‹ L'etoile du nord opera comique en trois actes de M. E. ScribeChapitre 9 sur 90 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

UEORGE, paraissant au haut de l’escalier.

Bravo! bravo, mon élève, très bien.

PETERS

Tu trouves! tant mieux... car je dois partir aujourd'hui, et je venais prendre ma dernière leçon... viens ; montons chez toi...

Justement, Catherine, ma sœur, n’y est pas et nous pourrons, à notre aise, faire des gammes...

PÉTERS, s’arrêtant.

Ah! Catherine n’y est pas...

GEORGE, à demi-voix.

Elle est déjà sortie... toute seule.,, et de grand matin.

PÉTERS, vivement.

Et pourquoi?

GEORGE, lui faisant signe de se taire.

C’est un secret... une histoire amoureuse... et comme tu es mon élève et mon ami, je m’en vais te la dire...

PÉTERS, cherchant à ,se contraindre.

Oui... oui... ça me fera plaisir... [brusquement) parle, parle donc!

GEORGE, s’asseyant de l’autre côté.

Ma sœur et moi, vois-tu bien, nous ne sommes pas de ce pays, mais d’un autre bien loin d’ici, du côté de l’Ukraine, entre le Dniéper et le Volga...

PÉTERS

Il y a de la marge.

GEORGE

Ma mère, qui, par état, disait la bonne aventure, nous laissa orphelins, ma sœur et moi, à l’âge de dix à onze ans, sans autre héritage que son talent de lire dans les astres et les chansons bohémiennes qui courent le pays, et que nous n’avons jamais oubliées.

PÉTERS. avec impatience.

Eh bien?...

GEORGE

Eh bien... ma mère en mourant m’avait confié à ma sœur, quoique je fusse l’aîné, parce que de nous deux c’était ma sœur qui était l’homme ! j’avais peur de tout, elle, de rien ; or donc, marchant devant nous et gagnant notre vie en chantant, nous somme.s arrivés jusqu’ici, en Finlande, il y a près de deux ans.

PÉTERS

Eh bien !

GEORGE

Ma sœur a prétendu alors... que nous ne pouvions pas toujours moi, jouer de la flûte, ni elle dire la bonne aventure, qu’il

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fallait prendre un état; j'ai choisi celui de menuisier dans la semaine et de ménétrier le dimanche, sans compter les leçons... quand je trouve des élèves comme toil...

PETERS, avec impatience.

Et Catherine ?...

GEORGE

Catherine qui avait encore bien plus d'intelligence que moi, s'est lancée dans le commerce. Du moment où elle a eu acheté son premier baril d’eau-de-vie de Dantzig, sa fortune a été faite; car c’était à qui lui achèterait tant elle est gentille, avenante et sage !... ah ! dam 1 faut pas y toucher, tuensais quelque chose.., ce soufflet de l’attire jour!

PÉTERS, de même.

Oui, morbleu!., maiscet amour dont tu parlais tout à l'heure...

GEORGE

Nous y voici... II y avait dans le village Au grand monarque, un tavernier, à qui ma sœur faisait concurrence et qui nous dé* testait.

PÉTERS, de même.

Et cet amonc;..

GEORGE

Attends donc... le tavernier avait une nièce, Prascovia, la plus belle Allé du village qui n’a rien, ni moi non plus... et depuis un an, sans en rien dire j’en mourais, j’en desséchais d’amour!

PÉTERS, vivement.

Comment c’était toi! imbécile! et pourquoi ne pas le dire tout de suite?

GEORGE

Je n’osais en parier à personne, mais cette bonne Catherine m’avait deviné ! elle est sortie aujourd'hui de grand matin en médisant: Calme-toi, frère! ne l’arrache plus les cheveuxl je reviendrai tantôt avec de bonnes nouvelles. Mais elle est bien longue à revenir !

PÉTERS, gaiement.

Nous l’attendrons!... et si tu veux d’ici là, prendre notre leçon ?...

GEORGE, allant vers la table, à gauche, placée sous l’escalier, et sur laquelle sont restés des bouteilles et des verres.

J’aimerais mieux prendre autre chose 1 un verre de genièvre, par exemple, car rien n'altère comme l'inquiétude et l’attente.

Je m’étais promis de renoncer au genièvre ! mais pour elle, pour Catherine ! rien qu’un verre.

GEORGE, qui a rempli les deux verres.

A scs bonnes qualités ! à ses attraits!

PÉTERS, s’animant et levant son verre.

Verse alors! verse toujours ! nous boirons longtemps!

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