ESQUISSE D'UNE THÉORIE GÉNÉRALE DU CRIME
La criminalité engendre la pénalité, et celle-ci renforce celle-là. L'expérience journalière nous en fournit déjà des preuves palpables; mais cette sorte d'expérience est sujette à caution ; sa vue est naturellement courte, son horizon est borné. L'histoire, Texpérience des siècles qui se suivent, lui est de beaucoup supérieure. Or l'histoire prouve, par de nombreux et mémorables exemples, que toute action oppressive ou répressive suscite une réaction de la même espèce. Elle montre, en outre, que la criminalité et la pénalité s'élèvent et tombent en môme temps. Pour que l'une ou l'autre s'atténuent d'une façon appréciable, il faut que leurs causes communes se modifient profondément (33).
2° Certes, outre son effet direct qui est de conserver, de perpétuer le crime, la pénalité. peut produire des effets indirects. Une société qui pendant de longs siècles aurait exterminé sans pitié une catégorie quelconque de criminels, eût peut-être fini par s'en débarrasser. Une forme spéciale du crime se serait affaiblie ou aurait disparu complètement. De même, une société qui n'aurait laissé vivre que les plus beaux spécimens de la race, eût sans doute enrayé d'une façon appréciable, dans ses limites géographiques, la multiplication des êtres physiquement difformes. Mais dans un cas comme dans l'autre, elle n'aurait pas tari les sources vives du crime, ni celles de la faiblesse physiologique. Pour être composée d'une façon très différente, la somme des maux ou des douleurs morales et celle des maux et des douleurs physiques n'eussent nullement été amoindries ou réduites. La criminalité, en particu* lier, comme l'histoire le prouve pour tous les cas de
répression inexorable, serait réapparue, aggravée, revêtue souvent de nouvelles et étranges formes.
3° De ce que le crime est nécessaire, de ce qu'il est déterminé d'une façon rigoureuse, il ne saurait résulter que le châtiment doive ou puisse s'abolir. La conclusion juste serait plutôt que le châtiment, effet direct du crime, est également soumis à des règles inéluctables. Mais une autre déduction s'impose encore à Tesprit.
Entre les forces morales qui, alliées aux forces biologiques, produisent Tindividu, et celui-ci, il existe une différence qui nous apparaît, â la longue, comme une phase parcourue, une évolution, un changement, un progrès. L'individu, considéré abstraitement, est toujours supérieur à la foule envisagée de la même façon. D'ailleurs, une collectivité ne peut manifester ou réaliser ses énergies latentes que par le moyen des individus qui la composent. Or, la pénalité, le crime collectif, pour pouvoir, sinon s'abolir, du moins s'atténuer, doit prendre la même route. C'est la lutte vaine ou stupide de l'individu contre les conditions de son existence sociale qui, diminuant sans cesse d'intensité et variant ses formes, changeant d'aspect, peut seule conduire à l'adoucissement progressif et aux autres transformations quelconques des peines édictées par le législateur.
Faut-il cesser de punir? Oui, certes, si la question pouvait seulement se poser. Car abolir le châtiment, c'est abolir du même coup le crime. Empêcher qu'un effet se produise, c'est empêcher sa cause de se mani« fester, c'est la refouler, du réel, de l'actuel, dans la sphère, sinon du néant, du moins de la virtualité pure.
