LE ROY, DON PEDRO, DON FARFAN DON PEDRO
* Sire, la cause est entendue,
* La justice suivra son cours.
LE ROY
* Qu'elle le suive. Je vous prie
* Seulement, de bien voir ceci,
* Vous, les pères de la Patrie :
* La justice gagne parfois
* Quand la clémence la tempère.
* Sancho Ortiz est regidor
* De Séville, comme Tétait
* Celui-là même qui n'est plus
* Et si l'un demande vengeance,
* L'autre réclame la pitié.
DON FARFAN
* Premiers Alcaldes de Séville,
* Sur nous, repose en ce moment
* Le fardeau de sa confiance.
* La vare est l'emblème du Roy,
* Le bâton de justice est droit,
Il doit toujours regarder Dieu ; S'il s'abaisse vers le coupable, Seigneur, il s'éloigne des cieux.
LE ROY
* Je ne veux que de l'équité.
(à Far fan.)
* Ecoutez moi, examinez
* Les motifs de votre sentence
* Et que Sancho Ortiz subisse
* La peine ordonnée par la loi.
* Un mot, don Pedro de Guznian,
* En particulier, je vous prie...
(Sort Farfan de Ribera,)
DON PEDRO
* Qu'ordonne votre Majesté ?
LE ROY
* En donnant la mort à Sancho
* Mon cher Don Pedro, rendrez-vous
* La vie a celui qui n'est plus ?
* Il faut éviter les extrêmes.
* Ne vous serait-il pas possible
* De l'exiler à Gibraltar,
* Ou à Grenade, où il pourrait
* Utilement, à mon service,
* Trouver une mort volontaire...
* Qu'en dites-vous ?
DON PEDRO
* .Je suis Don Pedro de Guzman^
* Aux pieds de votre Majesté...
* A vous appartiennent ma vie
* Et ma fortune et mon épée.
LE ROY
* Embrassez-moi donc, Don Pedro
* De Guzman, car je n'attendais
* Pas moins d'un aussi noble cœur.
* Allez avec Dieu... Je vous prie
* De m'envoyer ici Farfan
* De Ribera.
[Don Pedro so7't.)
LE ROY {à part)
"" La flatterie
* Aplanit les monts.
{Rentre Farfan.)
FARFAN
A vos pieds.
LE ROY
* Farfan de Ribera, peiné
* De voir Sanche Ortiz condamné
* A mort, je vous ai fait venir.
* Car, maintenant, il s'agirait
* De changer en exil l'arrêt...
* Ce serait la mort prolongée...
* Je voudrais avoir votre avis
* Avant que de me prononcer.
FARFAN
* Votre Majesté peut sans crainte
* Charger Farfan de Ribera
* D'affaires de plus d'importance,
* Et, pour son service, il n'est rien
* Que ma loyauté n'entreprenne.
LE ROY
* Vous êtes un vrai Ribera
* Allez donc.
{Farfan se retire.) Bien négocié !
* Sanche Ortiz échappe à la mort
* Et je tiens ainsi ma promesse
* Sans avoir été deviné.
* On le nommera général
* Sur quelque point de la frontière...
DON PEDRO
* Sire, la sentence est signée
* Il ne reste qu'à la soumettre
* Aux yeux de Votre Majesté.
LE ROY
* Des gentishommes tels que vous
* L'auront, je le pense, rendue
* Dans les termes que je souhaite.
FARFAN
* Nous nous vantons surtout de notre loyauté.
LE ROY [Usmit)
* « Mandons et ordonnons qu'il ait
* Le chef tranché sur ré(;hafaud. »
* Et voilà, voilà la sentence
* Que vous me présentez signée !
* Traîtres, c'est ainsi, vive Dieu !
* Que vous tenez une parole
* Par vous donnée à votre Roy !
FARFAN
* Quand il a déposé le bâton de justice
* Le plus humble de tous doit tenir sa parole
* Aux dépens de sa vie, aux dépens de son âme
* Le bâton de justice en main, que nul ne fasse
* Ou prononce action ou parole coupable
* Au désir de quiconque ici-bas comme au ciel. (1)
DON PEDRO
* Oui, dépouillés de nos insignes
* Nous vous obéirons comme loyaux sujets,
* Mais ne demandez pas un déni de justice
* Aux alcaldes mayors ayant la vare en main.
* Le Corps Municipal de Séville est ainsi.
LE ROY
* C'est bien. Il suffît, {à part) Ces gens-là
* Me couvrent de confusion.
Cette scène est remplacée à la représentation par les six vers suivants.
(1) Cette réplique est conforme aux formules du temps .
LE ROY
Dites-moi, Don Pedro, comme alcade mayor Quel sort réservez-vous à Don Sanche ?
DON PEDRO
La mort !
LE ROY
Si je vous demandais d'adoucir la sentence
Par amitié pour moi ?
Sa mort au trépassé rendra-t-elle existence? La sœur a pardonné.
DON PEDRO
La sœur mais non la loi.