‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 19 sur 85 · XIII. — Au début du dix-neuvième siècle · texte numérisé non relu

XIII. — Au début du dix-neuvième siècle

En 1800, nous constatons une plaisante contrepartie. Les auteurs sont alors obligés de bannir de la scène tous les costumes espagnols pour motifs de politique internationale. C'est ainsi que le Don Sanche de l'académicien Brifaut fut réduit â plier bagage, au moment où nos soldats franchissaient les Pyrénées. Pour éviter un terrain trop glissant, le Roy de Léon et de Castille dut émigrer au fond de l'Assyrie, avec tout son personnel et toutes ses figures de rhétorique. (1)

L'an IX parut à Lyon La Pauvreté de Renaud de Montauhan de Goldoni qui semble être une transposition d'une œuvre de Lope.

En 180o, Raynouard, sans insister sur la provenance de son drame, tire les Templiers d'une œuvre de Montalvan, le collaborateur de Lope de Vega.

D'autre part les guerres d'Espagne devaient nous remettre

(1) Gustave Merlet. Tableau de la Littéralnre F>vi»^!iise(1800-1815i

en contact direct avec la péuinsule, mais les soldats qui n'avaient cesser d'y camper eu pays ennemi n'en rapportèrent que quelques bribes d'idiome déformé et des chariots d'un butin considérable mais ramassé au hasard, où s'entassaient pêle-mêle les plus rares objets d'art et la plus vaine pacotille, chasubles, castagnettes, ostensoirs, navajas, reliquaires, châles, peintures, i^alous, tabernacles, pompons de mule, bois sculptés, galons, giiilares aux ornements de nacre, madones et tambours de basque.

Un autre apport, littéraire celui-là, se produit bientôt.

Avec méthode et très paciiiquemeut, un groupe d'académiciens opère un choix, très arbitraire d'ailleurs, dans les littératures étrangères, et fait paraître chez Ladvocat un recueil de chefs-d'œuvre des théâtres étrangers. Anglaviel de la Beau mello qui s'es>t chargé de l'Espagne déverse consciencieusement sur la place tout un tombereau de matériaux. Il donne les traductions encore timides et atténuées de l'Araiique dompté, Fontovéjune, Persévérer jusqu'à la mort, Amour et Honneur (la Fuerza lastimosa), le Chien du Jardinier, la Perle de Séville {la Nina de Plata) et le Meilleur Alcalde est le noy.

C'est dans ce capharnaüm de double provenance que puisèrent à pleines mains les poètes lors de l'épanouissement du romantisme en France.

On sait quelle admiration ses adeptes ont témoignée pour Shakespeare chez qui ils ont cru voir leur véritable précurseur. Ils ont manifesté des sentiments du même genre, moins effervescents, peut-être, parce que moins documentés, à l'égard de Lope de Vega et de Calderón. A vrai dire, ils se sont donné là des modèles dont ils ont plus imité les cotés superficiels qu'approfondi la substance. Ils ont eu, pour ainsi dire, ime admiration objective, ils ont été suggestionnés par tout ce qui lirait l'œil ou frappait l'oreille : décors, costumes, outrance de la couleur, sonorités verbales. C'est ainsi que Victor Hugo imagine une Espagne bigarrée et fantasmagorique. 11 n'avait pu rapporter (jue de confus souvenirs d'un passage en ce pays, pendant son enfance, à la suite de son père le général des armées de Aapoléon. Mais il avait une notion très précise du rôle littéraire joué par l'Espagne. Il cite souvent Lope de Vega, lui emprunte des épigraphes, le nomme dans une de ses nombreuses listes de génies, lesquelles

LOPE DE VEGA EN FRANCE (tH. GAUTIER) Ib

sont assez élastiques. Nous ferons, plus loin, remarquer la parenté du Dou Sancho le Brave de la Estrella de Sevilla et du Dou Carlos de Hernani. Aux deux pièces d'ailleurs s'appliquerait également le titre d'abord adopté par Hugo : l'Honneur Castillan. De même tout le lal)lean de l'enlèvement dans le Roi s'amuse semble emprunté à El mejor Alcalde el iiey. On a signalé encore les analogies de Hernani avec Garcia del Castañar, le beau drame de Francisco de Rojas.

Pour Musset, l'Espagne est un pays de rêve, de sérénades, d'Andalouses au soin bruni, peignes, mantilles, éventails, et pour Dumas père, une Espagnole ne va pas « sans un poignard de Tolède à sa jarretière et une iiole de poison à sa ■ceinture. »

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