SCENE IIÏ
On ciiIcikI un chaat joyeux derrière la scène, au loin. ANDRÉ (derrière la scène).
La léra la la la la la.
« Là haut, sur la montagne
J'ai entendu pleurer...
Ah ! c'est la voix de ma maîtresse,
Je monte pour la consoler. »
L^Etranger, entendant la voix, fait un geste de révolte ; puis il se délournc du regard de Vila, restée perdue en un ravissement intérieur.
André entre joyeusement en scène par le sentier de gauche, au fond. Il est suivi de deux douaniers escortant un pécheur déguenillé.
« Eh ! qu'avez-vous, la belle !... »
André aperçoit Vita. Il s'élance vers la jeune fdle, passant entre elle et l'Etranger qui est retourné à gauche et plie son filet.
Hé ! Vita, déjà là ?...
Je me suis fait attendre aujourd'hui, cher amour, mais c'est sa faute à lui (désignant le pécheur), à ce damné contrebandier qui débarque du sel, en fraude, sur tous les points de la côte. Assez longtemps que je le guette^ lui et son maudit bateau ! — Ce soir, au retour de la fête, je l'ai surpris cachant sa marchandise au creux d'un roc, dans la crique Perdue, et je le tiens enfin !
Il s'approche de Vita avec une galante fatuité.
Mais je ne regrette pas, petite, de m'être fait atten-
L KTRANGER.
dre un peu, car, avec l'argent de ma part de prise, je veux parer ton cou mignon d'un beau collier...
LE PÊCHEUR (joignant les mains vers Andr^).
Grâce ! faites-moi grâce ! Voyez, la femme est morte... et les petits, qui donc les nourrira ?
ANDRÉ
Hé ! l'ami, tu n'avais qu'à ne pas te laisser prendre î — Tu t'expliqueras devant la justice ; moi, je ne t'en veux pas, mais je fais mon service.
Vita porte la main à son cœur, comme en un état de souffrance intérieure.
L'Etranger a entendu la supplique du contrebandier. — Il s'avance vers André qui, jusque-là, n'a point pris garde à lui.
André, cet homme est malheureux ; relâche-le, je t'en supplie...
ANDRÉ
Toi ! de quoi te mêles-tu? — Je fais mon métier, fais le tien ! — Crois-tu, par hasard, m'empêcher d'exécuter ma consigne ?
Pense à ses enfants qui l'attendent... (tout près d'André, presque à voix basse). — André, si tu tieus à l'argent... voici la valeur de ta part de prise ; prends tout ceci
(il lui montre une bourse de cuir) Gt iâclie Ce pèclieur.
Moi, je n'ai plus besoin de rien, je quitte le pays.
Il tend la bourse à André qui la repousse brusquement.
L'KTRA^GBK. 23
ANDRE
Assez causé ! Sorcier sans vergogne, apprends que je ne connais ici que mon devoir ; je fais ce que la loi commande.
Toi, reste, ou passe ton chemin, que m'importe !
(Aux douaniers.)
Allons, VOUS autres, emmenez-le !