ACTE DEUXIÈME
pas être riche avec moi. Depuis j'ai vu de près ce que c*est qu'un homme pauvre qui consent à épouser une fille riche. Heureusement ce n'estpaslui. Qu'attendait-il alors? Pourquoi n'apparaissait-il pas? Enfin, hier, je le vois à votre bras. 11 savait donc à quoi s'en tenir. Me voilà pleine d'espérance et àe joie ; je me dis : « Il va venir à moi, me tendre la main. » d'est alors que je le vois causer avec cette étrangère. Voua savez ce qui se passe. M. de Septmonts m'impose la présentation de cette créature, que Ton dit publiquement sa maîtresse. Ohl ce n'est pas cela que je lui reproche! Je suis bien sa femme, moi. Sa femme! la femme, la chose de cet homme I Est-ce parce qu'elle est compromise, parce qu'on ne connaît ni son origine, m sa famille, ni la source de sa fortune, que je ne voulais pas recevoir mistress Glarkson? Que m'importe tout cela! Mais ce que vous ne savez pas, c'est que cette femme m'a vendue, oui, vendue à ce duc; le marché s'est fait chez elle, entre mon père et M. de Septmonts. C'est ainsi que je suis devenue duchesse. Un de ces messieurs m'a tout appris pour me plaire; et quand je sais cela, et que je retrouve le seul homme en qui je croyais pouvoir espérer, c'est à côté de cette femme que je le retrouve ! Enfin, pendant que je subis cet afi'ront et cette douleur de la recevoir chez moi, savez- vous ce qu'elle me dit? « Venez me voir, madame, nous causerons de M. Gérard, que j'aime peutêtre autant que vous l'aimez. » A-t-elle menti? a-t-elle dit vrai? Connalt-elle seulement mon amour d'autrefois, et n'at-elle voulu que me railler, me faire peur, me torturer pour se venger de l'insulte que je lui avais faite? Ou bien l'aimet-elle? est-elle aimée? Et ils sont tous à me demander pourquoi je ne veux pas aller chez cette femme ! S'il l'aime, voyezvous... s'il l'aime!.. Ahl je ne sais pas ce que je ferai à mon tour, car il sera aussi lâche, aussi méprisable que l'autre.
RÉMONIN.
Il ne l'aime pas.
GATBERINB.
Qu'en savez-vous?
RÉMONIN.
IL .a connaît comme je la connais, comme tout le monde la connaît; mais il n'aime et n'a jamais aimé que vous.
CATHERINE
Qui vous l'a dit?
Lui, cent fois.
La dernière fois?
Ce matin.
Vous l'avez vu?
REHONIN.
CATHERINE
RÉMONIN.
CATHERINE
REMONIN.
Oui, je ne voulais pas trop me mêler de tout cela; ce n'est ni de mon âge, ni de mon caractère. Mais, dès ce matin, M, des Haltes est venu me trouver.
CATHERINE
M. des Haltes ?
RÉMONIN.
Lui-même. Et il m*a dit'. «. Madame de Septmonts aime quelqu'un que vous devez connaître, monsieur, vous qui êtes un vieil ami de sa famille; elle est très-malheureuse. Je vous en prie, faites pour elle tout ce que vous pourrez faire. »
CATHERINE
Pauvre garçon l ila donc vraiment du cœur? C'est très-bien, ce qu'il a fait là. Et ensuite?
RÉMONIN.
Ensuite, je suis allé chez Gérard, qui s'apprêtait à venir chez moi. Ah I on s'en donne du mouvement pour vous. Si mes confrères de l'Institut me voyaientl Et je lui ai raconté ce qui s'était passé hier.
CATHERINE
Alors ?.