OBSERVATION XXIV
Émile B..., 12 ans, entré le 19 mars, salle Bouchut, n° 7 (service de. M. le professeur Grancher).
Rien à noter dans ses antécédents héréditaires. À eu la rougeole à 3 ans. À eu plusieurs érysipèles de la face. En traitement dans la salle pour une anémie profonde.
Un mois après son entrée dans la salle, le 27 avril, il est pris subitement d'un grand malaise avec frisson, courbature, céphalalgie; temp., 41°; le pouls est petit et rapide, 140 pulsations; les pommettes sont rouges. L'examen de tous les organes ne permet pas d'expliquer ces accidents.
Le lendemain matin, la température est très élevée, l’état général mauvais. Le malade se plaint de la gorge, il y a de la dysphagie, la voix est nasonnée.
À l'examen, on constate une rougeur excessive des amygdales et des piliers, la muqueuse injectée est comme œdémateuse, cet œdème est surtout marqué sur la luette. Il n’y a pas de bourrelet érysipélateux. L’abattement est complet et le délire presque continuel.
Les urines, rares, ne contiennent pas d’albumine. Le troisième jour, les symptômes locaux et genéraux s’aggravent. Toute la muqueuse du pharynx est boursouflée et rouge vif. La température oscille entre 40e et 41°. La mort survient avec des convulsions, la respiration n’a pas été entravée.
AUTOPSIE. — Aucune grosse lésion des organes internes. Foie présente de petites taches jaunâtres. La substance corticale des reins est légèrement décolorée. La muqueuse du pharynx est encore légèrement œdémateuse.
Obs. bactériologique.— Pendant la vie du malade, dès le deuxième jour de la maladie, l’exsudat de la gorge avait été recueilli et examiné comme dans nos autres observations. Cet examen nous a permis de constater dans cet exsudat la présence du streplocoque pyogène très virulent, il n’y avait ni pneumocoque ni slaphylocoque pyogènc.
Deux heures après la mort, on a recueilli dans des pipettes le sang du cœur et le sang du foie.
Ce sang contenait à l'état de pureté un streptocoque qui par les cullures et l’expérimentation, s’est montré identique au streplocoque pyogène.
Deux heures après la mort Au malade, au moyen d'un amygdalotome on à enlevé la luelte et une portion d’amygrale.
ET ur
Ces fragments ainsi fraîchement recueillis ont servi à faire des recher-
ches très importantes. Sur un des fragments, nous avons pratiqué avec un bistouri rougi au feu une cautérisation de la muqueuse et à travers l'eschare ainsi produite nous avons introduit l'effilure d’une pipette pour recueillir purement la sérosité intra-muqueuse. Cette sérosité examinée au microscope et ensemencée, contenait une quantité considérable de chainettes de streptocoque pyogène.
- Après cet examen à l’état frais, les morceaux de muqueuses furent mis dans l’alcool puis déshydratés dans l’alcool absolu pendant 24 heures. De l'alcool absolu, les morceaux sont placés dans Le xylol puis dans la paraffine au xylol et enfin dans la paraffine. Après inclusion dans ce milieu, la pièce a été coupée et les coupes collées sur lame par l’albumine ont été débarrassées de la paraffine par le xylol,. lavées par l'alcool et colorées par différentes méthodes. Les colorations simples par le picro-carmin ou l’hématoxyline ont montré une muqueuse œdématiée infiltrée de cellules embryonnaire des leucocytes poly et mononucléaires. L’épithélium est gonflé, se colore mal par places et est desquamé à certains endroits. La coloration par la méthode de Weigert simple, par la méthode de Weïgert à l'huile d’aniline, par la méthode de Gran a permis de constater une abondance extrême de diplocoques et de chainettes infiltrant tout le derme de la muqueuse; par places c’est à peine si on peut voir les cellules du tissu tellement les streptocoques sont nombreux.
En résumé, il s’agit d'une angine rouge chez un enfant très anémique, angine remarquable par sa gravité et sa marche rapide qu’il faut peut-être attribuer à lPétat pathologique antérieur du petit malade.
Cliniquement, cette angine n’était pas seulement rouge et catarrhale, elle se distinguait par l’œdème de la muqueuse indiquant une infiltration intense et générale, par l'intensité de la fièvre, des phénomènes généraux qui ont entraîné la mort. PE
Cette observation a pu être faite dans de telles conditions qu'elle ne laisse pas de doute sur Le rôle joué par le streptocoque dans ce cas. |
En effet, l'examen fait au début de la maladie, sur le