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Mais le malheur est que celte méthode n'a encore jamais réussi à personne . Ce n'est pourtant pas faute de s'en être servi. Elle a toujours été le procédé favori des hommes, le moyen auquel ils recouraient dans les cas les plus graves. La médecine symptomatique aussi bien que la politique dite opportuniste en témoignent suffisamment. Combien de fois n'eston pas parti en guerre contre les suites de telles ou telles modifications pathologiques du sang et des tissus, ou contre les effets de certaines passions, ou, sous le nom euphémique d'abus, contre les conséquences de telle ou telle organisation de l'État, de la propriété, de la famille? Ces escarmouches, que certains historiens envisagent comme la trame même de ce qu'ils nomment emphatiquement « le progrès », furent l'école où Thumanité apprit à ses dépens que dans le monde social comme dans la nature extérieure, un effet ne se peut modifier que si l'on agit sur les conditions qui le précèdent et lui donnent naissance. Ce qu'il faut faire, dans cet ordre d'idées, c'est étudier avec soin, à l'aide des méthodes scientifiques déjà éprouvées, les phénomènes connexes de la criminalité et de la pénalité. Il semble évident qu'à mesure des progrès du savoir social et de sa diffusion dans les masses, l'humanité, acceptant pour infrangibles les lois essentielles de la vie en commun, résistera mieux à la sotte tentation de les violer. J'excepte de cette règle les temps de crise aiguë, alors que les vieux préjugés se décomposent rapidement et que l'édifice artificiel d'une législation en désaccord avec des mœurs déjà modifiées s'ébranle et croule de toutes parts. Mais est-il besoin d'ajouter que la pénalité évoluera dans le même sens? On
punira moins et on punira d'une autre façon. Le duel immémorial entre les individus ignorants et indisciplinés et la société non moins ignorante et lâchement vindicative, ainsi que le sont toutes les foules, cessera, s'il doit cesser un jour, comme finiront les guerres entre peuples : par une aversion de plus en plus invincible contre la lutte béte, inutile, impie, aversion qui sera la suite nécessaire d'un changement profond dans les conditions intimes de la vie sociale.
4° D'ailleurs, en ce qui touche les rapports étroits et multiples du crime et du châtiment, la question de priorité ou d'antécédence reste ouverte. A cet égard, deux hypothèses également plausibles sont en présence. Aujourd'hui la pénalité semble suivre la criminalité comme l'ombre suit le corps. Mais en fut-il toujours ainsi? Le crime collectif n'entra-t-il pas le premier dans la lice historique? L'attaque brutale de l'homme isolé, par ses compagnons réunis pour cette fin, ne suscita-t-elle pas Vactio7i défensive de l'individu, action qui peu à peu devint une habitude et dégénéra en contre-attaque, stigmatisée dès lors par la collectivité comme une transgression volontaire des lois divines et humaines?
Cette genèse du crime n'a rien d'excessif ou d'étrange. Elle semble, au contraire, pouvoir parfaitement s'harmoniser avec la thèse fondamentale nous présentant l'individu comme le produit direct du milieu surorganique qui le baigne de toutes parts, qui le forme à son image, qui l'assouplit à sa règle, qui le soumet aux conditions inéluctables de l'existence en commun.
Certes, l'individu n'est pas que le produit du
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psychisme collectif ou de la société qui Tentoure. Il a d'autres origines encore, qui sont purement organiques; et tant qu'on ne les prend pas en considération, la théorie générale du crime apparaît incomplète, obscure, et son arbre généalogique — singulièrement ébranché.
Cette chose abstraite, le crime, revêt sa pleine signification alors seulement qu'on a franchi les frontières du royaume de la vie et qu'on s'est élevé assez haut dans les régions de l'idée pure. Mais cette chose concrète, l'acte criminel accompli dans telles ou telles circonstances, par tels ou tels individus, offre toujours deux faces : l'une sociale ou surorganique, et l'autre vitale ou organique.
Un meurtre, par exemple, ne saurait s'effectuer sans un certain déploiement de force musculaire et nerveuse qui constitue son aspect biologique. Or, quand un acte criminel a lieu, il nous semble qu'une lutte entre ces deux formes de l'énergie universelle, la forme supérieure qui exprime la force morale, et la forme inférieure où s'incarne la force vitale, précède l'acte et le détermine en donnant la victoire à la bête sur l'homme. Sans doute, les choses se passent, en réalité, d'une manière différente, et il y a dans cette idée de lutte une dose considérable d'illusion. Quoi qu'il en soit, les origines organiques de l'individu se reflètent dans tous ses actes, les bons aussi bien que les méchants. Et à ce point de vue qui tient surtout compte des manifestations externes, le crime se laisse fort bien définir comme un retour en arrière, une rétrogression du supérieur vers l'inférieur, une rechute du surorganique dans l'organique.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que cette définition, qui relève plutôt de la science concrète que de la science abstraite (où elle serait superficielle), qui appartient plutôt à la psychologie qu'à la sociologie, s'applique également à la pénalité, au crime collectif.
