‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 14 sur 85 · VIII. — Molière · texte numérisé non relu

VIII. — Molière

Molière à son tour — il ne Ta pas dissimulé dans ses préfaces — a fait de nombreux emprunts à la comedia espagnole. Or, sans vouloir diminuer à la gloire de notre grand comique (car il faut être un génie soi-même pour s'assimiler les dons du génie), nous pouvons dire qu'il avait, dans son commerce avec les Espagnols, perfectionné ses qualités natives. Pour qui sait la langue espagnole, Molière et les anciens grands poètes dramatiques de l'Espagne sont frères, égaux en inspiration, identiques de caractères et semblables de visage. (1)

Comme emprunt direct de Molière à Lope de Vega on doit particulièrement citer la fameuse scène de Dorine entre les deux amoureux du Tartuffe, évidemment imitée de celle où Teodoro et Marcela se réconcilient sous les auspices du gracioso Tristan dans El perro del Hortelano {le Chien du Jardinier) (Journée II, scène III) et aussi la scène IX de l'acte II de l'Ecole des Maris où les amoureux échangent leurs tendresses au nez du barbon, d'après Discreta enamorada {la Discrète amoureuse), enlin plus d'une scène du Médecin malgré lui d'après El acero de Madrid (le fer de Madrid). On sait que Molière imita encore les Espagnols dans la Princesse d' Elide {El Desden con Desden, Dédain pour dédain de Moreto) dans les Femmes Savantes {No ai hurlas con el amor, de Calderón) et dans Don Juan {El Burlador de Sevilla, le Trompeur de Séville, de Tirso de Molina). Il emprunte le scénario de Don Garcie de Navarre à une comédie médiocre de Cicognini, le Gelosie fortúnate del principe Rodrigo {la Jalousie fortunée du prince Rodrigue), tirée d'un original espagnol meilleur, qui n'a pas été retrouvé, mais que Molière a certainement connu, (à)

(1) Léo Qnesnel. Le Théâtre Espagnol Contemporain, la Nouvelle Revue, 1883. {ï) Molil're elle Thi-âtre Espagnol, par E. Martinenche, Paris, Hachette 1906. F. Véziaet, Uolièrt en Espagne, Revut d'histoire littéraire Kyril-Jaia 1907.

LOPE DE VEGA EN FRANCE (lE SAGe) 69

Après Molière, Quinault, Ilauteroclie et DancoMrt s'adressèrent également aux sources espagnoles.

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