LE CID D'ANDALOUSIE
Le courant était créé. Un poète résolut d'en profiter ; ce fut Pierre Lebrun, l'auteur d'une Marie Stuurt où la reine parlait d'un « moiichoir brodé» de ses mains — audace qui provoqua un tel scandale que l'auteur dut remplacer le mot « mouchoir » par le substantif plus décent de « tissu » et l'épithète « brodé » trop précise, par le terme plus noble « orné ».
« Le Cid cí'^no(a/oMS2'^, écrit Sainte-Beuve dans sa préface des œuvres de Lebrun parues en 18i6, représenté pour la première fois le !««■ mars 1825 avait été retardé longtemps par les tracasseries de la censure; c'est à M. de Chateaubriand, ministre, que la pièce avait dû de sortir de dessous la griffe, non pas sans trace de mutilation. M. Lebrun s'était adressé à l'illustre écrivain comme au patron naturel de tous les hommes de lettres honorables, M. de Chateaubriand lui donna audience aussitôt : « On dit qu'un Roy joue un vilain rôle dans votre pièce, cependant, Monsieur, il serait bien temps, ce me semble, de laisser les Roys tranquilles. »
M. Lebrun n'eut pas de peine à se faire entendre, lorsque protestant contre toute allusion misérable, il se retrancha
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dans la vérité de l'histoire et des mœurs qu'il voulut peindre. »
Le poète avait dû néanmoins couper plus de trois centsvers, notamment ce quatrain :
Si garder un serment même trop téméraire Est un devoir sacré pour un homme ordinaire, Ce devoir dans un prince est la première loi, Jamais ne doit faillir la parole du roy.
M. le duc de Broglie écrivit dans la Revue française de janvier 1830 :
« Chacun peut se rappeler les murmures qui interrompirent lors de la première représentation du Cid d'Andalousie cette scène charmante (act. II, se. 3) où le héros, tranquille et assis aux pieds de sa bien-aimée, uniquement possédé de l'idée de son prochain bonheur, l'entretenait des progrès de leur mutuel amour.
Ni le talent de Taima, ni celui de M"e Mars ne purent obtenir grâce en cette occasion devant le rigorisme du parterre. On trouva qu'une telle scène était un hors-d'œuvre, qu'elle entravait la rapidité de l'action, qu'elle violait ouvertement la règle. On fut inexorable. Je viens de lire moi-même la scène du banc ainsi qu'on l'appelait par rapport avec la scène shakespearienne du balcon, comme douceur, naturel, harmon'e, je trouve qu'elle justilie tour^ les éloges. »
M. Auguste Trognon, (l'Emile Mas de l'époque car il tenait une critique journalière des spectacles,) écrit dans le Globe:
« La seconde représentation n'a pas manqué d'obtenir tout le succès auquel elle avait droit. »
Il parle même de triomphe.
Ce résultat avait été obtenu au moyen de quelques coupures, mais après la quatrième représentation, l'indisposition d'un artiste interrompit la carrière de la pièce et ensuite l'arrêta, car elle ne fut jamais reprise. Taima cependant aimait beaucoup le rôle de Don Sanche ; il avait même, dit Ouvrard au tome III de ses mémoires, été tenté par les deux autres rôles du Roi et de Busto.
Pierre Lcbriui avait, de son propre aveu, uris connaissance du sujet d-.ns l'ouvrage de Lord Ilollaud.
