DON PEDRO TRAMONT
DON GONZALO FLORISTE MÂRTINEAU.
UN VALET ENNER.
En raison de la sobriété de la mise en scène réduite à sa plus simple expression dans un cadre de verdure, la représentation fut précédée de ce prologue, dit par M. Maxime- Léry, du théâtre Sarah-Bernhardt:
Mesdames et Messieurs, pardon... je ne suis point
Un triste messager, un régisseur qui poind
Et qui vient annoncer eu des mots qu'il égraine
L'ennuyeux imprévu, la subite migraine
Gardant loin du théâtre une éloile en renom.
Ce qui forcea clianger le spectacle... Non, non I
Nous n'avons pas reçu de fàciieux télégramme
Venant diminuer soudain notre programme
El d'ailleurs notre office est par trop important
Pour que nous ne soyions tous ici, bien portants.
Nous venons humblement, serviteurs d'un grand maître
— Que l'on connaît trop peu, mais que l'on doit connaître —
Vous présenter le Cid du Corneille espagnol...
Tour à tour, son génie est cygne et rossignol,
Car il a su mêler au lamento tragique
Les chants mélodieux du bocage magique.
Le même siècle ardent et rouge nous légua
Et William Shakspeare et Lope de Vega ;
Hardis, profonds, bouffons, dramatiijues, fantasques
Ces deux nobles jumeaux ont porté les deux masques ;
Dans le monde irréel, loin de ce luonde vil,
Le grand Lope souvent égale le grand Will !
Nous allons donc jouer, comme au temps de Shakspeare, En ce même décor... qui pourrait être pire! Sous un ciel qui n'est pas un ciel artificiel Mais le ciel ur, le ciel immense, le vrai ciel I Verdures pour portants et verdures pour frises. Le jour pour projecteiu* et, pour souffleur, la brise t
l'étoile de séville en plein aib U7
Je vous l'ai déjà dit, je vous le dis encor :
Nous allons vous jouer un drame sans décors...
Sans décors, mais que dis-je? Il en aura quand même,
Les plus brillants, et les plus dignes du poème,
Et les plus éclatants et les plus merveilleux.
Que l'on peint sans pinceaux et que l'on voit sans yeux,
Les cadres d'idéal et les toiles de rêve
Que jamais, jamais rien ne dédore ou ne crève,
De grands décors, toujours divers, toujours montés,
Glissants, mouvants, vivants, changeant à volonlé,
Les décors les plus beaux enfin qui soient au monde,
Très riches — mais qu'aucun huissier ne peut saisir —
Puisque les a tirés de votre bon plaisir
L'Imagination éternelle et féconde !
Mais ne laissons rien au hasard :
Premier tableau : c'est le palais de 1' Alcázar,
A Séville, puis la demeure De Busto Tabera qui visite le Roy, Troisième : au même lieu, mais pas à la même heure.
Et, si nous avions un beffroi.
On entendrait sonner à l'horloge de bronze : Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze... Minuit ! Et l'on revient, ensuite, avec le jour,
A r Alcázar, royal séjour.
Voici le choc cruel des armes :
Une rue et du sang, une chambre et des larmes. Septième : le Palais ; huitième, la Prison, Et le Palais encor pour l'ultime oraison. Voilà les neuf tableaux que vous avez à peindre
Et votre art saura les atteindre En évoquant l'azur où jadis scintilla
La Estrella de Sevilla !
Cependant que chacun, dans l'espoir qui le frôle,
Consulte son miroir ou repasse son rôle,
J'ai voulu qu'entre nous tout soit bien convenu.
Voilà tout simplement pourquoi je suis venu,
Et vous allez pouvoir, sans que le ciel la voile,
Tout à l'heure, en plein jour, voir briller une étoile !
Mesdames et Messieurs, j'ai rempli mon devoir Et je vous dis, non pas « adieu » mais « au revoir !
« La représentation sans décors de l'Etoile de Séville^ écrit M. Gabriel Boissy, dans Excelsior, prouva que toute «juvre intéressante en elle-même se suffit. L'œuvre est dans le texte, c'est le vice de notre temps de la placer trop souvent ¿ans la matérialité des décors. »