‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 21 sur 85 · XV. — Hippolyte Lucas · texte numérisé non relu

XV. — Hippolyte Lucas

Hippoljte Lucas s'intéresse tellement à la littérature espagnole qu'il arrange (et dérange même) au goût français Le Médecin de soti honneur et La Dame double de Calderón, Le Tisserand de Ségovie de Alarcon, Garcia de Castañar de Rojas et llachel d'après plusieurs auteurs. De Lope de Vega, outre L'Étoile de Séville, il a imité deux pièces : El anzuelo de Fenisa et El castigo sin venganza. Il resserre les trois journées de l'Hameçon de Phénice en un seul acte représenté à rOdéon le 11 mai ISiS. Voici ce qu'en dit le feuilletonuiste de la Patrie., dans une page qui est un curieux éclianiillon du style de l'époque :

« Phénice avec son hameçon n'est pas, comme vous pourriez le croire, une honnête pêcheuse à la ligne. Phénice est une grande pécheresse ; elle a pour hameçon toute sa belle personne, de grands yeux noirs bien engageants, une petite bouche pleine de perles et de sourires, une taille de fée et des pieds d'Andalouse : eh bien ! ddus ce corps charmant, l'amour n'habite plus ; une trahison l'en a chassé, Phénice se venge sur tous les hommes de la perfidie de son premier amant; mais elle ne se venge pas seulement en l.^s trompant^ elle les dévalise et les plume de la plus vilaine façon du monde.Donc, garde à vous ! riches hidalgos venus d'Espagne à Palarme ; si vous mordez à l'hameçon de Phénice, vous y laisserez vos bijoux et votre or.

Que \n seignôur Lucindo vous serve d'exemple, jeune cavalier d'aussi bonne mine et d'aussi bonne tournure que vous pouvez l'être, Phénice n'a eu d'amour que pour sa chaîne d'or, ses bagues de diamant et sa bourse ; quand tout cela fut en son pouvoir, elle a salué le pauvre Lucindo d'un horrible : « Je ne vous connais pas », et lancé sur lui un certain chevalier servant de bien mauvais visage. — Heureusement

(1) L'Art dramatique eo France depuis ringt-cinq ans.

que Lucindo a dans Tristan un merveilleux valet dont l'adresse lui fait retrouver bourse, chaîne et bagues, mais les valets de celte espèce-là ne se rencontrent pas tous les jours; — ce sont pièces rares.

Quand Lope de Vega donna F Hameçon de Phénice, cette comédie avait un but moral qu'elle a perdu depuis ; Pliénico est la courli.-aue italienne chez laquelle se ruinaient si follement les jeunes seigneurs espagnols envoyés dans le duché de Milan et le royaume de Naples.

Il était périlleux de produire devant un public français cette femme sans amour au cœur, qui n'est à vrai dire qu'une fort belle coquine (escobana), connaissant à ravir l'art du vol au sentiment ; il fallait un peu d'audace et beaucoup d'habileté pour présenter sur le théâtre où Lucrèce se lue, Phénice qui aurait donné fête à quatre Tarquins >>.

M. Lucas fils a trouvé dans les papiers de son père un drame en trois actes en vers Le Duc de Ferrare, imité du Châtiment sam vengeance de Lope de Vega, et l'a publié en 1896. Rappelons à ce propos que le sujeta tenté de nombreux écrivains : Lord Byrou composa en 1816 sur celle idylle tragique le célèbre poème J^arisina auquel Lucas d'ailleurs emprunta le dénouement de son imitation. Romani en tira un livret p tur Donizelti. Jules de Marthold sous le titre les Amants de Ferrure en fit un drame représenté au Théâtre des Nations en 1880. MM. de Gillens et Keurvels en tirèrent également une Parisina, cinq actes représentés à Anvers en 1887. Mentionnons aussi quatre actes de Juéry, sous ce même titre (1), et Le Dur. de Ferrare, drame lyrique de Paul Milliet, musique de G. Marty (1898). Enfin, M. Gabriele d'Annunzio annonce une Parisina mise en musique par le maestro Mascagni. (2)

Indiquons encore, pour mémoire, les Sept Enfants de Lara. mélodrame en six actes de M. Félicien MallefiUe q li met en scène la première partie du Mudarra ie Bâtard de Lope, et Le Chien du Jardinier, adaptation de Lockroy et Gormon.

(1) Juéry. Parisina, Sansol, éditeur.

(2) Consuller à ce sujet la substantielle étude de M. E. Rodocanachi : Une- Phèdre italienne. Paris, OUendorf, 1896.

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