« La seule intervention d'un jeune roi amoureux, dit-il, en rappelant les ressemblances avec le Cid, en fait un ouvrage entièrement nouveau. »
LE CID D'A^DALOUSIE Oo
Il se montre, d'ailleurs, fort peu tendre, dans sa préface» pour Lopô de Vega : « On pourrait s'étonner qu'un sujet qui ofTrait une source si féconde de pathétique n'ait jamais parlé qu'à son esprit sans toucher un moment son âme et sans lui inspirer jamais un mot qui sentit les larmes. L'intérêt s'arrête au second acte de sa pièce dont tout le reste est assez peu digne d'at!eution. Ce n'est eu quelque sorte qu'un canevas, mais où l'on trouve plusieurs inventions fort dramatiques dont j'ai fait mon profit. La seconde partie du second acte m'a paru remarquable, aussi je l'ai prise toute entière. Du reste, point de caractères, si ce n'est celui du frère qui est bien indiqué ; peu de goût, peu de style, ni profondeur, ni émotion. »
Ce à quoi le moderne critique d'Espagne répond avec une légitime indignation :
« Si le caractère du frère est bien indiqué, combien le sont ceux de Sancho et d'Estrella, et certainement avec plus de vigueur encore ! »
Voici la liste des personnages du Cid d' Andalousie, dont les noms ont été bizarrement déformés, n'ayant, sans doute^ pas paru assez espagnols pour un public français. Ainsi, précédemment Voltaire déconcerté par la dissonance sans éclat du prénom de Lope, l'appelle obstinément Lopez, établissant une tradition qui n'est pas complètement abolie :
Le Roy,
Don Sanche de Roelas,
Don Bustos,
Don Juan de Lara, favori du Roy,
Don Elias de Mendoza, camero major,
Don Gonzales de Biedma, alcade major,
Don Peres de Guzman,
Estrelle,
Dona Berengère, amie et cousine d'EstrelIe,
Inès, camériste,
Zoraïde, esclave more,
Davila, fauconnier des Roelas,
Enrique, domestique.
On voit par cette seule distribution s'établir l'ambiance d'un moyen-âge de tapisserie et vignettes de romance, « style troubadour » et d'une Espagne de convention beaucoup plus proche de TOpéra que de l'Histoire.
La scène est à Séville en 1284.
Les premier, troisième et cinquième actes se passent à 1 'Alcázar.
Le début de l'œuvre nous montre l'entrée à spectacle du Roy, avec acclamation de foule dans la coulisse. Sanche reproche à Don Bustos l'absence d'Estrelle à la fêle :
Elle était nécessaire à l'éclat d'un tel jour
El mon orgueil se plaint non moins que mon amour.
Les deux Sévillans, unis par Tamitié, sont divisés par la politique. Tandis que Sanche reconnaît l'autorité du nouveau Roy, Don Bustos reste fidèle à Tancien souverain. Quant à l'absence d'Estrelle, il l'explique par la réputation galante du jeune monarque.
Le deuxième acte représente les jardins d'Estrella « le château est au fond, sur le devant, un banc de marbre, près d'une fontaine, au milieu des jasmins et des orangers. »
Il y a loin de ce faste de pièce à grand spectacle au réalisme scrupuleusement observé par Lope, et nous montrant la vieille et modeste demeure de Busto Tabera.
L'adion suit à peu près celle du texte espagnol et finit sur un menaçant « suivez-moi ! >■ adressé par Bustos à l'esclave Zoraïde.
Le troisième acte est occupé par la vengeance du Roy et la provocation de Bustos par Sanche.
Le rideau tombe pendant le duel.
Le tableau suivant montre la chambre d'Estfella et le Cid d'Andaluusie vient s'y présenter absolument comme Rodrigue chez la tille de Don Gormas.
Enfin, nous arrivons rapidement au dénouement ; les amants se séparent :
— Nous ne nous verrons plus qu'en ce céleste lieu Pour la dernière fois...
— Estrelle...
— Sanche...
— Adieu ! »
Le plus grand reproche adressé à l'auteur fut d'avoir voulu refaire le Cid comme s'il était moins permis à Lebrun de prendre son sujet dans Lope de Vega, qu'à Corneille de tirer le sien de Guillen de Castro.
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Le 17 Décembre 1845 fut représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre de l'Académie Royale de Musique :
Grand Opéra en quatre Actes.
Parolen de M. Hippolyte Lucas.
Musique de k. Balfe.
Divertissement de M. Corali père.
Décorations de MM. Philastre, Camben, Diéterle, Despléchin
et Séchan.