5° Quelles que soient les origines de la faute individuelle, qu'elle dérive d'une façon directe de la faute collective, que l'homme criminel nous apparaisse comme le fruit ou la fleur de la société criminelle (34), ce qui semble assez probable; ou que, pour expliquer le phénomène de la criminalité tel qu'il se présente aujourd'hui, on admette une sorte d'autogenèse, une formation indépendante plongeant ses racines dans le terrain où s'épanouit le produit indirect de la société, l'individu, — toujours on se voit obligé de reconnaître, entre le mal que l'individu inflige à son semblable (35), c'est-à-dire, au fond, à la collectivité, et le mal que la société inflige à l'individu, c'est-à-dire, en fait, à sa propre parcelle constitutive, une analogie étroite, une similitude essentielle et frappante.
Déterminés par des causes nombreuses et complexes, ces deux phénomènes sont également nécessaires. Mais l'homme, animal finaliste par excellence, convertit volontiers la nécessité qu'il ne saurait éviter, qu'il doit subir, en utilité qui lui convient, qui lui plaît, qui flatte ses goûts dominateurs. Aussi l'humanité ne tarda-t-elle pas à découvrir, en premier lieu (question de simple majorité, les punisseurs étant plus nombreux que les punis), l'utile fonction du châtiment, de la pénalité, et ensuite, peu à peu, la fonction utile du crime lui-même. On soutient notamment que ce dernier sert à nous dévoiler les
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lares secrètes du corps social. La thèse se peut défendre. Mais n'est-il pas manifeste qu'une fonction toute pareille incombe à la pénalité, au crime collectif, indicateur des causes morbides profondes? Si l'accroissement des crimes contre la propriété, par exemple, prouve l'organisation défectueuse de celleci, la sévérité des peines édictées contre ces sortes de transgressions démontre, à son tour, la gravité de la diathèse.
Assimilant le crime individuel à une maladie, volontiers on nous présente le crime collectif comme une médication destinée à prévenir le mal, à l'arrêter, à le cantonner dans des limites de plus en plus étroites. Le parallèle pourrait s'accepter si avec le crime proprement dit on comparait non la pénalité, mais l'illusion que l'universelle et nécessaire existence du châtiment fait naître dans l'esprit des majorités sociales. Oui, ces majorités ont toujours cru à l'utilité suprême du talion : la délivrance, le salut étaient, pour elles, à ce prix. Jamais elles ne mirent sérieusement en doute la haute efficacité d'une thérapeutique qui leur semblait aussi simple que rationnelle. Mais ces mêmes majorités ne furent-elles pas un jour aussi ardentes à soutenir et à défendre certaines panacées médicales qui tuaient peut-être plus de monde que les maux dont ces remèdes devaient amener la disparition? Il semble donc loisible de suspecter le bien fondé de l'antique sentiment populaire, et il semble permis de lui opposer, ne fût-ce que par manière d'hypothèse, la doctrine qui, loin d'envisager la répression pénale ainsi qu'un essai, môme malheureux, de guérison, y voit plutôt un véritable état pathologique. Celui-ci affecterait, non
plus, comme fait le crime, une minorité insignifiante, mais une majorité considérable, sinon la collectivité tout entière. Du reste, l'histoire religieuse, politique et économique de l'humanité le prouve amplement, les violateurs des codes de justice peuvent s'illusionner dans le même sens. Ils semblent très susceptibles de prendre leurs crises pathologiques les plus aiguës pour autant de tentatives — infructueuses, mais méritoires — de remédier aux maux dont souffre le corps social (36).
