductions and Commenlary by Herbert J. C, Grierson M. A. Chalmers Prafessor of english Literalure in the University of Aberdeen, 2 vol., Oxford, Clarendon Press, 1912). Picavet, (Essais.) — W., II, ar.S-y, 38.5 sq; L., 671-73, 698 sq. ; G., II, 374-6, /,m sq.