Très loyalement, le librettiste imprimait sur la page de garde :
« L'idée de cet opéra a été suggérée à Tauteur par une pièce de Lope de Vega, intitulée la Estrella de Sevilla. .
« Grâi^e aux bienveillants conseils et aux soins expérimentés de M. Léon Pillet, celte idée a pris une forme lyrique. »
Voici maintenant la distribution de la pièce :
LE ROY (Don Sanche IV, dit le Rrave).. . m. baroilhet.
DON SANCHO, Cid d'Andalousio m. gardoni.
don bustos, Regidor de Séville m. brémont.
DON ARIAS, Confident du Roi m. mengis.
GOMEZ, confident de Bustos m. ferd. prévost.
PEDRO, batelier ; m. paulin.
DONA ESTRELLE, crue fiUc de Don Bustos w^^ stoltz.
zaida, esclave mauresque, sa suivante.. M^e nau.
DIEGO, valet de Don Bustos personnage muet.
ALCADES, pages DU ROI, VALETS DE BUSTOS, COURTISANS,
SOLDATS, peuple, etc.
Le premier acte a pour décor « la principale place de Séville préparée pour l'entrée du roi, avec arcs-de-triomphe, bannières, etc. . .
Après un chœur du peuple, essentiellement mirlitonnesque, conformément à la facture de M. Scribe :
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Belle Séville, Heureuse Tille, Au sol fertllle, Aux cieux si purs, Honneur extrême, Aujourd'lmi même Un roi qui t'aime Revoit tes murs...
Pedro, le valet de üon Sanche, demande à Zaïda, Tesclave d'Estrelle, si sa maîtresse r Etoile de Séville (« l'orgueil de la ville » rime imposée) ne se montrera pas sur la place. Il apprend que son père Bustos (¡ci, le frère devient le père, suivant la poétique de l'Opéra d'alors) lui a défendu de paraître même sur son balcon, car le Roy l'a vue un jour à Burgos, elle a eu le malheur de lui plaire et Sanche le Brave passe pour téméraire en amour. Les deux serviteurs se quittent en se donnant rendez- vous au jardin, à minuit, après la fête.
Bustos et son confident Gomez (Hippolyte Lucas a poussé le luxe de la mise au point jusqu'à donner un confident au regidor Bustos, qui devient Don Bustos et possède un château !) ont ensuite un entretien politique. Don Bustos (avançant la mort d'Alphonse le Sage) évoque le souvenir de l'ingratitude du fils rebelle, le souverain actuel. Il raconte que le vieux Boy est mort dans ses bras en maudissant son fils.
Gomez lui fait remarquer avec raison que ce n'est pas le moment de réveiller la mémoire « de ces funestes jours » .
Arrivée de Don Sancho, que Bustos définit métallurgiquement :
« Notre Cid, un héros aussi tendre que fler Cœur d'or et bras de fer. »
Sancho, le Cid, s'est rallié au nouveau roy dont il fut le frère d'armes, «au rivage du Maure» 11 confesse à Bustos son penchant pour Estrella dont la ttamme répond à sa flamme comme dans Guillaume Tell ; Bustos la lui accorde :
Aujourd'hui même Celle qui l'aime Reçoit ta foi, Plus de mystère, Destin prospère, Elle est à loi.
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Un nouveau chœur du peuple précède le cortège du Roy qui serre Don Sanche dans ses bras et salue le noble Alcázar « doux berceau de son enfance » en chantant :
« Séville aux mauresques arcades, Sevilla aux fraîches promenades, Séville aux molles sérénades.
Salut, Séville, mes amours I »
L'inévitable ballet se trémousse devant le Roy qui profite de la circonstance pour demander à Don Arias s'il a trouvé le domicile de la beauté admirée à Burgos. Arias va chercher le renseignement et le rapporte à la fin des danses ; le Roy lui donne alors commission de « prodiguer l'or » pour qu'il puisse entrer à minuit chez la belle.
Finalement, on part pour un tournoi où combattront tous les preux chevaliers.