6** Au large point de vue auquel se place le philosophe, nécessaire veut simplement dire existant. Ce terme implique que ce qui est est, et restera invariable dans des conditions invariables. Mais il implique aussi que le phénomène se modifie du tout au tout avec les conditions qui le constituent plutôt qu'elles ne le déterminent.
Or, les esprits peu scientifiques semblent croire que le nécessaire est ce qui sera sous n'importe quelles conditions. Ils confondent la nécessité avec la fatalité. Et ils ne voient pas que ces prétendues fatalités, le crime et sa punition, se résolvent en simples constats d'existence, sinon même en constats de variabilité extrême. Un crime ou un châtiment nécessaires sont précisément un crime ou un châtiment qui demain, peut-être, n'existeront pas sous ce double aspect. Cela est d'une évidence banale et l'histoire des peuples est remplie de tels changements (37).
« Une loi générale de notre intelligence, disais-je, il y a quelque vingt ans, dans ma Sociologie (38), nous incite à considérer toute espèce de phénomènes au moins sous deux aspects... Cette bipolarité se fait
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jour à travers la série entière des sciences... Elle se traduit, dans le monde inorganique, par la distinction entre le repos (l'équilibre) et le mouvement, ce qui donne lieu aux considérations statiques et dynamiques, et, dans le monde organique, par la distinction entre la structure et la fonction, ce qui donne naissance aux points de vue anatomique et physiologique. Les phénomènes du monde social sont soumis à la même loi. Il est assez indifférent de constater leur dualité d'aspect sous la dénomination de statique et de dynamique, ou sous celle d'anatomie et de physiologie... Toutefois, il semble nécessaire d'introduire en sociologie un troisième point de vue, emprunté également à la biologie »...
La raison aborde ici une dernière différenciation des phénomènes. Ce classement est très curieux et très instructif. Il forme Tun des points les plus controversés de la théorie de la connaissance. C'est l'opposition entre le normal et Vanormal.
Aujourd'hui, on ne croit plus au miracle^ et les deux grandes écoles du passé, celle du libre arbitre^ hasard des actes raisonnables, et celle du hasard^ libre arbitre des événements oùlaraisori n'intervient pas, ont perdu la majorité de leurs adeptes. Les anciennes confusions ne se tolèrent point. On serait, par suite, mal venu de traduire les termes de normal et d'anormal par les expressions, naguère encore synonymiques, de régulier et à' irrégulier. L'anormal suit sa règle comme le normal subit la sienne. On soupçonne môme avec raison que ces deux règles n'en font qu'une, qu'elles ne divergent pas dans la réalité objective, impersonnelle, préservée, autant que possible, des illusions psychiques du sujet qui
en prend conscience et qui Tobserve. Dans une foule de cas, cette unité de la loi qui détermine le cours des choses nous semblant normales aussi bien que celui des choses nous paraissant anormales, est un fait reconnu, démontré, évident. Mais s'il en est ainsi, que reste-t-il du contraste entre de telles apparences, et à quel usage cette opposition peut-elle encore servir (39)?
Le crime est nécessaire. Il Ta été dans le passé, il Test aujourd'hui. C'est entendu. Les phénomènes désignés par ce vocable se rangent parmi les conditions qui toujours donnèrent et continuent à donner à la vie sociale sa physionomie, sa forme connue, habituelle.
