LE ROY, DON PEDRO, DON FARFAN, DON ARIAS
DON PEDRO
Sire, il a frappé, il avoue Mais il nous cache le motif.
LE ROY
Et... rien de plus ?
DON FARFAN
Non, rien de plus.
Quand on l'interroge il répond :
« Je ne sais rien, et rien, sinon Que j'ai promis. »
DON PEDRO
Trop de mystère...
LE ROY
A-t-il dit qu'on l'a provoqué?
DON PEDRO
Aucunement.
DON ARIAS
Etrange affaire !
LE ROY {à don Arias)
Allez lui dire que son Roy L'invite à se justifier.
Ajoutez qu'il est notre ami Et qu'il nous serait trop cruel D'avoir à le punir suivant
La loi terrible.
Mais qu'il nous dise seulement Pourquoi il a frappé Busto.
A-t-il exécuté un ordre ?
Qu'il parle donc ! A-t-il agi A l'instigation d'un autre ?
Enfin, quel motil l'a poussé?
Il s'expose, en restant muet, A mourir là comme un niais.
DON PEDRO
La mort est tout ce qu'il désire.
Il a la hâte d'expier V La mort de son meilleur ami Et déjà son crime l'a mis Hors de lui-même.
LE ROY
Accuse-t-il quelqu'un?
DON FARFAN
Non, sire, Il n'accuse personne, il n'accuse que lui !
LE ROY {à don Arias)
Le monde n'aura jamais vu Deux hommes de pareille race.
Et plus je songe à leur valeur Plus j'ai de regret, de douleur..; Les aurai-je fait se détruire L'un par l'autre? He'las, je voudrais Sauver au moins celui-ci... Mais...
{Haut) Dites-lui qu'il parle et m'accuse Moi-même, le Roy, s'il le faut, Ou demain sur un échafaud Il servira d'exemple aux hommes de Séville.
DON PEDRO
J'obéirai.
[Ils soi'tent).