‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 57 sur 85 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Entrent LE ROY — DON ARIAS LE ROY

Voici la fin de l'aventure.

DON ARIAS

Vous avez voulu entrer seul !

LE ROY

Busto s'est montré à la fois Si hardi et si maladroit Qu'offenseur, je fus offensé,...

Il me tenait au bout du fer Avec des mots à double entente.

Le Roy s'est longtemps contenu Mais l'homme en moi s'est réveillé.

Je fonds sur lui, quand des valets Arrivent avec des flambeaux Et tout allait se découvrir Si rhomme n'avait fui, d'effroi

De compromettre en lui le Roy> Je n'ai pas été poursuivi.

Voilà, Don Arias, comment M'a traité Busto Tabera.

DON ARIAS

Il faut qu'il paye de sa vie Cette paix qu'il vous a ravie...

Quand le soleil se lèvera Il ne verra plus Tabera, Puisque le bon plaisir du Roy, En Espagne, est la seule loi...

LE ROY

Tu veux le frapper devant tous ?

Ce serait une grande faute...

DON ARIAS

Un prétexte est bientôt trouvé.

11 est regidor de Séville, Le magistrat le plus prudent Peut être en faute avec la loi.

LE ROY

Notre homme a trop de retenue.

Se compromettre ? Il ne saurait..

DON ARIAS

Alors, qu'on le tue en secret,

LE ROY

Voilà parler ! Qui frappera ?

Sire, mon épée est au Roy.

LE ROY

Je ne veux pas te compromettre.

DON ARIAS

Eh bien, il vous faut employer Un homme aussi noble soldat Qu'il est insigne chevalier, Sans peur et sans reproche.

Noble soldat, bon gentilhomme.

Les Maures ont tremblé devant Son glaive, à Gibraltar, souvent Là-bas, sur l'orgueilleuse roche...

Féal, bouillant, audacieux, Nul n'est plus brave sous les cieux.

C'est votre meilleur capitaine, Son obéissance est certaine.

LE ROY

Son nom ?

DON ARIAS

Le Cid d'Andalousie Sanche Ortiz de las Roelas...

LE ROY

Le jour va naître... je suis las.

DON ARIAS

Reposez-vous.

Non, la vengeance Sera ma suprême allégeance.

Jusque-là ni paix ni sommeil...

Vite, fais-moi venir cet homme.

DON ARIAS

Sire, dans le matin vermeil, Devant le palais en silence Quelque chose, au vent, se balance...

Là-bas...

LE BOY

Que peut-être cela ?...

{lejow augmente).

DON ARIAS

Une femme pendue... l'esclave dEstrella, La Moresque... Le parchemin Est cloué, sanglant, dans sa main...

LE ROY

Il a signé sa mort avec cette main rouge ! Dès ce jour, si Séville bouge, Je tuerai le frère et la sœur...

Avant de punir l'offenseur

Ordonne d'enlever aussitôt ce cadavre,

Qui m'épouvante et qui me navre...

Qu'on l'ensevelisse en secret...

{Don Arias sort.) Cette fois l'injure est mortelle La vengeance doit être telle Que le sang lave le forfait !

(// écrit.)

DON ARIAS {rentrant.)

Sire, l'homme est là, il allait Prendre les ordres au palais, Comme le doit tout capitaine...

LE Ri) Y

Tout esl prêt. Voici, sous ce pli, L'ordre qui doit être accompli, L'arrêt de mort du sacrilège...

Et sous cet autre, moi le Roy, Je dis que l'ordre vient de moi.

Ainsi donc fais venir Don Sanche Et laisse-moi seul avec lui.

{Seul.) Pour un prince outragé quelle pauvre revanche !

Page 1