Zaïda voilée apporte à Don Sanche une echarpe brodée par Estrelle :
Prends ce tissu brodé par elle.
En combatlani pour la plus belle, Pour elle combattra ton bras J
Le premier tableau du deuxième acte se passe dans la chambre d'Estrelle. La fille de Bustos brode une echarpe « d'un air distrait ». (Ce travail de dame est évidemment son occupation favorite). Zaïda est accroupie sur un tapis oriental, mais se relève pour chanter une romance qui fut d'ailleurs le seul morceau à succès de cette partition mort-née.
Je suis une fille more —Allah ! mon âme t'adore...
Mais en te gardant sa foi Peut-on refuser un Roy f
Chanson évidemment de circonstance.
Don Sanche revient vainqueur du tournoi et annonce à la jeune fille que demain il sera son époux. Duo d'amour, extase, bien qu'Estrelle avoue qu'un songe la plonge depuis la veille « dans un trouble inconnu ». Elle a cru voir aux prises son père et son fiancé et la terre rougie de sang.
Le deuxième tableau a pour décor le jardin du château de
Bustos, comme dans le Cid cf Andalousie. Le Roy va venir, mais Zaïda ne trahit pas Bustos ; au contraire, elle le prévient que Diego, un des serviteurs de la maison, a été acheté par un page du Roy et doit venir ouvrir la porte vers minuit. Bustos, « enveloppé de son manteau et le poignard à la main », se cache derrière un arbre.
Diego, portant une lanterne sourde, vient ouvrir la porte basse. Nous avons alors le quatuor dé Don Arias, du Roy, de Zaïda et de Don Bustos, qui provoque ensuite les intrus en les traitant de « larrons ». Don Arias réponds qu'ils sont chevaliers et bons gentilshommes, il se décide même à Dommer le Roy quand celui-ci veut tirer Tépée. Bustos feint de ne pas le croire et, dans un couplet injurieux, déclare que îe Roy ne pourrait vouloir marquer son retour par le déshonneur d'une fille :
Il viendrait tenter ma colère A moi l'ami du noble père Qui de douleur et de misère Mourut en maudissant son iils !
Il va môme jusqu'à frapper le Roy du plat de son épée, les valets accourent à son appel avec des torches et des tlambeaux, Don Arias entraîne son maître qui s'écrie :
Bustos, tu paieras cher l'affront que je dévore I
Le troisième acte débute par un nouveau ballet que les courtisans admirent avec une e^trême complaisance mais en déclarant qu'il est temps d'aller prendre du repos:
Jamais fête pareille N'avait cliarnié nos yeux, Mais l'aurore vermeille Va briller dans les cieux.
Plus de molles cadences, Allons relirons-nous, Après le jeu, les danses.
Le repos est si doux.
Tout le monde s'éloigne sur un signe de Don Arias qui précède le Roy. Celui-ci, dans un fougueux cantabile menace Bustos des plus terribles châtiments. 11 a fait appeler Don Sanche et invoque la fraternité d'armes pour l'adjurer de
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punir secrètement celui dont l'audace l'a insulté comme un ■valet. Don Sanche demande si l'offenseur est noble, brave et chevalier. Sur la réponse affirmative du Roy, Don Sanche décide de le défier par un cartel secret qu'il rédige :
« Si tu n'es lâche ni traître.
Sans chercher à me connaître Au défi tu répondras.
Ou si ton orgueil balance, Sous le bâton sans défense Goninie un valet tu mourras ! »
Don Arias se charge de porter le cartel.
Seconde partie du troisième acte. Décor compliqué : « A gauche, le portail d'une chapelle. Au fond, riche paysage, bords du Guadalquivir «; la barque du pêcheur Pedro amène Bustos et son fidèle Gomez qui doivent précéder Estrelle et Zaïda, pour un départ secret, car Bustos se sent menacé par les spadassins du Roy. Etant, d'après les indications de la brochure, enveloppé de sou manteau, et ayant la tête couverte d'un casque à visière, il dit à Gomez :
De ce déguisement reconnais la prudence.