L'évolution des sociétés se laisse entièrement réduire à l'existence et au développement des idées de bien et de mal, de juste et d'injuste, de vertu et de vice, de crime et d'acte licite; \déeB qui n'auraient jamais pu naître dans un cerveau humain en dehors des faiU correspondants. La tautologie est parfaite, indiscutable; autant dire que a =:^a. Nous pouvons donc, sans crainte de nous tromper, conclure à la durée indéfinie mais relative, — la durée même que nous accordons à l'homme, à ses pensées et à ses actes — du mal, de l'injustice, du vice, du crime. En ce sens très étendu, l'affirmation que tous ces faits servent, sont utiles à la manifestation des faits opposés, est une simple traduction téléologique , profondément humaine, du rapport d'identité qui régit ses contraires, qui réunit ces espèces en classes, et ces classes en genres de plus en plus vastes.
Cette correction admise, je ne puis que louer la haute conscience des écrivains qui, se basant sur les
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travaux de leurs devanciers, en arrivent à soutenir, malgré les idées courantes, que le criminel, « loin d'apparaître comme radicalement insociable, comme une sorte d'élément parasitaire, de corps étranger introduit au sein de la société, est un agent régulier . de la vie sociale »; et que, par suite, « le crime ne doit plus être conçu comme un mal qui ne saurait être contenu' dans de trop étroites limites » (40). Personne, je suppose, ne s'offusquera d'une semblable apologie, non pas, certes, du crime, du mal concret et tangible, mais du rôle, de l'efflcacité sociale qui appartiennent au principe abstrait, à l'idée générale corrélative. Cependant, je ferai à ces écrivains une objection qui me semble capitale.
Dans la sphère sans limite de la pensée qui tend à comprendre le monde, c'est-à-dire l'infini lui-même, dans la pensée du philosophe, les contrastes les plus marqués s'effacent, les oppositions les plus radicales s'évanouissent, et l'unité rationnelle, l'identité logique des choses domine en maîtresse absolue. Mais à mesure qu'on descend des hauts sommets philosophiques, qu'on gagne les plateaux situés plus bas et les plaines fécondes en découvertes, en applications immédiatement utiles, le tableau change. Notre angle visuel se rétrécit, nous apercevons moins d'objets à la fois, mais nous distinguons à leur surface des lignes, des nuances, des marques qui nous servent de points de repère, qui nous permettent de reconnaître les phénomènes, de les classifier, de les séparer en espèces de plus en plus multiples. Nous foulons désormais le sol de la science spéciale (41).
Notre vue intellectuelle ne perçoit bien certains attributs des choses que lorsqu'elle contemple celles-
ci de près, en un groupe restreint de phénomènes. L'esprit doit se pencher, se baisser autant que possible vers la matière pour découvrir les qualités spécifiques des objets.
Certes, et je le répète, de telles qualités sont tout en surface et rien qu'en surface. L'analyseur le plus subtil, le micrographe le plus ingénieux ne pénètre ni Tessence cachée des faits qu'il étudie, ni le fond identique de la nature (42). 11 a beau tailler dans le vif des réalités environnantes, il ne parvient qu'à multiplier à Tinfîni les points de contact entre les objets et notre sensibilité. Mais ces points d'approche ne constituent-ils pas précisément ce que nous appelons des apparences ou des phènomèiies^ seules portes ouvertes sur l'intimité profonde et obscure des choses? Notre savoir analytique, nos connaissances spéciales précèdent et préparent notre savoir synthétique, nos grandes vues d'ensemble (43).
Aussi, placés en face de phénomènes tels que le bien et le mal, l'acte licite et l'acte criminel, ou encore de phénomènes tels que la santé et la maladie, nous devons, ce me semble, malgré nos justes soupçons sur la nature artificielle de nos lignes démar* catives, nous devons, dis-je, étudier chacun de ces ordres de fai ts séparément, et les soumettre à des analyses distinctes. En d'autres termes, parce que nous admettons une théorie de la connaissance basée sur le principe de l'identité essentielle des contraires logiques, nous ne sommes pas tenus à confondre la vertu et le crime, comme le biologue n'est pas tenu, parce qu'il possède une théorie générale sur la vie et l'unité foncière de ses attributions, à confondre l'état sain des tissus et des organes avec leurs altérations