Il partira sans revoir sa fille, chargeant Gomez de porter à la jeune personne un écrit scellé. Gomez se retire, Bustos va se réembarquer quand Don Arias surgissant lui remet le cartel.
Don Sanche parait la visière baissée, l'épée et la dague au poing, Bustos se met en garde, ils se battent en silence, et finissent par se prendre corps à corps après avoir jeté leurs épées. Bustos frappé d'un coup de dague expire en reconnaissant Don Sanche qui le reconnaît aussi mais qu'entraîne Don Arias. Zaïda survient avec Gomez et Estrelle qui s'agenouille près du cadavre de son père. Nouveau cantabile. Les meurtriers ne sont pas encore connus, on annonce seulement qu'ils sont entrés dans le palais du Roy. On enlève le corps de Bustos, « Estrella se jette un voile noir sur la tête et sort à la tète (sic) de la famille, »
Dernier acte. Une salle du palais du Roy. Au fond, « un balcon donnant sur un précipice »
Don Sancho, assis dans un fauteuil, près du Roy, qui reste debout, « dans tous les signes d"un violent désespoir. Le souverain lui reproche ce qu'il appelle « sa ruse généreuse » :
« Que ne me laissais-tu combattre ? Ah ! de son sang Ton Roy voudrait payer les remords qu'il ressent. »
Romance :
Ainsi que toi j'aimais Estrelle.
La nouvelle Chimène arrive « escortée d'une foule immense » . Le Roy se charge de la recevoir et Don Arias fait entrer Don Sanche dans un cabinet. Estrelle demande la justice des alcades contre le meurtrier inconnu mais qu'elle sait caché dans le palais. « Faut-il punir le vainqueur d'un combat loyal ? » dit le Roy. Estrelle fait alors une allusion injurieuse à la complicité présumée du souverain, mais Don Sancho interrompt ces fâcheux préliminaires eu venant déclarer que c'est lui le coupable. Estrella tombe dans les bras de Zaïda, Pedro et le Chœur chantent avec elle :
De cet affreux mystère Gomment percer l'horreur •?
tandis que le Roy fait son mea culpa :
Je suis de sa misère L'indigne et seul auteur
et que Don Sancho s'écrie :
0 mort, de ma misère Termine enfin l'horreur!
Après quelques explications confuses, le Roy invoque ranti(iue usage castillan qui « veut qu'aux parents du mort l'accusé soit livré » ; il remet donc le sort de Sanche entre les mains dlistrelle ; celle-ci sort d'une seconde syncope pour regarder fixi^ment le Roy puis tomber comme frappée de la foudre sans prononcer une parole.
La situation est tendue sans être inextricable, mais apparemment Hyppolyte Lucas estimait que Lope de Vega s'est tiré d'affaire trop sobrement, et d'autre part, il voulait contenter le public par un mariage sans reprendre le final du Cid.
Et pour faire preuve d'ingéniosité personnelle, voici l'extraordinaire combinaison qu'il imagine :
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DON SANCHE
Je veux l'épargner moi-même La douleur de frapper un malheureux qui t'aime
(montrant le précipice)
L'abîme eát là, pardonne !
Mais Estrella, oubliant, comme tous les amants romantiques, que les suicidés sont exclus des félicités éternelles,veut partager son sort :
Et puisqu'il faut périr, périssons tous les deux. Allons fléchir le Ciel, allons trouver mou père. Parlons pour ce séjour de clémence et de paix Où les amants heureux ne se quittent jamais.
Le couple est prêt à se précipiter dans l'abîme ménagé par le décorateur quand le Roy surgit, ayant en main l'écrit scellé que Bustos avait remis à Gomez :
Ah I Malheureux, qu'alliez-vous faire !
Lisez, lisez, c'est la main de mon père Gonflant à Bustos sa volonté dernière.
Fruit d'un amour secret. Doue Estrelle est ma soeur.